CATARRHE NASAL ATROPHIQUE. — TRAITEMENT
cessas une fosse nasale anormalement large et les cornets presque rudimentaires, surtout Tinférieur. Du processus atrophique que nous venons de décrire à la forme de rhinite, dite fétide, il n'y a qu'un pas, celle-ci n'est en réalité que la conséquence de celui-là, et, au point de vue clinique, il n'est pas nécessaire d'établir une distinction entre eux.
La fétidité est donc le résultat direct de Tatrophie, les sécrétions sont rares et très adhérentes, comme nous venons de le dire, et le deviennent de plus en plus à mesure que l'atrophie des glandes et des follicules s'étend. (L'explication de ce fait est très simple : l'atrophie a atteint d'abord et surtout les glandes «éreuses qui existent en grand nombre dans la xnaqueuse nasale ; or elles sont destinées à diminuer la consistance du mucus nasal, à le rendre aqueux; mais cette fonction se trouvant abolie par leur destruction graduelle, le mucus sécrété par les glandes muqueuses, dont un grand nombre se trouvent encore intactes, est alors visqueux et adhérent.) Cette sécrétion muqueuse adhère aux surfaces et se dessèche rapidement sous l'influence du courant d'air respiratoire. 11 se forme ainsi facilement des croûtes volumineuses qui s'attachent étroitement aux fosses nasales et à la voûte pharyngienne. Enfermées dans les parties étroites des fosses nasales et sous les cornets, augmentées constamment par l'addition des nouvelles sécrétions qui ne peuvent pas trouver d'issue, ces produits se putréfient et alors la fétidité apparaît. La muqueuse se trouve irritée par cet écoulement punilent qui augmente de plus en plus, et la maladie est ainsi constamment aggravée (i).
Symptômes.
Les gymptômes sont dus à la présence de^croûtes épaissies volumineuses qui mettent obstacle «a courant d'air respiratoire et à leur décomposition qui donne lieu à une odeur fétide, qui est la caractéristique delà maladie. Chaque jour il s'écoule des quantités de muco-pus épais mêlé de sang ainsi qu'une sécrétion muco-pumlente plus ou moins liquide. La muqueuse devient douloureuse et irritable. 11 n'est pas rare de voir des épistaxis (dues aux érosions de la muqueuse causées par l'irritation mécanique que produisent les croûtes durcies). Dans les dernières périodes, quand l'atrophie est établie, l'obstruction est moindre et l'odorat est très
(1) M. Lœwenbcrg dit que Tozène est ane affection tui generis caractérisée par une déformation atrophiqae spéciale, et par la présence d*an coccus spécial.
atténué sinon tout à fait aboli. Quand la voûte du pharynx est atteinte, l'accumulation de sécrétions durcies en ce point donne lieu à de la douleur, à de la gène et à la sensation d'un corps étranger. La pharyngite sèche accompagne en général cet état et se manifeste par ses symptômes habituels.
Vexamen rhinoscopique montrera l'aspect caractéristique de la maladie : au début une muqueuse sèche, brillante, puis, à mesure que le mal progresse, on voit les croûtes s'accumuler, les sécrétions se modifier et se raréfier ; enfin, quand l'état atrophique est établi, les fosses nasales devenir larges et spacieuses. Ce qui est assez curieux, c'est que la muqueuse nasale et pharyngienne présente un aspect normal quand on l'a débarrassée, par des lavages, des accumulations épaissies et décolorées qui la recouvrent.
Traitement.
Il est hors de doute que le catarrhe nasal atrophique est une affection incurable, qui déjoue les' efforts les plus persévérants. Cependant on peut, par un traitement régulier et judicieux, atténuer les symptômes les plus désagréables et quand l'affection en est à son début, on ne devra pas toujours désespérer de la guérison.
L'indication première et capitale c'est d'enlever régulièrement et avec soin les croûtes et les sécrétions épaissies des fosses nasales et de la voûte pharyngienne. On doit y procéder tous les jours à des intervalles convenables. On aura recours à des instruments tels que pince, sondes, brosses, etc., surtout dans les dernières périodes pour que l'opération soit complète. L'appareil à spray nasal (fig. 1687) peut être employé avec une solution désinfectante dans un but de propreté. Quand il faut avoir recours à des moyens plus énergiques, on emploiera la seringue nasale antérieure ou postérieure. Au début, on peut se servir de médicaments qui par leur nature tendent à restituer à la muqueuse ses facultés de sécrétion en stimulant son appareil glandulaire. Les uns peuvent être appliqués en solution au moyen du spray produit par l'appareil à air comprimé, les autres en poudre. Bosworth recommande spécialement les préparations suivantes :
!• Poudre de sanguinaire i ^ . ^.„^^.
, , ■ aa 4 grammes.
— de myrrhe <
— de lycopode 8 —
2* Poudre de galanga } ^ . __
— d'amidon *
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Seiler (1) préconise le nitrate d'argent en poudre et, dans certains cas, une pulvérisation avec une solution ferrugineuse. On emploie aussi Tacide phénique, Tacide salicylique, l'iode, le bromure de potassium, la belladone, etc.
Dans les dernières périodes de la maladie, après les lavages, les solutions désinfectantes jouent un rôle important.
On peut encore appliquer ici le traitement de Tozène que nous allons décrire.
OZÈNE.
L'affection que nous venons d'étudier sous le non de catarrhe nasal atrophique ou fétide est identique dans son aspect, ses symptômes et sa terminaison, avec la maladie qu'on appelle Tozène. Hais il est possible, comme le soutient Michel, que dans des cas exceptionnels la maladie ait son siège primitif dans les sinus du nez et qu'elle ne présente les symptômes décrits ci-dessous que tout à fait en dernier lieu. Cependant le terme d'ozène donne lieu à bien des malentendus, car on l'emploie ordinairement pour indiquer une maladie plutôt qu'un symptôme et pour désigner tout un groupe d'affections nasales, d'origines diverses, nfais présentant toutes un symptôme capital commun, à savoir, une odeur extrêmement intense et fétide liée à la formation de croûtes épaisses dans les fosses nasales.
Parmi ces affections nasales, la syphilis, avec sa tendance à détruire les os et les cartilages, est la plus commune. Mais on trouve aussi le môme symptôme dans d'autres affections ulcératives telles que la scrofule, le lupus, la morve, et il existe aussi, quoique à un moindre degré, dans l'obstruction des fosses nasales par un corps étranger qui y séjourne longtemps et qui détermine l'accumulation des sécrétions et leur décomposition. Aussi, réunir toutes ces affections sous le môme nom parce qu'elles ont un symptôme commun, c'estévidemment s'éloigner de la vérité, arriver à la confusion, détourner l'attention de leur véritable nature, nuire à l'exactitude du diagnostic et à l'appréciation correcte des indications thérapeutiques.
Pour moi il me semble préférable, si l'on veut conserverie terme ozéne, de le restreindre aux cas d'affections ulcératives du nez, telles que la syphilis, la scrofule, le lupus, etc., dans lesquelles la fétidité est le symptôme capital et dépend d'une nécrose osseuse, et môme de n'employer ce terme qu'en le faisant suivre d'un qualificatif, par exemple, ozène syphili-
(1) Seiler, Médical and surgical Reporter, 19 avril 1884.
tique, etc. Certains auteurs ont proposé de remplacer dans la nomenclature des affections nasales le terme ozène par ceux de rhinite atrophique et de catarrhe atrophique ozénieant.
Frœnkel (i) nous apprend que jusqu'à présent quatre examens nécroscopiques d'osène ont été faits par Hartmann (2), Gottstein (3), Frsenkel et Krause (4). Tous ont trouvé une cavité nasale volumineuse et des cornets très peu développés; ils sont également d'accord dans leur examen microscopique qui leur a montré les modifications subies par le tissa connectif de la muqueuse, et la dégénérescence partielle des éléments sécréteurs. Zaafal base sa théorie des causes de la maladie sur l'existence de ces larges cavités (qu'il considère comme congénitales) et admet que toutes les modifications de la muqueuse et la fétidité sont la conséquence de l'accumulation des produits de sécrétion. Hartmann et Martin (5) partagent son opinion. Frœnkel, Gottstein et Schàffer ne sont pas de cet avis et regardent le volume des cavités nasales comme le résultat de la dernière période d'une rhinite diffuse d'abord hypertrophique, puis atrophique ; les résultats des deux examens nécroscopiques faits par le premier de ces auteurs sont d'accord avec ceux de Gottstein et de Krause. Cependant il diffère de ce dernier au point de vue de la similitude des modifications de tissu observées dans l'ozène, dans la xérophlhalmie et dans le rétrécissement calleux de l'urèthre ; en effet, dans deux de ces états, l'odeur des sécrétions, s'il y en a, est facile à percevoir et ne présente jamais de fétidité : 11 est arrivé à croire que l'atrophie de la muqueuse est un état indispensable pour qu'il y ait fétidité, et que la disparition des
(1) Frtenkel, VirchowsArchiv,h& LXXXVH, 4 févr.
(2) Hartmann, Deutsch. med. Wochenschr,^ n* 13,
(3) Gottstein, Bresiau ûrtzl. Zeitschr., 1879
(4) Frfenkel et Krause, VirchowsArchiv,BdLX\\V,
S) Martin, De Coiène vrai, Paris, 1881.
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OZÈNË. — TRAITEMENT.
^Itndei d« Bomnan en est un facteur importanl. Il ajouta qall est douteux que l'hypertrophie ;»>récède toqjours l'atrophie et que, comme dans ^ rein granuleui, il n'y ait pas un processus ^ans-lequel tout d'abord la muqueuse ne présente pas un ëpaississement appréciable.
La majorité des auteurs se trouvant d'accord M.%1 point de vue pathologique, deux points intéressants appellent l'attention : t° quant à la [>^use immédiate de l'odeur Tëtide caractérists^ue;S*quant à savoir si l'iilTection a ou non i-» me origine constitutionnelle. Ici nous trouvons des opinions divergentes. Cozzolino (!) pense que l'oiëDe peut être observé chei des individus qui ont des sëcrëlions naturellement fétides, comme cela existe pour les pieds et pour l'aisselle. Hebdemus croit que la rélidilé résulte d'noe exhalation gazeuse de la muqueuse dépourvue de sécrétions. Krause trouve une cause plausible dans la dégénérescence graisseuse des proliférations cellulaires de nouvelle formation, mênie celles-ci étant en connexion intime «ne leur souillure originelle avant qu'elles n'qtparaissent à la surface, et dans la transformitioQ rapide de la graisse en acides gras et le décomposition qui s'en suit, ainsi que le prou- 'tnient les cristaux de margarine trouvés dans In croûtes, ces acides gras étant invariablesicalle résultat de la décomposition de matières albuminoides. Fournie soutient qu'il rénUe de l'état constitutionnel de l'individu, État qoi provoque une sécrétion morbide odorante dut les glandes de la muqueuse nasale. Fnentdprétend que la suppuration de la muqueuse Mesl la cause. E. Frœnkel suppose que la présence de micrococcus et de bactéries en est leprincipal facteur.
Le catarrhe atrophique ou ozëne est-il toujours une affection constitutionnelle? D'après Frinkel, il n'indiquerait pas fatalement l'eiis- Uiice d'une alTection dyscrasique, cependant Mon devait le rapportera une prédisposition comtilutionnelle, ce serait avant tout à la scro- 'nle et peut-être à la sjphills. Couolino soutient VDestle résultat d'une rhinite chronique et K lurtient jamais chez des sujets scrofuleux. Knoie émet un doute, disant qu'il n'y a pas de r^Q pour admettre que l'idiosyncrasie de l'individu ou la prédisposition constitutionnelle ^ t donné naissance à ta maladie ait un rapport quelconque avec la scrofule. Fournie est >u« un adepte de la théorie de la prédisposi- ^n conslitutiunnelle.
i\](^tti>\\no,Rev.ment.dela'-yngot.,l" nov. 18g|.
L'aspect des parties malades est le mAme, quoique à un degré plus élevé, que celni décrit pour le catarrhe atrophique.
Traitement.
Le traitement de cette affection est le même, dans ses grandes lignes, que celni du catarrhe atrophique. Le point essentiel est de laver les parties et de les désinfecter ensuite. Les agents employéspour neutraliser ta fétidité sont innombrables, ; compris les antiseptiques depuis le pennanganale de potasse jusqu'il l'iodoforme
(flg- not).
Fournie recommande l'acide borique ou le
Fig. noi . — Siphon de Th. Weber pour injactiona aniJaeptIqae».
salicjlate de soude. On se loue généralement de l'emploi de tampons d'ouate. Zaufal les em< ploie pour combattre l'agrandissement de la cavité nasale ; Gotlstein pour stimuler les sécrétions i Fournie pense qu'ils agissent comme antiseptiques, en empêchant les germes de l'air extérieur d'arriver sur la muqueuse déji si portée à se décomposer. Frtenlfe! conseille les astringents et le galva no- cautère comme le meilleur mode de traitement.
Kendal Franks (1) résume très nettement ce
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sujet du traitement en disant que si Ton admet que l'affection est due à Tatrophie de la muqueuse, à quoi bon chercher à guérir : c'est comme si Ton voulait amener la régression d'un rein granuleux ou d'un foie cirrhotique. L'application d'astringents faite sur la muqueuse atrophiée ne produit aucun bénéfice, bien que, si nous pouvions attaquer la maladie à sa période hyper trophi que, nous pourrions théoriquement ramener la muqueuse à son état normal.
Rouge (i) soutient que l'on ne peut avoir d'ozène sans lésion osseuse, théorie que je n'admets pas, bien que j'adopte la majorité des con-
clusions sur lesquelles il se base, et Je prétends qu'elles viennent aussi bien à l'appui de l'opinion ci-dessus exprimée au siget de la véritable cause de la maladie. U conseille de soulever ensemble la lèvre supérieure et les narines en les séparant d'abord par des incisions faites sur la muqueuse de la bouche et les cartilages à leur insertion aux maxillaires supérieurs. On met ainsi à nu les os antérieurs du nex, on peut voir parfaitement l'intérieur des fosses nasales et l'on a tout l'espace désirable pour l'introduction des instruments et l'enlèvement des os malades.
AFFECTIONS SYPHILITIQUES DES FOSSES NASALES (i).
La syphilis peut se manifester sous diverses formes dans les fosses nasales.