CALAS
décidé que les Calas seraient appliqués à la "question ordinaire et extraordinaire, le parlement, sur l'appel des condamnés, évoqua l'affaire. Un seul membre de cette assemblée osa prendre hautement en main la défense des opprimés : M. de la Salle. Le 9 mars 1762, et malgré la lumineuse défense de l'avocat Sudre, Galas fut condamné à être roué vif. L'arrêt portait : 1° que Jean Calas subirait la question ordinaire et extraordinaire ; 2° qu'étant en chemise, tête et pieds nus, il serait conduit devant la porte principale de la cathédrale où l'exécuteur de la haute justice lui ferait faire amende honorable; 3° que l'exécuteur, sur la place Saint-Georges, lui « rompra et brisera bras, jambes, cuisses et reins; » 4° qu'il le portera sur une roue et l'y couchera le visage tourné vers le ciel « pour y donner de la terreur aux méchants, tout autant qu'il plaira à Dieu de lui donner vie. » Cette sentence fut exécutée à la lettre le lendemain. Pendant sa longue agonie, Calas ne proféra pas un murmure ; il soutint jusqu'au bout qu'il mourait innocent. Pressé de nommer ses complices : « Hélas, dit-il, où il n'y a pas de crime, peut-il y avoir des complices?» La foule émue, oubliant son fanatisme, pleura sa mort, tandis que le capitoul David, le plus furieux de ses adversaires, s'acharnait en vain à lui arracher un aveu. Les autres victimes furent relâchées, sauf Pierre Calas, qu'on enferma dans un couvent pour le convertir. Ses deux sœurs furent également placées dans un couvent, bien qu'elles eussent été absentes de la maison le 13 octobre 1761. Cependant Pierre parvint à s'échapper. Il se sauva à Genève, où se trouvait depuis quelques mois son frère Donat. Voltaire, après avoir interrogé les deux jeunes gens, résolut de réhabiliter la mémoire de leur père. Déployant un zèle extraordinaire, il réussit non-seulement à soulever l'opinion de la France et même de toute l'Europe contre le parlement de Toulouse, mais encore à faire casser la sentence de mort du supplicié et à faire obtenir à sa famille toutes les réparations possibles. Elie de Beaumont, Mariette et Loiseau de Mauléon tirent de leur mieux pour le seconder ; J. -J.Rousseau lui aussi éleva sa voix en faveur des Calas. Le 7 mars 1763, le Grand Conseil se prononça, à l'unanimité des quatre-vingt-quatre membres présents, pour la cassation du procès. La reine se fit présenter madame Calas et ses filles et leur lit le plus gracieux accueil. Le 9 mars 1765 enfin, un tribunal, composé de quarante maîtres des requêtes, à l'unanimité réhabilita les accusés et la mémoire de Jean Calas, ordonna que leurs noms fussent effacés des registres et des écrous, les laissant d'ailleurs libres de réclamer des dommages-intérêts auprès de qui de droit. Voltaire reçut la grande nouvelle avec des transports de joie. 11 n'eut de repos que quand il eut réussi encore à mettre à l'abri du besoin madame Calas, qui mourut à Paris, en 1792. Nanette Galas épousa le chapelain de l'ambassade de Hollande à Paris, Duvoisin. Grimm décrit avec enthousiasme sa grâce touchante et naïve ; la sœur Anne- Julie Fraisse, qu'une lettre de cachet lui avait donnée pour supérieure au couvent des visitandines, devint son amie, tout en se désolant sans cesse de n'avoir pu la convertir. Le fils de Nanette, Alexandre Duvoisin, fut secrétaire de Joseph Bonaparte et auteur dramatique ; il mourut en 1832. — Voyez, outre quelques articles dans le Bulletin du Pr. et l'ar-