‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 315 sur 638 · CORPS ÉTRANGERS DES FOSSES NASALES · texte numérisé non relu

CORPS ÉTRANGERS DES FOSSES NASALES

On a trouvé dans les fosses nasales les corps les plus variés comme nature, comme forme et comme dimensions, qui y avaient été introdails soit accidentellement, soit à dessein, comme c'est le cas pour les enfants. En outre, Fnenkel appelle l'attention sur ce fait que des corps étrangers peuvent tirer leur origine de l'organisme même, provenant de l'intérieur des fosses nasales ou des tissus, par exemple des morceaux d'os nécrosés, ou bien provenant d'autres parties du corps et apportés dans les fosses nasales, par exemple des matières stomacales qui pénètrent par les narines postérieures dans les efforts de vomissement ; la présence accidentelle d'ascarides lombricoîdes, dans lescavités nasales (1). Fred.Tiedemann (2) a réuni un certain nombre de cas dans lesquels des ascarides, étant arrivés jusque dans l'estomac, sortaient du corps par le nez ou même séjournaient quelque temps dans cet organe, leur présence causant de grands troubles locaux.

Quand le corps étranger vient du dehors, il peut pénétrer par trois points : les narines antérieures, ce qui est le plus commun ; les narines postérieures; enfin, mais rarement, les parties moUes de la face, comme cela s'est vu à la suite de blessures par armes à feu, par coup de poignard, etc. (3). Les deux dernières variétés sont trop rares pour qu'il soit nécessaire d'y insis-

(1) Sciirœtter, Laryngologische MiUheilungen. Vienne, 1875. — Lefferts, Med. News, 7 janv. 1882.

(2) Fr. Tiedemann, Von Ubenden Wûrmem und Jnsekten in den Geruchs-Organen des Menschen, Minnheim, 1844.

(3) H. C\oqvL9Xf Osp?irésiologie ou Traité des odeurs. Parii, 1821.

I ter. Lowndes (i) rapporte le cas d'un anneau qui, trop grand pour passer par les narines antérieures, avait été se loger dans la cavité postnasale où sa présence ne pouvait s*expliquer qu'en admettant qu'il avait été avalé, puisqu'il était passé dans le nez en traversant le pharynx dans sa hauteur. Noyés (2) a retiré du nez l'aiguille de culasse provenant d'un fusil qui avait éclaté, et qui était restée dans les fosses nasales pendant longtemps, car le patient venait consulter ce médecin pour une affection oculaire. Le catalogue des corps étrangers introduits dans les narines par l'orifice antérieur forme une liste intéressante et curieuse, mais illimitée. Des boutons, des billes de verre sont les objets favoris des enfants. J'ai retiré des clous de tapis, des noisettes, de petits cailloux, des rivets de cuivre, des morceaux de bois, du charbon, des balles, des aiguilles, des fèves: dans ce dernier cas la germination est possible, bien que je ne l'aie pas observée.

Le corps étranger une fois introduit, s'il est découvert par le médecin ou si le patient fait connaître sa présence, est d'habitude rapidement enlevé dès que le chirurgien veut s'en donner la peine ;. d'autre part si son existence reste dans l'oubli plusieurs années, il se recouvre de dépôts phosphatiques, détermine une irritation constante, un écoulement muco-purulent d'une odeur fétide, attribuée souvent par erreur à une origine strumeuse ou syphilitique. J'ai eu l'occasion d'en observer deux cas. Dans l'un, le corps étranger représenté

(1) Lowndes, British med. Journal, sept. 1867 I (2, Noyés, The Lancet, 3 mai 1884.

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par un bouton de bottine était recouvert d'une couche épaisse de matière calcaire et était resté pendant dix-huit ans, sans qu'on y touchât ; il avait été introduit par le patient, alors qu'il était enfant, ce dont il se rappela parfaitement quand on lui montra l'objet. Dans le second, une fève pareillement encroûtée fut enlevée après un séjour de quinze ans. Dans les deux cas, il y avait tous les symptômes d'un catarrhe fétide. Croyant qu'il s'agissait d'une nécrose syphilitique, j'avais institué un traitement spécifique, quand un beau jour je pus me rendre compte de la présence des corps étrangers. Dans aucun de ces deux cas, il ne fut fait de tentative d'extraction.

Symptômes.

Les symptômes produits par la présence d'un corps étranger dans les fosses nasales varient naturellement selon la durée de son séjour, selon sa nature, sa forme, ses propriétés irritantes ou non. S'il est tranchant, irrégulier, pointu, son introduction sera suivie d'une réaction inflammatoire considérable; si, au contraire, il est lisse, arrondi, il produira peu ou pas de trouble local. Généralement, dans les cas récents, les symptômes sont ceux d'un coryza chronique avec écoulement purulent abondant, résultant de l'occlusion de la fosse nasale. Cependant si le corps étranger est de telle nature qu'il s'imprègne de l'humidité des narines et gonfle dans leur intérieur, aux symptômes précédents s'ajouteront ceux dus à la compression ainsi produite, c'est-à-dire douleur, céphalalgie et torsion du nez. Si le séjour se compte par mois ou par années, tous les symptômes de catarrhe fétide se développent et quand le corps étranger est tranchant et irrégulier, la muqueuse s'ulcère au point d'implantation et donne lieu parfois à un écoulement sanguinolent, avec augmentation des douleurs.

Diagnostic.

Le diagnostic du corps étranger se fera facilement, si le patient donne des renseignements précis à ce sujet ; sinon il faut avoir recours à l'inspection et à la palpation. Le corps étranger étant généralement recouvert d'une couche épaisse de mucus, il faut donc préalablement faire un lavage complet de la narine affectée. On pourra alors juger de sa nature, de sa forme et de la manière dont il est implanté. Le stylet, manié habilement, révèle le fait même de sou

existence. Du reste on ne peut le confondre qu'avec une nécrose osseuse. On l'en distinguera par sa mobilité, les caractères de la surface et la sensation particulière que donne au doigt le stylet qui le touche. Il est inutile de dire qu'à défaut de renseignements précis il faut, dans tous les cas d'écoulement fétide, examiner attentivement les narines en avant et en arrière.

Le traitement d'un corps étranger intra-nasal consiste dans l'extraction faite le plus tôt possible après son introduction. Pour l'opérer, le chirurgien doit souvent faire appel à son esprit inventif. Quand le corps est petit, lisse, on peut parfois le faire sortir rapidement en provoquant l'éternuement; en soufflant fort dans la narine non affectée, on peut, paralt-il, chasser un corps nuisible introduit dans l'autre. King rapporte un cas où un noyau de cerise fut expulsé du nez, par l'action d'un émélique, la bouche étant maintenue close au moment du vomissement. On peut réussir aussi en faisant passer un fort courant d'eau par les narines, soit en avant au moyen d'une grosse seringue introduite par la narine non bouchée, ou par l'emploi de la douche nasale en élevant l'appareil pour donner plus de force au jet ou bien avec la seringue nasale postérieure. Cohen conseille de faire passer des bougies ou des sondes par l'orifice postérieur de la narine obstruée et de pousser ainsi le corps étranger en avant. 11 cite aussi la méthode adoptée par les auristes pour le conduit auditif externe et qui consiste à tremper un pinceau dans de la glu, à le laisser en contact avec le corps étranger jusqu'à ce qu'il soit bien adhérent, puis de l'attirer à soi. Quand le corps étranger est volumineux et très fortement implanté dans les tissus, il faut le prendre avec une pince a mors fenêtres, un crochet mince, un stylet courbé ou une petite pince à branches séparées que Ton introduit l'une après l'autre, comme un forceps.

En examinant avec soin les particularités afférentes à chaque cas, on sera à même de choisir l'instrument convenable pour l'extraction du corps étranger. Ainsi j'ai pu, dans plusieurs cas, introduire un petit crochet dans l'œil d'un bouton et l'enlever alors facilement. L'emploi des pinces est assez rare. Quand un corps étranger, par suite de sa situation, de son volume et de son implantation, ne peut être retiré en avant, doit-on le pousser en arriére dans le pharynx et là l'attraper et le retirer, ou, ce qui est le cas

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