‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 259 sur 638 · CAISSE · texte numérisé non relu

CAISSE

L'otite scléreuse ou sclérose de la caisse est le plus souvent consécutive à un catarrhe aigu, mais dans certains cas, celte otite aiguë n'a pas existé et il y a lieu de se demander si la forme scléreuse s'est établie d'emblée ou si elle a succédé à un catarrhe léger, méconnu, même par le malade. Celte dernière opinion nous parait la plus vraie, car on peut observer assez fréquemment, sur le même malade, qu'une oreille est atteinte de sclérose, tandis que l'autre est affectée d'un simple catarrhe plus ou moins ancien. En résumé, la sclérose n'est qu'une altération plus avancée du catarrhe simple. Il reste à expliquer pourquoi chez certains individus se produit cette sclérose, quelquefois d'une manière relativement rapide, tandis que chez d'autres le catarrhe conserve pendant de longues années son caractère primitif. Nous ne pouvons en donner une explication satisfaisante, et nous nous bornons à invoquer l'influence reconnue de certaines diathèses sur la sclérose en général, telles que la goutte, le rhumatisme, le diabète. L'âge doit également être ici considéré comme une cause prédisposante. Quoi qu'il en soit, nous ne serions pas éloigné de croire que l'otite hypertrophique est la première phase du processus, et l'otite scléreuse proprement dite la seconde phase.

Anatomle pathologique.

Les altérations anatomiques consistent en une sécheresse toute particulière de la muqueuse {otite sèche), La membrane a pris l'aspect d'un tissu flbreux ou d'un tissu de cicatrice. Elle est épaissie, opaque, d'un gris mat; les vaisseaux y sont devenus très rares. Elle est quelquefois incrustée de dépôts calcaires sur le tympan, comme dans la myringite chronique, et sur la paroi labyrinthique particulièremenL Le pourtour de la fenêtre ovale est épaissi ; son ligament calcifié est englobé dans une masse de tissu fibreux qui lui ôte toute mobilité.

 l'examen histologique on voit le tissu conjonctif dominer partout ; tous les autres éléments de la membrane ont disparu, étranglés par le tissu de nouvelle formation. Celte altération atteint toute l'épaisseur de la muqueusepérioste jusqu'à l'os.

Quelquefois, quand la maladie est ancienne, ces altécations se sont propagées au labyrinthe.

Symptômes et diagnostic.

Les symptômes les plus importants, ceux qui conduisent le malade auprès du médecin, sont la surdité, et les bourdonnements, quelquefois les vertiges. Pour les uns, c'est la surdité qui domine ; pour les autres, ce sont les bourdonnements qui les préoccupent et ils vous disent : Si j'étais débarrassé de mes bourdonnements, j'entendrais. En effet tous les autres symptômes subjectifs sont insignifiants et disparaissent devant ces deux-là, et le médecin devra attacher une grande importance à l'examen fonctionnel.

La surdité est constante ; elle peut être très prononcée, jusqu'à la perte complète de l'audition de la parole. Elle offre de fréquentes variations chez le même sujet, dans la première période de la maladie; elle s'améliore quelquefois subitement et s'aggrave de même au bout de peu de temps. Ces alternatives sont liées à la marche d'une affection du pharynx et de la trompe, qui dans les débuts tient le catarrhe auriculaire complètement sous sa dépendance, tandis que, plus tard, ce dernier évolue seul et indépendanL On comprend que tout retour de coryza, de pharyngite, provoque une aggravation qui disparait avec la cause pour une durée plus ou moins longue. Mais avec la marche progressive du catarrhe, ces améliorations ne se produisent plus au même degré jusqu'à ce que la surdité reste stationnaire ou à peu près. En

P. GUERDU. — BLESSURES ET 1AL\DIES DES OREILLES

général eUe est plos prononcée par les Umps froids et humides.

Il n'y a pas de corrélation entre les hc/urdonnements et la surdité. Certains malades sont très tourmentés par les bourdonnements et entendent encore bien ; plus le sujet est âgé, plus les bruits paraissent intenses. Leur caractère Tarie beaucoup : tantôt ce sont des chocs, des pulsations; tantôt des bruits de cloches, de sifflets; tantôt des bruits de vent, de pluie, de Tapeur qui s*échappe; tantôt des sons rythmés, des chants qni peuTent conduire les malades à de Téritables hallucinations de Touie.

Les vertiges sont moins constants que les s jmptômes précédents, mais encore fréquents; ils consistent tantôt en un état Tertigineux habituel peu prononcé, tantôt ils se présentent sous forme d'accès brusques. Le malade éprouTe une sensation de tournoiement, tourne en effet sur lui-même et tombe, s'il ne peut s'accrocher. Ses jambes tremblent et faiblissent, il dcTient très p&le et se sent inondé d'une sueur froide. A cet accès peut succéder un état vertigineux habituel, entrecoupé de nouveaux accès.

Ces troubles de l'équilibre peuTent être spontanés ou provoqués par un éternuement, une quinte de toux, une douche d'air ou une injection d'eau dans le conduit.

L*examen de la fonction devra être varié ; il faut employer la voix, la montre et surtout le diapason ; il se rencontre une variation très grande, des contradictions apparentes, dont il faut chercher à se rendre compte. Un examen fonctionnel minutieux, suivant les règles que nous avons posées plus haut, donnera le plus souvent des renseignements plus exacts sur l'état anatomique des parties que l'inspection de visu. Cette dernière ne nous permet en effet de voir que le tympan, dont les altérations anatomiques peuvent n'être nullement en rapport avec celles

de la caisse.

L'aspect du tympan varie selon que l'otite est à lu première ou à la seconde période. Dans le premier cas, elle présente les altérations de l'otite aiguë légère; vascularisation prononcée surtout au pôle supérieur et le long du manche du marteau. Quand la couche épidermique est fortement hypertrophiée, cette vascularisation n*apparalt pas, la membrane forme un plan d'une teinte grise, terne, d'aspect tomenteux, sur lequel l'apophyse externe seule fait saillie et donne un point de repère. Quand la maladie est plus ancienne, le ramollissement est moins prononcé, la membrane est déprimée. Cette dépression ou augmentation de la concavité

Domiale se dénote par une saiflie exagérée de l'apophyse, par an ncconrciMement et une inclinaison plos proooBCée da manche du marteau, tandis que la Tonasore de la partie moyenne de la membrane a notahlement augmenté.

La coloration est TariaUe; elle dépend du degré d'opacité ou de transparence de la cloison et du reOet de la caisse, dont la maqueuse est plus ou moins injectée. L'opadté peat être générale on partieUe. La boarse postérieure, épaissie, injectée, tranche quelquefois d'une manière très nette sor le reste de la cloison, et dans la sclérose confirmée, elle la bride fortement

L'épaississement périphérique du tympan coïncide quelquefois aTec un état atrophique de son centre. Dans les périodes avancées, toute la cloison peut être amincie, très translucide et permet de voir la paroi labyrinthique ou un épanchement dessiné par une surface de niveau courbe à concarité supérieure.

L'administration d'une douche d'air peut modifier notablement l'aspect du tympan à un premier examen ; il ne faut jamais négliger de la pratiquer pendant l'examen, afin de constater ces modifications. On devra également étudia sa mobilité à l'aide de l'endotoscope, et se rendre compte des déformations de l'existence de brides, de synéchies, avec le spéculum de Siegle; il faut pratiquer l'auscultation à l'aide de l'otoscope, qui permet de se rendre compte du degré de perméabilité de la trompe, et examiner l'influence de ces diverses manœuvres sur l'audition aérienne ou crânienne.

Le irailement n'est efficace que dans la période hypertrophique de la maladie ; plus tard, quand la sclérose s'est produite, l'altération des tissus est telle que la thérapeutique ne peut plus rien. Malheureusement ces cas sont les plus fréquents. Le malade est trop peu gêné par la surdité pour réclamer des soins en temps utile, d'autant plus que l'olologie, concentrée en trop peu de mains, n'est pas assez vulgarisée pour qu'il trouve des soins efficaces sans de pénibles et coûteux déplacements. Les sourds incurables encombrent ainsi les cliniques spéciales, et le médecin est encore heureux quand il peut leur conserver un reste de fonction, et les soulager de certains symptômes pénibles tels que les vertiges et les bourdonnements.

Le traitement général sera surtout hygiéni- 1 que ; le malade vivra dans un air pur et sec,

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