‹ Encyclopédie des sciences religieuses (volume 5)Chapitre 81 sur 263 · H. LUTTEROTH · texte numérisé non relu

H. LUTTEROTH

BERRUYER (Joseph-Isaac), jésuite, né à Rouen en 1681, mort à Paris en 1758. Il donna en 1728 la première partie, contenant l'Ancien Testament, de sa fameuse histoire du peuple de Dieu. A une époque où les jansénistes multipliaient les exemplaires de l'Ecriture en langue vulgaire, il semble que les jésuites aient voulu en discréditer la lecture en la parodiant. Josèphe avait t'ait d'après- la Bible l'histoire des Juifs pour instruire les Gentils ; Berruyer en lit le travestissement pour donner le change aux chrétiens. Il transforma la simplicité du style biblique en une fade élégance et sa sublimité en niaises réflexions. Il s'appliqua surtout à renforcer le' préjugé, vulgaire parmi les catholiques, qui veut que la Bible soit parsemée d'indécences et dangereuse à mettre entre toutes les mains: tâche facile pour un romancier qui étend complaisamment en impudiques peintures les grands traits dont use l'Ecriture pour signaler le mal. Colbert, évèquede Montpellier, de concert avec plusieurs de ses collègues, s'éleva avec une telle force contre l'ouvrage, que le général des jésuites parut reculer et ordonna à Fauteur d'en préparer une édition expurgée. Berruyer en donna même deux à la fois, mais si insuffisamment corrigées que ce fut, à vrai dire, un redoublement de scandale. Rome même les censura en 1734. L'affaire semblait terminée. Mais on comptait sans la patiente ténacité de Berruyer, ou plutôt de son ordre, et la seconde partie, les Evangiles, parut vingt ans après. Publiée à Paris, sous la fausse désignation de La* Haye, elle ne porta le nom de son auteur que sur un petit nombre d'exemplaires. Une assemblée d'évêques réunis à Conflans fit aussitôt examiner l'ouvrage et l'interdit. Les jésuites protestèrent qu'il avait été imprimé à leur insu, débité malgré eux, et produisirent un acte de soumission de Berruyer à la décision des évêques. La faculté et le pape joignirent leurs censures à celles des prélats, et le parlement exigea une rétractation plus explicite que Berruyer s'empressa de donner par écrit, avec l'engagement de supprimer la troisième partie. Les jésuites avaient encore plié pour ne pas rompre. Ils en furent quittes pour publier que le manuscrit leur avait été dérobé, et ils imprimèrent les E pitres à Lyon en 1758, toujours sous la rubrique de La Haye. Cette fois, l'indignation fut à son comble. La France entière retentit de mandements épiscopaux. Clément XIII ordonna des prières à la Trinité en réparation des outrages que renfermait contre elle cette troisième partie, et il écrivit, dans ses lettres apostoliques du 2 décembre 1758, que « la mesure du scandale était remplie ». C'était constater

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