‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 190 sur 452 · DÉCHIRURES ET RUPTURES DES VEINES · texte numérisé non relu

DÉCHIRURES ET RUPTURES DES VEINES

sanguines qui restent longtemps liquides. Ces hématomes ne doivent jamais être ouverts, à moins qu'ils ne suppurent ou qu'ils ne deviennent chroniques ou gênants par leurs dimensions. Quand ib sont récents, Texpectation et les lotions stimulantes constituent la meilleure méthode de traitement.

De grosses veines sont quelquefois déchirées complètement dans les plaies par arrachement :

Le D* Mac Clellan a observé un do ces cas il y a quelques années. Un indiTido fut saisi dans la région de l'aine droite par un gros crochet de fer mousse dans un manège et entraîné rapidement ; il se produisit une affreuse déchirure juste au-dessous du ligament de Poupart qui mit à nu les vaisseaux et nerfs fémormux. L*artère était complètement dénudée et la veine déchirée. Il se produisit une hémorrhagle veineuse considérable. On Tarrèta en remplissant la plaie de compresses graduées. Cette plaie énorme finit par guérir; mais la Jambe se mortifia et il fallut faire Vaupatation Juste au-dessous du genou; le blessé guérit (1).

Je cite les remarques très justes du docteur Mac Clellan à ce propos :

« La ligatare de Tartère principale^ que je ne croyais pas nécessaire et à laquelle Je me serais opposé si j*avais été consulté avant Topération, fut-elle k cause du sphacèle ou ne devait-elle pas plutôt le prévenir ? Plusieurs pensaient en effet que la destructsn de la grande veine de l'aine devait déterminer me congestion veineuse énorme dans les parties sitiées an-dessous, si on ne liait Tartère corresponde. Mais d'autres veines et d'autres artères auraient piie dilater, ce qui du reste a eu lieu, puisque la vitalité du genou et des parties situées au-dessous a été fiéserfée. «

La guérison dans ce cas prouve bien que la figttnre de l'artère était indiquée; sans celte ligtliire, lliémorrhagie veineuse n'aurait pas été arrêtée par la compression. L'effet de la ligitare de l'artère fémorale sur l'hémorrhagie provenant de la veine est bien connu par une itn opérations d'Agnew dans un cas d'ané- ▼rysme poplité dans lequel il blessa la veine fenorale en passant le fil autour de l'artère ; «l'hémorrhagie veineuse très profuse cessa immédiatement quand on serra la ligature et M reparut pas (2) ». 11 est facile de concevoir coBiinent la ligature de l'artère principale arléle l'hémorrhagie dans la veine correspontote; elle diminue en effet la quantité de sang fà doit revenir par la veine et supprime la vis

(1) Mac Qellan, Op. cU., p. 171.

|i) Op. cit., vol. I, p. 516.

à tergo. L'artère fémorale fut liée dans le cas ci-dessus, vers l'année 1842, vingt ans à peu près avant le fameux précepte de Langenbeck sur la manière d'arrêter les hémorrhagies veineuses profuses.

La veine axillaire a été déchirée rarement dans les tentatives de réduction des vieilles luxations de l'épaule.

Froriep en a publié la première observation :

On diagnostiqua chez un sujet scrofuleux, âgé de 36 ans, vingt Jours après l'accident, une luxation de l'épaule. A une seconde tentative de réduction, on entendit deux bruits distincts, et la luxation fut réduite ; mais au même moment apparut une tuméfaction dans l'aisselle. Cette tuméfaction augmenta rapidement de volume. Le malade eut deux syncopes, des vomissements et des évacuations alvines, et expira une heure et demie après la réduction. Le creux axillaire fut trouvé rempli de sang, et la veine axillaire presque entièrement déchirée. Les tuniques étaient très faibles au-dessus et au-dessous de la rupture (1).

Un second cas du même genre fut observé par Flaubert en 1827.

n y a quelques années Price (2) réduisait une luxation ancienne de l'épaule chez une vieille femme, quand la veine axillaire, comme on le constata plus tard, fut déchirée : la malade mourut le Jour suivant. L'artère n'était pas rompue.

Cela fait le troisième cas.

En 1863, Hailey observa un quatrième cas semblable.

En 1873, Agnew en observa un cinquième.

Une femme de 60 ans avait une luxation de Tépaule droite datant de six semaines. Pendant plusieurs minutes on fit une extension continue, tandis qu'un aide essayait avec une main dans Taisselle de repousser la tète de Tos vers la cavité glénoide. Il se produisit immédiatement un gonflement dans la région pectorale droite qui fut distendue en un instant, devint excessivement proéminente et forma une tumeur solide mais fluctuante. La malade devint immédiatement froide et tomba dans un état de collapsus ; la respiration cessa, et le pouls était insensible. L'artère sous-clavière fut comprimée, la langue tirée en avant; on administra des douches froides, de l'ammoniaque, et on fit la respiration artificielle. La malade revint à elle, et en rel&chant la compression on trouva le pouls radial de ce cété aussi fort que de l'autre. La tumeur n'était pas distendue. On fit de la compression, on mit en usage la chaleur à l'extérieur et les

(l)Malgaigno, Traité des fractures, etc., t. II, p. 151. (2) Price, Saiut-Bartholomew's hosp. rep.y vol. II, pp. 107, 108.

stimulants à l'intérieur. Le gonflement s*étendit lentement vers la partie inférieure, sans devenir plus tendu. Au bout de dix Jours elle partit (I).

La rupture de la veine axillaire est plus redoutable que celle de l'artère. De ces cinq cas, celui d'Agnew fut le seul qui se termina par la guérison. Je Tai rapporté en détail pour bien montrer les symptômes et le traitement de cet accident. Dans quelques cas rares, l'artère et la veine axillaires sont rompues simultanément pendant les efforts faits pour réduire les luxations anciennes de Tépaule. Le danger principal dans tous ces cas est celui qui résulte de Thémorrhagie sous-tégumentaire, et, à moins qu'on ne prenne des mesures instantanées pour l'arrêter, le malade meurt. Ces mesures consistent : i^ à comprimer l'artère axillaire contre la première côte ; 2® à placer un tourniquet improvisé, un mouchoir par exemple, autour de la partie supérieure du bras ; 3<^ à fixer le bras au côté de la poitrine au moyen d'un bandage. Dans les cas de rupture double de la veine et de l'artère, si on peut empêcher l'extravasalion du sang artériel, et si le malade échappe aux dangers du shock et du coUapsus, la désarticulation de l'épaule doit être faite immédiatement.

Les gros troncs veineux peuvent être rompus dans les accidents de chemin de fer, comme il est arrivé dans le cas suivant :

Yalentin K. fut pris entre deux wagons le 20 juillet 18G3. L'humérus, la clavicule et le scapulum furent fracturés, et les parties molles voisines furent écrasées, bien que la peau restât intacte. Le bras se spbacéla, et rhomme mourut le 23. L*artère sous-clavière était oblitérée au point où elle quitte la première côte. La veine sous-claviôre était ouverte et avait fourni le sang extra vase (2).

Les grosses veines se déchiren t quelquefois quand leurs tuniques sont malades, comme cela est arrivé dans le cas suivant dans lequel la veine jugulaire interne fut rompue pendant une opération d'épithélioma du cou :

« La tumeur fut enlevée en septembre 1876, la veine jugulaire externe éUnt liée. En mars 1878 le malade revint et on lui enleva sa tumeur une seconde fois. Pendant Topération la veine jugulaire interne s*ouvrit : elle fut liée au-dessus et au-dessous. Le malade guérit : en juillet 1880 il éuit bien porUnt (3). »

(1) Agnew, Philadelphia med. Times, 16 août 1873.

(2) Med, and surg, hist. of the war. First surg. vol., p. 527.

(3) Med, 'Chirur g. transactions, y oULWU (1880); et Amer. Joum. of the med. se. Avril 1881, pp. 481, 482.

Quand cet accident se produit, la veine doit être liée sans délai au-dessus et au-dessous, comme cela a été fait dans ce cas; et quai c'est la jugulaire interne qui est lésée, il a'Mt certainement pas nécessaire de lier la caioâ^i primitive, comme l'a conseillé Langenbeck,à moins qu'elle ne soit comprise dans la txaom qu'on enlève.

La rupture spontanée de la veine jugolasB interne avec formation d'un thrombus cervical, etc., est possible. Nélaton en a publié v exemple :

Le thrombus détermina un gonflement coniM du cou. On rouvrit pour combattre la dyspnée < qu'il déterminait par la compression deB voies nés, pensant qu'il s'agissait d*un abcès. Vhi gie qui suivit Tincision fut si abondante, qu'on | longea cette incision pour découvrir la sonroi rhémorrhagie ; on trouva un trou ovale danili| de la veine jugulaire interne. Néla^n fit le nement avec un cylindre d'amadou, et l'hémoi ne se reproduisit pas. Le malade avait la tine (1).

Les tuniques de la veine jugulaire inl peuvent être assez affaiblies par un abcès d'i glande voisine pour s'ouvrir et déterminer formation d'un thrombus du cou ; et si f du sang ne peut être arrêtée par l'applicatioti rondelles d'amadou et la compression, la elle-même doit être liée au-dessus et au-d( de l'ouverture avec du catgut. Quand Foi ture de la paroi de la veine est petite, cela parait avoir été le cas dans l'observation i Nélaton, l'application d'agaric aidée de la pression doit arrêter l'hémorrhagie.

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