‹ Encyclopédie des sciences religieuses;Chapitre 139 sur 158 · SOUCHE — STAËL · texte numérisé non relu

SOUCHE — STAËL

Irurtion priinairo toimil aussi iino grande placo dans préoccupations; il lit errer plusieurs écries, et à Lusignan même, où il fut nommé en IS.'ÎG, il t'taMit, dans une aile de sa vaste et belle maison, une école de garçons el de lilles. — C'était un homme de progrès : « Je suis de ceux qui marcheot, » disait-il. Après un ministère de quarante-trois ans, il avait droit au repos; il donna ?a démission en 1871, mais le consistoire le maintint comme président honoraire. Il est mort uu champ d'honneur: il revenait de visiter un malade, lorsqu'il fut atteint d'une attaque de paralysie, qui Tenjpnrta en quelques heures (25 janvier I87S . Par fon testament, sans parler d'autres dispositions bienfaisantes, il léj^uait au consistoire sa maison pioir servir de presbytère. Catholiques et protestants accompagnèrent à sa dernière demeure ce serviteur de Dieu, qui a vaillamment servi la cause de TEvangile et de la liberté et qui a laissé dans les églises du Poitou un nom justement vénéré. — Voir dans Xa Renaissance, février 1878, un article de M. Mourgues.

STAËL (M'""" de). — Pendant que Chateaubriand fÎBiscinait la sodélé des vingt premières années qui suivirent la Uévolution par la majrie de son talent et les enchantements de ses tableaux, pendant (ju'il réveillait les muses endormies au sou de sa lyre et qu il couvrait de lleurs laliinio de nos «liscordes civiles, philosophiques et religieuses, un autre écrivain éclairait les mêmes qucstioos, soudait les mômes problèmes du flambeau d*un esprit juste et net, et exerçait sur la génération nouvelle une influence lente, mais durable et pénétrante. Ce qui distingue le génie ds M"* deStaël, c*e8t une vive sensibilité unie à un grain! 1 on sens.c'est une de ces natures admiratives et aimantes qui sont faites pour mieux comprendre la vie que d'autres. De son sein débnrde un enthousiasme à la fois tendre et viril. L'enthousiasme, on ne saurait trop le répéter, est, comme la loi, la si»urce de toutes les grandes choses ; c'est le préeiirseur, l'ami, le compagnon du bien ici-bas. Taudis que le dénigrement, ce père du doute et des sombres puissances du mal, ne sait que flétrir, aigrir et dcssécber le cœur, l'enthousiasme l'élargît, le ravive et lui donne dei ailes. H"* de Staël voyait, découvrait la vérité par intuition. — Nul n'a répandu une plus grande quantité d'idées dans son siècle. Elles surgissaient, se réveillaient, se groupaient, s'organisaient spontanément en elle, formant une sorte de courilont elle di>|)<>sait à S(Ui gré. Non moins que Chateaubriand, elle possède le don de peindre, le coîur huiiiaiii surtout, plus curifu.v, plus divers, plus captivant à tout prendre, dans le jeu de ses caprices et au milieu des orages de la passion, que les seènei de la nature les plus éclatantes ou les plus étranges. Ghex M">« de StaSi, la préoccupation morale se trouve partout ; elle s*aGcentue à mesure qu'elle avance dans la vie et se mêle au sentiment religieu.v, d'abord ignoré ou mal compris, puis admirablement déUni et pressenti dans sa puissance individuelle el soeiale, comme dans la Iteanté de ses manifestations littéraires. L'ub'îo maîtresse, fruit lentement mûri et conquête douloureuse de re.vpérienct;, mais qu'elle développera sous les formes les plus variées et avec uuc insistance toujours nouvelle, c'est que « la veiiQ est nécessaire au bonbeur, n à laquelle viendra s'ajouter cette autre que le lot de la vertu, sur la terre, est la soufllranoe. On peut voir par là

eombien M">* de StaSl était préparée pour comprendre l'Evangile qui, en somme, no nous dit pas autre choso, tout en illuminant et en réchauffant CCS iilées du rayon do la grâce divine. Nous célébrons aussi en M"'" de StaM le preniicr én-iv.îiii protestant distinu'ué do la France moderne, — Voici sur elle un douMo jii^^pmcnt dont on appréciera l'autorité : Ce qui caractérisait avant tout, plus <iuc tout, M"'« de Staël, dit le duc Victor de Broglie, c'était d'une part une activité impétueuse, impérieuse, irrésistible pour elle-même, et d*une autre part, si j'ose ainsi parler, un bon sens inexorable. Dans toutes les transactions de la vie publique ou privée, dans toutes les préoccupationa de l'intelligence, étude ou méditation, composition ou convor?afion, son génie naturel la portait on plutôt l'emportait au but tout d'un trait, de plein saut, au linsard dt s dilTicultés. et l'exposait ainsi à dépas^er (jnebiue peu la nu^sure de l'actuel et du possible. Elle était la première à s'en apercevoir et la plus choquée du mécompte; son admirable discernement du vrai, du réel, de ce qui se cache au fond des choses et au fond des cœurs, réclairaitd*une illumination subite, la perçait du même coup comme d'un vif aiguillon; les retours étaient brusques, les réactions franches, comme on dirait en mécanique, en chimie, en médecine, et le plus souvent le dédain des précautions à prendre pour couvrir la retraite et pour ménager les transitions faisait beau jeu à la médiocrité envieuse rl niali;.;iie contre l'esprit supérieur... En y regardant de pri > on trouverait à tous les torts, réels ou supposés, de M'"" de Staël cette lutte entre deu.\ qualités émtnentes qui la dominaient touràtouraulieude se limiter et de se tempérer mutuellement. C'est ce qui rendit son existence oragiAise;VeBtce qui rendait son intimité, même son intérieur de famille, passion né , a rdent, timinltueux. « — Et voici ce que disait Vinet : « La sensibilité et le bon sen? sont peut-être ce qu'il y a de plus fondamental dans le talent de M"'*» de Slaël. Sa prompt'^ intelligence, ce don d'intuition, ces illuminations vives et soudaines, tiennent autant jn>nr le moins à la sensibibté qu'au talent. Elle atl'rme plus qu'elle ne démontre, mais ses aflirmations sont des preuves. Elle n'eut de système sur aucun sujet ; son idée fixe, son parti pris, en tout, c'est la morale. Elle écrivait trop avec toute son àme, et avec une âme remplie de trop de sérieux besoins, pour être parfaitement artiste. C'est surtout ( omine éloquent moraliste, comme peintre touchant du cœur humain qu'elle occupe une place si éminente dans la littérature. »

I. Anne-Louise-Germaine Merker est née à Paris en 1760, enfant unique du banquier genevois, devenu le ministre populaire de Louis XVI; sa mère était fille de pasteur, vive, enjouée, sérieuse, aimant les lettres. Elle reçut une éducation distinguée. Elevée dans les salons du dix«huitième siècle, elle assista aux derniers et brillants débats d'une philosophie surprise par la tourmente révolutionnaire. Sa place était sur un petit tabouret de bois, à côté du fauteuil de sa mère. Elle étonnait les savants par les questions qu'elle leur adressait, taillant en papier des figures de rois et de reine^ pour leur faire jouer la tragédie. Jeune lille, elle se fit remarquer par ([ueique chose de sentinienîal et d'extrêmement animé. Sou caractère dominant se révèle au premier abord : c'est la

convers'ition, la parole improviste. Ses livres ne seront ((irune conversation l)rillante. — A quinze ans, elle fait «les extraits <le 17is/>rî7 //fs /o/s, multipliant les lectures et les rédactions à la dérobée, débordant d'enthousiasme pour son përe.jalousedesa mère, traitant péle-méle tous les sujets sur un ton ingénument exagéré. Elle débute par des nouvelles et des romans et par un drame en vers qui dénotent une grande expérience de style et de composition. A vinpt ans, elle épouse le baron de Staêl-llobtein, ambassadeur lie Suède en France (qui résida à Paris jusqu'en n96et mourut en 180:2\ et lient elle-même salon. — Elle avait puisé dans le rommeree avec son piTe, (ju'elln adorait de toute la force de son àme et auquel elleaélevé des témoignages de reconnaissance et de vénération dans chacun de ses ouvrages, une admiration pour J.-J. Rousseau, un peu rectifiée parles expériences de l'homme d'Etat et ramenée par le courant des esprits aux idées religieuses. À vingt-deux ans, un an avant la Révolution, die commenta Rousseau :\ la maindeson pfere et livra au public cet affeetueai commentaire déjeune tille. Elle a hâte de dire sa pensée : « Comment consentir à renvoyer à l'époque d'un avenir incertain rexpression d'un sentiment qui nous presse? Le temps, sans doute détrompe les illusion?, mais il porte i[U( Iquefois atteinte à la vérité même et sa main di-structrice ne s'arrête pas toujours à Terreur. » C'était un humble hommage, plein d*une noble candeur et d'une passion ftliale littéraire, envers l'auteur préféré, envers celui auquel elle-même se rattachait. M"* de Staël n'était pas précisément poète; il eut été difficile de l'être h l'école de M. Necker. Mais les Lettres sur les écrits et le caractère de Rousseau (1778) portent l'empreinte des premières palpitations d'enthousiasme dont déborderont plus tard ses écrits. L'élément dramatique, dans S'S œuvres coninie dans sa vie, l'emportait sur l'élément lyriijue : sa nature intime la portait à l'action plutôt qu'à la contemplation. Ce qu'elle aiine. ce qu*elle relève dans Rousseau, c'est moins, comme tant d^antres, l'œuvre spéculative, bien imparfaite à tout prendre; c'est de n'avoir pu dédaigné d'ajouter l'enthousiasme à la pensée, pour persuader d'avoir su faire une passion de la vertu. « d'avoir affirmé que ce n'était point assez de démontrer les droits de l'homme, qu'il fallait encore leur faire sentir le prix qu'ils y doivent attacher. » On peut prévoir dès maintenant ce que sera M"'" de Staid, La théorie fin devoir trouvera sa place à côté de la théorie des droits : et de plus 1 idée du devoir ira s'embraser au foyer ardent de l'inspiration religieuse. Car ce qu'elle admire surtout en Rousseau, c'est <r qu'il était le seul homme de génie de soa temps qui respectât les pieuses pensées dont nous avons tant de besoin; il consulte l'instinct et consacre ensuite toute la force de la réfle.xion à prouvt r à sa laison la vérité de cet instinct. » Et tandis que « la philosophie rejette ces persuasions intimes, involont lires, qui ne sont point uées du calcul et de la méditation abstraito, Uoii-seau leur jT-'le l'appui de son is'^éuie, tâche de los fortilicr en moi, et loin d'uppnser ma raison à mon cœur, il cherche à les réunir pour faire pencher It balance et cesser le combat. » — Cependant la Révolution de 1789 éclata. Pour notre héroïne, c'était la réalisation de ses vœux les plot ardents, c'était la réhabilitation de M. Necker et le triomphe de sei

SÏÂËL

idées. Elle alla dans son enthousiasme et dans ses espérances plus

loin que. ?on père et ne 8*arrôta qu'avec les royalistes constitutionndls de 1701. Lji Terreur cependant glaça cet enthousiasme : elle quitta Paris avant les massacres do septembre rt trouva une retraite à Cnppet. dans le pays de Vaud. Elle y vécut avec son père, car, malheureuse dans son union, elle relusa d'y recevoir son époux. Elle fut sauvée de réchalaud par Manuel. Toute une année, elle vécut dans un état d'angoisse et d'oppression inexprimables, comparant depuis les terrasses de Coppet la paix de la natureiavec les horreurs déchaînées par la main des hommes. Elle jeta un cri éloq[uentde pi lié pour la reine {Réflexions fiir le proch de la reine f 1793) et écrivit une Epitre en vers au Malin ur, pleine d'un sentiment poétique, prosaïquement rendu. Ses Réflexions sur fa paix rxtcrieuve rt inlérirtirt' (ITDti, adressées à M. Pitt et aux Français, sont un appel à toutes les opininns, à l'ouldi, à la conciliation. M""" de Staël combat le lanatisme, a la plus redoutable des forces humaines, a Elle s'adresse, dans ces sentiments généreux, surtout aux royalistes, amis de la liberté et aux républicains, amis de Tordre, espérant mieux pouvoir se &ire entendre d'eux. On a pu dire que c'était là véritablement une lettre sans adresse. — M™* de Staël rentra en France sous le Directoire et rouvrit son salon. Elle publia, en 179.1, un Essai sur 1rs firtîons, toute remplie qu'elle était de l'idée de travailler h ime restauration littéraire. Elle y développe la théorie du ruuian qu elle doit appliquer bientôt. Déjà, dans ses Let 1res sur /tousseau, elle avait dit : « La véritable utilité d'un roman est dans son clTct bien plus que dans son plan, dans les sentiments qu'il inspire, bien plus que dans les événements qu'il raconte. L'amour peut quelquefois donner les vertus que la religion et la nu)rale prescrivent. L'orij^inc" est uunns céleste; mais il serait possible de s'y méprendre : quand l'objet de son culte est vertueux, bientôt on le devient soi-même. On est vertueux quand on aime ce qu'on doit aimer. » D'ailleurs le rôle du roman est tout naturellement tracé, et sa raison d'être ne saurait étri^ contc^^tée. « Le petit nombre des vérités nécessaires et évidentes ne sullira jamais à Tesprit ni au cœur de Thomme. La précison métaphysique appliquée aux affections morales de l'homme est tout à fait incompi|tible avec sa nature. » La vraie sagesse consiste donc à s'emparer des fictions et à les mettre à son service : <( La philosophie doit être la puissance invisible qui dirip:e leurs efforts. » Mais elle ne doit pas trop découvrir son but, car « si elle se montrait la première, elle en détruirait le prestij^e. » Plus le résiiilat auquel on voudrait que le roman tendit serait moral et philosophique, plus il laudrail parer à tout ce qui peut émouvoir et conduire an but, sans l'indiquer d*avance. Elle ne veut pas de romans spécialement philosophi<|ues, parce que tous doivent Fétre. — Ainsi, froissée par le spectacle de la réalité, l'imagination de M'"° de Staël se reporte vers des créations meilleures et plus heureuses ({ui doivent distraire de la douleur et être des consolateurs chéris. Elle se prononce avec force pour le véritable roman naturel, par l'analyse et la mise en Jeu (les passions humaines; elle repousse les fictions merveilleuses et les allégories, le surnaturel tantaètique ou féerique : elle admet les

fictions qui se rattachent à Tbistoiret lors^u oUes ne font que les développer, mais condamne les romans historiques propremement dits. La

vie humaine, dans sa réalité, doit être la base du roman, « t pour toute vérité on lui demande la vraisemblance. Ajoutons à ces indications, la rélloxinn ?i juste qui ouvre li' roniaii de Dcipliiii»' : h T-e> t'vénennMif> ne doivent rire dans les rouians (jnr l'occasion de développer les passions du co-nr liimiain. il faut conserver dans les événements assez de resâciuLluiice pour que l'illusion ne soit point détruite. N esliujons les romans que lorsqu'ils nous paraissent une sorte de confession dérobée'à ceux qui ont vécu, comme à ceux qui vivront. Observer le cœur humain, c'est montrer à chaque pas rinfluence de la morale sur la destinée : Il n'y a qu'un secret de la vie, c'est le bien ou le mal qu'on a fait. >

II. En 1796, une année après sa rentrée en France, M"" de Stafl publia son livre : /k' rinfhtenrr des pm^ninns sur le bonheur d*'s individus et des nations. La doctrine qui y est renferniéc est assez failde et sa vérité complète, sujette à contestations, c'est plutôt l'attention et le» sentiments qui l'animent qu'il faut louer : c'est le produit d*un génie cordial et bou, qui excite [ artout sur son passage des émotions salatairos et bienfaisantes, une sorte de spiritualisme poétique, à la suite de celui de Rousseau, et sans les convictions chrétiennes que M"*° de Staël exprimera à la fin de sa vie. Les passionssont. suivant elle, notre unique mal, en re qu'elles étouiïeut la semt nce de la vertu qui se trouve en nous. Ces passionssont au nombre de huit : l'amour de la gloire, l'ambition, la vanité, l'amour, le j* u avec l'avarice, et l'ivresse, l'envie et la vengeance, l'esprit de parti et le crime. Â coté de ces passiuus qui exercent une influence si fâcheuse sur le bonheur des individus et sur celui des nations, il y a des sentiments que Ton peut considérer comme formant la ii msition vers les ressources que nous trouvons en nous pour combattre les passions : c'est l'amitié, la l n liv^-e filiale, paternelle, conjugale, et la ruligion. 11 y a des gages de bonheur dans toutes les affections, mais à la c •iidition de renoncer à la réciprocité : or comme cettercnonciation est toujours diflicile. il est plu- sûr de s'adresser ailleurs. — On peut être étonné de la place que M""» de Staël assigne à la religion. Elle lui fait évidemment tort, en n'en attendant pas un grand secours dans la lutte contre les passions; Thomme vraiment vertueux, suivant elle, n*est pas celui qui est obligé d'avoir recours aux sentiments religieux pour combattre ses penchants, mais celui « qui exerce toutes les vertus et remplit tous les devoirs, sans se les être nommés, sans les avoir consultés d'avance, et qui, ne faisant jamais d'effort, n'a pas non plus l'idée du triomphe. Si tel était l'état naturel de riioiiiiiie. il n'aurait sans doute nul besoin de la religion. Mais cet homme vertueux, naturellement et sans effort, où le trouver, où le chercher? ESle craint d'aillems dans r&bdication que la raison fait à la foi deux choses : que rhomme ne se démette, en matière religieuse, des décisions qui lui appartiennent en propre, et qu'il ne puisse garder aucune mesure dans la croyance ao surnaturel. « Les esprits ardents n'ont que trop de penchant à croire que le jugement est inutile et rien ne leur convient mieux que cette espèce de suicide de la raison abdiquaut son pou voir par son dernier acte

et se déclarant inhabile àponsor. roinmos'il exi>tail i'ii « Ile (juelque chose de supérieur à elle, qui pût décider qu'une autre faculté de l'homme le servira mieux. Les esprits ardents sont nécessuirement lassés de ce qui est; et lorsqu'une fois ils admettent quelque ehose de surnaturel, il n'y a plus d'autres bornes h cette création que les besoins de Timagination et,s'exhaltant elle-même, elle n'a do repos que dansPextréme et ne supporte phis de modification?. » La fui, du ro?tp. suivant elle, n'est pas une fac-!:lté (ju'il dépende do nous d'acquérir. On esporo ou l'on craint, Mil <loiito ou l'on croit, solon la nature de l'osprit o( dos c<»nii)inaisoiis qu'jl l'ail uaitrc. « La religion est absolument indépendante de notre volonté, puisqu'elle nous soumet et à notre propre imagination et à celle de tous ceux dont la sainte ^autorité est reconnue. » Ainsi, au lieu de voir dans la religion la sauvegarde tutélaire, la réparatrice bienfaisante de la liberté de l'être moral, elle voit en elle une ennemie qui brise notre volonté pour nous soinuottre aveuglément à celle des autres. Ce point do vue, qui est celui du dix-liiiitiènie sièi le, a été modifié par M'"" de Slai 1 dans la suite. — Los ressources les plus assurées contre ses passion-, riiouinie les trouve en lui : c'est la philosophie, l'étude, la bieufaisaoce. La philosophie nous fait reconnaître le devoir de maîtriser nos pasàions et de les diriger : elle nous apprend à nous placer au'-dessus de nous-mêmes pour nous dominer, et au-dessus des autres pour n'en rien attendre. La bienfaisance, qui n'est que la forme appliquée de la bienveillance conseillée par la pitié, nous fait descendre de cette hauteur et nous mêle aux infortunes des hommes pour les f,Miérir et les soubig^or. L'auteur ne dévelo[)|.e que la première partie dos matières indiquées par le titre de son ouvrage; elle ne fait([uo donner quebjues indications sur le rôle du gouvernemeut des passions qui troublent le bonheur des nations. — M">* de Staël continua la série de ses publications par un ouvrage remarquable intitulé : De la litiératwe eontidérée dam set rapports avec les institaiions sociales (1800). Il peut être considéré comme une sorte de manifeste du romantisme naissant. Kl le y développe d'abord cette idée féconde et nouvelle que la littérature est l'expression de la société, qu'iui y trouve toujours laclefdos institutions et des mo'urs en vijxucur. Quant à la loi (|u'ello assi^nie au dovoloppemout littéraire et social, c'est celle du progrès, de la perioclibilité indéfinie et irrésistible de l'espèce humaine : les sciences, la philosophie, l'histoire, la poésie même participent à ce progrès, qui est d'ailleurs intimement lié à celui des institutions républicaines. La poésie en particulier est destinée à trouver, dans l'analyse des passions inconnues aux anciens, des accents plus profonds : elle doit puiser aux sources vives de la rêverie et de cette tristesse mélancolique dont Ossian est le type accompli. Tl en e?t il»' la [toésie comme do riiomme : ce qu'il fait de plus irrand. il le doit au sentiment douloureux de Tincomplet de sa dciilinée. Le sérieux triomphera alors du frivole qui trop longtemps a régné dans la littérature : on proscrira toute la fausse noblesse et toute la fausse élégance de notre poésie monarchique, et la littérature, plus éloquente et plus vraie, sera avant tout plus individuelle. Soyons nous-mêmes, s'écrie Une de Staël aux partisans obstinés du chauvinisme et en même temps,

avec un esprit de divination lii>luritjuc qui juge presque toujours juste, môme dans la littérature ancienne moins, familière à l'auteur, elle nveadiqae deux éléments que notre litténituie a trop méeomias et trup éeartés : Télément germanique et l'élément ehréûen. C'est sur eux cependant que repose principedement la société moderne avec toutes ses institutions. La poésie germanique u des beautés inconnues à la littérature classique, et il faut que l'esprit du Nord trioniphe sur celui da Midi; qiiatit au christianisiiie, il est un élément trop important dans notre civilisation nioderiip, pour qu'on puisse le négli^^er. Lui aussi a créé des beautés littéraires de premier ordre : et, ne dcdaignaul pa> de se servir des passions pour se rendre accessibles les masses, il peut utilement remplacer la philosophie dont Tinfluence sur Tesprit humain est bien moins générale, et moins acceptée. — L*ouvTage de M"^ de Stiil renferme une foule de pensées neuves mais inachevées, de questions à moitié soulevées; il signale des terres nouvelles, entrevues plutôt qu'explorées : son erreur Cii[>itale est de plact^r sous l'invocation de la i)l)ilos<qihie du dix-juutième siècle un ensemble d'idées, un avenir littéraire et social, qui est sans rapport avec elle, — C'est à ces conséquences, à cette absence d'une méthode rigoureuse et d*une théorie en tous points achevée que s'attaqua la critique contemporaine. Défendu par la Décade philosophique, louvrage de M">* de Staël fut vivement attaqué par M. de Fontanes et par Ghateaulffiand dans le Mercure. La réaction monarchique, religieuse et littéraire, qui date de 18U0, devait trouver en M""= de Staël et dans la théorie républicaine du progrès indéfini un adversaire décidé. Déjà le j)reniier con^ul visait à l'empire, la critique littéraire du Journal des I>ébuts réhabilitait le dix-septième siècle et condamnait le dix-huitième, le Mercure dt France était régénéré et acheté par le pouvoir, M. Laharpe rouvrait an Lycée son cours de littérature. D'un autre côté cependant, il ne (aut pas oublier que l'ouvrage de M™* de StaCl plaide également, mais à sa manière, la cause du christianisme, en montrant ce qu'il a fait pour l'humanité. U devançait d'une année le Génie du christianisme M. de Chateaubriand, si improprement appelé de ce nom malheureux, tandis que l'ouvrage de M'"" de Staël aurait pu, avec plus de justesse, s'intituler le Génie de Vhumnnilé. Il était aussi une apologie du moyen Age, au moyeu et par le point de vue de la littérature. — Tandis que Chateaubriand tend à humaniser le christianisme, M"^ de Staël parle de duistianiser l'humanité. L'un écrit en ikveur des autels désertés et des dogmes raillés, l'autre prend parti pour la nationalité méconnue, pour la spiritualité deThorame, pour sa liberté. L'œuvre de Ghateaubriaod a eu plus de succès en apparence; telle qu'il l'avait conclue, elle reposait sur une lictiun, et il ne prenait dans le christianisme que de briliaules et de chatoyantes manifestations qui ne tiennent à son essence que |)ar le lien le plus lâche et en constituent parfois l'abus le plus choquant. Son action sur la société française a été néfaste, puisqu'elle a compromii la cause de la religion, imprudemment associée à la réaction monanhiqiie et cléricale. L'inHuence de M"* de Staël, pour s'être montrée plus lenle et plus restreinte, a été tout autrement bienfaisante. Elle voulait pe^

SlÂËL

suader par des principes plutôt que par des émotions esthétiques et des

images. Or leâ principes ne pénètrent que lentement dans les âmes et deniandent la lungue et rude éductitiun de l'expérience. La semence, que M'"" de Stai-l a jetée dans im soi inj.q-;il el rocailleux, n'est pas encore recueillie en gerbes don'os; d( i)uis longlcmps déjà, les parterres de roses de Chateaubriand sont ianôs. Oppost's d ahord par leurs amis et rivaux par le génie, quoique pleins d'une admiration réciproque, ils se sont rapprochés plus tard, grâce à M"*^ de Duras et Récaniier. Chateaubriand surtout, le moins impartial des deux et qui a survécu à sa rivale, a eu l'occasion de modifier et de rectifier ses premiers jugements sur un caractère et un talent mieux connus.

IIÏ. En 1802, parut Delphine^ qui est une touchante personnification des années de pur sentiment de M'"^ de Staël. Malgré ses efforts de mettre en pratiijue la théorie développée dans Y L'sf,ai sur les fictions^ le roman de Delphine n'est pas encore tout naturel. Déjà la loinic par lettres a quelque chui^e de convenu et d'arrangé. Ou a voulu voir des portraits dans les divers personnages du roman : cela est vrai peut-être pour quelques-uns d'entre eux, notamment pour ThéroïnedaDs laquelle M'>* de Staël s*edt présentée ello-méme. Delphine porte pour épigraphe cette maxime de M">*Necker: « Un homme doit savoir braver J'opinion; une femme s'y soumettre. » U présente un tableau passionné de la con* dition malheureuse de la femme au milieu de la société moderne où la bonté a moins de chances de bonheur que l'égolsme prudent. Ce qui a inspiré ce roman, c'est la haine et le mépris contre ce qu'on appelle comiiuinéiuent roj)iiiiun puhliijue. Ce sont les personnes los plus mauvaises de la soiielé dans la main desquelles se réunisst iit les fils du tissu (jui est assez Tort pour paralyser la plus énergique volonté. De la crainte qu'inspire cette force mystérieuse est née un pharisaïsme hypocrite qui regarde le dehors comme l'essentiel et étouife en germes tous les sentiments gmnds et nobles. Tantôt il se montre sous le masque de la vertu abstraite, tantôt sous celui d'une dévotion ombrageuse. — Delphine est une forte et virile nature.qui ne cherche ht règle de sa conduite qiren elle-même et qui, remplie des plus généreux sentiments, est résolue de se laisser guider par eux seuls. La vertu, à ses yeux, n'est q\w la continuité de ces niuuveinents j^énèreux. et elle est toujours punie du bien, jamais du mal qu'elle a lait. Malgré sa i'oree de volonté, elle est écrasée par la puissance de l'opinion publique. Déçue dans ses recherches, poussée de renoncements en reuonceinents, elle est obligée de s'avouer vaincue sans cependant renoncer à son principe. Mais ce dernier a-t-il été mûrement considéré? Que M"** de Staël ait senti qu'il y a bien des points contestables dans la conduite de Delphine, cela ^sulte du ton mélancolique du livre : « Adieu, étes-vous heureuse? Avec un esprit si supérieur n'allez-vous pas quelquefois au fond de tout> c'est-à-dire jusqu'à la peine? » Non, l'homme ne <loit point braver l'opinion, la femnte ne doit point s'y soumettre : toutes deux doivent l'examiner, se soinnettre à l'opinion lé^ntimc, braver l'opinion eorroinpiip. L'un n'est pas condamné au scandale, ni l'autre à l'hypoerisie : le Lien et le mai sont invariables et toutes les convenances s'arrèlenl

STÂEL

devaat CCS limites éteraelles. — L'apparition deDeipliiae souleva uuc vive critique de la part des journaux loonarchiques et classiques coalisés. Tout le pharisaïsme officiel du temps cria à Timmoralité et à Timpiété. Micbaud écrivait dans le Mercure : ««Delphine parle de Tamour comme une bacchante» de Dieu comme un quaker, de la moit comme un grenadier, de morale connue im sopliistc. » Cependant M"""* de Staid avait un sentiment profond du bonheur dans le mariage, de rinipossibililé d'être lieureuse ailleurs, et son livre est un aveu douloureux des ohstarles auxquels le plus souvent le bonheur se brise. Quant à ses sentiments religieux, ce sont encore ceux du vicaire savoyard, c'est-À-dire un déisme sentimental. Seuls, les écrivains dela/^éca^edéfendirentM^^deStaSl.— Vers la fin de Tannée 1803, un changement eut lieu dans la detttnéè de M"* de Staël. Napoléon, oll'ensé par ses épigrammeset par les indiscrétions du livre «le M. Necker : D<'rnières vues de politique et de finances, prononça contre elle un décret de bannissement. Il voulait bien lui laisîer tonte la France, si elle lui laissait Paris. Elle devait s éloigner à quarante lieues au moins de la capitale. M'"* de Staël rompit brusquement avec lui en partant pour rAlleniagnc. EUle visita VVeimar» léna et Berlin et s'y familiarisa tant bien (|ue mal avec la poésie et la philosophie allemande qui rémancipa de celles du dix-huitième siècle. Accompagnée de Scblegel, le précepteur do son fils, elle se fixa, après la mort de sen père et un voyage en Italie, à Coppet, où se groupa bientôt autour d'elle une colonie de poètes et de savants. A leur tète se trouvait Benjamin Constant, cet esprit mobile, ce earaclrre inconslauf, ee causeur prodigieusement spinluel (jui savait remuer tant d idées, ouvrir tant d aperçus et dans iet^uel M""^ de Staël, dont une amie avait dit ; « Si j'étais reine, j'ordonnerais à M"* deSta&l déparier toujours, » ne trouva pas seulement un hôte agréable, mais un excitateur de premier ordre. Puis venaient Bonstetten, Sismondi, de Barante, Scblegfl, Zacbarie Werner, Chamisso. La poésie anglaise, dans la personne de Byron, ny vint qu'en 1810. Plus de trente personnes étaient souvriit réunies dans le château et prenaient jjart à ces lon[;ues conversations philosophiques cl littéraires sous les ouibrages du paiv, qui étaient de véritables fêtes de l'esprit. On jouait aussi des drauies, des tragédies et l'on en cooiposait. Cependant, dans cette cour si brillante, M*"* de Staël était en mal de la capitale et du « ruisseau de la rue du Bac » : elle essaya souvent de s*en rapprocher autant qu'il lui en était permis, mais le séjour des villes de province lui était insupportable. Une fois uiéme, t lle vint furtivement à Paris et y fit quelques tours au clair de la lune le long des quais, mais la police lut avertie et ille dut en repartir au plus vite. — Lr Itruit qu'avait excité l'aïq^arititui d<î Delphine lut bientôt élouilé |»ar celui qu'excita Connut' {[H(n). Le succès en lut instantané, universel. Avec Corinne, M"** de Staël a décidément désarmé ses adversaires. On raconte que Napoléon, à qui tout ce déploiement d'euthousinsme déplaisait fort, inséra lui-même une critique amère du romau au Moniteur^ mais l'entraînement de la foule fit justice de ces attaques et yV'-" de Staël fut considérée avec Chateaubriand comme la première gloire littétéraire du temps. Il y a deux choses dans Corinne : la peinture de

ritalip ot le roman ou plutiit l'analyso psychologique. La peintur«> de l'Italie est admirable, mais on sent que c'est une étrangère qui l'a faite; c'est-à-dire qu'elle est idéalisée. La littérature italienne est mieux décrite qod Tart, et la société mieux que la nature : cependant renthousiasme tpà lègfne dans ces pages et qui fidt revivre devant nous ces grandioses merveilles, plus merveilleuses encore par rauréole qu'y ajoute le souvenir, dénote une âme vraiment artiste et sensible nu culte du beau rommp au cullo du vrai. Corinne couronnée au Capitule ou improvisant au tap Mysone laisse une longue et indéfinissable impression esthétique : c'est un chef-d'œuvre de peinture littéraire. Ajoutons aussi ([ue le mérite de l'ouvrage est encore rehaussé par le coloris admirable et la noble fermeté du style, beaucoup plus correct que celui des ouvrages précédents. — L'idée-mère de Corinne, ainsi que les caractères, sont les mêmes que dans Delphine. II faut, quand on est femme et qu'on a du talent, choisir entre la gloire et le bonheur, entre le libre emploi de son talent et les intimes douceurs de la vie domestique. En d'autres ti-rmes, « la ^'loire n'est que le di-uil éclatant du bonheur; » uno femme de '^^énie est nécessairement malheureuse, parce que personne ue lacompreml et que les conventions sociales la gêneront toujours. Corinne lutte entre les impérieux besoins de son âme de génie et entre les non moins impérieuses nécessités du devoir et de la vie sociale, entre le principe esthétique et le principe moral. « En cherchant la gloire, dit-elle, j'ai toujours espéré quelle me ferait aimer. » Mais son midheur, c*est d'aimer trop passionnément, et sa puissance d'aimer n'est que sa puissance de souffrir. C'e^t là précisément le sort réservé au génie ici-luis : « De toutes les facultés de l'àme que je tiens de la nature, celle de souifrir est la seule que j'aie e.xercée tout entière. »

IV, L'ouvrage de de Staël, De V Allemagne ^ fruit de six années d'études et d'espérances, devait paraîtra en 1810. Déjà l'impression soumise aux censeun impériaux s*achevait : la censure avait rayé quelques passages caractéristiques. A propos de Frédéric le Grand, l'auteur avait dit : « Un homme peut faire marcher ensemble les éléinnits opposés^ mais à la mort ils se séparent. » Ce passage fut considéré • cpmine une allusion et supprimé. De méuje l'observation qu'à Paris la vie était si brillante qu'on y pouvait le plus facilement supporter l'absence du bonheur. Mais la An du livre fut surtout incriminée : « 0 ^ France! terre de gloire et d'amour! si l'enthousiasme un jour s'éteignait sur votre sol, si le calcul disposait de tout et que le raisonnement seul inspirât même le mépris des périls, à quoi vous servirait votre beau ciel, vos esprits si brillants, votre nature si féconde ? Une intelligence active, une impétuosité savante vous rendraient les maîtres du monde, mais vous n'y laisseriez ijue la trace des torrents de sable, terribles comme les flots, arides conjnic le désert. » Après la suppression do ces passages, le livre fut imprimé, mais, par uu brusque revirement de la police, toute l'édition fut anéantie et M"* de Staël sommée de quitter la France dans les vingt-quatre heures. Sur sa demande si c'était parce qu'elle n'avait pas fait l'éloge de l'empereur, il lui fut répondu qu'il ne pouvait se trouver dans le livre de place qui fût digne de lui. Le

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ministre de la polie ajoutait brièvement : « Il m'a paru que l'air dcc* pays-ci ne vous cojivenait point, et nott» n'en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admires. » L'ouvrage parut à Londres en 1813. Le livre DeVAUemagne est, comme on Ta dit, une entreprise de réaction contre le triple despotisme d'un homme en politique, d'une tradition en littérature et d'une secte en philosophie; en même temps il nous présente la vive image d.' la soudaine éclosion du prénie allemand. — L'Allemagne a surtout a.nsfrvé le principe de l'enthousiasme, u L'enthousiasme prête de la vie à œ qui est invisible, et de l'intérêt à ce qui n'a point d'action immédiate SOT notre bien-être dans ce monde. » Cet enthousiasme» présenté comme 1« ferment essentiel de l'histoure, heurtait de front le mécanisme du système politique de Napoléon : il ne peut naître que là où de grands soins sont donnés à la culture de la vie intérieure, cette source intarissable lif poésie. Cependant l'enthousiasme, tout en respectant, en sauvegardaut la liberté individuelle (l'individualisme ', ne point isoler l'individu de< autres, ni surtout isoler la sphère théorique de la sphère pratique, li pensée de la réalité. M""» de Staèl, tout eu proclamant l'Allemagne la terre classique de l'enthousiasme et en découvrant combien la vie intérieure y est cultivée avec soin, relève avec une grande justesse de jugement le contraste qui y règne entre Les sentiments et les habitudes, entre le talent et I* goût. Elle signale de même la disproportion si choquante entre la vie des penseurs et la vie de la nation, entre le pur enthousiasme des artistes et des idéalistes et les mœurs -.-roiisières du peuple; nous pourrions ajouter, avertis par une expérience cruelle, entre la pureté lumineuse des théories et le manque de délicxiteise, de générosité dans les procédés. Ce sont deux sphères encore juxtaposéeg et isolées, qui ne se sont point pénétrées. On ne souffre point du joug en littérature, et dans la vie pratique on ne saurait marcher que sous le joug. — La différence entre le caractère français et allemand, telle quelle ressort surtout dans la conversation, dans le langage, dans la manière d'exposer ses impressions, de formuler ses jugements et de se conduire en société (les seuls points que M'"« de Staél ait pu approfondir), celte difiérence, disons-nous, est indiquée avec finesse dans le livre De i Allemagne. Passant au domaine de la littérature, l'auteur y montre encore le Français, disposant avec habileté le .cadre, la carcasse, l'enchaînement des idées et des fiiits et s'énooçsDl ï la fois avec clarté et avec éloquence, mais souvent pauvre d*idées et dénué d'originalité. L'Allemand, au contraire, puise à la source même de la beauté littéraire ; il observe la nature, il interroge le cœur huinaiu, il peint ses passions. M'"" de Staël fait voir avec évidence que le raisonnement combiné avec rélo(iuence n'est pas encore la j»oésie, et que b' principe de l'art ne doit pas être cherché dans l'imitation de la nature, mais dans le beau idéal. Elle voudrait délivrer la littérature française de cette tendance exclusive à l'abstraction, à la généralisation etlanuneoer à l'étude et à la contemplation de la nature vivante. Elle montre également un souci croissant de la moralité dans les écrits : un kxW. n'est moral que lorsqu'il sert par quelque endroit au perfectionnement. La

génie ne doit servir qu'à manifester la bonté suprême de l'ànio. — Passant à l'étude de la philosophie allemande, M"'« de Stai-l montre l'ominenf . plie aussi,nialgrt' la spliôre al»>traitod;in« laquollo ollr s(MiiPUt, e?t im[)régiu'e du principe do renthousiasinc. Il ost vrai «lu'cllo n aime tant ces penseurs allenjands que parce qu'elle les croit spiritualistes, tandis qu'ils n*étaient quldéalistes, ce qui est loin d'être la môme chose, mais m£me dans l'idéiUisine, il y a un gain et comme une conquête sur le naturalisme. Elle note avec bonheur la place de Téiément moral dans toutes ces recherches et ro<ïrette seuleinont qu'avec cette profusion d'idées neuves que répand la philosophie allemande elle dédaigne de mettre en circulation des idées communes, rVjt-à-dire nccessibles à tous. La voilà entièrement débarrassée des liens de la philosophie française du dix-liuitième siècle et elle insiste sur un ordre de doctrines (q)p()sé à celui des idéologues. — 11 faut relever surtout les pages que M'"* de Staël a consacrées à la religion : il s'y révèle une abjuration complète des principes du dernier siècle, et un retour siacère vers le christianisme. Tandisquele dix-huitième siècle alliait toujours le scepticisme et le zèle de la liberté, la religion et le pouvoir absolu, M<"* de Staël mêle à l'espuir du pro<rrès un moiivement de confiance religieuse, et. sans abjurer l'enthousiasme, elle s'etlorce de le régler en présenrc (!*■ Dieu. C'est évidenimi'ut l'Alleniagne <jui l'a initiée aux ventés chrelienues, en lus lui taisant chercher et trouver par le cœur. Que de pensées justes et profondes on pourrait détacher de cette quatrième partie du livra De V Allemagne! Présentées sans lien, sans développement et comme inconscientes du système auquel elles se rattachent, elles n'en contiennent pas moins le programme du spiritualisme chrétien et du renouvellement théolopique contemporain. Nous n'en donnerons (jue quelques preuves décisives : " Il est diflicile, dit-elle, d'être religicnx à la manière introduite par les esprits secs, ou par les hommes de lionne volonté qui \ oudr.iifnt faire arriver la religion aux honneurs de la «lémonslration scicntifiijnc. Ce qui touche si intimement [au mystère de l'existence ne peut être exprimé par les formes régulières de la parole. Le raisonnement dans de tels sujets sort à montrer où finit le raisonnement ; et là où il finit commence la véritable certitude; car les vérités du sentiment ont une force d'intensité qui appelle toute notre aide à leur appui. L'infini agit sur l'àme pour l'élever et la déL'a;jfer du temps. » Que nous voilà loin de rintelhn'lualisnie infécond du dix-huitième siècle ! — « La religion n est rien si elle n'est pas tout, si rexisteinM; n'en est pas renq)lie, si l'un n'entretient pas dans l'ànie celte fui à l'invisible, ce dévuuement, cette élévation de désirs qui doivent triompher des penchants vulgaires auxquels notre nature nous expose. » Voici de quelle manière M"** de Staël définit et caractérise le protestantisme : c'est « la réunion d une foi vive avec l'esprit d'exameo. La raison n'a prdnt t ait tort à leur croyance, ni leur croyance à leur raison; et leurs facultés nioralis ont toujours ai;i ensemlile... {^'esprit humain l'tail arrivé à une (''piMjiie oii il devait nécessairement examiner poin- croire. L'i-xaiiien peut allaildir . cette foi d'habitude que. les honnues font bien de conserver tant qu'ils le peuvent ; mais quand l'homme sort de l'examen plus religieux qu'il

n'y était critn', cVst alors quo la religion est invariablement fond»'»-; c'est alors qu'il y a paix entre elle et les lumières, et qu'elles se servent mutueilt'iiieiit... Le ehrislianisme a d'abord été fondé, puis altéré, puis exajaiué, puis compris... Il faut examiner, non dans le but de détruire, mais pour fonder la croyance sur la conviction intime et non sur la conviction dérobée. Il y a d'ailleurs une harmonie préétablie entre la vérité et la raison humaine qui finit toujours par les rapprueher rons de l'autre. » — Avec quelle précision Tauteur signale l'écueil du rationalisme! « Ces théologiens s'appelaient raisonnables, parce qu'ils croyriirnt dissiper tous les genres d'obscurité; mais c'était mal dirifier 1 o.^pril d'examen que de vouloir l'appliquer aux vérilésqu'ou ne peut pressentir que par i'ciévalion et le recueillement de l'âme. L'esprit d'examen doit servir à reconnaître ce qui est supérieur & la raison, comme un astronome marque les hauteurs auxquelles la vue de Thomme n'atteint pas : ainsi donc signaler les régions incompréhensibles, sans prétendre ni les nier ni les soumettre :iu langage, c'est s(; servir de l'esprit d'examen selon sa mesure et selon son but. » M""" de Staël s'indigne contre ceux qui recom mandent la religion uniquement comme un frein pour le peuple, connue un moyen de sûreté publique, eonune un garant de plus dans les contrats de ce monde 1 a 'Se savent-ils pas que les esprits supérieurs ont encore plus besoin de piété que les hommes du peuple? Car le travail maintenu par Tautorité sociale peut occuper et guider Is classe laborieuse dans tous les instants de sa vie, tandis que les hommes oisifs sont sans cesse en proie aux passions et aux sopbismes qui agitent l'existence et remettent tout en question. » La distinction entre le mysticisme et le dogmatisme est linenienl oliservée : « La religion est un commandement; la religion mystique se fonde sur l'expérience intime de notre cœur. » Quelle juste réllexion aussi que celle-ci : « Quoiqu'il soit très sage d'enseigner la morale, il importe encore ^us de donner les moyens de la suivre, et ces moyens connstent, avant tout, dans l'émotion religieuse... La plupart des prédicateurs s*en tienneotà déclamer contre les mauvais penchants, au lieu de montrer comment od y succombe et comment on y résiste... Nous attendons d'eux les mémoires secrets de l'Ame dans ses relations avec Dieu. » Et encorp : « Il n'est piis vrai que la religion rétrécisse l'esprit ; il l'est encore uiu/ns que la sévérité des principes religieux soit à craindre. Je ne connais qu'une sévérité redoutable aux Âmes sensibles, c'est celle des gens du monde ; ce sont eux qui ne coni^ivent rien, qui n'excusent rien de ce qui est involontaire ; ils se sont fiiit un cœur humain à leur gré pour le juger à leur aise. » — Quelle belle conclusion enfin que le vœu qui termine le chapitre lY :« Les hommes dont les affections sontdésintéresséesetlcs pensées religieuses; les honnnes qui vivent dans le sanctuaire <le leur conscience et savent y concentrer, connue dans un nnroir ardent, tôt:? les rayons de l'univers; ces honnnes, dis-je, sont les prêtres du culte <ir l'âme, et rien ne doit jamais les désunir. Un abîme sépare ceux qui se conduisent par le calcul et ceux qui sont guidés par le sentiment; toutes les autres difiTérences d'opinion ne sont rien, celle-là seule est radicale. • ]1 se peut qu'un jour, un cri d'union s'élève, et que l'universalité des

chrétiens aspire à professer la nn^mc roligion théologique, politique et niorale, mais avant que ce miracle soit accompli, tous ]o<^ hommes qui ont un cœur otqui lui obéissent doivent se respecter mutuellement. » — L'influence du livre De i Allemnçfne en France fut prodigieuse : il lirisait le cercle étroit de notre littérature et donnait pl< inc carrière au ronjantisnie; il faisait connaître le caractère du peuple allemand et de sa littérature, ignoré jusqu'alors. Le dix-septième et le dix-huitième liède n'avaient point connu FAIlemagne; Charles Villers leva un coin du voile par son Eaai sur t influence de la Bé formation : il iSût voir dans son vrai jour le mouvement de la Réforme et ses héros. Mais, à la suite du livre de M"" de StaSl, on voulut connaître cette littérature si riche, si originale, si neuve : on n'y découvrit, il est vrai, qu'un nouveau principe d'art et de littérature, la passion du vrai, du l)eau, du lùen, et im^me M. Cousin, dans son Vot/nf/f m Allemagne : 1817), n"en rapporta que la passion pour les «iroiis de l ame et de la conscience et non une connaissance exacte et profonde df la philosophie allemande. Ce nVst que de nos jours que de savants initiatenrs ont fomiKarisé la France avec la science et la critique allemandes. Saint-René Taillandier, H. Blaze, Edg. Quinet, dans la Revue dee Deux-Mondes^ Littré et son école, NefiPtser, MM. Ch. Dollfus, Renan et d*aatres. Quant à Henri Heine, dans ses deux volumes De V Alterna-' gne. il a présenté un tableau très piquant mais peu exact de son pays, et a fait une criti(jue très injuste du livre de M"><' de Staèl,

V. M"'" de Stai'l quitta Coppet en 18i-> : elle s'y trouvait trop à l'étroit, surtout dans son imng-ination. Elle étudia la carte de l Europe connue le plan d'une prison d"où il. s'agissait de s'évader. Pleine encore de l'amertume causée par la suppression de son livre, voyant des amis frappés par leur attachement pour elle, ou d'autres Tabandonnant pour se rallier à Tempereur, ne voulant pas demander grAce, pas même à propos de la naissance du roi de Rome, auquel elle se borna à souhaiter une bonne nourrice, elle voyagea de nouveau h Vienne, ?i Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Stockholm et à Londres. Elle publia, ù Stockholm, ses Dix ans (Vexil, remplis de sa haine contre Napoléon et de récits charmants de voyages. Elle se maria avec M. Hocea, ancien milit;n"re, auquel elle vouait un culte de reconnaissance, et i»e rentra en France qu'avec la Restauration anuon» ant, dans Louis XVI II (ju elU; avait connu eu Angleterre, un roi très favorable à la littérature, et converti aux idées politiques anglaises qui lui rappelaient le plus celles de son père. Cependant, c*est précisément de ces idées modérées selon les uns, trop libérales suivant les autres, et flétries plus tard par le nom de doctrinaires, qu*elle devait souffrir durant les dcu.T dernières années de ea vie. Elle se réfugia de ces souifrances, produites par les divergences politiques, dans la famille et dans la fidélité h Celui «pii ne peut nous être infidèle. Elle mourut en I8!7, disant à M. de CliAleauhriand : « J'ai toujours été la même, vive et triste, j'ai aimé Dieu, mon père et la liberté. » — Eu 1818, furent publiés par son tils et par son gendre ses Considérations sur les principaux événements de la dévolution française : ce devait d'aJjord être le récit de la vie publique de son père, mais la Révolution

STAÈL — STANLEY

vint forcer ^on cadre; M"'" do Stai'l avoue le principe de la Révoltion et en désavoue les excès : file croit pouvoir la dériver des idées de quelques hommes de ^«^énie pt surtout de son père. Elle montre partout la supériorité de la morale sur le calcul . au point de vue de la morale même. Le livre se termine par un paraHèle entre la Franee et TAngleterre, flatteur surtout aux mœurs et aux institutions de ce dernier |Hiys. On a excellemment dit de ce livre, qui reste Tune des meilleures et des plus sages appréciations de la Révolution, qu'il était né de l'inspiration du bon sens et que r"était un livre d'homme écrit par une femme. Tl dut suliir les attaijuos assez violcnlos des représentants de l'école catlio]iqin> »'t Mionarchi-iuo. — M^'o de Stai'd a laissé deux enfants, distinfjués \mk cuMir. Sa fille a épousé le duc Victor de Broglie, esprit noble et cullivv, qui flotta entre le catholicisme et le protestantisme, la légitimité et les idées libérales ; elle fut très pieuse et très éminente et laissa des Leltre$ et Fragments ^Tfieïni des sentiments les plus chrétiens/^lle est la mèie du duc Albert de Broglie et d'une fille qui épousa le comte d'Haussonville et (|ui réunissait en elle, dans un accord à la fois puissant et charmant, la plupart des qualités qui distintruaient la doulde racr> d'i»îi olle était sortie; esprit vaillant, fécond, tourné sans ellort à toutes les haut^'S idées, éprise de toutes les conceptions originales, capable de les réaliser elle-même dans des écrits {Robert Emmet, Maryuen'te de Valais^ lord Byron) dont la virilité a pu rappeler par moments, et malgré la distance, le souvenir de son aïeule. M"* Louise d'Haussonvilleest morte en 1882, à 1 âge de soixante-quatre ans. Le fils de M"*** de Sta6l, Auguste de Slai l, occupa une place éminente parmi les philanthropes chrétiens de la Restauration. Il mourut tnès jeune. — Sources : Baudrillard, Elog" df M"*° Sfopl, iH.)(); Vinet. Taljlt'au<ii'la litlèrnture franrnise nu dlxneuvièiuii sirc/e, I; Sainte Beuve. Portraits du femmes', yuurenn.r Lundis, II, etc. Les Œuvres compli'les de M'"" de Staël ont été publiées par son fils en 1821, 17 vol. in-8".

STANIiEÎ (Arthur Penrhyn), doyen de Westminster. — Lamennais a écrit quelque part dans une heure de sérénité: « Si la haine» la colère, Tiojure poursuivent pendant sa vie l'homme qui ne connut que le juste et le vrai, la justice s'assied sursatouiln . > Ce n'est pas assez dire pi^iir Stanley; c'est l'anuiur qui s'est assis sur sa tou)he pour célébrer tt <mi1tiver sa mémoire. Jamais funérailles plus émouvantes ne furent rélélmv;. dans l'antique abbaye. Parmi toutes les couronnes sous lesquelles disparaissait la bière funèbre, on en remarquait une que des amis de Franes avaient fait déposer avec cette inscription qui résumait bien l'oravredeeelai qui faisait le triste objet de la cérémonie : « Au vaillant apôtre de Vtmité de rt'sjtrit par le l'u'u dr In p<ii.r. » — Arthur Penrhyn Stanley naquit le 13 décembre 181o à Alderleydans le Ghestershire, d'une familK allit^ à celle des ducs de Drrliy. (jui a fourni h la piditique plus d'un liouimo d'Etiit.On dit que. dans son enfance et sa promit're iiMinesst\ rcl li<ii!ime que nous avons connu si ouvert, si gracieux, si prompt à la réplique, causeur charmant, nourri d'anecdotes fines et piquantes, toujours prêt à nouer de nouvelles relations, était atteint de ce qu'on a appelé « la manie anglaise » et qu'il était particulièrement $hy. État moral que

STANLEY

nous ne connaissons ^ère de ce côté de la Manche : mélange de timidité, de réserve, de gaucherie, défaut d'expansion, disposition h rester renfermé en soi-même. On trouvera un portrait fidèle de l'écolier dans le livre célèbre qui peint sur le vif la jeunesse anglaise, Tojn Iir<>ini\ School Day<i; '\\ y apparaît sous son prénom d Arthur. Son père était un des représentants les plus estimables de ce clergé anglican qui remplit au sein de la nation une mission sociale tout autant qu'un apostolat religieux. Administrateur vigilant, zélé pour toutes les œuvres utiles et morales, plus philanthrope que théologiden, très versé dans les sciences naturelles, il n'avait rien du prêtre. Son élévation à Tépiscopat n'avait pas développé chez lui l'orgueil sacerdotal et il regrettait que l'on témoignât plus de zMe pour TF^Hi^o que pour le ' îtri-tianisme. Dans toutes les questions pûliti(|ues ou roligiouses ses syiii[)aLhies lo portaient du coté libéral; et il fut le premier évèquo qui appuyât une pétition pour modifier le serment d'adhésion aux XXXIX articles. Sa mère était une personne d'une distinction rare, d'une largeur d'esprit et de cœur peu commune, • et qui Ta inspiré dans toutes les périodes décisives de sa vie. Sidney Smith disait d'elle, pour indiquer la pureté et la finesse de cette nature d'élite» qu'elle avait une âme de porcelaine. Ça été l'heureuse fortune de Stanley d'avoir vécu dans l'intimité de deux femmes supérieures qui l'ont ennobli et u'iotici sans l'étrindrc sous une bigoterie étroite. Sa fomnie, lady Augusta, (le r.uitique famille des Bruce, avait fait du salon de l'Abbayo le rendez-vous de tout ce qu'il y avait à Londres de distingué dans toutr'S les sphères et elle lui laissa connue dernière reeonnnanilatmn le conseil d'entretenir ses relations avec les lioiuinesdo science. A quatorze ans de distance, lu même jour, le mercredi des Ceudres, Stanley perdait sa femme et sa mère. FamiHer dès sa jeunesse avec la langue des vers, lauréat heureux dans des concours de poésie, & l'université, il chercha à soulager son âme en donnant à sa douleur cette forme poétique qui nous délivre un moment de l'oppression do l'angoisse. Grand admirateur du recueil de Keble, The Christian Year, il se plaisait à composer chaque année, à propos des fêtes chrétiennes, un cantique et il se proniettait de recueillir un jour dans un petit volume tous les chants qu'il avait semés le long de la route. — Avant d'entrer à l'I'niversité d'Oxford, il passa plusieurs années à l'école de Rughy sous la direction du docteur Arnold, dont il resta le disciple bien aimé. Sa reconnaissance el sou amour pour son maître se traduisirent plus tard par cette biographie qui raviva l'influence de ce puissant éducateur et fit dire à quelques-uns queThistiH rien avait prêté de son génie à son héros. Elève brillant de l'Université, il remporta plusieurs prix dans les concours universitaires et, après avoir continué ses études avec le titre et les privilèges de fel low, il ïul nommé Tutor d'un des coli; L:es d'O.xford. Chanoine de Gantorbéry en ISriO, il fut rappelé à Oxford en IHoii, commeprofessenrd'hisloire ecclésiastique. Avant d'ouvrir son cours il alla visiter la P.ilestine et il a consigné dans son livre, Palestine and Sinat. les résultats de ses explorations. H excelle à rattacher la peinture des lieux aux récits du passé et il est servi dans sa tûchi d historien et «l'archéologue par une imagination vive qui saisit le côté pittoresque des choses et réussit à vous communiquer les émo-

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tions qu'il a lui-même éprouvées. Eu 1HG2 il fut chargé par la leiae d'accompagner le prinee de Galles en Orient ; et il a publié sous le nom de Sermon» in fhe Eatt les discours qu*il prononçait chaque dimaïKlM devant la caravane royale et dont le sujet lui était tout donné par le site

au milieu duquel ils faisaient une halte. En 1863, il fut nommé doyen de l'iildmyo de Westiiiinstor. pl;ic»'i> ?ous le vocilde do S liiit-Pirrre, — L'éloquence de Stanley ne manquait ni d'ampl» iir ni de iiuuivenienl et si elle appartenait plutôt au genre tempéré elle était lumineuse et persuasive. Ce n'était pas le coup de tonnerre qui terrasse, ni le coup d*aile qui tous transporte; mais il s'emparait de votre attention, il tous charmait, vous touchait et vous élevait Aur les sommets ensoleillés on sereins où Ton ouvre la poitrine avec bonheur à un air vivifiant. H n'était pas préoccupé de serrer son texte de près, de Tépuîser; c'était plutôt pour lui un thème sur lequel il exécutait les variations que lui inspirait son libre <:énit' tout nourri aux meilleures sources de l'anti- (juité et plein des souvenirs iiistori<jues It s plus variés. Il u inipn.vi<ail jamais; il prétendait que le travail de la pensée et de l'élocution ne lui permettrait pas d'accompaguer sa parole de la même énergie, et refrei' dirait son débit. Son action oratoire ne manquait pas de force; mais elle n'échappait pas à une certaine monotomîe. Da reste personne n'aTiit l'oreille moins musicale. 11 avait pour r.\bbaye de Westminsterquelquc chose du sèntiment des prophètes pour le mont deSion; il avait l'amltition d'en faire un sanetuaire national, nn ]ianlhé()n pour tous les grands hommes, un a^ile \h\\\v la prière, pnur l'élévation des ànies, un lieu de réunion pour ti-ules les oeuvres d'instruction, de charité, de patriotisme, d'ennoblissemenl. Les dernières paroles qu'on ait pu saisir autour desoD lit de mort avaient trait ti cette ambition. « Je me suis appli<]ué, à Ui- , vers bien des faiblesses, à faire de cette institution un grand centre de vie religieuse et nationale dans un esprit vraiment libéral. ■ De semaine en semaine, pendant l'hiver, ce lettré, cet artiste, ce gen-: tlem.m accompli, se faisait le conducteur, dans l'Abbaye, d'une bande d'(»uvriers; et, après leur avoir adressé une allocution sur <jut Ique dt'tail historique concernant I bistnire de rAbliaye, il leur offrait une tusse de thé, le seul breuvage qu'il aimàl avec passion. Ses rapports avec laclasse ouvrière» dont ses habitudes et ses travaux littéraires le séparaient, lui étaient particulièrement chers; et il rappelait avec émotion les témoignages touchants de reconnaissance qu'il avait recueillis de ces ouvriers. C'est ce sentiment de compassion et de bienveillance pour l'ouvrier, privé toute la semaine des moyens de cultiver son intelligence et de formerson g<iùl. qui r.iN.iil c.ui'luil à s'associer aux elForts de ces licmuies d'initiative t|ui réeliuuent, dans l'int 'rét de la moralité et de l'enmddisscnienl du plus grand nombre, l'uuverlure des musées et des bibliothèques le jour du dimanche. — Causeur charmant, d'une mémoire prodigieuse, plein de souvenirs et d'informations exactes sur les personnes et les choses de tout pays, il aimait à répéter des anecdotes ou des mots heureux qui peignaient une situation, illustraient une discussion aride. Ouoi(|ue le soirde sa vie eût été bien assombri, sa conversation était animée, enjouée même : il était de ces croyants dont la joie de l'^prit

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mesure la force. Il avait trop de perspicacitt' pour luéconnaîtrp les difficultés et les dangers de l'époque, mais il avait la foi « qui reud présontes les choses qui sont à venir » et il ne doutait pas du triomphe du chris- Uaoisme libéral dans le siècle prochain. — Sa prédication n*avait rien d'agressif ni de militant; il ne faisait pas la critique des dogmes officiels, il les passait sous silence, il les rendait inutiles; il les renvoyait au musée dos antiques comme des engins qui nç portaient plus, comme des ressorts <jui n'étaient plus nécessaires pour transmotiro le monvorni'nt. Sa nature et si s études historiques l'avaient incliné plutôt ver» U théologie iréuique que vers la poh'niique; et il s'eiïor(;ait do dégager des vieux moules, que la critique historique ou philosophique avait brisés, le parfum de grand prix. « La controverse et l'esprit départi, disait-il dant une de ses leçons sur les Epitres aux Corinthiens, peuvent aiguiser les iacuUés naturelles de discussion et de finesse; mais peu de pédiés obscurcissent davantage les facultés qui nous permettent déjuger sainement (le<; choses spirituelles. » Il était préoccupé avant tout de ramener dans renccùnte <le la religion toutes les conquêtes de la civilisation et de la moralité; il ne voulait pas laisser se constituer en dehors du christianisme un idéal de vie morale qui pourrait suftire aux âmes. — Dans ces trente dernières années il ne s'est pas livré une bataille théologique sans que le doyen de Westminster n'ait porté son drapeau au feu, avec ce courage contenu qui ne se laisse pas emporter parmi les pièges et les embûches du parti ennemi, mais qui ne recule jamais. Tous ces morceaux achevés de polémique, qui forment une page importante de l'histoire religieuse du XI.V' sii cle en Angleti rre, ont été réunissons le nom d'/'Sssnys on Cliurrii (nul State. — Sur le problème, tnus les jours plus aigu, des rapports de l'Eglise et de l'Etat, il avait adopté les principes de son maître bien aimé. Le docteur Âmold soutenait que l'Eglise et l'Etat, avaient le même but, l'écrasement du mal [the pulttng down of moral evU) et que par conséquent ce n'étaient pas deux sociétés distinctes, mais une seule. Réduire l'Etat au rôle de pourvoyeur desûns matérielles df Diomme, le dépouiller de son caracttre moral, lui refuser toute action sur le développement spirituel de l'humanité, Arnold flétrissait celte théorie du nom de jacobine; et il la combattait avec autant d indignation que la prétention superstitieuse et antichrétienne des clercs de se dérober aux lois du pays et de confier le gouvernement de TEglise à une succession de prêtres revêtus de pouvoirs divins. Si cette théorie était appliquée rigoureusement, le droit de cité dans l'Etat ne pourrait être attribué qu'aux chrétiens seuls; et l'on sait, en effet, qu'Arnold refusait obstinément au.\ juifs l'exercice des droits politiques en Angleterre. Cependant, il est pernns de penser que le doeteur Arnold était dominé dans cette question par l'horreur des tendances sacerdotales, et qu'il cherchait dans cette union de l'Eglise et de l'Etat les moyens de préserver l'Eglise de la tyrannie du clergé, et de la maintenir en communication constante avec l'opinion publique. En tous cas, c'est bien dans cet esprit que le doyen a appliqué les principes de son maître. Il était trop jaloux de la sincérité et de l'indépendance de la pensée pour vouloir imposer des sentiments et des croyances qui relèvent de la con-

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science individuelle, comme conditions de la vicpolitiquo ; ethierencore, tout en déplorant l'occasion et la manière dont la questiou se posait, il était convaincu que le moment était Tenu d'aliolir le serment religieux que tout député est obligé de prononcer en entrant dans la GhambiédM communes. — • Les corps purement ecclésiastiques étaient suspects au doyen : dans ses études sur l'Eglise dOricnt il avaitété conduit à dévoiler toutes les turpitudes, les intrigues ri les violences qui avaient présidé aux conciles des (|uatri('irir et cinquième siècles, et il ne pouvait pas consentir à se prosterner devant les Pères coiiiine devant les interprète? inspirés du christianisme. Il ne se contentait pas de répéter ave» uu des XXXIX articles que « les conciles ne sont pas infaillibles; » il ajoutait que, par la nature même de leur composition, ils doivent être iÛUibles. La constitution de l*Eglise et la forme de son gouTemement n'avaient à ses yeux de valeur et de prix, qu'autant qu'elles assuraient le développement de la vie morale et luidépendance de l'esprit. Le Conseil privé de la reine, composé de jurisconsultes éprouvés et pruij.Mits, le Parlement avec l'élite de la nation, lui inspiraient plus de conliance que les conciles, synodes ou convocations; cl en vérité ou ne peut s'eoipédier de partager son indifférence pour ces réunions du clergé où, après avoir discuté avec passion sur les vêtements sacerdotaux, sur la position du prêtre devant l'autel, au moment de la communion, on proposait, Tautre jour, de protester solennellement contre l'immodestie des vêtements d«' femme. Il était frappé de ce fait que la juridiction du Conseil privé de la reine était attaquée partons ceux qui désiraient établir leur tyrannie dans l'Eglise, et il n'oubliait pas que ces revendications bruyantes de riiidépcndance. de 1 "autononiie de l'Ej^lise s'étaient produites au moment où les prétentions sacerdotales s'étaient aflirméesafSe le plus d'arrogance. La situation des Eglises libres d'Ecosse, ob le pasteur est souvent à la merci des gros souscripteurs ou du tailleur du coin qui décerne les brevets d'orthodoxie et remplit les fonctions de g'rand inquisiteur, ne pouvait pas le convertir au système presbytérien. Dans l'état actuel de r.Vn,u:lclerre, il craignait ([ue la séparation de l'Eglise et de l'Etal ne livrât l'Eulise à l'ètrnitcsse et à la médiocrité : des ceiiseds de paroisse ne lui semblaient p.i- olTrir autant dt^ garanties que lo Parlement et comme il ne demandait au.\ représentants de la naliuu que d'adapter progressivement rétablissement national aux besoins du temps présent, et qu'il ne prétendait pas les transformer en concile pour définir la foi, il restait convaincu que Torganisation actuelle favorisait mieux que tout autre le progrès, la libre rechei*che, la sincérité et l'expaosion de la vie chrétienne. — Sans vouloir moileler l'Eglise sur ses idée?, ciunme un doctrinaire absolu, et Uml on tenant compte des faits acoaiiplis, des habitudes prises, il avait le désir de corriger les injustices commises, de combler les fossés, de rapprocher les diverses sociétés religieuses, de rendre r£glise anglicane plus ouverte, plus habitable, plos acoueillante pour ceux qui en avaient été brutalement expulsés yatVade d'uniformité en 4662. Dans cette intention il demandait pour toss les dissidents le libre usage des lieux de culte à d'autres heores^us celles des services officiels, et dans maintes circonstances il avait tenté

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d'ouvrir l'Abbaye à des membres du clergé d'une autre Eglise, comme au K'Vf^rcnd Caird, do l'Ep:lise étaltlie d'Ecosse, au docteur Mofl'at, le céb'bre missionnaire, ol imMiip à dos laïcs, comme Max Muller, qui avait eu l'honneur de donner ses cout'éronces sur rO/ <y//<t' A' (h'n eloppemenl de la religion dans la chambre du Chapitre de Westminster. Toul ce qui était étroit, mesquin , sectaire, lai était odieux : l'atmosphère nauséabonde et pesante des saoristies, des vieilles églises, répugnait à ce gardien enthousiaste de l'antique Abbaye; il aimait les larges horizons elles cou* rants d'air pur. L'existence de ])artis divers et quelquefois hostiks, dans lo m(^mo éta))lissement « rclésiastique, ne l'oiTrayait pas comme une nicnaco pour la prospérité cl la durée d'une Eglise. Aussi, \wn quo le niouvomput ritualislc lui parùl un peu puéril, et que 1»'S prétentions sacerdotales, avec leur accent afiecté et leurs déclamations redondantes, fussent particulièrement antipathiques à cet esprit fin, qui ne se piquait de rien, comme un vrai honnête homme du dix-septième siècle, il n'approuvait pas les mesures de coercition qu'on employait pour les réduire. Sans souscrire à la casuistique et aux interprétations bien subtiles que ce parti emprunte à la traiiition romaine, il rappelait que la lettre du Prayer-fJook et les oscillations des Articles de foi pouvaient autoriser des pratiijues ou des affirmations qui ne s'accordaient guère avecle véritable esprit de la Réforme; mais il estimait qu'il était imprudent de vouloir resserrer les frontières de l'Eglise, et que la liberté était un bien assez précieux pour être achetée ou conservée au prix de quelques orages ou de quelques excentricités. Cependant, il surveillait ce mouvement avec une vigilance inquiète, et il se demandait souvent si ce parti creusait un fossé ou jetait un pont entre l'Eglise anglicane et l'Eglise romaine. Du reste, depuis l'acte du parlement de 1865, le joug des fornuilaires a été singulièrement allégé; l'ecclésiastique n'est plus mis en dt n»eurp,au nionu nl de l'ordination, de déclarer qu'il adhère sans réserve à tout ce qui est contenu dans le Prayer-Dook ; il n'est pas tenu de professer que les XXXDC Articles ne renferment rien de contraire à la parole de Dieu. A ce serment si précis, le Parlement a substitué la déclaration qu'on adhère à la doctrine de l'Eglise anglicane contenue dans le Prayer-Book et les Articles, dans un sens général et sans insister sur toutes les doctrines qui peuvent se rencontrer dans les formulaires. Le doyen estimait que cette adiiésion vague et sans couleur éijuivalait à l'entière aholition de toute signature, et il invitait le chef du ministère libéral à prendre l'initiative de celte mesure qui devait rendre à la conscience protestante sa souveraineté. — Stanley était le représentant le plus en vue de la Broad Chureh ; mais il n'était pas le chef d'un parti. La Broad Chureh (l'Eglise large) n'a ni les intérêts, ni la discipline, ni le shibbolethd'un parti. Elle ne cherche pas à se constituer à part, à se retirer dans ses retranchements; elle est ouverte à tous sans condition, et elle e.>t toujours prête à s'unir aux autres partis pour travailler ensemble au trioniidie du bien et de la vérité. T.e libéralisme, dans toutes les sphères. <^<t bien moins un corps constitué de doctrines, qu'une manière d'aborder les problèmes de l'esprit et une influence morale. Mis en présence des masses disci-^ plinées, des partis dogmatiques, il paraîtra manquer de cohésion, inca-

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pnMo d'accomplir <lc? mouveinonts frenspiriMo; mais il îi'e?t jamais rcdMiilabîc rju'au loiitltMiiain d'uiu' défaite, et il so répand daIl^ la société, jusijiio dans les ran.^^-; t iiuciiii>, comino une vapeur insaisissable, qui amollit les ré^istanci s cl lait m» tire bas les armes. Stanley, d'ailleurs, était trop artiste, trop ondoyant, trop délicat, trop respectueux des nuances d'opinion, et de l'indépendance des caractères pour donner une consigne et imposer la disciplînet sans laquelle il n'y a pas de parti puis- . sant. Il pouvait être un excitateur des esprits» un porte-drapeau ; maisil n'avait ni les aptitudes ni les faiblesses d'un chef d'école. C'était un brillant tirailleur qui ne prenait pas de mot d'ordre et qui choisissait son moment pour entrt^r en ligne. Quand ses amis conctirent le projet de réunir dans un vidiuiic et de lancer dans jiul-lic une série d'.trticli's aiiiiiH's do l'esprit iuimIituc, il comprit tout de suite que c'était l'aire le jeu de l'ennemi el lui indi^iut r le lieu où il devait envoyer ses bombes; il ne collabora pas aux £s.says and Jleviews. Mais quand le feu fut ouvert, il ne resta pas sous sa tente et il apporta au secours de ses amis et de la liberté menacée sa plume alerte et vaillante. Ce trait suffit à marquer ce mélange de finesse, de prudence et de hardiesse qui prête à cette physionomie une originalité attrayante. — L'esprit et le cœur chexlui étaient vraiment catholiques au sens étymologique du mot; il savait découvrir, chez les hommes et dans les partis les plus contraires, la parcelle île vérité qui se cache sous des amas de «^uperslitions et de grossièretés, et il la mettait en lumiér.' avec joie, comme un habile orft'vre s'attache à bien sertir le diamant qu'il a taillé. Il y mettait une sorte de coquetterie ; et l'on était tenté de lui reprocher, comoie au pieux Ncander, de ne présenter au lecteur que des bergeries charmantes sans le moindre loup rôdant aux alentours. Il savait trop comment les dogmes naissent et meurent pour nous proposer la chimère dont se sont éprises les imaginations catholiques, d'une doctrine qui a été professée toujours, partout et par tous; mais il aimait à retrouver, sous des expressions et des costumes divers, ces sentiments éternels qui sont la subslance de l'Ame hum.iiik' (>t qui nous consolonf cl nous fortifient, au milieu dos cris discordants des dis[)ut( s théologiqufs, comme la douce méloilie «l'imcliaDt de noln- enfance. Son cœur aimant et doux, où n'habita jamais le ressentiment, inspirait cette largeur de l'intelligence, et il appliquaitaux personnages, comme aux idées du passé, cette courtoisie, cette bienveillànce, cette charité « qui ne soupçonne pas le mal, » et qui présidait à tous ses rapports avec les contemporains. Dans toutes les Eglises, ses sympathies le portaient du coté de ceux qui souffraient, qui sont opprimés et persécutés. Partout où il distinguait un ferment de vie, un effort pour secouer b^ lin«-i nl df la routine, pour serrer la vérité de plus pn*?. pour allranchir ràiiu^ iiumaine, il encourageait du geste et de la voix les pioiniif'rs, les initiateurs. Il ne mesurait pas sou intérêt à la C(mformité avec ses vues, et il jugeait les hommes et b s Kglises bien uiuin* sur leur Credo que sur leur caractère et leur dévouement aux biens invisibles. Ainsi personne n'a témoigné plus d'intérêt et d'admiration à l'œuvre du Père Hyacinthe, non qu'il la trouvât suffisanteetdéfinitire, mais parce qu'elle réintroduisait dans l'organisme pétrifié del'Egli»

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Tdmaine un souffle de sincérité et d'indépendance. — Stanley n*a pas traité, directement et à fond, la question des miracles. Ce n'était pa< sa tactique d'attaquer Je front des proLK nios aussi c*unplcxes, et qui impliquent des solutions philosophiques très nettes. Il s'efforçait d'enlever à ces questions, qu'on jette souvent dans un public mal préparé connue un épotivantail, leurs côtés tragii^ues, et d'apaiser tout à lafois les angoisses de ia piété et les indignations des savants. Il désintéressait la piété de ces problèmes Vi^W^cs historiques, qui troublent les ignorants et les âmes pieuses, et il n'irritait pas la science en s'arrètant devant les faits qu'elle ne peut pas vérifier. — Stanley n'a été ni un Calvin ni un Baur: il appartient à un autre ordre. Il ne se plaisait pas sur les hautes cimes de la spt'cuiatiun où la vie individuelle s'arrête el où l'on ne rencontre dans une ulmosphcre raréfiée que des abstractions. Il avait le goût et la curiosité de tout ce qui est vivant et il recherchait avec passion tout ce qui lui permettait de contempler la forme humaine sous tous les aspects; mais partout où une figure originale se dressait dans le présent comme dans le passé, il y courait toujours prompt à admirer ce qui était noble et sincère. Il avait le sentiment (jue, dans ce siècle de transition, tous les matériaux n'étiiient pas encore rassemblés et n'avaient pas reçu leur furnie délinitive et ({u'il était prématuré de tenter une de ces constructions monumentales que le passé nous a léguées; et il trouvait opportun de ramener l'intempérance du dogmatisme au respect d*une vertu trop négligée, Thumilité intellectuelle. Mais il était trop historien» il était trop imbu des principes ou plutôt des habitudes d'esprit qui ont fait la grandeur de TAngleterre pour s'abandonner à une critique négative et pour approuver l'œuvre des démolisseurs. Comme on a pu résuiuor l'o-uvre des Réformateurs en disant qu'ils ont réintroduit la morale dans la reli|;ion, on ne sera pas loin de la vérité en soutenant que ce fut l'ambition et 1 honneur de Stanley, d'avoir réintroduit l'humanité dans la théologie, lu moins humaine de toutes les sciences, sous la forme scolastique et ascétique que lui ont imposée certains docteurs. En poursuivant cette visée, il fidsait œuvre de conservateur beaucoup plus que ceux qui relèvent les vieux bastions pour tenir à distance l'esprit moderne. Son dernier ouvrage, Clinstian Institutions, est tout inspiré par ces principes et peut être a-t-il provoqué tant de colère parce que l'auteur se contente de raconter et (ju'il réintroduit le mouvement, le changement, la diversité là où la science et l'art hiératique avaient ligé et pétriûé les idées et les institutions, croyant les soustraire à la discussion et leur assurer Téternité. Si l'esprit est le talent de découvrir entre les objets les plus divers ou les plus éloignés des ressemblances inattendues, l'auteur a fait preuve dans ce livre de l'esprit le plus fin, le plus délié. Il montre par exemple que les vêtements sacerdotaux qui semblent ilistinpruer une caste, un ordre priviléjïié sont un lémoi^naije anonyme et irrécusable de l'égalité primitive des clercs et des laïcs; car ces vêtements ne sont pas autre chose que les habits des ouvriers et des paysans du premier biècle. Il a pris soin de marquer dans la conclusion de la Préfoce l'idée maîtresse qui se dégage de cette étude historique si ingénieuse et si riche en détails pi-

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