‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 157 sur 452 · CANCER DES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

CANCER DES LYMPHATIQUES

ce néoplasme. D'après Creighion (I), il semble que llnfecdon secondaire est produite par des cellules pigmentaires qui agissent sur les cellules lymphoîdes, ou qui elles-mêmes se multiplient rapidement. Celte dernière opinion semble fortifiée par l'expérience de Bryant : ce chirurgien» en greffant Tépiderme d'un nègre sur les granulations d'un ulcère chez un blanc, vit la coloration noire s^étendre à toutes les cellules de la cicatrice de nouvelle formation dont la greffe avait déterminé la production (2).

L'opinion du D' Hoggan (3), au point de vue de llnfection ganglionnaire cancéreuse, peut se résumer brièvement ainsi qu'il suit :

En prenant le mot cancer dans son sens le plus géaéral (sqnirrhe), les conclasions les plus importantM sont celles-ci :

« Dès qne les ganglions lymphatiques sont affectés, tout les vaisseaux lymphatiques compris entre ces fso^ons et la tumeur se remplissent d'une sorte de bouchon formé de cellules cancéreuses...

« Contrairement à ce qu*on pourrait supposer, les lymphatiques se dirigeant vers la tumeur sont aussi obturés de la même façon par les cellules cancéreuses. Cela est dû, probablement, à Tarrêt et à Taccumnlation de la lymphe et aux cellules errantes Raccompagnent le courant lymphatique et qui ylennent se heurter contre Textrémité périphérique du bouchon cancéreux obturant déjà les lymphatiques partant de la tumeur ; une sorte de contagion par voimuge transforme ces cellules en cellules cancérenies.

• Par leur contact prolongé avec les cellules cancéreuses qui obturent les lymphatiques, les cellules MKlothéliales, qui forment Tunique paroi de ces vais- Ksnx, deviennent cancéreuses; leurs noyaux com- ■encent par se gonfler et derenir plus transparents, SI, font en conservant leur forme et leur position, ces cellules semblent changer de nature... » a La «oie chose nécessaire, pour le développement de cancers secondaires partant des lymphatiques, est la présence de groupes de cellules errantes en contact direct avec les parties lymphatiques cancéreuses... » « Lorsqu*one cellule lymphatique ou errante devient iafedée, elle augmente graduellement de volume dans tous ses éléments, et sa forme, si elle était irrégabère, devient celle d*on œuf. La substance propre de U cellule (le protoplasma ?) devient plus transparente et ne se colore plus par les réactifs, prenant fapparence d*nne vacuole vide, mais Tapparence seulement ; elle rappelle tout à fait le gonflement qui se

(1) Creigthon, On the Physiology and Pathology ofthe Breasij 1879.

(î) Bryant, Manual of the Practice of Surgery^ 2* édition, vol. I, p. 163.

(3) Hoggan, Transactions ofthe Pathological Society ofLondon, 1878 et Archives de phys. noi^m. et pat h, ^ IttO.

produit dans une boule de gélatine dure qu'on plonge dans Teau. Ce gonflement cellulaire va augmentant Jusqu'à ce qu'il soit devenu relativement énorme ; alors la substance propre semble se répandre comme un fluide, en mettant son noyau (ou ses noyaux) en liberté ; celui-ci devient la cellule cancéreuse... Le noyau de la cellule errante (ou lymphatique), devenu lui-même la cellule cancéreuse, peut atteindre un volume deux cents fois supérieur à celui de la cellule primitive. »

Gussenbauer, dans un travail sur le développement des tumeurs secondaires dans les ganglions lymphatiques, est presque complètement de l'opinion de Greighton et de Hoggan, mais cependant il lui fait subir une légère modification (i). Au point de vue histologique, ses observations confirment la théorie qui établit que les tissus ganglionnaires sont transformés par infection, et prennent la structure de la tumeur primitive. Il est surtout d'accord avec Hoggan qui admet que les cordons linéaires formés par lés lymphatiques cancéreux ne sont pas dus aux cellules cancéreuses détachées de la tumeur primitive et venant obturer les lymphatiques, mais à la prolifération de l'épithélium qui se transforme par suite de l'extension du cancer se prolongeant le long du vaisseau. 11 n*a pas constaté que les Vaisseaux afférents ouïes sinus lymphatiques périphériques fussent occupés par des cellules transportées ou des tumeurs nouvelles commençant à se former; mais dans le tissu folliculaire, il décrit un élément particulier ou germe fertile {befruchtende Keime). Ces germes sont entraînés par les lymphatiques venant de la tumeur originelle, et ils envahissent les éléments constituants du ganglion d'une façon telle que ceux-ci prennent l'apparence des cellules cancéreuses . C'est ce qu'on a observé surtout dans le cas du mélanose.

Comme exemples de transformations qui s'opèrent dans le tissu ganglionnaire, Gussenbauer, dans un cas de cancer colloïde du rectum, décrit la création de cavités tapissées de cellules épithéliales et remplies de matières colloïdes* Ces cavités peuvent être suivies à travers plusieurs transformations et, en dernier lieu, leur origine se trouve être un vaisseau sanguin dont les parois épithéliales, musculaires et autres ont subi une prolifération active, pour finir par

(1) Gussenbauer, Ein Beiirag z. Lehre v. der Verbreitung des epith. Krebs und Lymphdrusen (Àrchiv fur klin. chir,, 1872) et Ueber die Entwickelung d. second, Lymphdrùsengeschwulste [Zeiisch, f, Heil' kunde, mars 1881).

EDWARD BELLAMY. — VAISSEAUX ET GANGLIONS LYMPHATIQUES

prendre la forme d'une cayité tapissée d*épithélioma.

On doit donc apporter une attention toute particulière sur la façon dont se comportent les tuniques vasculaires dans la formation des tumeurs secondaires.

Au point de vue clinique, il est évidemment très difficile, au début de l'affection, de reconnaître les ganglions non affectés, ceux qui commencent à l'être ou ceux qui sont déjà atteints. Nous savons qu'à l'état normal, et chez une personne saine, les ganglions varient beaucoup de volume, et il est rare qu'un cancéreux réclame Tavis du chirurgien avant que la maladie ait fait de grands progrès. Si nous prenons le sein, par exemple, où Tobservation clinique se fait le plus souvent, nous trouvons presque toujours qu'au moment de notre examen les ganglions sont envahis. Cela facilite le diagnostic, c'est vrai, mais c'est là un fait bien fâcheux pour le succès définitif. La grande question clinique est celle-ci : « Quand les ganglions commencent-ils à être affectés ? » et toute règle qui établirait l'époque probable de l'infection serait d'une grande valeur pratique. Tout ganglion engorgé au voisinage d'un cancer doit être regardé comme suspect, et traité en conséquence. Delà la nécessité d'enlever la masse ganglionnaire de Taisselle lorsqu'il s'agit d'un cancer au sein.

En résumé, et en tenant compte de ce que nous savons à l'heure actuelle, nous pouvons affirmer que, pour ce qui regarde l'inspection du systèmelymphatique, la syphilis est un virus, probablement un contagium vivum envahissant

les lymphatiques, que le cancer est une dyscrasie (peut-être héréditaire), qyi par l'intennédiaire du tissu connectif envahit une partie oq des parties entières du système tout entier. Le mot epitheliosiSf trouvé par Bradley, semble très heureusement choisi.

La question du cancer viscéral et de ses relations avec le système lymphatique sera étudiée ailleurs; tous les points d'un Intérêt spécial pour le chirurgien ont été examinés dans le présent article.

Bibliographie. — Les travaux les plus récenu sor les rapports du cancer avec le système lymphatique seront trouvés dans les ouvrages suivants :

Waldeyer, Die Entwickelung d. Carcinome ^ Virchow*s ArckiVf Dd. xli. S. 470;

Gussenbauer, Ein Beitrag x. Lekre v. der Verbniiung des\epith. Krehs auf Lymphdrûsen, Arch. fv kiin. Chir,^ 1872 ; Id., Ueber d. Entwick. d. second. Lymphdrûsengeschwùlste, Zeitschrift, /. Heilkmét^ li&rz 1881 ;

Billroth, Lectures on Clinical Surgery, 1883;

Gurnow, Gulstonian Lectures, 1880;

Rindfleiscb, Traité d^histologie pathologique, trad. par Fréd. Gross. Paris, 1873. *

A. V. Winiwater, Die al/gemeine chirurgitche P«thol, undT/icrap,, 1880;

Ghambard, Du Carcinome primitif des gangUom lymphatiques ;

Kocher, Primâres Achscldrusencarcinomnachchronische Mastitis;

Greighton, On the Physiolagy and Pathology o/ Breast^ 1876;

Hoggan, Transactions of the Palhological Society of London, 1878, et Archives de Phys. non», et pathologique, 1880.

PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS

Page 1