‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 163 sur 263 · BUNYAN · texte numérisé non relu

BUNYAN

« mit solennellement à part pour le ministère de la Parole. » À défaut de culture intellectuelle, Bunyan avait une expérience chrétienne profonde servie par des dons naturels de premier ordre et éclairée par une étude continuelle de la Bible. Aussi le succès de sa prédication fut-il immense ; de toutes parts on accourait pour entendre la parole énergique et originale du chaudronnier devenu prédicateur. La renommée dont il jouissait lui valut l'honneur d'être Tune des premières victimes du système de compression religieuse que ramena la restauration des Stuarts. Accusé de présider des réunions illicites et de s'abstenir de suivre le culte divin de l'Eglise établie, il fut condamné à la prison(1660), et il y demeura' plus de douze ans. La liberté lui fut souvent offerte, à la condition qu'il promettrait de ne plus prêcher, mais il refusa toujours d'y consentir. Du fond de sa prison, il continua son ministère, et il en reprit le cours avec un zèle renouvelé dès que la liberté lui eut été rendue. Sa fidélité et sa fermeté pendant la persécution lui conquirent une grande influence au milieu de ses frères non-conformistes. Le respect qu'il inspirait lui valut le surnom d'èvêque Bunyan. Il exerçait en effet une sorte d'épiscopat moral qui s'étendait bien au-delà de la ville de Bedford, centre ordinaire de son activité. Fermement attaché aux principes de son Eglise, il repoussait le baptême des petits enfants, mais il avait plus de largeur d'esprit que la plupart de ses coreligionnaires et combattit, par ses écrits et par son exemple, les vues de ceux qui refusaient de communier avec les pédobaptistes. La publication du Pilgrims Proyress, qui eut lieu en 1678, et celle de plusieurs de ses traités populaires lui valurent une véritable renommée. On voulut l'entendre à Londres, où sa forte et naïve éloquence attira des multitudes ; plus de douze cents personnes se réunissaient à sept heures par une matinée d'hiver pour l'entendre avant de se rendre au travail. Ce n'étaient pas seulement les simples quiprenaientplaisir à l'écouter; le docteur Owen répondait au roi Charles II qui s'étonnait qu'un homme aussi savant aimât à s'asseoir au pied de la chaire d'un chaudronnier illettré : « Sire, je donnerais volontiers toute ma science pour prêcher aussi bien que ce chaudronnier. » Il mourut (1688) comme il avait vécu, en faisant du bien. Il contracta la maladie qui l'emporta en faisant un voyage à cheval sous la pluie pour réconcilier un père avec son fils. — Bunyan a composé un assez grand nombre d'ouvrages, sermons, traités théologiques et pratiques, poésies, etc. Mais il est surtout connu comme l'auteur d'œuvres d'allégorie religieuse qui lui ont conquis une place éminente dans la littérature de l'Angleterre et une place unique dans la littérature religieuse de tous les pays protestants. Son chefd'œuvre, le Pilgrim* Progress, est le livre de piété probablement le plus lu après la Bible. Le nombre des éditions qu'on en a publiées en Angleterre est incalculable. Il a été traduit en presque toutes les langues écrites, et c'est toujours le premier livre que les missionnaires évangéliques traduisent après la Bible dans les langues dont ils ont fixé la grammaire. De nombreuses éditions en ont paru en français : les unes faites par des mains protestantes et reproduisant assez fidèlement l'original (Neufchàtel, 1716; Bàle, 1728; Halle, 1752; Colmar, 1821;

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