‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 470 sur 638 · CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEHENT · texte numérisé non relu

CARIE DU TROISIÈME DEGRÉ. — TRAITEHENT

membrane par des efTorts inuUles et des manœuvres brutales. Il conviendra donc d'employer pour ces pansements antiseptiques la même prudence, la mCme légèreté de main que pour les pansemenls précédents. Quelquefois, pour dessécher plus vile le reste de la pulpe, nous employons un peu d'acide lannique et d'alcool absolu. Dans ce cas, nous recommandons de ne se servir que de petites brocbes en platine ou nickelées, car les broches d'acier, qni nons servent d'ordinaire, forment au contact d'un acide et du tannin du tannate de fer qui imprime promplement à la dentine une coloration noiritre trèa désagréable, surtout pour les dents antérieures.

Le sulfo-carbol ou acide orlhoxvphénjIsuKureux e«t aujourd'hui reconnu comme un des pluspuissanis antiseptiques; il a sur l'acide phénique l'avantage d'âtre soluble, presque inodore et non toxique ni caustique. Comme équivalent chimique, il est analogue il l'acide salicylique ; it^a l'aspect d'un liquide sirupeux. Il a l'avantage de ne pus avoir d'odeur capable de masquer celle qui s'échappe des canaux en suppuration; caril est établi que le principe du contoge que les maliéres contiennent et l'odeur qu'elles peuvent dégager sont choses essentiellement distinctes, d'où il suit que les agents de désinfection qui se bornent à être des désodorants n'ont aucune valeur réelle au point de vue thérapeutique.

Le second pansement, comme tous les pansements faits dans la cavitédcs dents cariées, sera Cait avec le même soin et recouvert d'une couche de gutta-pcrcha prÈparée {voir Gulta-percha, page 6IB). Nous laissons ce pansement, le premier après la cautérisation, deux ou Irois jours en place pour le remplacer pur un autre semblable qui restera à demeure pendant quatre à cinq jours. Après ce temps, on fera un troisième pansement si celu est jugé nécessaire; et plus que jamais nous coni^elllons l'emploi de la digue, si la cavité e^t d'un accès difBcile et siluée surtout à lamâchoireinrérieure.car nous tenons à ce que la s;ilive ne pénètre pas dans la chambre puipuire. On procédera A l'extraction des parties desséchées et tannées en quelque sorte de la pulpe dentaire qui, complètement dévitalisée, se détachera facilementà l'apex de la racine. De cette façon on évitera la douleur, la petite hémorrhagie qui d'ordinaire accompagne le déchirement du nerf dentaire, alors qu'il n'est pus complètement dévitalisé, et la difflcultë que l'on a à retirer la pulpe dont l'adhérence est parfois très grande.

Cette opération se fera au moyen de tire-nerfi barbelés (&g. 1871 et <â72), décrits pour la pre-

Flg. IB73. — lostruDienU ds Dontldion panr la traitement du canal dentaire.

mière fois par un dentiste français en t82i (1) ; on dirigera doucement ce petit instrument le

(t) A. Delmond, Mémoire iw un nouveau proeédé pour détruira le cordon dentairt, Paris, ISlt.

E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEXES

long d'une paroi du canal radiculaire et non au milieu du tissu pulpaire, en remontant jusque vers Tapex ou en descendant si c'est à la mâchoire inférieure que Ton opère; puis on imprimera un mouvement de rotation et on le retirera. Certains praticiens préfèrent prendre de petits équarrissoirs extrêmement fins, unis et polis, en les garnissant d'une légère couche d*ouate ; on les dirige comme les tire- nerfs barbelés le long de la paroi de la dentine ; puis, arrivé^ au sommet, on tourne toujours dans le même sens ; la ouate qui s'enroule autour de la pulpe l'entraîne au dehors sans courir le risque de voir le tire-nerfs se briser, aussi recommandons-nous que:

i^ Tout tire-nerfs ayant déjà servie ou même légèrement oxydé, soit mis de côté parce qu'il ofi'rirait une plus grande chance de se briser;

2^ Que tout tire-nerfs introduit dans un canal et dont l'extrémité a pénétré dans le foramen de l'apex, ou qui a été tordu par suite d'une direction anormale du canal dentaire, soit rejeté.

C'est pourquoi, dans les cas de racine à direction tortueuse (fig. 1873 et 1874), il est préférable de se servir d'un tire-nerfs terminé par un seul

Fig. 1873. — Dent de Fig. 1874. — Ctnine extraite sagesse dont les ra- par nous, et dont la racine cines ont une direc- fortement inclinée ne pertion tortueuse. mettait pas le passage du

tire-nerfs.

petit crochet, en forme d'hameçon (fig. 1872). On peut facilement les fabriquer soi-même avec du fil de piano ; ce fil spécial ofi're de grandes qualités par sa rigidité liée en même temps à une assez grande flexibilité, aussi est-il extrêmement rare de le voir se briser. Aujourd'hui d'ailleurs on fabrique ces instruments en platine iridié, ils sont inoxydables et presque incassables, c'est donc un progrès réel dans ce manuel opératoire.

Quelques praticiens remplacent la broche et la ouate par de petites mèches très fines en pa-

pier : nous pensons que c'est là une difScolté de plus, mais cette raison d'agir peut avoir son importance en ce sens que l'on ne craint pas d'aller au delà de l'apex irriter le ligament alvéolo-den taire {périodonte) ; ce moyen devra SQ^ tout être employé par les jeunes praticiens encore hésitants dans leur procédé opératoire. Dès que ces mèches sortiront intactes, les canauXf ou le canal si c'est une dent à une seule racine, pourront être obturés ; dans ce cas nous recommandons de faire une obturation provisoire, car souvent malgré toutes nos précautions il peut se manifester des phénomènes inflammatoires qui nécessitent momentanément le retrait de l'obturation.

Si, pressé par le temps ou pour une aatre raison que le praticien doit seul juger opportune, on se décide à faire l'extraction de la palpe immédiatement après la cautérisation, il sert bon de tremper le tire-nerfs dans une solation à 20 p. iOO de chlorhydrate de cocaïne (chlorhydrate de cocaïne, alcool), dans dé l'acide phénique ou mieux dans une goutte d'acide nitrique afin d'éviter les douleurs du patient, puis d'attendre un instant que la petite hémorrhagie ak cessé.

Une fois débarrassés de la pulpe, les canaux dentaires seront parfaitement nettoyés (IJ au moyen de petites mèches de ouate imbibées de créosote, de sulfo-carbol , d'acide phénique ou de glycérine thymolée toujours en minime quantité.

Pour obturer les canaux radiculaires dei dents, nous conseillons de placer au fond, toat près de l'apex, un très petit tampon de guUapercha dentaire, ou encore, ce qui est peut-être préférable, un simple tampon d'ouate, de la grosseur d'une tête d*épingle, imbibée de glycérine et de thymol (Bogue). En bouchant ainsi l'apex de la racine, on doit éviter de faire refluer, au delà des racines, l'air qui irait irriter les tissus ; or la gulta-percha poussée d'une seule masse peut plus facilement occasionner cet accident, tandis que la ouate n'aura pas le même inconvénient. En nous servant de la glycérine thymolée nous savons qu'elle est ud antiseptique excellent, et la ouate elle-même est indiquée depuis les expériences de Pasteur et de Tyndall, comme offrant aux microbes (2) une barrière infranchissable, puisque ces savants, dans leurs expériences des diverses cultures des

(1) L. Cruot, Des caries compliquées.

(2) John Tyndall, Les microbes^ traduct. par L. Doilo» Paris, 1882.

Page 1