‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 509 sur 638 · ALTÉRATIONS DE L'URINE · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DE L'URINE

PARALYSIE VESICALB.

Elle se manireste par de la rétention ou par de Vincontinence, selon que c'est le corps ou le sphincter qui est paralysé.

Le centre moteur réflexe du muscle expulseur est situé, selon Bramwell (1), dans les segments de la moelle qui correspondent aux troisième, quatrième et cinquième nerfs sacrés, etTétat de contraction normale du sphincter est dû à Taction d'un centre tonique situé dans les segments de la moelle correspondant aux deuxième, troisième et quatrième nerfs sacrés. Les centres moteurs réflexes de ces muscles sont non seulement tout à fait distincts anatomiquement, mais Us sont complètement antagonistes dans leur action motrice.

Il y a deux formes de rétention d'urine dues à des lésions médullaires. Dans l'une, les voies conductrices dans la moelle sont seules atteintes, les centres moteurs réflexes qui déterminent l'action des muscles vésicaux ne sont pas affectés. Dans ce cas le malade ne peut uriner volontairement, parce que les ordres de la volonté ne sont plus transmis aux centres moteurs ; la vessie continue à se vider elle-même automatiquement de temps en temps. Cette forme de rétention est assez fréquente dans les lésions médullaires des régions cervicale ou dorsale, quand les centres moteurs réflexes des muscles vésicaux sont indemnes. Dans l'autre forme de rétention la difficulté provient de ce que le centre moteur réflexe du muscle évacuateur a cessé d'agir, tandis que le centre tonique du sphincter continue toujours à travailler. Le cathétérisme est indispensable dans ces cas à des intervalles convenables.

L'incontinence d'urine dans les affections médullaires est toujours due à la paralysie du sphincter. La paralysie du sphincter déterminée par la destruction de son centre réflexe est presque invariablement associée à la paralysie du muscle évacuateur, à cause de la destruction simultanée de son centre réflexe. Les autres réflexes peuvent être détruits directement dans les lésions traumatiques des vertèbres lombaires ou dans les hémorrhagies ou inflammations de la moelle, mais la paralysie du sphincter est très rare isolée. Elle est presque toujours accompagnée de la paralysie du muscle évacuateur et de la paralysie du rectum.

L'interruption des voies conductrices centripètes et centrifuges est très fréquente au-

(I) Bramwell, Diseases of the spinat càrd,pp. UT- 119. New-York, 1832.

dessus des centres réflexes des muscles vésicaux. Quand la lésion médullaire est soudaine, elle peut s'accdmpagner d'une commotion qui arrête temporairement les fonctions motrices réflexes de tous les segments situés au-dessous de la lésion, les centres urinaires compris. Dans les cas chroniques l'effet de la lésion rachidienne varie avec sa situation et son extension. Quand les conducteurs centripètes et les centres percepteurs seuls sont affectés, l'envie d'uriner n'est pas perçue; l'arc réflexe est intact, et aussitôt que la vessie devient insuffisamment distendue par l'urine, elle est évacuée inconsciemment. Il faut donc se souvenir que l'incontinence d'urine et des matières fécales, dans la paralysie ou le coma, n'implique pas nécessairement la paralysie de la vessie ou du rectum.

Quand les fibres conductrices motrices de la moelle sont seules interrompues, le besoin d'uriner est perçu, mais l'acte lui-môme est complètement involontaire.

La commotion de la moelle, surtout quand la partie inférieure seule est atteinte, peut être accompagnée de la paralysie du muscle évacuateur (rétention), sans qu'aucune autre partie du système musculaire soit paralysée.

La commotion de la moelle, quand elle est assez sérieuse pour produire la paralysie, peut supprimer également pour un temps les fonctions motrices réflexes des centres urinaires ainsi que les fonctions conductrices des plaies rachidiennes ; on observe alors de la paralysie du sphincter avec incontinence d'urine.

La congestion de la moelle survenant quelques jours après des coups ou une chute sur la partie inférieure de la colonne vertébrale détermine quelquefois la paralysie du muscle évacuateur avec rétention d'urine, quand cette paralysie n'a pas suivi le traumatisme.

La myélite détermine l'incontinence d'urine en détruisant le centre tonique du sphincter vésical, et paralyse ainsi ce muscle, ainsi que le sphincter anal, etc.

ALTÉRATIONS DE L*URIIfE.

Elles sont très fréquentes dans les affections médullaires (i ). Ces altérations consistent en une alcalinité souvent excessive, en une exagération de la quantité des phosphates et en la présence de sang, de pus et de mucus. Parfois la sécrétion urinaire est entièrement supprimée.

(1) Voyez Delefosse, Procédés pratiques d'analyse des wines, 3* édition. Paris, 1885, et Beale, De V urine et des dépôts urinaires. Paris, 18Gô.

JOHN LIDELL. — RÉGlOiN DORSALE, COLONNE VERTÉBRALE, ETC.

L*a1calinité et la présence d'une proportion anormale de phosphates dans Furine est si constante qu'elle doit avoir une cause constante. Cette cause doit se rencontrer dans un trouble névrotrophique des reins et de la vessie, comme Ta avancé le premier Brown-Séquard. La présence du pus et du sang est le résultat direct de la néphrite et de la cystite. J*ai vu un certain nombre de cas de cette catégorie dans lesquels la quantité de la sécrétion uiinaire était montée bien au-dessus de la normale.

Finalement la quantité des phosphates est souvent augmentée indépendamment de la paralysie vésicale et doit dépendre également du trouble apporté par la lésion rachidienne dans le travail des reins. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer l'odeur fortement ammoniacale perçue au moment de l'émission d'une urine ne contenant ni mucus, ni pus, comme j'en ai observé au moins un cas.

INFLAMMATION DBS ORGANES UBINAUIES.

La néphrite et la cystite liées aux affections médullaires ont une très grande importance puisque très souvent elles amènent la terminaison fatale. C'est Brown-Séquard qui le premier attira l'attention sur l'origine névropathique de cette forme distincte de néphrite et de cystite.

Voici les symptômes de ces affections. Peu de temps après l'accident, c'est-à-dire du second au neuvième jour, l'urine devient subitement alcaline et exhale une odeur ammoniacale très prononcée au moment de l'émission. Peu de temps après elle devient trouble et nuageuse par la présence de mucus. La quantité de ce mucus augmente graduellement, et l'urine en devient assez épaisse et assez visqueuse pour adhérer au fond du vase. Au bout de peu de temps on trouve mélangé au mucus une substance blanche, constituée par du phosphate de chaux. On constate également la présence de corpuscules de pus et de globules de sang. La proportion du pus peut être assez grande pour donner au liquide l'aspect du muco-pus. Souvent les globules rouges sont assez nombreux pour constituer une véritable hématurie. Dans les cas

chroniques et à la fin de la plupart des cas morteb, l'urine est muco-purulente et contient au microscope des globules rouges.

A l'autopsie on trouve les lésions anatomiques de l'inflammation, lesquelles indignent que la phlogose s'est produite simultanément dans tontes les parties des voies urin aires.

TTMPANITB UÉB AUX LÉSIONS »E LA MOELLE.

Toutes les lésions de la colonne yertébrale tro de la moelle peuvent s'accompagner de tympanite; cette tympanhe, qui peut être généralisée, siège pourtant de préférence dans le côlon transverse et l'S iliaque. Cette tympanite est la conséquence de la paralysie des parois abdominsdes et de la tunique musculaire de l'intestin. Quand elle prend des proportions énormes, elle constitue ordinairement un signe d'un pronostic fatal. Quand la paralysie remonte jasqu'à la racine du cou et que la respiration est purement diaphragmatique , cette tympanhe augmente encore la dyspnée.

PftlAMSMS.

On donne le nom de priapisme à nn état d'érection plus ou moins complète, le pins sonvent incomplète du pénis, non accompagné de sensation voluptueuse et déterminé par une affection médullaire. Ce phénomène est très ft^quent dans ces cas. Le degré de Térection est très variable dans les différents cas et aux diiRrentes périodes d'un même cas. On croit asses généralement que le priapisme ne se prodoit que dans les fractures ou les luxations des vertèbres cervicales ou dorsales sopérienres : c'est une erreur; on l'observe également quand ces lésions siègent au niveau des vertèbres dorsales et des lombaires supérieures ; mais H faut reconnaître que le priapisme est beaucoup pins fréquent dans les lésions des régions cervicale et dorsale supérieure. Agnew dît ayoir observé du priapisme après des plaies de tête (1). On l'observe également dans les cas de contusion ou de commotion médullaire, dans la myélile.

Le priapisme n'est pas nécessairement d'un pronostic fatal.

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