‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 2)Chapitre 589 sur 638 · TUMEURS DIVERSES DU COU · texte numérisé non relu

TUMEURS DIVERSES DU COU

Oq observe, k la région du cou, dans les tissus communs, des tumeurs de nature variée.

1° TUHEURS ÉRECTILES.

Les tumeurs éreclilea sont cutanées ou prorondes. Les tumeurs érectiles cutanées se rencontrent dans toute l'étendue de la région ; elles doivent être enlevées ou déiruites. L'extirpation BU bistouri sera proférée toutes les fois que la lumeur étant pédiculable, il y aura intérêt k ne produire qu'une mince cicatrice. Tillaun (3), chez un enfantde dix-huît jours, chet qui une opération sanglante est toujours dangereuse, a détruit une énorme tumeur érectile de la nuque à l'aide de cautérisations profondes successives, avec un atjlet rou^ au feu. Le traitement dura deux mois. Le résultat fut excellent, la cicatrice minime.

Les tumeurs érectiles profondes ou angiomes sous-cutanés se rapprochent des kystes sanguins dont j'ai parlé plus haut. Le cas de Reclus (3), communiqué en 1S82 à la Société de chirurgie, n'est pour moi qu'un kyste sanguin communiquant avec la jugulaire. De même le cas de Després (4) où une opération incomplète fut suivie de phlébite de la jugulaire et de mort.

1<> LII>OHES.

Les lipomes sont fréquents h la région du cou ; ils acquièrent quelquefois un énorme volume.

médical Journal, 31 janv. lB8â; Semaiat médicale, 18 iéc. mt, p. 409.)

(I) Ces obierrationH ont dlé traduites et résumées par L -H. Petit, Sur /* paeado-iipome lus-clavieulaire. {Gazelle hebdomadairt.blaatiaT-l&SS. p.4eta.)VoyM aussi Th. -B. Curling, Medîeo-Cliirurgical Traniaclions, inSO, vol. XXXIII, p. 303, et Hilton Figge, Hedicoehirurgical Trantacli'iiu, I8T1, vol. LIV, p. I&7.

(1) Tillaui, rumeur érecli/e trii iio'ii»itn«uie du cou guérie par la ponction à l'aide ifun ilglet chauffé ou rouge.{BullelindelaSociilédgcMrm-gie,ll3déc.\in.)

(3) HeclM, Bullflin de la Société de chirurgie, 3 mai ISS!, p. 343.

(4) Deiprés, Bulletin de la JotJiVH de chirurgie, 3 niai ISSJ, p. 341.

Ils sont sessiles ou pédicules. Sessiles, leur base peut comprendre toute la région, comme dans le cas représenté Bgure 2040. On peut alors les confondre avec certains goitres énormes : la distinction n'est même quelquefois possible que par la notion de la période de début, indiquant

Kig. 3040, — Largo lipome da cou.

le point de départ de la tumeur, et les accidents initiaux, toujours nuls s'il s'agit d'un lipome.

Pédicules, ils peuvent atteindre d'incrojablea dimensions et pendre sur la poitrine, le dos ou l'épaule. J'ai vu, à l'hospice de la Grâce, à Toulouse, un lipome pédicule de la région latérale droite du cou, lipome amaigri d'ailleurs, dont il ne restait plus que le squelette Hbreux. On pouvait entourer le pédicule avec le pouce el l'index et la lumeur en massue mesurait de 25 à 30 centimètres.

3° PSetDO-LIPOHBS SUS-GLAVlCVLAtRRS.

On observe chei les rhumatisants, les diabétiques, tes crétins ou les rayxœdémateux, dans 3t*

854 MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES CHIRURGICALES DU COU. [IIO

la région sns-claviculaire, des tumeurs sous-aponévrotiques, hémisphériques, saillantes entre le sterno-masloïdien et le trapèze, indolores par elles-mêmes, mais comprimant quelquefois les nerfs et les vaisseaux profonds et déterminant ainsi des douleurs et des troubles de la circulation dans le bras; mollasses, quelquefois faussement fluctuantes et môme réductibles à la pression, parfois sonoresà la percussion, et laissant à Tauscullation entendre le murmure respiratoire. Leur volume varie dans de larges limites ; tantôt la tumeur est diffuse, tantôt elle est encapsulée ;»on l'a vu enfin se prolonger sous la clavicule dans le creux axillaire et même dans le médiaslin jusqu'à la base de la poitrine (Potain). Ce sont des lipomes si la tumeur est enkystée, des pseudo-lipomes si la tumeur n'est pas enkystée.

Ces tumeurs sont peu connues; le professeur Verneuil, en 1879, puis en 1882 (4)» et le professeur Potain, en 4882 (2), en ont chacun publié des observations. L.-H. Petit, en 1883 (3], leur a consacré une étude aussi complète que possible. J'en ai tout dernièrement observé un cas dans mon cabinet chez une dame évidemment arthritique, obèse, asthmatique, chez qui l'analyse des urines n'a pu être faite encore ; la tumeur, grosse comme une moitié d'orange, était située sous la peau et l'aponévrose, au milieu du creux sus-claviculaire du côté gauche, mollasse, sonore à la percussion, laissant entendre le murmure respiratoire ; elle produisait des engourdissements dans le bras. J'hésitais entre un pseudo-lipome et une dilatation supérieure delà plèvre et du poumon, lorsque la lecture de l'observation de Cbambert, publiée par Petit, vint me confirmer dans l'idée de pseudo-lipome.

L'intervention chirurgicale me sembla contreindiquée au moins pour le moment.

Le pseudo-lipome ou le lipome sus-claviculaire se voit, ai-je dit, chez les rhumatisants ou les crétins. Rhumatisants et diabétiques, en effet, ne font qu'un ; de môme que crétin et myxœdémateux.

Petit s'efforce de rapprocher le myxœdème du rhumatisme. Je crois que les deux états peuvent coïncider; mais les rapports du myxœdème avec l'état du corps thyroïde sont plus évidents et plus étroits. Je me demande môme s'il est bien légitime de confondre le pseudo-lipome bilatéral

(1) Verneuil, Gazette hebdomadaire^ 1879, p. 745, et ibid., 1885, p. 702 et 782.

(2) Vomw, Gazette hebdomadaire y 1882,p.G8Iel 687.

(3) L.-H. Petit, Gazette hebdomadaire^ 1883, p. 4, 57 et 836, et 1884, p. 55.

des crétins avec le lipome vrai ou chirurgical le plus souvent unilatéral des rhumatisants [\].

Les causes du myxœdème oa de l'état crétinoïde sont à l'étude; il est sage d'attendre avaot d'affirmer la parenté de cette maladie avec l'arthritisme, et par conséquent de confondre k pseudo-lipome myxœdémateux avec le pseudolipome ou le lipome arthritique.

11 est évident d'ailleurs que le lipome arthritique est seul opérable.

r FIBROMES.

Les fibromes cutanée sont sans intérêt.

Sous le titre de fibromes aponévrotiques m/rapariétauœ et en particulier sur ceux de la région cervico-dorsalef le professeur Félix Guyon, en 1877 (2), a étudié une variété de fibromes apooévro tiques que l'on observe soit à la paroi abdominale, soit à la région cervico-dorsale, et presque exclusivement chezla femme pendant la période d'activité sexuelle. D'ailleurs ces fibromes subiraient un accroissement à chaque événement génital ; ils sont opérables et ne récidivent point

On trouve encore au cou des fibromes, déveveloppés sur le plexus brachial, qui provoquent naturellement des phénomènes de compression nerveuse. Landouzy en a cité un cas à la Société anatomlque en 1872 (3). Le sujet était un enfant, et la tumeur avait provoqué une paralysie du bras. 11 faut bien dire d'ailleurs que Ranvier émit l'opinion qu'il s'agissait plutôt d'un névrome.

K' CHONDROMBS ET EXOSTOSES.

Les chondromes ne s'observent pas ailleurs que dans les glandes ou sur les os.

11 en est de môme des exostoses. Mesnard (4) a décrit les exostoses du creux sus-claviculaire dont il a réuni sept observations. Les malades, âgées de sept à vingt ans, étaient du sexe féminin. La tumeur était développée 5 fois aux dépens de la première côte sur le tubercule du scalène ou à son voisinage immédiat ; une fois sur la clavicule, «et une fois sur l'apophyse

(1) Cliartier a publié pourtant un cas de pseudolipome bilatéral chez un rhumatisant. Voy. L.-H. Petit, Gazette hebdomadaire ^ 1883, p. 836, et t6t</.,]88i, p. SS.

(2; Guyon, Bulletin de C Académie demédecine^ 1877. 22 mai, et Union médicale, 1877, vol. I, p. 838.

(3) Landouzy, Bulletin de la Société anatomique^ déc. 187V, p. CIO.

(4) Mesnard, Des exostoses du creux sus-clavicU' taire. Thèse de Paris, 1884, n» 350.

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