VICES DE CONFORMATION DE L'OESOPHACE
Vers la première moitié du premier mois de la. vie embryonnaire, il se forme dans la fosse raciale une dépression en doigt de gant, prolongement bucco-pharyngien du feuillet externe 4u blastoderme, qui ne communique pas avec la cavité stomacale et s'étend jusqu'au vestige ^e la colonne vertébrale. De la cinquième à la dixième semaine, avant que la communication se soit établie entre le cul-de-sac bucco- Pliaryngien et la cavité stomacale, à la partie
(1) Holmes Coote, Médical Thnes and Gazette t ^ rd. August 1861, p. 108.
()) Volkmann, Das tiefe branchiogene Halikai^nnom, i<:«iiiralbiati fikr Chirw-ffie, 1882, n*» 4, p. 49.)
(S) Treuberg, Zur Knsuislik des ftriniSren Halscar*
r. {Wratêeh, 1883, n» 9.) (4) P. Bmns, Da$ àranehiogenê Carcinom de* HaUei. ^ Bnuw, Mitiheihmgen, 1884, p. 169.
antérieure de celui-ci, naît un second cul-desac qui deviendra plus tard, en s'allongeant, la trachée, et en se bifurquant, les bronches, puis les poumons.
L'œsophage apparaît derrière ce bourgeon trachéal et après lui, et il nait en partie aux dépens du cul-de-sac pharyngien, en partie aux dépens de la portion stomacale du tube digestif. Si l'embryologiste hésite sur ce point en raison des caractères de l'épilhéliuni œsophagien, qui est pavimenteux dans toute la longueur du conduit comme dans la cavité buccale, tandis que l'épithélium stomacal est cylindrique, lepathologiste peut être plus afOrmatif, au nom des
(I) Siegfried Fischer, Deutsche Zeitschrifl fur Chirurgie^ 1881, t. XIV, p. 169 et 469. [Des causes de l'affection cancéreuse et de sa curabilité par l'instrument tranchant,)
856 MAURICE JEANNEL. — BLESSURES ET MALADIES CHIRURGICALES DU COU. [{\l
vices de conformation qu'il rencontre, et dont le cas suivant est un exemple :
Il existe au musée Dupuytren une pièce, présentée en 1835 par Padieu (1) à la Société anatomique, dans laquelle l'œsophage est constitué en haut par un cul-de-sac descendant à près de 5 centimètres derrière le larynx, et en bas par un conduit partant de Testomac et venant s'aboucher dans la trachée au niveau de la bifurcation des bronches.
Houston (2) a décrit un cas analogue, dans lequel le bout supérieur de l'œsophage 'était représenté par une large poche pendant derrière le larynx et la trachée, tandis que le bout stomacal s'ouvrait dans la trachée un peu audessus de la bifurcation .
<Kœnig(3) parle de 14 faits semblables dans lesquels l'anastomose du bout inférieur avec la trachée se faisait à des hauteurs variables. Aucun des sujets n'a vécu. 11 semble bien démontré par là que le développement de l'œsophage se fait aux dépens d'un bourgeon, émané du cul-de-sac bucco-pharyngien, et aux dépens d'un bourgeon émané de l'estomac; si les deux bourgeons n'arrivent pas à se rencontrer et à s'aboucher, si le bourgeon inférieur s'abouche dans la trachée, il en résulte une solution de continuité dans le canal œsophagien.
D'ailleurs le bout inférieur de l'œsophage peut s'aboucher à la fois dans le cul-de-sac pharyngien et dans la trachée. 11 en était ainsi dans la cas de Lamb (4), où il s'agit d'un enfant mort de pneumonie à l'âge de sept semaines et chez qui l'on trouva une fistule œsophago-trachéale à un centimètre et demi au-dessous du cartilage cricoïde.
On peut encore comprendre les diverticules pharyngiens ou œsophagiens en admettant un abouchement anormal, c'est-à-dire latéral du bout inférieur avec le bout pharyngien.
On conçoit de même les rétrécissements, les valvules congénitales. En eCFet, lorsque les deux bouts viennent en contact, la membrane qui les sépare et qui est destinée à se résorber, peut ne pas disparaître incomplètement. 11 n'existe pourtant pas de fait avéré d'occlusion congéni-
(1) Padieu, Bulletins de la Société anatomique, 1835, p. 75.
(2) Houston, Dublin Hospital Report and Commuiiication. London, 1830, p. 311.
(3) Kœiiig, Die Krankheiten des unteren Theils des Pharynx und Œsophagus, [Deutsche Chirurgie, 1880. Lief 35, p. 23.)
(4) Lamb, Philosophical médical Times, 9 th. Au- Sust 1873.
taie de l'œsophage par une membrane ; maisUboulbène(l) cite le cas d'un vieiUe femme ayiDt souffert de dysphagie toute sa rie et chex qui il existait une valvule œsophagienne à six trafers de doigt au-dessous du pharynx, et Kœnig parie de trois cas rassemblés par Zenker de rétrécissement congénital observés chez l'adulte.
D'après Solis-Cohen (2), sur 63 cas analysés par Mackenzie, le vice de conformation de lœsophage coïncidait avec d'autres difformités cha 43 sujets; 3 fois il existait seul; 19 fois, l'éUt des autres organes est resté inconnu.
Symptômes, diagnostic et pronostic.
Le diagnostic n'est ordinairement fait que sor le cadavre. La grande majorité des enfants, venus au monde avec une telle difformité, ne peut en effet vivre :les uns succombent à l'inanition, les autres meurent dans un accès de suffocation provoqué par le passage du lait dans la trachée.
La mort survient en général du premier to douzième jour : toutefois, dans un cas de Solii- Cohen où il n'existait qu'une fistule œsophagotrachéale, il y eut une survie de six semaines.
Dans les cas rares où il n'existe qu'un rétrécissement ou qu'une valvule, ralimenlation et la vie sont possibles, mais le patient offre tous les signes d'une sténose franchissable.
Les signes qui peuvent faire soupçonner l'existence d'un vice de conformation de l'œsophage sont les vomissements incoercibles et les accès de suffocation succédant à chaque tétée. En pareille occurence le catéthérisme œsophagien doit être fait ; s'il confirme l'idée d'un obstacle ou d'une imperforation, c'est à la chirurgie d'intervenir.
Lorsque le diagnostic est bien établi, je pense que la gastrostomie est seule capable de sauver le patient ; elle doit toujours être tentée.
Solis-Cohen propose une opération, qu'il n'a d'ailleurs point eu l'occasion de pratiquer et qui consisterait en une œsophagotomie externe, après avoir introduit un catéther dans le bout supérieur de l'œsophage. On rechercherait le bout inférieur et on le suturerait, s'il est possible, au bout supérieur. Mais cela suppose d'abord
(1) Laboulbène, Nouveaux éléments cTanatomie pathalogique^ 1879, p. 105. — BoUetino délie scienze medicCt t. XIX, p. 267.
(2) Solis-Cotien, Injuries and Diseases of the CEsth phagus, (The international Bnq/clopedia of surgery, 1886, vol. Vf, p. 190
113] œsop
que l'obstacle ost cervical, eu .second lieu que la di^tunce entre les deuv bouts œsophagiens est Taible. Je crois, en tout cas, qu'il sera toujours préférable de commencer par assurer l'alimen-
tation en pratiquant la gaslroslomie. On pourra ainsi, en outre, par le catcthérïsme rétrograde, vériOer la possibilité, puis faciliter l'exécution d'une nnaplaitie œsophagienne ultérieure.
" ŒSOPHAGITE,
L'inflammation de l'œsophage revêt plusieurs formes :
l-L'mopha'jite eatarrhale aiguë ou chronique. — Primitive, c'est une alTeclion rare et surtout médicale. Secondaire, elle complique souvent les rétrécisse m en la du canal, el est entretenue par eux.
La forme chronique s'accompagne de ramollissement de la muqueuse, d'hypertrophie du tissu conjonctirsous-muqueux et du tissu musculaire. On l'observe chez les buveurs : c'est l'analogue de la gastrite alcoolique; on y trouve les mûmes lésions et la même teinte ardoisée de la muqueuse.
Debovu (1) a cité un cas de rétrécissement primitif de l'œsophage qui avait succédé k un ulcère simple de t'u^sophage, consécutif à uns usophagite alcoolique.
2" VtBSO}yhagite folliculaire , affection purement médicale et que l'on observe comme complication aiguë du maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde, la scarlatine, la tuberculose.
3° Vœsophtiyiti^ diphthérique, le muguet de l'œsophage, qui ne prêtent ù aucune considération chirurgicale.