‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 257 sur 638 · OREILLE MOYENNE. — OTITE PHLEGMONEUSE. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

OREILLE MOYENNE. — OTITE PHLEGMONEUSE. — TRAITEMENT

malade est agité, éprouve de violents battements dans toute la tête. L'insomnie est complète, car la douleur augmente surtout la nuit. La peau est sèche, acre, la température élevée, 40«à41«.

Débutant par le périoste de la caisse, Tinflammation envahit rapidement le conduit auditif osseux. Le gonflement du périoste donne lieu à un rétrécissement progressif du conduit qui chemine de dedans en dehors et s'étend vers les régions parotidienne, temporale et mastoïdienne. L'oreille se trouve donc bientôt bouchée et il devient impossible de voir le tympan. Tout autour les parties molles sont gonflées, douloureuses, chaudes. Tous les mouvements de la mâchoire augmentent cette douleur. Le pavillon est gonflé, plus saillant, douloureux au toucher ; les cordons vasculaires du cou, le long du sterno-mastoïdien, sont le siège du même engorgement; la jugulaire, atteinte de phlébite, forme quelquefois un cordon dur et très douloureux.

L'audition, aérienne et crânienne, est complètement abolie. Enfin survient un écoulement phlegmoneux plus ou moins abondant par l'oreille, mais la douleur et la détente ne se produisent pas comme dans l'otite catarrhale. Elles sont entretenues par les suppurations de voisinage, des abcès mastoïdiens, parotidiens, voire même de la voûte palatine. Lorsque ces abcès sont ouverts, soit spontanément, soit à l'aide du bistouri, on trouve les os dénudés. A l'apophyse oiastoïde, les injections détersives pratiquées rassortent par le conduit auditif. L'établissement de la suppuration et son écoulement fav le conduit ou par l'apophyse mastoïde sont la terminaison la moins malheureuse de la maladie, car quand la suppuration ne trouve pas d^ssue suffisante, il se produit des fusées purulentes qui mettent la vie du malade en grand danger. Nous y reviendrons en parlant des complications de l'otorrhée.

Dans les cas les plus favorables, à l'aide d'un traitement méthodique, la guérison s'obtient au bout de deux à trois mois ; c'est-à-dire que les suppurations seront taries, les ouvertures d'abcès cicatrisées ; mais les désordres produits, tels que la destruction de la membrane du tympan, la nécrose et la chute des osselets, sont irrémédiables. Souvent la muqueuse reste fongueuse, continue à suppurer malgré tous les traitements. D'autres fois ce sont des points cariés ou nécrosés de l'os qui, avant de s'éliminer, entretiennent une longue suppuration.

Le diagnostic est en général facile. L'otite ca-

tarrhale suppurée, dans sa forme la plus aiguë, peut donner lieu aux mêmes phénomènes généraux, mais la suppuration s'établit beaucoup plus rapidement. Le périoste du conduit auditif n'est pas gonflé, surtout avant l'établissement de la suppuration.

L'otite externe profonde ou périostique s'accompagne d'une atrésie du conduit, mais elle succède généralement à un furoncle, à une otite circonscrite ; le gonflement du conduit est moins uniforme et Taudition crânienne est conservée.

Traitement.

Le traitement devra être énergiquement antiphlogistique au début. Applications de sangsues en fontaine autour du méat. Si le malade est pléthorique, on pourra lui pratiquer une saignée du bras. Bains d'oreille tièdes ; révulsifs intestinaux, pédiluves, et sulfate de quinine, 0s%75 à 1 gramme.

Les compresses froides, appliquées en permanence sur l'oreille, ou mieux une vessie de glace, conviennent au début et calment les douleurs. On peut également avoir recours au chloral, à des instillations d'une solution d'atropine au 20*^, d'une solution de chlorhydrate de cocaïne au 10*, à des injections sous-cutanées de morphine.

La paracentèse du tympan doit être pratiquée dès que l'on a constaté l'existence d'une suppuration de la caisse. Sans produire la même détente que dans l'otite catarrhale. elle est un excellent calmant. Il est d'ailleurs préférable d'y avoir recours de bonne heure. Plus tard, le tympan peut être épaissi, ofi'rir plus de résistance. Le pus ne pouvant se faire jour par la membrane, l'atrésie du conduit ne permettant plus d'opérer la paracentèse, les fusées purulentes sont beaucoup plus à redouter. Elle évite la compression labyrinthique et la dissipe si elle existe déjà; elle dissipe également les symptômes de compression cérébrale, délire, somnolence, coma.

Aussitôt après la perforation, on facilitera l'écoulement du pus par des injections tièdes à l'acide phénique ou à l'acide borique 2/1000, et par des douches d'air si la trompe est libre. Si l'atrésie du conduit est assez prononcée pour être une cause de rétention du pus, il faut y pratiquer quelques scarifications profondes ; nous verrons plus loin le traitement des complications.

P. GUERDER. - BLESSURES ET MALADIES DES OREILLES

CATAERHE CHROinQUE SIMPLE, NON SUPPURA, f

Le catarrhe chronique peut se développer lentement, sans période aiguë, soit d'une manière continue, soit par la récidive fréquente de légers catarrhes qui ne guérissent pas d'une manière complète. Dans ces cas, il est souvent difficile de remonter au début de la maladie.

L'hérédité exerce une influence prédisposante bien nette. On voit souvent tous ou presque tous les membres de la même famille devenir sourds à un certain âge. Cette disposition héréditaire peut se porter directement sur Toreille ou bien sur le pharynx et, dans ces cas, la surdité par catarrhe auriculaire est consécutive à une pharyngite chronique ou à des pharyngites répétées.

Les diathèses à manifestations muqueuses, goutte, syphilis, rhumatisme, prédisposent à Totite chronique, soit que leurs effets se portent uniquement sur la muqueuse, soit qu'ils se portent sur le périoste ou sur l'os et déterminent des altérations de nature essentiellement chronique. Le périoste et l'os sous-jacent peuvent encore s'altérer à la longue par suite d'un vice de nutrition dû à la maladie de la muqueuse qui les recouvre.

Le plus souvent les deux oreilles sont atteintes à des degrés divers. L'affection étant de nature essentiellement progressive, le malade ne se sent d'abord point gêné, tant qu'une oreille reste bonne. Lorsque celle-ci à son tour a éprouvé un abaissement prononcé de la portée auditive, la gêne qu'il éprouve le porte à consulter.

Cette maladie est excessivement fréquente, et cette fréquence augmente avec les progrès de l'otologie ; beaucoup de surdités, autrefois dites nerveuses, rentrent, en effet, dans la classe des otites moyennes chroniques. Elle entre au moins pour moitié dans les surdités de l'âge adulte.

Le catarrhe chronique peut succéder au catarrhe aigu, et peut reconnaître par conséquent les mêmes causes que ce dernier; ces causes agissent comme accidents, tandis que la chronicité de la maladie doit être attribuée le plus souvent à des dispositions diathésiques.

Cette maladie se montre à tous les âges. Dans le jeune âge, les fièvres éruptives, la dentition, puis les diverses poussées de la croissance, accompagnées d'états congestifs vers la tête, d'affections du nez et de la gorf^e ; les récidives si fréquentes de ces maladies pharyngiennes, leur tendance à la chronicité, coryza, végétations adénoïdes, hypertrophie des amygdales, sont

des causes très actives de l'otite chronique. Dans l'âge adulte, c'est la surdité du jeune âge qui a continué lentement mais sûrement à progresser, ou bien ce sont des manifestations diaUiésiques qui viennent entretenir un catarrhe accidentel.

Anatomie patholoflriqne.

Vanatomie paihologiqtie du catarrhe chronique oiTre encore bien des lacunes. Les occasions d'autopsie ne sont pas rares, étant donnée la fréquence de la maladie, mais dans ces cas, ce n'est pas l'oreille qui attire l'attention, car cette affection n'est jamais mortelle. Cependant les spécialistes recherchent ces autopsies et aujourd'hui, grâce aux travaux de Toynbee et de l'école allemande, nous possédons un ensemble de notions qui nous permettent de décrire les principales lésions.

Anatomiquement, il existe deux formes bien caractérisées du catarrhe chronique : la forme humide, hyperplasique et la forme sèche ou sciéreuse.

Dans la forme hyperplasique , on trouve des altérations anatomiques très analogues à celles que nous avons indiquées dans les cas légers de la forme aiguë. La muqueuse de la caisse est vivement congestionnée, épaissie, recouverte d'un exsudât plus ou moins abondant. Ces altérations sont générales ou localisées ; dans ce dernier cas, la paroi labyrinthique est généralement le lieu d'élection où elles sont le plus marquées. Cela s'explique parce que le plus souvent le catarrhe n'étant que la propagation d'un catarrhe de la trompe, c'est la paroi labyrinthique, la plus rapprochée, qui subit la première atteinte; mais c'est là une circonstance très fâcheuse au point de vue de la fonction, car c'est sur cette paroi que se trouvent les fenêtres labyrinthiques. Aussi l'immobilisation de l'élrier est-elle fréquente.

On peut encore observer des lésions d'âge différent. Certains points sont déjà devenus scléreux, tandis que les autres, la paroi tympanique principalement, ont conservé leur cachet d'humidité et de gonflement. La tunique propre de la cloison et même l'externe subissent à leur tour des altérations qui caractérisent la myringite chronique. Les altérations histologiques de la muqueuse sont profondes. Le tissu connectif a considérablement augmenté, les fihres élastiques ont diminué, les vaisseaux sont gonflés.

Les divers replis que forme la muqueuse à

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