CINQUIÈME PAIRE; NERFS TRIJUMEAUX
Ces nerfs sont assez fréquemment intéressés dans les traumatismes de la tête, et leurs lésions coïncident d'ordinaire avec celles de quelque autre nerf crânien (1). Il est rare que toutes les branches du nerf soient lésées à la fois, mais d'ordinaire il y en a plusieurs affectées.
Un homme, frappé violemment au côté gauche de la tête par la chute d'une grosse poutre, tomba dans une insensibilité absolue. Il perdit beaucoup de sang par les oreilles, le nez et la bouche. Quand il reprît connaissance le lendemain, on constata une hémiplégie droite et un ptosis de la paupière supérieure gauche. Sept semaines après, entrant à l'Hôpital Saint- Georges, il accusait une douleur violente du côté gauche de la tête ; le ptosis persistait, et il y avait un écoulement purulent par l'oreille gauche. L'hémiplégie avait presque entièrement disparu; il existait une insensibilité complète dans toutes les parties animées par le trijumeau gauche; le malade n'éprouvait aucune sensation gustative ni tactile du côté gauche de la langue, sauf à la racine; il ne sentait pas une sonde introduite dans la narine gauche ; et la sensibilité cutanée faisait défaut sur tout le côté gauche de la face, de la tête, etc. Une amélioration progressive eut lieu, mais la cornée devint opaque, en raison peut-être de ce que l'œil
(1) Ainsi Hulke (Lancet, nov. 30, 1878, p. 769) rapporte un fait où, après la mort, on constata une déchirure du facial, du trijumeau et du nerf optique droits.
CHARLES B. NANCREDE. — LÉSIONS TRAUMATIQUES DE LA TÊTE
restait ouvert et insensible aux excitations, ce qui permettait aux corps étrangers de se loger au dedans des paupières et d'y constituer une source permanente d'irritation. Le malade pouvait fermer l'œil, quand on l'engageait à le faire (1).
Dans une autre observation intéressante, après un traumatisme grave, la sensibilité et la mobilité du côté droit de la face furent à la fois sérieusement compromises. Au bout d'environ deux semaines, la conjonctive de Tœil droit devint le siège d'un chémosis ; la cornée avait perdu toute sensibilité ; elle était trouble et offraitt à sa partie inférieure, les signes d'un abcès interlamellaire. Bientôt se déclara au niveau de l'abcès une légère ulcération, qui gagna peu à peu ; deux ou trois mois après l'accident, la cornée se perfora, mais en donnant issue seulement à rbumeur aqueuse. La cornée finit par se cicatriser et le malade put voir avec le segment supérieur. Plus tard, le côté de la face reprit sa sensibilité et ses mouvements (2).
Quand la guérison a lieu, la paralysie était probablement due à un dépôt, sanguin ou inflammatoire; quand la perte de la fonction persiste, une déchirure du nerf ou sa compression par un fragment déplacé en est probablement la cause. Pourquoi dans certains cas se produit- il une ulcération de la cornée, tandis que dans d'autres cette ulcération fait défaut ? c'est là une question fort controversée dont il ne nous appartient pas de rechercher la solution (3).