OREILLE MOYENNE. — OTITE CATARRHALE SIMPLE AIGUË. — DIAGNOSTIC
rétractant, donnent lieu à des déplacements, des immobilisations de l'appareil conducteur, qui peuvent avoir pour la fonction les suites les plus désastreuses.
En général, les altérations de la caisse, dans rinflammalion catarrhale, se caractérisent par leur tendance hyperplasique, et en vieillissant elles deviennent dures, sèches, scléreuses. A l'autopsie de vieilles otites, les osselets s'y trouvent englobés, ainsi que les fenêtres labyrinthiques et quelquefois l'orifice tympanique de la trompe.
Mais il y a aussi des formes plus aiguës, plus franchement suppuratives. I/exsudat purulent renferme des débris de la muqueuse qui se sphacèle par places, les os se trouvent ainsi dénudés et plus tard se carient, les articulations des osselets, baignées dans la suppuration, se gonflent, se ramollissent; des déplacements, des luxations, des disjonctions complètes peuvent se produire. Dans cette forme la trompe elles cellules mastoïdiennes sont généralement envahies. Le tympan fortement infiltré et ramolli, refoulé par l'épanchement, bombe au dehors, et tout en étant très épaissi, son tissu se déchire très facilement ; il finit par céder en un point, la rupture spontanée se produit et le pus séro-sanguinolent coule au dehors.
A ces lésions peuvent se joindre des extensions del'inflammation, par les communications Tasculaires, aux méninges et aux sinus de la dure-mère, ou à la veine jugulaire.
Symptômes.
Les symptômes varient suivant l'intensité des cas. Dans les cas légers, complication fréquente da catarrhe naso-pbarygien, le malade éprouve dans l'oreille de la gène, des élancements douloureux, de la pesanteur et un peu de surdité fit de bourdonnements.
A l'inspection, on voit, par transparence, le fond rouge de la muqueuse qui tapisse le promontoire, une certaine injection du manche du marteau. La trompe étant plus ou moins engorgée, l'air passe difficilement ou ne passe pas. Au bout d'un ou deux jours, Tair passe mieux et produit un bruit de crépitation dans la caisse qui dénote l'existence d'exsudals sur sa muqueuse. Cette forme disparaît spontanément et tout rentre dans l'ordre en quelques jours.
Dans la forme suraiguéf l'appareil symptomatique est tout autre. Le malade éprouve subitement une douleur lancinante, aiguë, dans le fond du conduit ; cette douleur s'étend rapidement à tout le côté correspondant de la tète.
Elle est exaspérée par la pression, la mastication, la déglutition et la succion; elle présente en outre des exacerbations et des rémittences successives, et devient beaucoup plus violente, la nuit. Il existe en môme temps de la fièvre, de l'abattement, un état saburral prononcé. Surdité prononcée; bourdonnements et battements bruyants dans l'oreille; enfin, si le labyrinthe est congestionné, il survient des tintements, des sifflements, un état vertigineux, accompagné de nausées et de vomissements.
Lorsque la maladie a atteint un petit enfant, il est tourmenté par une agitation extrême, des vomissements fréquents, une insomnie complète. L'enfant semble aussi atteint par les vertiges ; il éprouve des peurs qui le font se cramponner aux bras de sa mère et qui sont probablement dues à un état vertigineux. A cette extrême agitation peut succéder un état comateux: en résumé, ces accidents simulent une méningite; mais bientôt survient un écoulement sérosanguinolent avec une détente générale qui dissipe toute crainte.
A l'inspection, on trouve un tympan opaque, sur lequel on ne voit rien. C'est un fond d'une teinte générale gris sale ; plus de triangle lumineux, plus de ligne indiquant le manche du marteau. La voussure augmente rapidement. SI •une douche d'air peut être administrée, le tympan se redresse, mais on voit par places se former une ou plusieurs vésicules saillantes dues à des parties moins résistantes de la membrane qui bombent plus fortement en dehors. En même temps, on entend, à l'auscultation, au début, un claquement tympanique, puis un gargouillement dû à l'agitation de l'air avec l'exsudat.
Le manomètre donne de légères oscillations isochrones au pouls.
Terminaison.
La terminaison de l'otite catarrhale prend trois formes : la résolution, la suppuration, le passage à l'état chronique.
Diagnostic.
Le diagnostic est facile chez l'adulte qui attire immédiatement l'attention sur l'oreille ; il n'en est plus de même quand l'otite s'est développée dans le cours d'une maladie grave, telle qu'une fièvre éruptive ou une pyrexie; ou quand elle atteint un jeune enfant. Il est rare alors que les symptômes graves qui se présentent ne fassent
P. GUERDER. — BLESSURES ET MALADIES DES OREILLES
craindre une méningite jusqu'à ce qu'ils disparaissent en même temps qu'apparaît un écoulement par roreiUe. Cependant un médecin prévenu, qui sait combien Totite moyenne est fréquente dans certaines maladies générales et dans les inflammations du pharynx, portera toujours son attention sur Toreille.
Il y a d'ailleurs certaines indications très bien décrites par M. Gellé (i) et qui le mettront sur la voie. Un enfant est atteint d*un rhume ; il est pris subitement la nuit d'agitation ; il crie, porte la main à sa tête, vomit. La journée du lende* main se passe bien ; mais la nuit suivante, il est pris des mêmes accidents. Ce n'est point le rhume qui peut ainsi le faire souffrir et crier; il n'y a point de rapport entre la cause et Teffet; il faut chercher et songer à l'oreille. Toutes les fois que l'on craindra du côté du cerveau d'un enfant il faudra d'abord examiner l'oreille. Quand il y a une otite, il y a de la surdité, des crises douloureuses, une apparence de vertige, de peur.
Énumérons, pour finir, les maladies dans lesquelles la complication d'otite se montre le plus fréquemmci^t. Ce sont rjla pneumonie, surtout celle du sommet, le rhumatisme, l'érysipèle, la rougeole, la scarlatine, les angines catarrhales.
Pour distinguer l'otite de la myringUef l'examen du tympan ne suffit pas ; les altérations sont très analogues dans les deux cas. Mais des examens répétés feront bien lût reconnaître des différences. Duns la myringitc, on ne voit pas la voussure de la membrane qui se présente dans rotile, la perception crânienne est conservée, tandis que dans l'otite elle disparaît dès que l'aération de la caisse est suspendue ; enfin les symptômes généraux sont moins graves et moins fréquents dans la myringite.
Traitement.
Le traitement doit se baser sur la cause : •existe-t-il une pharyngite, il faut la traiter par les moyens appropriés. (Voyez ce mot.)
Aussitôt que ce sera possible, il faudra rétablir l'aération de la caisse, à l'aide du procédé de Politzer ou du cathéter ; s'il existe une collection de pus dans la caisse il ne faut pas hésiter à recourir à la myringotomie, et ici le lieu d'élection de la perforation est le segment antéroinférieur de la membrane. Lors même que Té-
(li Gellé, Précis des maladies de Voreille, Paris,
panchement ne se présente pas en collections, dès que le tympan est refoulé par le gonflement de la muqueuse, surtout si la trompe est imperméable, il y a encore urgence à pratiquer l'incision large de la membrane, il en résulte un très grand soulagement pour le malade. Cette petite opération prévient en outre la rupture spontanée du tympan, bien plus fâcheuse que son incision, la formation de brides et d'adhérences. Elle ne présente d'ailleurs aucun danger. L'opération doit toujours être suiTÎe d'une douche d'air qui chasse les exsudats de la caisse, et d'un lavage pratiqué avec quelques injections tièdes d'eau salée. L'addition de sel est toi:gours nécessaire quand l'eau d'une injection doit pénétrer dans la caisse. Elle a moins d'action sur la muqueuse que l'eau pure qui favorise le gonflement et le ramollissement.
OTITE MOYENNE, PHLEGMONEUSB OU PÉRIOSTIQUB.
Voiite moyenne^ phlegmoneuse ou périoftigne, se distingue de l'otite catarrhale suppurée par son extrême acuité, son extension rapide à toutes les cavités de l'oreille et par ses nombreuses complications.
Elle survient dans les maladies infectieuses graves, scarlatine, fièvre typhoïde, variole^ diphthérie, mais peut aussi débuter par une simple otite catarrhale .
Son caractère général est une tendance rapidement destructive : la muqueuse se nécrose ou se gangrène, les os dénudés subissent la carie ou la nécrose, des décollements du périoste et des fusées purulentes se produisent, amenant la phlébite et l'infection générale. Elle se greffe souvent sur une otorrhée ancienne, et dans ces cas la vitalité des tissus se trouvant déjà amoindrie, ses ravages sont encore plus terribles, et la mort en est quelquefois la conséquence.
Symptômes.
Les symptômes sont du même ordre que ceux de l'otite catarrhale suppurative avec un degré d'acuité encore plus élevé. Ils sont précédés souvent, avant toute fièvre, de douleurs à forme névralgique. S'il y a un écoulement antérieur, il se supprime. Cette suppression est le plus souvent consécutive «à un refroidissement, une fatigue, un écart de régime, à une maladie intercurrente. Au bout d'un certain temps la fièvre survient, accompagnée d'une douleur atroce, exaspérée par les moindres mouvements. Le