NÉVROSES DES FOSSES NASALES
Le nerf olfactif est le seul dont rintégrité soit nécessaire au sens de l'odorat. Après avoir traversé la lame criblée de l'ethmolde, ses filets se distribuent à la muqueuse qui recouvre la partie supérieure de la cloison sur une certaine étendue et en plus grand nombre à la muqueuse du cornet supérieur et un peu à celle de )a partie supérieure du cornet moyen. L'épithélium de cette région, qui diffère de celui de la région inférieure des fosses nasales, a aussi des relations avec le sens de Tolfaction. Les derniers filets du nerf olfactif ont sans doute des connexions immédiates avec certains organes terminaux qui reçoivent les impressions olfactives et les transmettent aux fibres nerveuses. Toutefois, on ne sait encore rien de précis relativement à la manière dont les centres nerveux reçoivent l'impression olfactive ; la racine externe du nerf contient le plus grand nombre de fibres et peut être suivie jusque dans le voisinage de Tinsula de Reil (Erb.). Les première et seconde branches de la cinquième paire représentent les nerfs de sensibilité générale de la muqueuse du nez; ils conduisent les sensations tactiles, mais non les impressions olfactives (1). Ces données anatomiques et physiologiques ont une grande importance^ relativement aux différentes névroses que nous allons étudier. C'est aussi le cas de rappeler qu'il faut distinguer avec soin le sens du goût de celui de l'odorat quand on cherchera à reconnaître la perte de ce deVnicr et à déterminer si cette perte est unilatérale ou bilatérale. 11 n'est pas rare que des sujets, affectés d'anosmic, déclarent avoir perdu le sens du goût parce qu'ils ne perçoivent plus les différents arômes, ce qui ne dépend absolument que de Todorat. En faisant un examen attentif et en cherchant à voir si le sens du goût est perçu, on constatera que le sujet reconnaît les substances salines, douces, amères, acides, et que les arômes seuls ne sont pas perçus. En d'autres termes, si l'odorat est aboli et le goût conservé, les substances aromatiques ne peuvent plus ôtre reconnues, elles no donnent plus qu'une sensation de goût. Cela est vrai d'une façon générale; mais quand bien môme il y a une impossibilité complète d'apprécier les substances odorantes, en les respirant par le nez, la perception des odeurs peut encore subsister dans certains cas. Cela peut arriver seulement
(1) Althaus, Lancetf H mai 1881.
quand les' narinei postérieuris M l'espace compris entre le voile du palais et la paroi du pharynx sont libres ; dans le cas d'obatmction des narines antérieures, les particules oéofWoA» des aliments atteignent la région olfadiva ptr les narines postérieures. Ogle (f ) rapparia étWL observations intéressantes dans lesqoelks les narines postérieures étaient obstruées par saMe de Tadhérence du voile du palais à la paioi pharyngienne postérieure, le malade ne pei«evaic plus aucune espèce d'odeurs. Dans l'on ée ces cas, on perfora le voile en palais el roUtetion fut recouvrée.
La perte de l'odorat peut affecter un seul eèlé du nez ; dans ce cas, le patient ne s'en aperçoit pas et le chirurgien ne peut le reconnaître qu'en vérifiant l'intégrité de l'odorat de chaque eôtè séparément. Il faut alors choisir des substanees qui sont branchement odoriférantes et qui œ puissent pas irriter les fibres sensitives de I» cinquième paire. L'ammoniaque, le tabac à priser, etc., ne devront donc pas être employé^ dans ce but; on fera l'expérience avec l'eau li^ Cologne, le musc, le camphre, ou toute aoltf^ huile essentielle volatile. Pour être sûr qH^^^ existe une anosmie complète, il faut chereh^^ si la perception des parfums existe. Le café, vin, les liqueurs et d'autres substances ont parfum agréable qui est perçu en partie l'odorat el en partie par le goût. Dans le d'anosmie complète, on ne sent plus rien, môm^ si les narines postérieures ne sont pas obstruées.
Les névroses des fosses nasales sont celles qui atteignent les nerfs de l'olfaction, de la sensibilité générale et ceux du mouvement.
ANOSMIE.
Elle peut être causée en premier lieu partout état des fosses nasales qui détermine de l'obstruction ou qui rend impossible l'action des substances odorantes sur l'appareil olfactif ; en second lieu par un trouble fonctionnel ou la destruction des filets nerveux, qui se rendent à la région olfactive ou bien par le trouble fonctionnel ou la destruction des bulbes olfactifs eux-mêmes. Il est bien entendu que le terme anosmie s'applique seulement à ces cas comme à ceux où l'intensité de l'odorat diminue progressivement jusqu'à ce qu'elle disparaisse toat
(1) Ogle, Med. Chir, TraJisact.^ vol. 53, p. 271, IS70.
ÂNOSMIE.
à fail sans que la sensibilité de la muqueuse pour les substances irritantes soit affectée; ainsi le tabac déterminera de réternument, quoique son odeur spéciale ne soit pas perçue.
Tout obstacle à la pénétration de Fair dans la partie supérieure des fosses nasales peut constituer une cause d'anosmie. Les causes les plus fréquentes sont : l'hypertrophie chronique dea tissus, comme dans ]es catarrhes anciens, la présence de croûtes et de sécrétions épaissies ol deaséchées, les polypes du nez et enfin une cause temporaire très commune, TinflammatioB aigufi, le coryza ou la grippe. Parmi les causes plus rares, nous citerons Tanesthésie du tryumeau, avec la diminution ou la suppression des sécrétions nasale et lacrymale, ce qui amène la sécheresse anormale de la muqueuse, {■compatible avec la fonction de Todorat ; Focèlusion des narines congénitale ou accidentelle; la paralysie des muscles dilatateurs des nafbws ; Tocclusion des cavités pharyngienne ou fêetnasale résultant d*une rétraction cicatriaieUa syphilitique ou des autres causes d'obilroetion mécanique citées plus haut.
Ogle insiste sur l'importance du pigment de la région olfactive pour l'intégrité du sens du flMt, et cite un cas intéressant de son abolition pu cette cause (l).
Diverses lésions pathologiques qui atteignent «t détruisent les filets terminaux du nerf olfactif donnent lieu secondairement à de l'anosmie. G^nt ce qu'on observe souvent dans certaines Aetions constitutionnelles, idibpathiques et Immatiques, dont nous avons parlé. Watson ooit que certains cas d'anosmie, après des Mltfrhes intenses accompagnés d'accès d'éter- Bsment violents, peuvent être dus à un trouble ktl qui a atteint les filets olfactifs (2) ou à une Umorrhagie des bulbes olfactifs. On a rapporté une observation (3) où l'inspiration continue, Mddentelle de vapeurs d'éther a causé une di- Biootion graduelle de l'odorat et même son abolition totale, par l'action de cette substance nr les filets olfactifs. Enfin une affection céréhile retentissant sur les bulbes d'une façon dincls ou indirecte, troublant leur nutrition et ho^ activité fonctionnelle, amène la perte de fodorat.
kaghlings Jackson (4) appelle l'attention sur
(I) O^e, Amerie. Joum, of the med, scienc.f 1852. (1) Walton, loc. et/., p. 337.
m Virthows Archiv, Bd IV, S. 41, 1867. (4) Baghlings Jackson, Med, Times and Gazette, n «tobre 1874.
t les épanchements des ventricules latéraux comme une cause possible d'anosmie par compression des bulbes olfactifs. Des coups sur la tète, à savoir, sur le front, la région pariétale, le vertex ou l'occiput sont connus depuis longtemps pour être des causes d'anosmie. Hilton attribue ce résultat à la rupture des bulbes olfactifs ou à un changement dans leur position, ce qui est possible, car ils sont couchés directement sur la base du crftne sans être protégés psur une couche de liquide cérébro-spinal, comme les organes encéphaliques qui sont au-dessus d'eux* Ogle croit que cela est dû à une rupture des nerfs olfactifs lors de leur passage à travers les trous de la lame criblée. Les déductions et les conclusions de son travail à ce sujet peuvent se résumer ainsi : L'anosmie existe dans la paralysie faciale bien marquée, du même côté qu'elle. Pour lui la racine externe de l'olfactif gouverne seule l'olfaction, et ce sens est subordonné au degré de désorganisation qu'elle ou sa terminaison centrale aurait subi. A l'appui de cette théorie^ il cite une observation de Serres (1), basée sur les résultats de dixneuf examens microscopiques faits chez des paralytiques, qui confirmentson opinion quel'anosmie dépend bien plus d'une lésion de la racine externe que de la racine interne. Wickham Legg (2) et Hybord (3) ont fait voir que l'anosmie pourrait ne pas s'être développée sept mois après une lésion du crâne et alors apparaître par suite de l'extension d'une inflammation ou d'un autre processus. Prévost a montré qu'elle pouvait résulter de la dégénérescence ou de l'atrophie sénile des nerfs olfactifs. Notta (4) a publié des observations d'anosmie congénitale due à l'absence de nerfs olfactifs ainsi que l'ont montré Rosenmûller et Pressât. Jackson, Fletcher,Ransome, Ogle, Erb, ont rapporté des observations d'anosmie, accompagnant l'aphasie et l'hémiplégie droite, mais alors elle était toujours limitée à la narine gauche. Ce dernier auteur soutient que l'anosmie si fréquemment associée à l'hystérie est d'origine centrale et liée, en général, à la perte du goût et à l'anesthésie musculaire et cutanée. L'anosmie des aliénés reconnaît de même une lésion centrale.
(1) Serres, Anatomie comparée du cet^eau, t. 1, p. 295.
(7) Legg, The Lancet, 8 nov. 1873.
(8) Hybord, Archiv. génér, de méd., ra*rs 1874. (4) NotU, Recherches sur la perte de Vodorat {Archives générales de médecine, avril 1870).
460 GEORGE LEFFERTS. — AFFECTIONS MÉDICALES ET CHIRU