II. — VICES DE CONFORMATION DU COU
Je comprends sous le titre de vices de conformation du cou, des états pathologiques congénitaux pour la plupart, mais quelquefois acquis, compatibles avec l'existence et rentrant dans le cadre de la chirurgie orthopédique ; ce sont :
i^ les côtes cervicales et les troubles circulatoires qui en dépendent ; 2^ le torticolis ; 3<^ les fistules branchiales pharyngiennes et les kystes congénitaux.
I. — DE LA COTE CERVICALE ET DES TROUBLES CIRCULATOIRES QU'ELLE ENGENDRE.
On rencontre quelquefois, point en France jusqu'ici au moins, articulée sur la septième vertèbre cervicale, une côte surnuméraire. W. Gruber (2) a réuni 78 cas de côtes cervicales dont deux seulement avaient été diagnostiquées sur le vivant par Willshire et HuntemilUer. En la même année 1869, Paget(3)en reconnut un cas et Poland (4) en décrivit un autre où la difformité était double ; Baum (5) en 1871 et Struthers(6)en 1874 en observèrent également ; enfin G. Fischer (7),
(1) M. Jeannel, Bulletin de la Société de chirurgie , 26 décembre 1883, p. 957.
(2) W. Gruber, Sur la côte cervicale de Vhomme. Mémoires de V Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, 1869, VII* série, t. XlII, n* 2.
(3) Paget, Turner, Joutmal of Anaiomy and Physiology, nov. 1869, p. 130.
(4) Poland, M edico -chirurgical Transactions , 1869, t. LU, p. 278.
(5) Baum, in G. Fischer, Deutsche Chirurgie, Lief. 34, 8. 24.
(6) Struthers, Journal of Anatomy and Physiology^ nov. 1874.
(7) G. Fischer, Deutsche Chirurgie von Billroth and
en 1880, consacre à ce sujet un intéressant chapitre dans lequel je puise ces renseignements.
La côte cervicale est quelquefois double, le plus souvent unilatérale. Dans la majorité des cas elle n'a été reconnue que sur le cadavre ; lorsque le diagnostic en a été fait sur le vivant, c'est qu'en raison de sa longueur ou d'états pathologiques dont elle était le siège, elle occasionnait des troubles de circulation ou d'innervation. Tantôt elle ne dépasse pas l'apophyse transverse et reste alors inaperçue ; tantôt au contraire elle s'avance plus ou moins loin en avant de l'apophyse transverse. Dans ce dernier cas ou bien son extrémité est libre, ou bien elle s'unit à la première côte par l'intermédiaire d'un véritable cartilage ou d'un trousseau fibreux.
Lorsque la côte cervicale n'arrive pas au niveau de l'artère sous-clavière, elle ne trouble en rien l'économie de la circulation; mais lorsqu'elle arrive au niveau de cette artère, elle
Ltkcke, Krankheiten des Halses, Ralsrippe, Stuttgtrd, 1880, Uef. 84. SS. 24, 25 und 26.
modiBe son trajet de telle sorte que Tartëre passe toujours au-dessus d*elle ; elle déterminerait alors quelquefois des troubles circulatoires. D'une analyse détaillée des faits connus G. Fischer a tiré les conclusions suivantes : i« les troubles de la circulation causés par la côte cervicale apparaissent seulement chez l'adulte ; ft^ dans quelques cas, Textension de la sous-clavière, qui résulte de son passage sur la côte cervicale, est telle, qu'il s'ensuit une véritable compression. La pression sanguine diminue alors dans cette artère si bien qu'il s'y fait une thrombose. Cependant la circulation collatérale s'établit toujours, bien que le pouls radial ne revienne pas. On voit bien apparaître quelques troubles trophiques, mais le membre reste capable de travail ; 3® dans d'autres cas il se fait, à partir du coude de l'artère jusqu'à l'aisselle, une varice anévrysmale dans laquelle le sang ne se coagule pas tant que les vaisseaux du bras restent perméables.
Les faits relatés par G. Fischer à l'appui de
ces conclusions, dont je ne donne du reste qu'os petit nombre, semblent probants ; il subsiste pourtant un doute dans l'esprit du lecteur impartial sur la puissance étiologique de la côte cervicale, dans la production de ces trouUet circulatoires. Comment concevoir que le même effet mécanique de l'incurvation de l'artère sousclavière par la côte ne soit que dans quelques cas, en somme, suivi des susdites altérations a^ térielles? La rareté même des troubles circulatoires dans le cas de côte cervicale ne rend-eSe pas suspecte cette étiologie?
Pour en finir avec ce sujet, je mentionnerai enfin particulièrement le fait de Holmes Coo(e(i), qui a observé et opéré le cas très raie d'aoe exostose développée sur la côte cervicale gauche d'une femme de vingt-six ans. La tumeur indolore esdstait depuis un temps indéfini ; depms quatre mois il était survenu des douleurs dans les nerfs du plexus brachial ; le pouls avait disparu dans les artères du membre supérieur gauche. L'extirpation fut pratiquée avec succès.