BULLE
lerie romaine dans la forme la plus solennelle. Les communications sur des affaires de moindre importance s'appellent brefs (breois, brève). Les brefs sont expédiés en papier, sans préface ni préambule, en caractères nets et lisibles, en général sans abréviations, tandis que les bulles sont toujours envoyées en parchemin et rédigées en caractères gothiques, avec les abréviations en usage. Les sceaux de plomb pendent à un cordon de chanvre pour les affaires de justice, et à un cordon de soie rouge et jaune pour les affaires de grâce. Ils portent l'empreinte de l'apôtre Pierre jetant un filet depuis sa barque. Les anciennes bulles avaient sur la première page le nom du pape, sur la seconde le mot papa; depuis Léon IX (1049), qui n'a fait que rétablir un usage de Paul Ier (757), elles portent les têtes des apôtres saint Paul et saint Pierre, avec les initiales S. P. A. — S. P. E. (Sanctus Pauhis Apostolus, Sanctus Petrus Epùcopus), et sur le revers le nom du pape avec le millésime. On appelle demi-bulles les lettres pontificales expédiées dans l'intervalle de l'élection du pape à son couronnement, parce qu'on n'y applique que l'empreinte des deux apôtres. A l'imitation des empereurs d'Crient, les papes se servaient parfois dans des circonstances exceptionnelles de sceaux d'or au lieu de sceaux en plomb, d'où le nom de bulles d'or. Les bulles sont toujours rédigées en latin et accompignées, selon les besoins, d'une traduction en grec ou enitalien. Le bref commence avec le nom du pape, son chiffre et une formule de salutation ; il se termine par la simple indication du lieu et de la date. Dans la bulle, au contraire, le chiffre du pape est remplacé par le titre Episcopus Servus Servorum Dei et la date indiquée en calendes, nones, ides et par l'année du règne du pape. Les bulles consistoriales portent, outre la signature du pape (d'ordinaire ajoutée par le rédacteur lui-même), celles des cardinaux, tandis que les brefs ne sont signés que par les secrétaires spécialement commis à ce soin. La chancellerie expédie les premières, la daterie ou secrétariat apostolique les secondes. Cette expédition est tantôt gratuite, tantôt soumise à une taxe déterminée. Il est facile de reconnaître l'authenticité d'une bulle, d'après les règles particulières que chaque époque a observées pour leur rédaction. On les désigne d'ordinaire d'après les mots par lesquels elles commencent. On en distingue deux catégories, les bulles doctrinales (par exemple, celle de Léon X contre Luther, dite Exsurge, Domine, et la bulle Umgenitus contre le livre du P. Quesnel), et les bulles d'excommunication (par exemple, celles dites Clericislaicos et Ausculta fih contre Philippe le Bel). Parmi ces dernières, il convient de faire une place à part à la bulle In cœna Domini ou Bulla J*.vis sanctœ, qui renferme la sentence de condamnation dont sont frappés, par contumace, ceux qui se sont rendus coupables de désobéissance impénitente vis-àvis du saint-siége. Lecture de cette bulle était donnée aux grandes fêtes de l'Eglise, en particulier le Jeudi saint (dïes indulgentiœ, et par conséquent aussi de condamnation pour les impénitents). Cet usage, qui remonte au douzième siècle, supprimé par Clément XIV en l'année 1770, s'est maintenu jusqu'à nos jours. Depuis le seizième siècle, ce sont les protestants surtout qui sont l'objet de cette solennelle excommunication ,
BULLE — BULLTNGER 107
conjointement avec les autres hérétiques et schismatiques, avec ceux qui en appellent des décrets «lu pape à un futur concile œcuménique,
avec les pirates, les usuriers, les princes qui frappent leurs peuples de nouveaux impôts non consentis par le pape, les falsificateurs de lettres .apostoliques, etc., etc. — On appelle bullairss les recueils des bulles «les papes. Il en existe un certain nombre. Le plus ancien est celui de Laertius Chérubin i. pour la période écoulée entre Léon Ier et Sixteouint (440-1585), Home. 1586; 2e édition, 1617, ,3 vol. in-fol. Son fils, Angelius-Maria Cherubini, y ajouta un quatrièmejvolume qui va jusqu'à Innocent \( 1644), Home, 103i ; Angélus a Lantusca et Jean-Paul de Rome le complétèrent par un cinquième volume jusqu'à Clément X (1670), Home, I(')72. Le plus complet est le Bullarium magnum, imprimé à Rome de 1733 à 1748, en 14 volumes in-folio, par Gocquelin, et pourvu d'un supplément par Barberi, en 20 volumes in-folio, Rome, 1835-1860. — Sources : Mabillon, De Re diplomatica, 1. II, c. xiv; Gaet. Moroni, V, p. 277 ss. ; VI, p. 115 ss. ; du Fresne, Glossar. ad voc. brève, bulla; Ferraris, Prompta bibliotli., ibid.; Eisenschmidt, Bas rôm. Bullarium , Neust.,1831, 2 vol.
BULLINGER (Henri) naquit à Bremgarten le 18 juillet 1504. Il fit ses premières études à Emmerich et à Cologne, où il apprit à connaître non-seulement les docteurs du moyen âge, mais aussi les premiers écrits de Luther et l'antiquité classique. Lorsqu'il fut de retour dans sa patrie, qui dans l'intervalle avait subi l'influence réformatrice de Zwingle, il devint professeur à une école de couvent nouvellement fondée. Son enseignement fut tout évangélique et ne reposait que sur L'Ecriture : ce qui lui attira des amis, mais aussi des ennemis. Parmi les premiers se trouvait Zwingle ; Bullinger resta quelque temps sous l'influence immédiate du réformateur de Zurich, dont il partageait d'ailleurs les opinions théologiques. La carrière ecclésiastique, qu'il voyait si dignement représentée par des hommes tels que Zwingle et QEcolampade, l'attirait de plus en plus , il ne tarda pas à se faire recevoir au nombre des pasteurs évangéliques et accepta avec joie l'appel que lui adressa son endroit natal Bremgarten : il y devint pasteur le Ie* juin 1529. Les événements funestes qui coûtèrent la vie à Zwingle forcèrent aussi Bullinger d'abandonner son poste, et peu après la bataille de Cappel (1541) il se retira de nouveau à Zurich. « Zwingle est ressuscité, » s'écriait Myconius , après les premiers sermons de Bullinger a Zurich. En effet, le grand réformateur avait trouvé un successeur digne de lui. Après avoir été nommé autistes (premier pasteur) de Zurich, il défendit vaillamment la cause de la prédication évangéliqueet déploya une étonnante activité. A côté de ses nombreuses prédications et de sa eure d'âmes, il trouva le temps de s'occuper de [a grandi querelle théologique qui divisait aîorsl'Eglise de laRéforme. On sait que le réformateur de Strasbourg, Bucer, fit tous ses efforts pour amener une entente entre les frères ennemis : quoique Bullinger ait été dans ses opinions touchant l'eucharistie peut-être moins radical que Zwingle, puisqu'il admettait une présence spirituelle du Christ pour le croyant, les tendances conciliatrices de Bucer ne lurent pas de
468 BULLINGER — BUNGENER
son goût. Il ne se réconcilia jamais avec Luther, et en 1545 encore il lui envoya une réplique énergique, qui mit fin à cette querelle si stérile et si funeste pour l'Eglise. Ses rapports avec Calvin ne furent pas toujours exempts de troubles: au Consensus Tigurinw (1529), on parvint à s'entendre; mais lors des différends entre Calvin et Bolsec, Bullinger ne put adopter les théories extrêmes de Genève. Cela ne l'empêcha pourtant pas de donner son assentiment aux mesures que prit Calvin contre le malheureux Servet. 11 se rapprocha de plus en plus de la théologie de Calvin, surtout depuis l'arrivée à Zurich de Pierre-Martyr Vermilli. Nous en avons la preuve dans la position qu'il prit contre le fanatisme de Marbach à Strasbourg en faveur du réformé Zanchi et dans sa lutte avec le luthérien Brenz au sujet de l'ubiquité de la personne du Christ. C'est vers cette époque aussi qu'il composa la seconde Confession de foi helvétique, son chef-d'œuvre (1564). Ses ouvrages se distinguent par leur clarté et leur naturel. Notons entre autres l'appel aux protestants de France De persemtione. lors des massacres de la Saint-Barthélémy. La mort mit fin à cette vie si belle et si remplie le 17 septembre 1575. — Voyez : Simmler, De vita et obitu Bullingeri; Hess, Lebensgeschichte Bullingers; et surtout C. Pestalozzi, H. Bullinger, Lebenund ausgewœhlte Schriften, 1858. a. Courvojsier.
BUNDEHESCH. Voyez Perse.
BUNGENER (Félix) [1814-1874], littérateur, controversiste et prédicateur genevois, un des écrivains les plus marquants du protestantisme de langue française dans ce siècle. — i. L'homme. Bien que son père, honnête et modeste artisan, fût d'origine allemande, Bungener, né à Marseille, n'avait rien de germanique clans le tempérament ni dans l'esprit; c'était un vrai lils du Midi : il en avait l'accent, l'ardeur et la verve, que tempérèrent des habitudes cle réflexion et de gravité prises dans la cité de Calvin. Il y vint accompagné de ses parents, pour se préparer à la théologie. Chemin faisant, son père tomba malade et mourut à Chambéry, où il fut enterré, comme protestant, dans le coin des suppliciés. Souvenir douloureux qui se grava dans l'àme du futur controversiste ! Son zèle pour l'étude était grand, mais bien traversé par l'obligation de donner des leçons pour vivre et soutenir sa mère, qu'il soigna avec un dévouement filial exemplaire. Pendant ses années de théologie, en 1835, il subit les vives impressions du jubilé de la Réformation de Genève. En 1838, il alla soutenir à la faculté de Strasbourg sa thèse sur et pour la peine de mort. De retour à Genève, il fut consacré ministre, s'y maria, s'y fixa tout à fait, et devint bourgeois de cette cité qu'il aima d'une ardeur qu'on trouvait passionnée. 11 en avait fait siens l'héritage, l'esprit et les destins. Aussitôt après cette période de préparation, Bungener s'adonne à la littérature. Nommé régent de la classe la plus élevée du collège classique de Genève, en 1843, il trouve à côté de cette besogne officielle, consciencieusement remplie pendant cinq années, le moyen de donner des cours publics et d'écrire sur les matières qui ont de tout temps exercé son talent, la critique et la controverse. Mais son caractère de ministre, ses opinions conservarices en politique le rendent impopulaire auprès du parti radical qui,
BUNGENER 469
arrivé au pouvoir par la révolution de 18Y7, le destitue avec d'autres professeurs en 1848. Un autre enseignement indépendant de l'Etat se présente aussitôt pour lui. celui de la littérature dans des cours supérieurs destinés aux jeunes tilles. A partir de L853 s'ouvre une troisième et dernière période de sa vie, où, pendant plus de vingt années, il porte toute son ardeur de pensée et d'action du côté des intérêts de l'Eglise. Deux circonstances T y poussent: le danger que court la Genève protestante, attaquée avec audace par l'ultramontanisme dans cette même année 1853 ; et le développement de science et d'œuvre qui se produit au dedans de l'Eglise réformée, cantonnée par la Révolution dans le domaine spirituel, et qui se voit obligée de regagner par un redoublement de zèle l'estime de la démocratie. C'est un travail auquel Bungener, sans être pasteur enotfice, prend une grande part et dont il raconte les phases dans la chronique annuelle de la collection des Etreunes religieuses, depuis 1853 jusqu'à sa mort, pendant vingt-et-un, ans. On le voit d'ailleurs soutenir la cause générale du christianisme et du protestantisme comme prédicateur, conférencier et publiciste. Le mérite et le succès de ses ouvrages, traduits en plusieurs langues, étendent au loin son influence. Dans toutes ces occupations il apporte une conscience vigilante, une exactitude exemplaire, une force de travail bien rare, secondée par une robuste santé. Il y joignait le désintéressement, la simplicité, même l'austérité des mœurs, sous laquelle se dérobait aux yeux du public un cœur tendre. On put le voir, lors~qu'en 1863, à la mort d'une de ses filles, il écrivit Trois jours de la mort (Fun père, œuvre singulièrement touchante et édifiante, qui jaillit d'une âme déchirée mais consolée par l'Evangile, et qui avec cela se trouve être un petit chef-d'œuvre littéraire. Toutefois la note dominante est bien la sévérité morale. Bungener avait le culte du vrai, mais une façon particulière d'entendre la véracité. Il se montrait, dans ses relations comme dans sa critique, habituellement un censeur, frappant de sa férule non pas seulement les erreurs et les faiblesses du temps, de la démocratie, de l'Eglise, mais encore les torts de ses élèves et même de ses collègues. Il n'obtenait pas ainsi la popularité, mais aussi ne la recherchait-il pas. Ce caractère inspirait moins la sympathie qu'il ne commandait l'estime. C'était un homme de devoir et d'action, un homme d'une forte individualité, comme le protestantisme seul peutêtre en sait faire. Et si dans ses écrits Bungener a été surtout l'avocat • t L'organe militant du protestantisme, dans sa vie il a offert un exemplaire adouci sans doute par la littérature et par l'art, mais distinct encore du type puritain au dix-neuvième siècle. C'est au milieu de ce labeur, «pie l'âge n'avait point ralenti, que la mort vint l'atteindre, dans sa soixantième année, le 14 juin 1871.
II. L'oeuvre. Bungener s'est adonné successivement à la littérature proprement dite (critique et roman) ; à la controverse; à la littérature religieuse (biographies «-t sermons). De là trois séries d'ouvrages, que nous allons analyser. — 1. Roman. Bungener débuta par un cours devenu un livre sur la Poésie moderne (1839). Vers la même époque, il entreprend l'élude du dix-septième siècle et bientôt il détache de ses re-
470 BUNGENER
cherches les épisodes suivants : Deux soirées à l'hôtel de Rambouillet (les improvisations du jeune Bossuet et de l'abbé Cotin), 1839; puis, en 1843, Un sermon sous Louis XIV, qui fonda sa réputation. C'était un genre nouveau, où se mêlaient l'histoire, le roman et la théologie. Dans un récit plein de mouvement, de verve et où le brillant du coloris ne l'ait jamais tort à la correction et à la précision du style, on voit figurer tous les personnages marquants de la chaire d'alors. Le but de l'auteur est d'analyser l'esprit et les conditions de l'art oratoire, tel que le conçoivent le catholicisme et le protestantisme, comparés dans des entretiens auxquels prennent part d'un côté Claude, de l'autre Bossuet, Fénelon, Bourdaloue. Chez celui-là, fidélité évangélique et conscience rehaussant le talent. Chez ceux-ci, génie, mais accommodation morale et crainte du prince. Le sujet est heureux, les idées abondantes et intéressantes, les dialogues fins, la discussion menée avec modération et bon ton. Encouragé par le succès qui avait marqué ce début, Bungener aborda le dix-huitième siècle, étudia profondément et trouva dans ce travail la matière d'une étude critique et de deux nouveaux romans, composés d'après les mêmes procédés que le premier, mais dans un cadre bien plus vaste et sur une toile bien plus chargée de personnages, d'effets et de couleurs. Les trois sermons sous Louis XV (3 vol., 1849) mêlent intimement la prédication à l'histoire générale du temps. Le Sermon à la cour et le Sermon à la ville sont prêches par le missionnaire Bridaine devant le roi, et le Sermon au désert par Paul Babaut, qui consacre son fils au plus périlleux ministère devant une grande assemblée de protestants. Ces trois tableaux sont enfermés dans le cadre du roman émouvant d'un Cévenol, perfidement entraîné au catholicisme, puis repentant et réhabilité. Une suite de scènes intercalées dans le drame font apparaître la cour de Louis XY, les encyclopédistes, les jésuites, mais surtout (car c'est là l'objet de prédilection de l'auteur et du lecteur) les souffrances et l'héroïsme des protestants, les prisonnières de la tour de Constance, les galériens, les supplices du ministre Rochette et de l'infortuné Calas, Rabaut enfin, le grand pasteur. Les deux autres ouvrages, Voltaire et son siècle (2 vol., 1851) et Julien ou la fin d'un siècle (4 vol., 1854) n'ont pas eu le même succès : ils reproduisent en les augmentant les défauts littéraires des premiers, et ils mêlent l'amertume aux jugements déjà sévères de l'historien. Cette aggravation provient des impressions produites sur l'auteur par la révolution de 1848, et par l'envahissement de l'ultramontanisme qui s'enhardit en France après le coup d'Etat de 1851 et menace Genève en 1853. — 2. Controverse. Pendant que Bungener était encore engagé dans la période essentiellement littéraire de sa carrière, on annonçait en 1845 la célébration du trois-centième anniversaire de l'ouverture du concile de Trente. Cela le détermina à donner un corps à ses précédentes études sur le catholicisme. Il fit donc un cours sur ce sujet, qui devint l'ouvrage intitulé Histoire du concile de Trente (2 vol., 1847). A l'aide des deux premiers historiens du concile, Sarpi, l'adversaire, Pallavicini, l'apologiste, Bungener retrace l'historique long et pénible de ses préparatifs, de sa convocation, de ses suspensions, de ses incidents politiques
BUNGENER 471
et ecclésiastiques, des débats de ses vingt-cinq sessions et de ses suites immédiates. Chemin Taisant, i! expose et discute toutes les doctrines catholiques définies par la haute assemblée : l'autorité, la tradition et l'Ecriture, les sacrements en particulier, L'épiscopat et son droit divin, la papauté, les vœux monastiques, le purgatoire, etc. Du haut de l'Ecriture, de l'histoire el de la raison, il l'ait voir l'incohérence dans le plan, les vices dans les détails, la fragilité dans les fondements de cette forteresse de Trente. Après L'agression ultramontaine de 1853, Bungener conçoit le plan d'une sorte de « cycle d'œuvre » où il opposera successivement à Rome la Bible, la philosophie morale, l'histoire. En 1859 parait Rome et la Mile, manuel ducontroversiste évangélique. L'auteur parcourt tous les livres du Nouveau Testament, donne un résumé en quelques lignes de chaque chapitre, cite, d'après une version éclectique en gros caractères, tous les passages invoqués de part et d'autre par la controverse traditionnelle, les l'ait suivre d'une discussion imprimée en plus petits caractères. Il y a 489 passages annotés. Une table analytique placée à la fin réunit par des chiffres tout ce qui se tient par des idées. Cette table n'indique pas moins de 134 sujets ou questions controversées. Dans l'ouvrage suivant : Home et le cœur humain, études sur le catholicisme (1861) Bungener suit le jeu des passions du cœur humain, du «vieil homme » dans la formation tour à tour de l'Eglise, de l'autorité, de la tradition, du clergé, du culte, de la doctrine du salut. Dans cette besogne, où quelque bien n'est pas absent de tant de mal, il montre, agissant à la t'ois, le servilisme et l'abdication de soi chez les uns, le despotisme chez les autres, la crainte ou l'exploitation de la Bible, le formalisme, la déification de l'homme, et surtout, dans la conception du salut, une secrète aversion pour la grâce, la propre justice, l'illusion morale donnant le jour à trois sortes d'altérations qui sont la casuistique, la confession et les indulgences. Pour achever sa trilogie, Bungener avait encore à faire un livre sur Home et l histoire depuis longtemps projeté, mais il n'eut pas le temps de l'écrire. Les circonstances lui ont dicté deux autres ouvrages qui en ont tenu lieu : Pape et concile au XIXti siècle (1870). A l'approche du concile du Vatican, Bungener voulait dire ce que le nouveau concile ne manquerait pas de professer et faire après celui de Trente, ce que ces trois siècles écoulés avaient produit dans l'Eglise catholique, quelles tendances, quelles doctrines, quelles influencess'étaient dessinées et fortifiées dans les temps modernes. L'auteur re- ' trace d'abord le système papal tel que le formule le Syllabus, il énumère les résistances paralysées, les sophismes imaginés en face de la Bible et en face du siècle pour justifier cette divinisation de l'Eglise, les travestissements de l'histoire du passé, les promesses fallacieuses faites au conservatisme pour se l'attacher dans les crises de l'avenir; puis il discute et réfute les prétentions de la papauté dans Tordre politique, mura! et intellectuel, en invoquant l'argument scripturaire el l'argument historique. Il montre enfin combien Pie IX a renchéri jusqu'en 1869 sur l<- concile de Trente, qui avait été' bien plus prudent ou bien moins avancé, et comment il a porté le marianisme et les su-
472 BUNGENER
perstitions à leur apogée. Ce qu'il venait de faire pour les prétentions modernes de la papauté, Bungener allait le faire pour la littérature catholique contemporaine, dans un dernier ouvrage : Rome et le vrai (1873). Ce qui le frappe chez tous ses organes, légers ou graves, c'est l'absence du vrai. Elle lui parait condamnée au faux. Le faux est sensible, selon lui, dans la double attitude, ou flatteuse ou hostile, qu'elle prend vis-à-vis de la Bible, de la liberté de Jésus, de l'histoire, cause de mille falsifications ; dans la" divinisation du .prêtre, du pape, de l'Eglise, enfin dans les caractères intrinsèques de cette littérature, esprit de coterie, de flatterie mutuelle, attaques sans mesure des adversaires, affadissements et petitesses, ou violentes amplifications. A côté de ces cinq grands ouvrages les opuscules abondent. Toutes les fois qu'un déli est lancé par un champion ultramontain, ou qu'une téméraire nouveauté se fait jour, Bungener se lève et accourt, sa plume, comme un glaive, à la main. Bungener eut le temps de voir naître à Genève, en 1873, à la voix du P. Hyacinthe, et s'organiser le catholicisme libéral. Mais il ne croyait guère à sa durée : « Une rupture avec Tultramontanisme, écrivait-il, sera toujours, quoi qu'on fasse, une rupture avec l'Eglise romaine, une entrée sur le terrain protestant. Mais il est bon que l'illusion de nos nouveaux frères subsiste. » — 3. Dans le domaine de la Littérature religieuse proprement dite, nous nommons d'abord Saint Paul, sa vie, son œuvre et ses épîtres (1867), étude narrative quant à la forme, et apologétique quant au but. Bungener n'a pas la prétention de traiter scientifiquement les problèmes historiques et théologiques soulevés par la carrière de l'apôtre des Gentils. C'est à peine s'il nomme Baur, mais il donne son opinion sur plusieurs des points débattus, et cela généralement dans le sens conservateur. Cette même intention apologétique, nous la trouvons dans Calvin, sa vie , son œuvre , ses écrits (Ï8Q3) , l'un des écrits les plus faibles de notre auteur au point de vue scientifique. Lincoln, sa vie, son œuore, sa mort (1865) est un récit biographique plein de vie et d'intérêt. Mais dans ce genre narratif et populaire la vraie création de Bungener ce sont les Souvenirs de Noël (1859 ss.), qui transportent les jeunes lecteurs dans les lieux et les temps les plus divers, et dans la société des plus nobles types protestants, trois petits chefs-d'œuvre, où la noblesse des sentiments est relevée par la forme dramatique. Bungener n'avait point officiellement charge de prédicateur, mais néanmoins il a beaucoup prêché. Un petit nombre seulement de ses sermons ont vu le jour. Lui-même n'a publié que le volume intitulé Christ et le siècle (1856). Il y détermine les rapports qui doivent lier actuellement le christianisme au progrès, aux événements et aux questions sociales. Le volume des Semions publiés après sa mort (1875) contient principalement des discours pour les solennités chrétiennes et quelques homélies. On y sent, outre le croyant soumis à l'Evangile, l'observateur pénétrant des ruses du cœur, le moraliste à la fois fin et grave. Bungener n'était point un orateur populaire, entraînant; ses sermons étaient trop écrits peut-être; c'est pour cela qu'ils gagnent à être lus et qu'ils resteront. — Sources : Les ouvrages imprimés de Bungener, dont le
BUNGENER — BUNSEN 473
nombre, en y comprenant les diverses éditions et les traductions, s'élève à plus de cent cinquante volumes; beaucoup de manuscrits inédits; des articles critiques sur ses œuvres dans les journaux; les E (rennes religieuses de 1850 à lKT'i Félix Bungener, par Jean (iaberel, dans le volume subséquent, de Tannée L875. A- Bouvibb.
BUNSEN (Chrétien-Charles- Josias), créé chevalier en 1857, célèbre homme d'Etal et savant, naquit à Korbacli (principauté de Waldeck), en 1791. Son père, homme d une rare probité, y remplissait les modestes fonctions de greffier de la justice, après avoir servi pendant trente ans dans l'armée hollandaise. Le jeune Chrétien fut un des élèves les plus distingués du gymnase de sa ville natale. En 1808 il étudia la théologie à Marbourg; de 1809 à 1813, la philologie à Gœttingue où brillait alors dans tout son éclat l'illustre Heyne. Il y gagna sa vie tant en professant au gymnase qu'en s'occupant de l'éducation d'un riche Américain du nom d'Astor. C'est là que parut son premier écrit De jure Athéniensium hxreditario; il lui valut, outre un prix, le grade de docteur en philosophie que lui conféra, en 1813, la faculté de Iéna. Avide de science, préoccupé dès lors d'apprendre à « connaître Dieu en tant qu'il se manifeste en 1 nomme par le langage et par la religion, » il visita tour à tour Vienne, la Hollande, Copenhague, Berlin où il lit la connaissance de Niebuhr, Paris où il étudia, sous la direction de Sylvestre de Sacy, l'arabe et le persan. Arrivé à Florence en 1816, il apprit, à son grand regret, qu'il lui fallait renoncer au voyage en Orient, qu'il s'était proposé de faire avec son élève Astor, rappelé en Amérique. Sur l'invitation de Niebuhr, alors ambassadeur de la Prusse à Rome, il se rendit dans la ville éternelle; il y occupa pendant vingtet-un ans une position des plus enviées. C'est à Rome qu'il épousa, en 1817, une Anglaise de grande famille et fort distinguée d'esprit, qui exerça la plus heureuse influence sur son développement, Frances Waddington. Secrétaire d'ambassade, en remplacement de Brandis (1818), il fut nommé, après le départ de Niebuhr (1823), chargé d'affaires de la Prusse auprès de la cour papale et enlin, en 1834, ministre plénipotentiaire. Il dut un si rapide avancement non-seulement à la protection de Niebuhr, mais encore à l'entrevue qu'il eut à Rome (novembre 1822) avec le roi Frédéric-Guillaume III, que captivèrent au pins haut point les brillantes qualités du jeune secrétaire, et surtout a issi a la franchise avec laquelle il exposa au roi ses vues liturgiques bien différentes des siennes propres. En 1828, il s'y lia d'amitié avec le prince héréditaire de Prusse (plus tard Frédéric-Guillaume IV), amitié ({ni subsista malgré de profondes divergences d'opinions au sujet des rapports entre l'Eglise et l'Etat. Telle fut l'estime dont Bunsen jouit a Rome, que les représentants des grandes puissances adoptèrent, en 1S:;2. son Mémorandum relatif aux. réformes à introduire dans les Etats du pape. L'activité de Bunsen se déploya dans les directions les plus variées. C'esl a son initiative que l'on dut la fondation d'un hôpital protestant a Rome. Il prit la plus vive part à la création de V Institut archéologique, œuvre du prince héréditaire, et collabora activement au grand ouvrage, Beschreibung der Stade Rom qui parut a Stuttgard
(1830-1843), et aux Basiliken des christl. Rom (Munich, 1843; nouv. édit., 1864; éd. française par Ramier, î'rancf., 1873),touten s'occupant avec passion des antiquités étrusques et égyptiennes auxquelles l'initia l'illustre Ghampollion et que lui-même lit apprécier à Lepsius. Poursuivant d'ailleurs ses études sur le culte chrétien, il fit paraître, avec le concours de R. Rothe, alors prédicateur attaché à l'ambassade prussienne à Rome, différents travaux liturgiques et hymnologiques, tels que Versuch eines allgem. evang. Gesang u. Gebetbuches, 1833 (réédité par le Rauhe Haus en 1846). Cependant les dissentiments qui éclatèrent entre le gouvernement prussien et la curie romaine au sujet des mariages mixtes (voy. les détails, très-compliqués, dans la Allgem. deutsche Biographie 1876; art. Bunsen, p. 543-4) eurent pour résultat non-seulement l' emprisonnement du fougueux évoque de Cologne, Droste zu Yischering, mais encore la cessation des fonctions de Bunsen à Rome (1er avril 1838). — Après quelques mois de loisirs, passés à Munich, auprès de Schilling et de Schubert, et en Angleterre où il reçut un accueil enthousiaste, l'illustre homme d'Etat rentra dans la vie publique en acceptant les fonctions d'ambassadeur à Berne (novembre 1839). Il y prépara un ouvrage liturgique qui parut en 1841 (Die Liturgie der stillen Wocher etc.) et un autre sur Elisabeth Fry (Elis. Fry an die christl. Frauen u. Jungfr. Beutsc/i/., édité en 1842, par le Rauhe Haus), éloquent plaidoyer en faveur de la Mission intérieure. Mais à peine monté au trône, Frédéric-Guillaume IV envoya Bunsen à Londres avec la mission d'y travailler à la réalisation de- son idée favorite, à savoir, la fondation, à Jérusalem, d'un évêché anglo-prussien. Bunsen ne réussitqu'à demi. Il obtint, il est vrai, que le parlement décrétât la fondation d'un évêché anglican, avec mission de protéger les protestants allemands de Jérusalem; mais il ne fit que des mécontents; tandis que les puséystes d'Angleterre l'accusaient de vouloir germaniser l'Eglise épiscopale, les protestants d'Allemagne le soupçonnaient d'avoir pour cette dernière une secrète prédilection. Enfin, sur la demande expresse de la reine Victoria, Bunsen fut nommé ambassadeur de la Prusse à Londres; il occupa ce poste élevé pendant quinze ans. Mieux encore qu'à Rome, Bunsen put y utiliser ses riches facultés, tant du cœur que de l'esprit. Diplomate des plus distingués, Bunsen sut remplir aussi, avec la plus grande distinction, ses devoirs de chrétien et de philanthrope. Il fonda entre autres àDalston, près de Londres, un grand hôpital pour ses compatriotes. Sa maison fut longtemps comme le rendez-vous de tous les artistes et savants allemands de passage en Angleterre ; ils trouvaient en Bunsen un conseiller éclairé, un protecteur bienveillant. C'est lui qui aida entre autres le célèbre orientaliste Max Muller à faire sa brillante carrière. Son activité littéraire, elle aussi, prit à Londres un nouvel élan. Pour répondre à ceux qui le soupçonnaient de pencher pour les rites de l'Eglise anglicane, il exposa ses vues ecclésiastiques dans un livre (Die Verfassung der Kirche der Zukunft, Berlin, 1845), où il résume lui-même ses convictions à ce sujet en disant que « ce qui fera vivre l'Eglise de l'avenir, ce ne sont ni les titres surannés, ni les formes vieillies, dénuées de force et de vie, ni le langage scolas-
tique, mais la vie morale, l'activité chrétienne puisée aux sources vives de la loi. » C'est à la même époque que, frappé de l'influence bienfaisante qu'exerce sur la vie du peuple anglais l'étude de la
Bible, il lit paraître un tableau propre à faciliter les lectures bibliques; il s'en vendit 10,000 exemplaires. Il reprit également avec une nouvelle ardeur ses travaux sur les antiquités égyptiennes et en publia les résultats chez IVrthes de 1844 à 1857 (jEgyptens Stelle in der Weltgeschichte ; édition anglaise, 1847 à 1854, supérieure à l'édition allemande). L'ouvrage comprend cinq livres. Ier:0rigine de la langue, de l'écriture et de la religion chez les Egyptiens; IIe et IIIe : Histoire de l'Egypte depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Les deux derniers livres, les plus importants de l'ouvrage, sont consacrés à l'examen de Thistoire de l'Eglise dans ses rapports avec les autres peuples. L'auteur y met d'ailleurs eu relief la haute signiiication de l'Egypte au point de vue religieux. C'est également pendant son séjour en Angleterre que Bunsen publia trois importants ouvrages relatifs à l'histoire de l'Eglise chrétienne. Les deux premiers sont consacrés à l'épineuse question de l'authenticité des épitres attribuées au Père apostolique saint Ignace {Die 3 œchten und die ht umvchten Brie fa des Ignatïus von A>>/iochien, et Ignatius von Antwchien und seine Zeit, Hamb., 1847, in-4°). A part ses recherches sur l'authenticité des écrits attribués1 à ce Père, Bunsen eut le mérite de bien mettre en relief ses tendances tout évangéliques et contraires àcelles qui prédominèrent plus tard dans l'Eglise romaine. Ce fut un événement littéraire que la publication de l'ouvrage Hippolyttis mil kis âge, 1852, qui fut immédiatement traduit en allemand. La seconde édition anglaise (1854), beaucoup plus complète que la première, ne fut malheureusement point traduite. On y remarque * surtout la seconde partie : Reliquias hterariae, canonic;e, liturgicae. Bunsen prit occasion de la publication d'un manuscrit ((P'Xo7ooz'j[j.zvx rt 7.2-z -y.7Ùy; £zizibr> ï/.v;yzz) découvert au Mont-Athos et publié à Paris, en 1851 (par Miller, qui l'attribuait à Origène et qu'il attribua, lui, à Hippolyte, disciple d'Irénée et évoque de Portus Bomae, sur le Tibre, au troisième siècle), pour établir les grands principes d'une saine philosophie de l'histoire et pour retracer les rites ecclésiastiques pendant les premiers siècles, si différents de ceux de l'Eglise contemporaine. Pour expliquer l'accueil enthousiaste d'une part, fort hostile de l'autre, qui fut l'ait à ce livre (il fut mis à Vindex), nous (itérons quelques lignes de la préface de l'édition anglaise ; elles serviront en même temps à caractériser les tendances générales de l'auteur : « Les attaques contre la théologie allemande viennent surtout d'un parti qui «■>( déjà entré ou qui entrera, pour peu qu'il soit conséquent, dans l'Eglise romaine; quels que puissent être le sérieux et la piété personnelle de beaucoup de membres de ce parti, toutes les idées chrétiennes y sonl noyées dans un formalisme sacerdotal el dans des prétentions hiérarchiques également opposées aux documents officiels de l'Eglise anglicane et aui instincts du peuple. » Et plus loin : « De <|eii\ choses Tune : le christianisme est vrai ou il ne Test pas... Mais
si le christianisme n'est pas vrai, quelle autorité pourra le rendre vrai? Et s'il est vrai, il est vrai en vertu de sa vérité propre, et il n'est besoin d'aucune autorité quelconque pour le rendre vrai. Si les évangiles renferment une sagesse inspirée, ils doivent eux-mêmes inspirer des pensées célestes au penseur sérieux, à l'investigateur consciencieux; nous devons donc en faire librement le sujet de nos recherches. Pour que l'Ecriture soit reçue avec une pleine conviction comme vraie, il faut qu'elle soit à l'unisson de la raison; il faut donc l'étudier rationnellement... » — Bunsen fut rappelé de Londres en 1854, pour avoir trop chaudement plaidé la cause de l'alliance de l'Allemagne avec l'Angleterre, lors de la guerre de Crimée ; son départ fut vivement regretté en Angleterre. Pour lui, il s'estima heureux de pouvoir s'occuper plus que jamais de littérature et de science; il passa les dernières années de sa vie à Heidelberg, puis à Cannes où il vit mourir ïocqueville, et enfin à Bonn où il s'éteignit le 28 novembre 1860. Nous ne signalerons qu'en passant quelques productions secondaires qu'il fit paraître pendant cette dernière période de sa vie (Préface à la trad. ail. du célèbre sermon de Caird, sur la religion dans la vie de tous les jours; Préface à la trad. angl. du roman de G. Freytag : Soll u. liabtn; article Luther dans la Biographia Britannica, 1857), pour dire encore un mot de trois ouvrages qu'il avait préparés de longue main. Dans les Zeichen (1er Zeit (Briefe an Freunde ûber die Gewissensfreiheit, etc., Leipz., 1855, 2 vol. in-8° ; il en parut trois éditions la même année), Bunsen s'attaque à la fois à Tévêque de Ketteler et à l'intolérance de la fraction semi-catholique du protestantisme en Allemagne. La franchise de son langage lui valut de chaudes adhésions et d'ardentes inimitiés (voy. Ev. Kchzig de Hengstenberg, novembre 1855 et janvier 1866; Stahl wider i?., Berlin, 1856; Gott in der Gescliichte (oder der Fortschritt des Glaubens an eine sittl. .Weltordwg, 3 vol., 1857 et 1858) est un essai de philosophie de la révélation. L'auteur y suit pas à pas les révélations successives de Dieu dans les religions de tous les peuples, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, révélations qui ont atteint leur point culminant en Jésus-Christ. Son dernier livre enfin [(Biùelwerck, Leipz., 1857 à 1870, 9 gr. vol. in-8° ; les derniers publiés par MM. Holtzmann et Kamphausen) peut être considéré comme le résumé de tous ses travaux antérieurs. Son but, Bunsen le fait connaitre lui-même en disant que, par sa traduction biblique et les commentaires dont il l'accompagnait, il espérait prouver aux esprits cultivés qu'une étude indépendante et sérieuse de la Bible, loin de troubler la foi du chrétien, sert au contraire à l'affermir. Son plan général, Bunsen le formule ainsi : établir les faits bibliques ; en rechercher le lien historique ; en montrer le sens profond et éternel. Nous nous bornerons à cette analyse sommaire d'un livre dans lequel on peut relever mainte erreur, mais qui n'en fait pas moins le plus grand honneur au savoir et à la piété de l'auteur. — L'amitié occupa une large place dans la vie de Bunsen. Une foule d'hommes illustres tinrent à honneur de visiter le noble vieillard pendant son
BUNSEN — BUXYAX 477
séjour à Heidelberg. Le roi de Prusse lui-même n'eut de repos que lorsque, à l'occasion de la séance tenue à Berlin, en 1837, par V Alliance évangélique, son vieil ami se l'ut décidé à passer trois semaines dans son château. La mort de Bunsen fut le digne couronnement d'une belle vie. « .le vais mourir et je souhaite de mourir. Je me rappelle au souvenir de tout homme de bien, et je le prie de se souvenir de moi avec bienveillance. J'offre ma bénédiction, la bénédiction d'un vieillard, à quiconque la désire. Je meurs en paix, avec tout le monde. Ceux qui
vivent en Christ, qui vivent en l'aimant, ceux-là sont siens Christ
est le Fils de Dieu, et nous ne sommes ses enfants que quand l'esprit d'amour qui était en Christ est en nous » (voy. liev. ehr., 18(50, p. 776; Bœhring, Bunsen' s Bibelwerk nach seinerBed. fur die Gegemvart, 1861, p. 10 ss. ; Gelzer, Prot. Monatsblaetter, janvier 1861). Telles furent ses dernières paroles. En lui, « l'Allemagne perdit un grand citoyen, la science un de ses plus éminents représentants et l'Eglise un chrétien fervent mort en confessant sa foi au Christ » (de Pressensé) ; Bunsen fut (( sûrement l'un des hommes les plus éminents de l'Europe » (Colani, lîev. de th., VI, 316). Bunsen fut nommé tour à tour docteur en droit par les universités d'Oxford et d'Edimbourg (1839 et 1853), membre de l'Académie de Berlin (1857), membre correspondant de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (1859), etc., etc. 11 eut douze enfants, dont huit sont encore en vie; le plus célèbre, George, né à Rome en 182i, est député au parlement allemand. — Voyez, outre* les écrits déjà cités, la Correspondance de Bunsen avec Frédéric- Guillaume IV. par L. Rancke, Leipz., 1873; sa Biographie, publiée par sa veuve morte à Carlsruhe, avril 1876, édit. anglaise: A Memoir of Baron Bunsen, etc., London, 1868, en ail. par Nippold : B. aus seinen Briefen, etc., geschildert, Leipz., 1868 à 1871, 3 vol.; la thèse de M. G. Bonet : Bunsen. Un prophète des temps modernes, Strasb., 1867; l'article Bunsen, dans la Heul-Encykl. de Herzog; Unsere Zeit, 1861, p. 337 à 377, par Abecken ; et surtout Allgem. deutsche Biographie, Leipz., 1876, 14e livr., p. 541 à 552, art. de R. Pauli.
Ad. Sch^effek.
BUNYAN (John), l'allégoriste puritain, naquit en 1628, à Elstow, près Bedford. Son père était un pauvre chaudronnier, et lui-même exerça longtemps cet humble métier. 11 a raconté, dans une autobiographie admirable. Thistoirede son âme. 11 dépeint les égarements de sa jeunesse sous des couleurs évidemment trop sombres, mais qui rendent avec un relief merveilleux les luttes morales qu'il eut à traverser pour arriver à la foi. Après avoir servi quelque temps dans l'armée du parlement et pris part au siège de Leicester, il se maria. Sa femme lui apportait pour unique dot deux livres de piété qui contribuèrent à l'éclairer. Les conversations de quelques femmes pieuses et l'influence du ministre baptiste Gifford achevèrent cette œuvre, qui fut traversée par des crises terribles de tentation dont le récit donne un charme émouvant au Grâce abounding. La piété éveilla dans l'àme de Bunyan de grandes (acuités qui y dormaient sous les voiles épais d'une nature primitive et grossière. 11 s'unit à la société baptiste de Bedford, qui, en 1656, le