GREFFE DENTAIRE
L'extraction des dents suivie de réimplantation est une des plus vieilles opérations de la chirurgie dentaire, à laquelle certains praticiens ont essayé de nos jours de rendre un regain de
popularité; aussi n'est-ce qu'à la suite de communications faites à des sociétés savantes sur
(1) Robinson, Dental Regisler,
E. BRASSEUR. — CHIRURGIE DES DENTS ET DE LEURS ANNEKS
leur mode opératoire, que rengouement et Tabus ont existé dans ces dernières années.
L'ancienneté en est démontrée par les écrits d'Albucasis au onzième siècle et la description qu'en donne A. Paré (i). En 1754, Lecluse est le chirurgien qui paraît avoir pratiqué cette opération le plus grand nombre de fois si Ton s'en rapporte à ses propres écrits : a J'ai entrepris, dit-il, cette opération chez plus de 300 soldats de Flandre et plus de 80 pauvres gens ; toutes ces dents subsistent sans causer la moindre douleur; elles étaient si bien raffermies le huitième jour qu'elles coopéraient aux fonctions des autres. »
Fauchard parle de plusieurs cas se rapportant à des dents extraites accidentellement par suite d'un mouvement involontaire chez le patient au moment de l'extraction : la clef avait glissé et avait respecté la mauvaise dent pendant que la bonne sortait de la bouche.
Maury, Lefoulon, citent également plusieurs cas.
Lafforgue (2) s'oppose entièrement à cette opération et nous nous joignons à lui pour qu'on ne doive y avoir recours que dans des circonstances rares.
En Allemagne la réimplantation était pratiquée au commencement du dix-huilième siècle, spécialement pour les dents qu'il était impossible d'obturer convenablement dans la bouche ; on les arrachait pour les obturer, et on les remettait ensuite en place.
En Angleterre Hunter (3) a cité le cas d'une dent sortie de la bouche par suite de traumatisme, mise dans la poche et replantée un certain nombre d'heures après. Le même observateur reconnaît qu'il y a eu des cas où une dent a été réimplantée, après résection d'une partie malade; les échecs ont été fréquents, car il est arrive souvent que l'organe était replacé dans une mâchoire altérée; aussi ne conseille-t-il pas ce procédé opératoire.
Mi Isherlich, résumant d'une manière évidente les opinions de ses prédécesseurs, comme exprimant bien sa propre manière de voir, dit : « Les dents dont les racines sont malades doivent toujours être extraites et ne sauraient être remises en place, parce que, pour des raisons spéciales, elles ne peuvent pas se consolider dans bien des alvéoles (4). »
(1) A. Paré, Œuvres, édit. Malgaigne. Paris^ 1840.
(2) Lafforgue, Lart du dentiste, 1802.
(3) Hanter, Œuvres, tome H.
(4) M. G. Dop, Obsei^ations de réimplantation de dents cariées» Toulouse, 1876.
Cette opération est très rarement nécessaire de nos jours en raison des grands progrès qu'a faits la chirurgie dentaire, et danspresqae toutes ks observations publiées dans ces derniers temps, il eût été facile à des praticiens habOes de mener à bonne fin la guérisco des deots saoi avoir recours à la réimplantât] on. Qod déplus simple en efi*et que de voir les phéooiiièDes inflammatoires cesser alors que la cause a disparu [suhlata causa, toUitur effectus).
Cependant nous reconnaissons que eerUlnes lésions des racines ne peuvent guérir qw par l'extraction et c'est à Alquier, de MontpdUer, en 1858, que revient le mérite de la greffe dentaire, appliquée au traitement des racines ipièi en avoir réséqué la partie malade.
Magitot (1) en France et Taft en Améri^ ont étudié scientifiquement son mode opéntoire, ce qui le fait définitivement admettre dia^ la pratique. La greffe dentaire est une opéi qui consiste à réimplanter dans un alvéole, elle doit continuer à vivre, une dent qui a momentanément séparée de l'organisme.
Le mot greffe serait exact si par cette ration on renouvelait l'expérience de J. M. peaux, qui transporta un bulbe d'indsiva cochon d'Inde sur la crête d'un coq, oo, supposant qu'il fût un instant possible de procurer des bulbes d'enfant, on les chez d'autres individus (2) ; mais on compr combien cette expérience est impraticable i aussi nous ne voyons nullement la ni site de changer les anciens noms de tr\ tation et réimplantation; assurément, celte < cienne opération, si elle avait présenté côté sérieux et pratique, ne serait pas en désuétude : pour expliquer la reprise d*! dent extraite et replantée, il est nécessaire savoir qu'elle a deux liens bien distincts qiii rattachent à l'économie : l'un extérieur, phérique, le cément et le ligament alv^ taire ou périodonte ; Tautre intérieur, la qui fait de la dent un organe de tact et de communiquant par ses nerfs directement le centre nerveux.
La dent transplantée ne vit plus que péii[ riquement; si une dent dont le cément et le] riodonle sont détruits ne peut jamais ses connexions, et n'est retenue que par une'
(1) Magitot, De la greffe chirurgicale dans set ^ ^ plications à la thérapeutique de l'appareil éattif^i Paris, 1879.
(2) Johnston, Chirurgie plastique, Autaplastii greffe cutanée in Encyclopédie de chirur^fie, ' 1SS3> tome II, p. 501.