‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 471 sur 638 · CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEMENT

micro-organismes, s'en sont servis comme une barrière infranchissable pour boucher leurs bouteilles. Une fois le fond des canaux fermé, comme nous venons de le dire, il ne reste plus qu'à les retoplir complètement ainsi que la chambre pulpaire ; nous avons l'habitude de le faire au moyen de quelques fibrilles de ouate trempées dans du chlorure de zinc el de l'oxyde de zinc mélangés à la consistance de pâte claire et nous laissons durcir.

On a conseillé la gomme laque, le bitume de Judée, etc., dont nous nous sommes servi avec avantage ; mais cette dernière substance a l'inconvénient de donner une coloration noire qui peut dans certains cas se transmettre visiblement au dehors près du collet de la dent.

Des praticiens sérieux emploient des fils de plomb, c'est du reste la seule substance qui, lorsqu'elle pénètre au-delà du pertuis de l'apex de la racine^ n'engendre pas de périodontite et d'abcès alvéolaire; ce métal s'oxyde dans le canal, en durcit les parois, le bouche hermétiquement (1); d'autres ne veulent entendre parler que de l'aurification. Nous pensons que l'or n'ofire aucune qualité spéciale pour la conservation des racines et que ce travail, qui nécessite une somme assez grande de talent et de patience, est avantageusement remplacé par le procédé que nous venons de signaler en premier. Ces mêmes praticiens, reconnaissant euxmêmes la nécessité d'une obturation avant tout antiseptique, trempent leurs premières feuilles d'or dans l'acide phénique (Kingsley). Nous croyons donc que notre méthode de l'oxychlorure de âne estpréférable puisque, à sa facilité d'adoption, elle joint les avantages d'être antiseptique; les canalicules s'ouvrant dans la chambre pulpaire sont garantis de tous les éléments de septicité ; il ne reste plus qu'une cavité du deuxième degré à obturer avec la substance du choix de l'opérateur.

Troisième période. — La pulpe est tombée en gangrène, elle est presque entièrement dévitalisée. Cependant dans les dents à plusieurs racines on pourra rencontrer encore de la vitalité dans l'une d'elles, ce qui explique certaines douleurs spontanées; mais le plus ordinairement la couleur ardoisée de la dent, l'insensibilité de la dentine, permettent d'établir un diagnostic facile.

A l'inspection, dès que le malade ouvre la

(I) Andriea, Leçons clinigue$ faites à TÉcole dentaire de France, 1883.

bouche, généralement une odeur caractéristique se perçoit et le coton mis dans la cavité ramène une matière fétide. Les canaux radiculaires sont donc remplis de pus produit par un organe en complet état de putréfaction; ces désordres peuvent être limités à la pulpe, ou gagner le voisinage avec accidents réflexes, tels que la congestion de la gencive au point correspondant à l'extrémité des racines, l'abcès alvéolaire, les fistules gingivales ou cutanées; plus que jamais la chirurgie antiseptique et désinfectante s'impose (1).

Traitement.

Dans des cas assez rares, la pulpe dentaire, au lieu d'être complètement ou en partie détruite, aura bourgeonné, par suite d'irritations successives, au point de représenter un véritable polype pulpaire bouchant la cavité de la carie. Il convient de le détruire au moyen du galvanocautère, les cautérisations arsenicales restant souvent dans ce cas spécial sans grand effet, et pouvant amener les désordres de voisinage que nous avons signalés en parlant de la fusée possible de l'acide arsénieux sur les parties molles (2).

On neutralisera la septicité des canaux par des lavages antiseptiques, en se rappelant la recommandation de se servir de petites mèches de ouate qui ne puissent pas, par leur volume, jouer dans les canaux le rôle d'un piston et refouler les gaz et liquides à l'apex de la racine.

Comme premier lavage, nous nous servons de l'eau oxygénée dont les résultats sont excellents; s'il y a abcès, à l'aide d'une seringue de Pravaz dont la canule est garnie de guttapercha, nous forçons l'injection à travers le trajet fisluleux. En présence de ces éléments de fermentation, l'oxygène se dégage et il se produit une rapide formation de gaz indiquée par la production de bulles et d'écumes, phénomène connu sous le nom de fermentation de l'eau oxygénée; l'oxygène se combinant avec l'hydrogène du pus, celui-ci se trouvera liquéfié (3) (voir Traitement^ abcès alvéolaire, p. 631). Une fois la cavité bien détergée, on continue les pansements à l'aide des mèches chargées de créosote, d'acide phénique, de sulfo-carbol ou

(1) Voyez Encyclopédie de chirurgie ^ t. U, p. 85, flg. 270 à 273.

(2) E. Brasaeur, Étude de chirurgie dentaire , application du galuanO'Cautére aux affections de Vappareil dentaire, p. 4S.

(8) L. Larrivé, L'eau oxygénée, son emploi en chirurgie, Paris, 1883.

E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES

de glycérine ihymolée, et recouvertes de gutlapercha {)).

Une foule de médicaments onl été vantéi pour le pansement des racines; mais nous pensons que ledenlisle nedoit pas compliquer inulilemenl ■on arsenal thérapeutique et qu'il est inutile de changer conslamment, alors que cerlains médicaments jouissent de sérieuses propriétés. 11 ne doit pas oublier non plus que la bouche est un organe duquel il Taut éloigner les médicamenls par trop repoussants par leur saveur et leur odeur, c'est pourquoi nous avons abandonné l'huile d'eucalyptus, l'iodororme, qui pour être d'excellents médicaments n'ont cependant pas une vertu tellement spèciBque qui puisse faire passer sur les inconvénients que nous signa> Ions. La teinture d'iode sera un excellent modiBcateurqui, dans certains cas, rendra de grands services. Il conviendra, dès le début du traitement, de renouveler les pansements tous les jours pour les espacer ensuite de plus en plus afln diiabituer la dent h une véritable tolérance de l'occlusion. Telle dent qui, laissée ouverte, ne fait jamais souffrir, occasionne des douleurs intolérables dès qu'elle vient à Être fermée. SilAt que l'odeur aura complètement disparu, que le coton sortira sec et blanc, que les symptômes inflammaloircs du voisinage n'existeront plus, on pourra procédera l'obturation des racines, ainsi que nous venons de le décrire à la période précédente (voir Dévitatisatton deiadenl, page U03) (2).

Certainement malgré tous les soins apportés dans nos pansements antiseptiques, il pourra arriver que chez des individus à tempérament lymphatique, parexemple,unepériodontite aiguë se déclare, mais elle sera certainement amoindrie dans sa marche, offrant des caractères bénins, et ne sera pas suivie d'abcès alvéolaire. Pourquoi, en effet, en serait-il autrement que dans les maladies complexes : l'érjsipèle, par exemple, si commun autrefois à la suite des opérations chirurgicales et qui aujourd'hui, comme l'a fait remarquer le professeur Trélat, est ordinairement bénin grjlce aux pansements à la ouate de Guérin, à l'acide phénique de Lister, à la liqueur de van Swieten, qui peuvent ne pas arrêter toujours les phlegmasies consécutives, mais qui du moins empêchent le développement du microbe pathogénique de la septicémie [Reclus].

(1) Bouilbon, Bulltlin dt tfiirapeutique, 15 Juin

lies.

(1] Piquet, Butlelin de thiropeutiqut, 30 juillet

Des praticiens, vu la difficulté de tarir li suppuration des racines, préconisent l'emploi du drainage de la cavité cariée au moveo d'un petit tube en platine mis au milieu de l'obturation ; nous ne saurions trop nous élever contre une semblable conduite: il faut, selon noas, qu'une dent puisse supporter d'être parfaitement bouchée et qu'elle remplisse ses Tonctions, sans quoi elle devient plus nuisible qu'utile et nous préférons cent fois en faire l'extraction plalOt

Fig. ISIS. — GroMB mollira supérieure dont la ndiM ptdatine est munie d'un tube de drainage e('j.

(*} a, amalgame on lariUcatlon k travers leqnel paiie le tube, l'obturation rétablit le contour de U dent.

que de conserver un organe répandant une puanteur des plus repoussantes (flg. 1875).

Ces dents fournissant sans cesse de la suppuration sont souvent accompagnées de lésiani des parties molles, comme hypertrophie du pèriodonte; la mastication derientdès lors impossible; or toute dent sur laquelle on ne peut mastiquer est souvent la cause de la perle des dents voisines; il faut que les dents, t l'exemple de toutes les autres parties du corps, fonctionnent, sans quoi les gencives se turaé- Bent, le ligament alvéolo- dentaire s'enflamme et bientôt lo pyorrhée alvéolaire s'empare de tout un côté de la mâchoire avec perte des dents.

U faut donc, comme en chirurgie générale, s'attacher à conserver, mais il faut aussi mettre de côté les petits moyens trop souvent ftinestes-

Préparatlon de la cavité d'une dent ponp recevoir ane obturation.

La manière de préparer la cavité d'une dent, avant de recevoir une obturation dëfloilire, est généralement la même, puisque, comme nous venons de le voir par le traitement des racines, une fois la chambre pulpaire fermée, nous avons une carie du second degré, représentant une cavité plus ou moins grande, plu) ou moins dilBcile d'accès, plus ou moins fra-

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