PLAIES DES ARTÈRES PAR ARMES A FEU
Les grosses artères des membres sont protégées contre Faction des armes à feu par la solidité des gaines fibreuses qui les enveloppent, par la ténacité et Textensibilité de leurs tuniques, et p€ur la facilité avec laquelle elles glissent devant le projectile à cause de leur élasticité et de leur contenu liquide. C'est pour ces raisons, sans aucun doute, que les gros vaisseaux échappent souvent à la dilacération des balles; quelquefois on trouve des artères corn me la fémorale, la carotide et la brachiale indemnes, bien qu'elles se trouvent sur le trajet du projectile. La dernière guerre civile a fourni de nombreux exemples de ces faits. « Un grand nombre de dessins du musée médical militaire, représentini le trajet de certains projectiles suivant celui des gros vaisseaux du cou ou des membres, met en évidence la grande élasticité des gros vaisseaux » (2). L'historiographe chirurgical de Tirmée anglaise dans la guerre de Crimée fait l'observation suivante pleine de justesse :
• L*éUsticité des grosses artères des membres est Hen plus considérable qu'on no pense otdinairement. Ainai an soldat du 5G« régiment eut le jarret traversé pir an éclat d*obas qui passa entre Tarière et Tos, sans Wicher ni l'artère ni Tos; cet éclat était beaucoup trop voliiodneax pour avoir traversé la région sans déplacer U vatasean. Cet homme mourut plus tard de diarrhée. Cb caa semblable fut observé sur un homme du 9^ réliment, mais une portion do l'os fut enlevée par le proJeeiUe, et Thomme guérit. Un soldat du él* rëgitoentent la caisse traversée à son tiers supérieur par in gros éclat d'obas; le projectile passa entre l'artère *t Tes, mais sans atteindre ni Tune ni l'autre ; il loirit (3). n
. Malgré cette merveilleuse élasticité des artères ^a cou et des membres, qui leur permet sou- Hnt d'échapper àTalteinte des projectiles, même
{\)lÊedicO'ehirurg, trantaciions^ vol. XXII, XXXVII.
P) Circular, no 6, S. G. O., p. 39.
ih Surgical hislory of the Crimœan war. Vol. II,
quand ceux-ci suivent le trajet môme des vaisseaux, il arrive assez souvent que les artères sont ouvertes par ces projectiles. L'expérience a montré que ces artères peuvent Ctrc directement ouvertes par des coups de fusil, de carabine, de pistolet, parla mitraille et par les éclats d'obus. U semble pourtant qu'il faille, pour que ce résultat se produise, que le projectile soit animé d'une grande vitesse au moment où il rencontre l'artère. Aussi arrive- t-il que les balles traversent moins facilement les artères après avoir traversé les os, qu'avant de les avoir traversés. Quand la vitesse du projectile est considérablement diminuée avant d'atteindre l'artère, il ne peut que contusionner ses tuniques (i); mais il peut produire ainsi des désordres aussi grands que s'il avait ouvert le vaisseau.
Les solutions de continuité produites dans les vaisseaux par les projectiles constituent essentiellement des plaies contuses et des déchirures, et présentent ordinairement quelques-uns des traits qui appartiennent à chacune de ces catégories de plaies. C'est donc ici le lieu de les étudier, immédiatement après les plaies contuses et les déchirures des artères.
Les plaies par armes à feu des vaisseaux peuvent se diviser en deux groupes importants :
1** Les divisions partielles ou incomplètes du vaisseau, considéré comme tube servant au passage du sang;
2^ Les divisions complètes.
En étudiant attentivement ce sujet, on trouve que chacun de ces groupes présente des particularités, touchant les symptômes et les conséquences de l'accident, assez importantes au point de vue scientifique comme au point de vue pratique pour exiger pour chacun d'eux une description séparée.
Les plaies par armes à feu dans lesquelles la blessure d'une artère constitue la seule ou même la principale lésion primitive, ne sont pas fréquentes, même sur les champs de bataille, quoique les plaies d'artères compliquent souvent les fractures et d'autres lésions graves. A ce propos, le docteur Otis, l'historiographe distingué de la guerre civile américaine, Tait la remarque suivante :
« Le nombre de ces cas est extrêmement rare. Dans la campagne de l'armée du Potomac, en mai, juin et juillet 1864, sur un total de 36,508 plaies par armes à feu, 27 seulement appartenaient à cette catégorie. Los fractures compliquées, accompagnées de plaies des gros vaisseaux, les arrachements des membres par
(i) \o\r Plaies conimet da artères.
JOHN A. LIDELL. - PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS
des obus on des boulets, les contusions et les désorganisations de tout un membre avec destruction de la Titalité des artères, tous ces accidents sont rangés dans d^autres catégories. Seules sont mises dans celle-ci les plaies qui s^accompagnent de TouTerture primitive d'un gros vaisseau et dont cette ouverture est l'accident principal. 11 faut chercher ces cas plutôt sur le champ de bataille parmi les morts que dans les ambulances (!)• »
De plus, dans presque tous les cas de plaie d'une grosse artère par un projectile, cette plaie siège aux membres, au cou ou à la tète, mais le plus souvent aux membres. Les plaies par armes à feu des grosses artères de Tabdomen et de la poitrine ne s'observent pas, non pas que ces vaisseaux échappent à Taction des projectiles, mais parce que leurs plaies déterminent très rapidement la mort. Je suis pleinement convaincu par mon expérience personnelle que ces vaisseaux sont fréquemment blessés dans les batailles; que ces pluies sont pour la plupart rapidement suivies de la mort par hémorrhagie, et qu'elles sont une des causes principales de la mort subite sur le champ de bataille. Les blessés meurent presque tous d'hémorrhagie avant de pouvoir être secourus, et ils sont portés sur les relevés comme tués.
Division partielle ou incomplète des artères par projectiles de guerre.
Cette lésion se présente sous deux aspects principaux. Ou bien un coté du tube artériel a été enlevé, ou bien le vaisseau a été perforé de part en part. La première forme s'observe plus souvent que la seconde. Elle se rencontre surdos vuisseaux de volume très variable; la seconde seulement sur de gros vaisseaux. Mais les conséquences sont tout à fait semblables dans les deux cas.
L'observation suivante et la figure qui l'accompagne (fig. 846) donnent un excellent spéci-
Fig. 84(>. — Plaie par arme h feu de l'artère axillairc droite ; des morceaux de Tuniforme modérèrent rhémorrhagic. ^Spcc. 20T4, sect. 1, A. M. M.)
men de la division partielle d'une grosse artère par une balle cylindro-couique :
(1) Ctrcular^ n* C, S. G. O., pp. 38, 39.
Un soldat de 19 ans (1) fat blessé le 17 JanTier 186C. Le projectile, une balle conique, entra dans le c6té droit, juste au-dessous des cartilages des fausset o6tes, remonta et alla fracturer la huitième côte; il sortit alors du thorax, et pénétrant dans l'aisselle traversa le bras et sortit an sommet de Tépaule sans léser rhumérus. On le transporta h l'ambulance dans un état de syncope, incapable de parler et presque sans pouls. 11 avait les extrémités froides; il avait, parait-il, perdu un seau de sang. On lui administra immédiatement des stimulants. L^hémorrhagie ne sa reproduisit que le 20; il perdit alors environ quinze onces de sang. L'hémorrhagie fut arrêtée par la compression. Elle se reproduisit le 21 ; il perdit encore environ 20 onces. Le 22, malgré l'état de prostration, on crut devoir lier l'artère axillaire; on posa une seuls ligature ; mais le malade ne survécut à Topération que quelques minutes. Pendant Topération on retira plusieurs fragments du vêtement, ainsi que deux morceaux do Tartcre axillaire. Qumd on retira les fragments do vêtement, il se fit une hémorrhagie, qui fut aisément arrêtée par la compression de la sous-clavière au-dessus de la clavicule au moyen d'une clef. Âuloptii. In large fragment demi-circulaire embrassant environ la moitié du calibre de l'artère était nettement découpé dans la paroi, un pouce environ au-dessous de l'origine du vaisseau ; le plexus brachial était indemne. Les fragments de vêtement et de tissu extraits pandant l'opération avaient sans aucun doute été pouiili dans l'artère et leur déplacement accidentel os dtà la suppuration avait été la cause de rbémorrhagie ••> condaire. Une pareille blessure de railllaire détermlae généralement la mort par hémorrhagie primitive li bout de cinq minutes environ. La fig. 846 reprétmll la pièce qui est conservée au Musée médical militaire.
La plaie avait été faite, pendant que l'homme était couché dans sa tente, par un camarade qoi maniait un fusil chargé. Le projectile avait donc une grande force et il coupa nettement un fragment semi-circulaire de l axillaire. En générd, quand de grosses artères sont ouvertes, c'est quelles sont faites par des projectiles tirée de très près et animés d'une grande vitesse; cek est surtout vrai des plaies de la fémorale, des carotides, de Taxillaire, de la brachiale. Mais ces projectiles tirés de loin déterminent seule* ment de la contusion des artères; celtee-d peuvent même, grâce à leur élasticité, échapper à l'action du projectile.
Dans ce eus, cité plus haut, les fragments do vêtement et la syncope arrêtèrent lliémorrfctgic primitive. Autre fait important, l'héniorriiagic fut suspendue pendant neuf jours, jusqa'aa moment où ces morceaux du vêtement et les caillots furent détachés par la suppuration.
(I) Med, andsurg. history of the WarpftlmtM' lion, !•' vol. chir., p. S53.