BEROSE — BERQUIN
mant, Essai de commentaire sur les fragments cosmogoniques de Bérose, Paris, Maisonneuve, 1872. On peut encore citer Ë. Havet, Essai sur la date des écrits qui portent le nom de Bérose et deMànéthon, Paris, Hachette, 1873. Ph. Berger.
BERQUIN (Louis de), issu d'une famille noble de l'Artois et seigneur du village dont il portait le nom, est né à Passy près Paris. D'un esprit libéral et cultivé, et d'une grande rigidité de mœurs, il se lia d'amitié avec Nicolas Bérauld, qui professait le droit à Orléans. Badius, voulant honorer en même temps les deux amis, leur dédia à chacun, en 1512, un tome des œuvres de Politien qu'il avait annotées. Berquin obtint de François Ier le titre de conseiller du roi. Catholique fervent, il s'était toujours conformé scrupuleusement aux prescriptions de son Eglise; mais il en secoua le joug à la suite d'un démêlé qu'il eut avec Guillaume Du Chêne, l'un des principaux membres de la Sorbonne, et se mit à examiner la doctrine luthérienne, dont on commençait à s'occuper en France. Le parlement ayant fait rechercher les livres de Luther chez les libraires et ailleurs au mois de juillet 1523, on en trouva aussi chez lui. Il fut enfermé, le 1er août, à la Conciergerie, et deux conseillers furent adjoints à l'évêque de Paris pour lui faire son procès. Louise de Savoie, alors régente, étant intervenue en sa faveur, il fut remis en liberté, « chargé du cas, » il est vrai, mais sans qu'aucune condamnation eût été prononcée contre lui. Retiré dans ses terres, où il espérait attirer moins l'attention, il se mit à écrire de petits traités de controverse et à traduire du latin en français quelques livres d'Erasme, entre autres le Manuel du chevalier chrétien, « en y ajoutant plusieurs choses, dit Crespin, qui de plus près approchaient à la vérité évaugélique. » Erasme lui en sut mauvais gré et le pria de ne plus le mêler désormais à ses querelles, lui prédisant que s'il ne se tenait pas en repos, de nouvelles poursuites seraient dirigées contre lui. En elïet, le 10 janvier 1526, sur la requête du procureur général et de l'évêque d'Amiens, l'huissier de Mailly reçut ordre du parlement d'aller l'arrêter et de le ramener à la Conciergerie. Une enquête fut ouverte sur sa conduite, et ses livres furent saisis au château de Rambures. Déclaré hérétique et luthérien par les juges ecclésiastiques chargés de l'examiner, et auxquels, dit Erasme, « il ne voulut céder même sur un seul point, » il aurait certainement encouru dès lors la peine de mort, si quelques membres du parlement n'eussent insisté pour la révision de son procès. La régente invita, de son côté, la cour à surseoir à l'exécution du jugement jusqu'au retour du roi, alors prisonnier en Espagne, et celui-ci, étant revenu, demanda formellement, le 11 juillet, l'élargissement de Berquin. Il n'eut cependant pas lieu aussitôt. Berquin fut traité avec moins de sévérité ; mais ce n'est qu'à la suite de nouvelles missives du roi en date du 10 octobre, et après que le parlement se fut encore occupé de cette affaire les 11, 12, 13 et 29 du même mois, ainsi que cela résulte d'un abrégé manuscrit de ses registres, qu'il fut rendu à la liberté. La reine de Navarre, sœur de François Ier, l'attacha à son service. De peur que cette protection ne fût pas suffisante, ses amis l'engageaient à se faire donner une mission qui l'éloignâtdu royaume. Erasme l'engageait à se faire oublier, lui re-
présentant qu'une (acuité ne peut mourir, facultasenîm non mortlur, et
qu'elle est par conséquent une ennemie immortelle pour ceux gui Tout offensée. « Mais l'esprit de Berquin était semblable à la palme, dit Grespin, se dressant plus quand on voulait le déprimer. » Au lieu de céder à ses adversaires, il se lit à sou tour leur accusateur. Bien résolus à le perdre, ils le tirent arrêter pour la troisième fois comme luthérien, au commencement de mars 1529. Le premier chef d'accusation portait sur ce qu'il avait écrit que la religion est intéressée à ce que les saintes Ecritures traduites en langue vulgaire soient lues par le peuple, ce que le parlement avait défendu. Pendant sa réclusion il se souvint qu'il y avait chez lui des livres qui pouvaient le compromettre, et il écrivit à un ami de les brûler, de peur qu'ils ne fussent saisis; mais le serviteur qu'il lui envoya s'étant trouvé mal en chemin, la lettre dont il était porteur fut lue par ceux qui l'assistèrent ; ils la remirent à Béda, que Berquin avait accusé d'impiété et de blasphème, et celui-ci la livra à la cour. Guillaume Budé, qu'Erasme suppose sans motif avoir été l'un de ses juges, s'efforça de lui persuader d'abjurer les hérésies qu'on lui reprochait; mais il s'y refusa absolument Aussi, après avoir été condamné, le vendredi 16 avril, à voir brûler ses livres, à faire amende honorable à Dieu et à la glorieuse Vierge sa mère devant l'église Notre-Dame, et à être enfermé ensuite entre deux murs de pierre pour tout le reste de sa vie, fut-il condamné le lendemain 17 avril, par une seconde sentence, et malgré son appel au roi, à être brûlé vif en la place de Grève. L'arrêt fut exécuté le même jour, afin de ne pas laisser au roi et à sa mère, qui étaient alors à Blois, le temps d'en empêcher l'effet. Cette date du 17 avril, affirmée par Erasme dans une lettre du 9 mai 1529, est aussi celle assignée à cet événement dans le Journal d'un Bourgeois de Paris, publié par M. Léonce Lalanne en 1854 pour la Société de l'Histoire de France, d'après le manuscrit portant le n° 742 du fonds Du Puy, conservé à i Bibliothèque nationale. Elle doit donc être préférée au 22 avril, mentionnée par Erasme dans une lettre postérieure. Quant à la date du 10 novembre, indiquée par Bèze dans son Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, d'où elle a passé dans l'édition de 1608 de Y Histoire
Umti/rs de Crespin, c'est une erreur manifeste, déjà relevée par Bayle. Erasme raconte dans une lettre importante, du 1er juillet 1529, iiliv^s,',' à Charles d'Utenhof, et dont la France protestante a donné nue traduction presque complète, ce que Montius lui écrivit sur la mort de Berquin. Il était là lorsqu'on l'amena dans une charrette au
■In supplice. Loin de témoigner aucun trouble, on eût dit, aie voir si calme, « qu'il se livrait à ses études dans son cabinet ou qu'il méditait les choses du ciel dans un temple. » Il était ûgé d'environ quarante ans suivant Erasme, d'environ cinquante ans suivant le Bourgeois <!<■ Paris, dont le récit ajoute de nombreux détails à ce que l'on savait de lui. On lit dans 1 'Abrégé des registres du Parlement déjà cité, sous la date du 12 septembre Ië30: « Thiery, religieux de Saint- François- de-Pau le, a dénoncé à la chambre qu'il a prêché avent et
ne à Amiens; y avait personnes mal sentant de la foi et concer-