PLAIES EN GÉNÉRAL
La fréquence relative de ces plaies, la difficulté que présente quelquefois leur traitement^ et leur gravité, en font un objet du plus grand intérêt pour le chirurgien. Maisonneuve a mon-
JOHN A. LIDELL. — PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS
tré qu'une artère peut être perforée par un instrument fin, comme une aiguille, sans produire d'hémorrhagie ni d^autre résultat fâcheux. Mais si le vaisseau est perforé par un instrument plus volumineux, tel qu'un ténaculum, il peut en résulter des conséquences désastreuses ; Guthrie a observé deux cas de blessure de Tartère fémorale par un ténaculum ; dans les deux cas l'ulcération de l'artère amena une hémorrhagie qui nécessita la ligature (i). Guthrie pensait également que les piqûres longitudinales des tuniques artérielles, d'une ou deux lignes de long, n'avaient pas de conséquences fâcheuses. Mais une observation de Deschamps montre qu'il s'est trompé :
Dans ce cas Tartère brachiale avait été ouverte à sa partie supérieure par la pointe d*uD couteau. Le blessé fit quelques pas ; mais affaibli par la perte de sang, il tomba en syncope^ et Thémorrhagie cessa. Ld huitième Jour il se fit de nouveau une hémorrhagie abondante. Les neuvième et dixième jours, nouvelles hémorrhagies peu copieuses. Le matin du onzième jour, hémorrhagie alarmante ; le lit était baigné dans un sang noir et fétide. A midi Thémorrhagie se reproduisit avec violence. Le malade mourut, et, à l'ouverture du corps. Deschamps trouva Tartère brachiale ponctionnée suivant une direction longitudinale à sa partie externe et postérieure, sur une étendue de deux lignes, au niveau du bord inférieur du tendon du grand pectoral, et au-dessus de Torigine de Tartère profonde supérieure (2).
Dans ce cas la plaie avait donné lieu à la formation d'un anévrysme traumatique, contre lequel on tenta en vain plusieurs opérations, et le malade perdit tant de sang, qu^il en mourut. Telles furent les conséquences d'une piqûre longitudinale de l'artère brachiale, de deux lignes de long seulement. Quand l'ouverture est plus grande, le danger en est accru d'autant, à moins d'une intervention chirurgicale habile et prompte. Quand la ponction est oblique ou transversale, elle prend une forme circulaire ou plutôt arrondie, et augmente de dimension, par l'action des fibres musculaires et élastiques divisées. Mais quelques exemples seront plus instructifs que plusieurs pages de description.
William Colles rapporte le cas suivant :
Un ouvrier de cinquante-six ans entre à Thôpital Steeven le 30 mars 1855. La veille, en dînant, il avait avalé une arête qui le piquait, disait-il, dans la poi-
(1) Guthrie, Diseases and injuries of arteries, p. 2 1 2 .
(2) Deschamps, Observations et réflexions sur la ligature des principales artères blessées. Paris, 1797.
tri ne ; cette sensation de piqûre était txmgérée par la déglutition. Presque immédiatement il se mitàcndMr du sang en grande quantité, d*abord noir, puis rouge. Le lendemain à midi, quand il entra à ThôpiUl, il se plaignait d*une douleur vive dans la poitrine et d'une grande faiblesse. Il était pâle ; pouls hémorrfaagiqne. Aussitôt après son entrée il vomit une arête» longue d*un pouce environ, étroite et irrégulière, à extrémités pointues et à bords coupants. Il continua à vomir le sang en abondance, mais en moindre quotité pourtant; Thémorrhagie dlminoa gradoeUemeiit jusqu'à 9 heures du soir, moment de la mort. Awtopsie : Le médlastin postérieur était rempli de sang coagulé. On trouva à la paroi postérieore de l'cnophage une ouverture oblongne, irrégallère, d'un demi-pouce de longueur, et s* étendant de hmnt en bu; à la partio correspondante de l'aorte se tronvalt one fente longitudinale correspondant exactement à celle de l'œsophage, dont elle différait senlement par soo étendue moindre et son irrégularité (1).
Dans ce cas Taréte s'était donc fixée dans Tœsophage, dont elle avait coupé la paroi postérieure ; poussée par les contractioos de la déglutition, elle avait perforé la parc» antérieure de Taorte et déterminé une hémorrhagie prûduptement mortelle. La plaie de Faorte était tongitndinale* et; longue à peine d'un peu plus de trois à quatre lignes ; pourtant Thémorrhagie tnit été très abondante, et n'avait cessé qu'afec Sa vie.
Une autre observation de ponction et d'hémorrlngie primitive de Taorte, appartenant à la même catégorie que la précédente, a été faite en Irlande il y a qnelques années seulement. Une femme, nommée Holin, àgéo de 47 ans, pensionnaire à Tasile d'iliéoés de Richmond à Dublin, mourut soudainement en vomissant du sang. L'autopsie et l'enquête du coroner moDtrèrent que la mort avait été causée par une plaie de l'aorte faite par une aiguille que la malade avait lulée. L aiguille avait perforé la paroi postérieore de l'œsophage et la paroi antérieure de Taorte ; un frigment de cette aiguille était encore dans l'CBsophigei couvert de rouille (2).
Ce cas ainsi que le dernier ne présentait ' aucune ressource pour le traitement, à cause de la situation de l'artère, qui ne pouvait éUt ni atteinte ni liée. Durham pourtant rapporte un cas de piqûre de la carotide, ayant le pharynx pour point de départ, et qui fut traité avec succès par la ligature de l'artère.
Un garçon de sept ans tomba en tenant dans •*
^1) Colles, Dublin quorterly Journal ofmedic.fC-9 1855, vol. XIX, pp. 325, 326.
(2) Lancet, 1877, vol. U, p. 789.