TUMEURS OSSEUSES
On trouve dans les fosses nasales des formations osseuses de diverses sortes. D'abord, des exostoses développées aux dépens de la portion osseuse de la cloison ou du plancher des fosses nasales, ce qui est assez commun ; de môme, des tumeurs prenant naissance sur un os voisin et envahissant secondairement le nez : ou bien encore les tumeurs qui résultent d'une affection strumeuse ou syphilitique de la charpente osseuse de la cavité nasale et dans la formation desquelles le cartilage peut entrer en proportion et en disposition variables (2). En second lieu, des tumeurs cartilagineuses ou sarcomateuses (Mackenzie). En troisième lieu, une forme remarquable qu'il ne faut pas confondre avec les véritables exostoses et les tumeurs mixtes osseuses et cartilagineuses dont nous Tenons de parler. Des observations de celte variété de tumeurs ont été publiées par Legouest, Duka (3), Michon (4) Dolbeau(5), et le sujet a été
(IjUre, Stanley, Prochaska, Disquisit.anat. physiol. orgattismi corp, human., p. 172. Vienne, 1812. — Cooper, Swgical dictionary,
(2) Trélat, Dolbeau, BuUelin de la Soc, de chirurg., 1862, p. 261. — Morgan, Guys llosp. Reporis, série 1, vol. I, p. 403 et vol. VII, p. 491.
(3) Duka, Patholog, Transact., vol. XVIII, p. 256 ; vol. XIX, p. 311.
(4) Miclion, Mémoires de la Soc. de chirurgie de PariSf U II.
(5) Dolbeau, Exostoses du sinus frontal (Bullet. de CAcad, de méd., t. XXXI^ p. 107).
traité d'une façon complète par Ollivier ({). Dans tous ces cas, la tumeur osseuse prenait naissance entre les couches de la muqueuse nasale ou le périoste qui tapisse les cavités, indépendamment de toute affection apparente des parties qui l'entourent, et restait toujours libre et mobile ; elle peut tirer son origine des sinos frontaux ou des fosses nasales et arriver lentement à des dimensions considérables. On a supposé que ces tumeurs pouvaient être analogues dans leur mode de développement et leur chute consécutive aux andouiUers des Cervidés (Durham). Thudichum (2) ajoute que les exostoses des cornets constituent une des complications possibles des polypes nasaux.
Les tumeurs osseuses varient quelque peu dans leurs caractères et leur formation ; certaines ont une consistance dure comme de l'ivoire; d'autres sont molles et friables; elles sont parfois parsemées de petites cavités remplies de matière gélatineuse, fibreuse ou cartilagineuse : mais quand elles sont compactes ou cancellées, elles présentent toujours la disposition caractéristique des canaux de Havers. On les enlève en les détachant avec le bistouri, la scie, les pinces ou les ciseaux, soit par le ne^ soit en faisant une ouverture à la face, si lamasse est trop volumineuse (Gross, Mott) (3)- Quand elles sont cancellées, Ollivier conseille de les broyer et de les extraire ensuite sau^ agrandir les narines. Dans un cas d'exostose di^ bord palatin du maxillaire et du vomer, Cohen (4) broya la masse entre les mors d'un, davier, après l'avoir préalablement mise à na en détachant la muqueuse et le périoste qui la recouvrait; puis il remit ces membranes en place après avoir poli la surface osseuse d'où la tumeur avait pris son origine. Linton Wagner m'a rapporté des cas analogues.
Ces tumeurs osseuses très curieuses dont nous venons de parler s'enlèvent sans difficulté, quand on a dénudé complètement les cavités d'où elles proviennent (Legouest (5). Si on les laisse en place, elles finissent par se priver elles-mêmes de toute nourriture par suite de
(1) Ollivier, Sur les tumeurs osseuses des fosses nasales. Paris, 1869.
(2) Thudichum, The Lancet, sept. 1868.
(3) Mott, Americ. Journal of the med, sciences, Janv. 1857, p. 35.
(4) Cohen, lac. cit., p. 400.
(5) Legouest, Exostose épiphysairç canée occupant toute la fosse nasale gauche {Mémoires de CAcad, de méd., 1865-1866, t. XXYU, p. 147).
KYSTES
la compression qu'elles exercent sur les tissus ai 86 gangrènent (Hilton) (1).
TUMEURS SARCOMATEUSES.
Nous ayons déjà signalé la tendance que les polypes fibreux, les tumeurs cartilagineuses et même les simples polypes muqueux avaient à subir la dégénérescence sarcomateuse ; mais, à cdlé de cela, le sarcome peut se développer primitivement avec tous ses caractères. 11 n'est pas facile à diagnostiquer avec le carcinome : tous deux se présentent dans les fosses nasales, sons des aspects analogues et ont beaucoup de symptômes communs.
D'habitude, le sarcome a l'aspect d'une masse lobulée, charnue, rouge sombre, ayant des prolongements et des attaches dans différentes directions ; sa consistance est variable, soit très dure, soit molle et fluctuante. 11 est extrêmement nsculaire et son développement est très rapide, lortoutchez les enfants, où les cavités voisines, en particulier le crâne, l'orbite et le pharynx, lont presque simultanément envahies.
11 est évident qu'au début de l'afifection le chirurgien doit essayer d'extirper le néoplasme par un des procédés décrits plus haut. Cette eitirpation doit être radicale et complètement réussie dans la première tentative, sans cela les luites en sont certainement fâcheuses; la tumeur récidive toujours avec une rapidité très grande et avec un caractère de malignité plus accentué.
CARCINOME.
Tous les auteurs s'accordent à considérer comme très rare le cancer primitif des fosses nasales. Watson (2) soutient que les observations, qui en ont été publiées, sont soit des cas de tumeurs Gbreuse ou sarcomateuse ramollies, dégénérées et quelque peu fongueuses, soit te affections encéphaloïdes qui ont pris naissance dans les méninges ou dans les os du crâne et qui ont traversé le sphénoïde et l'ettimoïde pour venir apparaître dans l'orbite on dans le nez (3). La maladie survient soit chez
(1) Hilton, Guy's llospiL Reports ^ série 1, vol. I, p. 495.
(2) Wâtson, loc, cit., p. 286.
(3) Sur 51 cas de cancer des méninges, analysés par ^elpean, sept se manifestèrent dans la région nasoorbiuire et plusieurs avaient gagné les fosses nasales où ils déterminèrent les symptômes attribués aux polypes malins.
les jeunes gens, soit chez ceux qui ont dépassé r&ge moyen de la vie. Elle empiète partout en détruisant sur une large surface tout ce qu'elle touche, et comme elle est inévitablement fatale, on ne peut que lui appliquer des mesures palliatives ; toute intervention chirurgicale est contre-indiquée.
Les variétés de tumeurs des fosses nasales qu'il nous reste à considérer sont très rares, aussi nous bornerons-nous à les mentionner.
ADÉNOMES.
Ils se développent aux dépens des glandes de la muqueuse et peuvent arriver à de grandes dimensions et même atteindre les cavités voisines.
NÉVROMES.
Gerdy (1) a publié une observation dans laquelle la tumeur névrilemmateuse en rapport avec la seconde branche de la cinquième paire avait pénétré dans les fosses nasales par le trou sphéno-palalin. On prit par erreur cette tumeur pour un polype et les tentatives faites pour son extraction déterminèrent une méningite mortelle.
ÉCUIIYOCOQUES.
Fraenkel (2) a signalé l'existence de ces tumeurs, qu'il considère comme très rares.
KYSTES
On rencontre parfois dans les fosses nasales proprement dites de véritables tumeurs kystiques qui proviennent de la muqueuse. J'en ai vu et traité un seul cas, dans lequel la tumeur ressemblait tout à fait à un polype muqueux, que l'examen rhinoscopique ât voir comme étant situé dans la narine postérieure gauche; saisie avec les pinces à polypes, la tumeur éclata, son contenu s'écoula et il n'en resta bientôt plus aucun vestige; il n'y eut pas de récidive (3). Johnson (4), Seiler (5), Ingds (6), ont rapporté des observations analogues.
(1) Gerdy, Dm polypes, p. 110.
(2) Fraenkel, in Ziemssen, Cyclopadia, vol. IV, p. 171.
(Z) Philadelph. med, Times, 15 déc. 1883.
(4) Johnson, British med, Jourti.^ mai 1874.
(5) Seiler, Philadelph. med. Times, vol. XIV, n» 423, 9 fév. 1884.
(6) Ingals, Chicago med. Review, vol. IX, n* 5, 2 fév. 1884.
4«0 GEORGE LEFFERTS. — AFFECTIONS MÉDICALES ET CHIRURGICALES DU NEZ. [66