‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 280 sur 638 · BOURDONNEMENTS · texte numérisé non relu

BOURDONNEMENTS

diviser en sensations continues et en sensations intermittentes. Ces dernières varient avec Taffection qui les détermine.

Enfin il y a des bourdonnements réflexes qui surviennent à la suite d*excitations du conduit auditif, du nez, du pharynx, de la trompe d'Eustache, de l'utérus, de Testomac.

La nature des bruits subjectifs est des plus variées : chant, sifflement, sonnerie de cloches, bouillonnement de l'eau, jet de vapeur, pulsations. Quelquefois plusieurs de ces bruits se combinent ou alternent entre eux.

Vintensité des bruits est quelquefois très faible; le malade ne s'en aperçoit pendant le jour que quand il y porte son attention, et les entend surtout la nuit quand il est couché. D'autres fois les bruits sont très intenses, terribles, selon l'expression la plus usitée par les malades. Ils empêchent tout travail intellectuel, môme le sommeil, deviennent une cause de préoccupations et de tourments continuels qui peuvent pousser le malade au suicide. Cette intensité varie avec la cause, affection cérébrale ou catarrhe de la caisse. Ainsi ceux qui sont liés au catarrhe s'aggravent par les temps humides, après les repas, enfln dans toutes les circonstances qui diminuent encore l'aération déjà insuffisante de la caisse. Les bruits de la rue, des voitures, du chemin de fer, d'un orchestre même peuvent augmenter les bourdonnements.

Le siège des bourdonnements est tantôt dans l'oreille, tantôt dans la tôte, tantôt complètement en dehors. Certains malades les rapportent au front, d'autres à l'occiput.

Les sensations subjectives ne sont pas toujours en rapport avec la surdité. Souvent ils précèdent cette dernière, et dans ces derniers cas, lorsqu'ils sont persistants, ils sont l'annonce d'une surdité qui surviendra plus tard. Quelquefois ils disparaissent quand la surdité s'établit; d'autres fois ils persistent sans augmentation ; enfin ils peuvent aller en croissant d'intensité et arriver à leur maximum lorsque l'audition est complètement abolie. Toutefois, de même qu'il y a des sourds qui n'ont jamais éprouvé de bourdonnements, de même il y a des personnes sujettes pendant des années à des bourdonnements et qui ne deviennent pas sourdes*

Comme valeur diagnostique les sensations sonores subjectives jouent un grand rôle, et c'est l'étude de leurs variations sous certaines influences extérieures et sous celle du traitement qui leur donne leur valeur pratique. Ainsi un bourdonnement, qui disparaîtra après une douche d'air, indiquera que l'irritation du laby-

rinthe est provoquée par une pression exagérée de l'appareil de transmission sur la fenêtre ovale, résultant d'une enfonçure du tympan ou d'un épanchement de liquide.

Les bourdonnements entotiques, sans surdité, qui ont leur cause en dehors de l'oreille, nécessitent un examen minutieux de l'appareil circulatoire : affection cardiaque, anémie, anévrvsmes.

Nous avons parlé dans le cours de ce travail des bourdonnements qui surviennent dans le cours des diverses affections que nous avons décrites ; nous n'avons pas à y revenir, leurs relations causales se retrouvant dans l'étude même de ces affections. Mais dans une affection de la caisse le labyrinthe peut ne pas être indemne et le bourdonnement peut aussi bien dépendre d'une lésion profonde que de la lésion tympanique. Ce diagnostic différentiel est difficile; mais quand l'exploration avec différents diapasons indique une diminution de la perception osseuse, après comme avant la douche, il y a des probabilités en faveur d'une lésion labyrinthique. Les bourdonnements qui dépendent d'une affection labyrinthique éclatent en général subitement; mais cela ne prouve pas que le labyrinthe soit primitivement atteinU

En résumé, de même que le diagnostic de la surdité nerveuse devient de plus en plus rare, avec les progrès de l'otologie, de même les sensations subjectives liées à une altération primitive du labyrinthe se raréfient, et c'est dans la caisse qu'il faut, dans la très grande majorité des cas, chercher la cause première des bourdonnements.

Les hallucinaiions de Vouie sont fréquentes dans l'aliénation mentale ; lorsqu'il existe une lésion de l'oreille, A. Robin (1) admet qu'elle a déterminé la nature du délire. Mais quand il existe une otorrhée, les hallucinations et le délire peuvent faire craindre une affection du cerveau et des méninges. Les hallucinations auditives ont encore été observées chez des personnes parfaitement saines d'esprit, et ne présentant aucune lésion de l'oreille. Ces troubles doivent alors être rapportés à une altération sensorielle.

Attaqtkes épileptiformes. — Nous avons parlé de VépUepsie ab aure loua à propos des corps étrangers. Elle se présente aussi dans l'otorrhée et Gellé (2) croit avec raison que les otorrhéiques tombent facilement en défaillance.

(1) A. Robin, Des affections cérébrales consécutives aux lésions non traumatiques du rocher et de l'appareil auditif, Paris, 1S83.

(2) Gellé, Précis desmaladies de Coreille. Paris, 1885.

P. GUERDER. — BLESSURES ET MALADIES DES OREILLES

État vertigineux. — Les fibres du nerf auditif qui aboutissent aux canaux semi-circulaires prennent leur origine dans le cervelet et président à l'équilibration des mouvements. Quand ces fibres sont lésées, il se produit un état vertigineux, constant, caractérisé par la peur des espaces, du vide, agoraphobiej qui apparaît au moindre mouvement. Cet état peut guérir avec la maladie qui Ta occasionné en augmentant la pression intra-labyrinthique et doit être distingué du vertigm de Ménière.

Le vertige de Ménière, syndrome ou maladie de Ménière, est un ensemble de symptômes que Ménière a le premier décrits. Dans le cas de Ménière, il s'agit d*une lésion labyrinthique primitive, qui seule devrait conserver le nom de maladie de Ménière. Mais on a pris l'habitude de désigner sous le nom de syndrome de Ménière un ensemble de phénomènes analogues produits par toute autre cause que l'altération labyrinthique de Ménière.

La symptomatologie de cette afifection se caractérise par des vertiges, des bourdonnements, une surdité rapidement progressive, auxquels viennent s'ajouter assez fréquemment des nausées, des vomissements et un état demi*syncopal.

Le vertige consiste en une sensation de tournoiement ; le malade croit que les objets tournent autour de lui, ou que lui-même tourne, et il finit par être entratné dans un mouvement de rotation et tombe. Ces troubles d'équilibration surviennent par accès, suivis d'une disparition complète, en laissant après eux un état vertigineux constant, mais plus faible.

Les accès peuvent se reproduire fréquemment, plusieurs fois par jour, ou être séparés par des intervalles de plusieurs jours. Ils peuvent être provoqués par des attouchements de l'oreille, des injections, etc. Le sens de la rotation est le plus souvent, mais pas toujours, vers le côté malade.

La surdité est quelquefois complète dès le premier accès, dans la maladie de Ménière vraie (hémorrhagie labyrinthique). D'autres fois, elle est moins prononcée et augmente après chaque accès.

Le bourdonnement est quelquefois exagéré au moment de l'accès et sert d'aura sous la forme d'un sifflement intense (Charcot). Les nausées et vomissements suivent généralement l'accès et se dissipent ensuite.

Voici d'ailleurs la description d'un accès type d'après Ménière : le malade, au milieu d'une parfaite santé, sans cause appréciable, est pris tout à coup d'un sifflement dans l'oreille, de

vertiges, de tournoiements, de vomissements. U se cramponne aux objets environnants pour ne pas tomber. D'autres fois, il tombe comme foudroyé, mais sans perdre connaissance. Puis il se remet et constate qu'il est sourd complètement, ou qu'il entend mal.

Les causes du syndrome de Ménière sont très nombreuses. Une première catégorie appartient aux affections primitives du labyrinthe, une deuxième aux autres affections de l'oreille. 11 n'en est pas une seule qui ne puisse y donner lieu, et il est inutile de les énumérer. Mais la condition de sa production sera toujours une congestion, une inflammation, une augmentation de pression du contenu labyrinthique. Au point de vue de la prédominance de certains symptômes, il est possible d'admettre des lésions isolées des diverses branches d'origine du nerf auditif. Certaines observations pathologiques semblent démontrer que tantôt le nerf cochléaire, tantôt le nerf vestibulaire sont atteints isolément. Woakes admet qu'une lésion du ganglion cervical inférieur peut produire le syndrome, sans doute par hypérémie passive du labyrinthe. Par contre, quand tout le labyrinthe est lésé ou bien le tronc entier du nerf, on voit survenir le cortège complet des symptômes de Ménière.

Diagnostic différentiel des affections du labyrinthe.

Vertige stomacal, — Quand l'état nauséeux et les vomissements dominent dans le syndrome de Ménière, ce dernier peut être confondu avec le vertige stomacal, une névrose cérébro-gastrique ou la dyspepsie ; le fait s'est présenté plusieurs fois. L'exploration de l'oreille, l'indépendance des symptômes de l'état de plénitude ou de vacuité de Testomac sont des indications qui mettront sur la voie du diagnostic. Quoique souvent les accès se présentent pendant les repas, par suite des mouvements de déglutition, il est facile de reconnaître que ce n'est pas une surcharge de l'estomac qui les provoque.

Congestion cérébrale apoplecti forme. — Malgré l'analogie des accès, la surdité et l'absence de perte de connaissance caractérisent suffisamment le syndrome de Ménière pour que l'erreur soit facile à éviter.

Affections de la caisse ou du conduit. — Étant donné que toute maladie de l'oreille peut donner lieu au syndrome de Ménière, il est de la plus haute importance de préciser le siège de cette maladie, car le pronostic en dépend absolument.

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