‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 195 sur 452 · PLAIES DE L'AORTE · texte numérisé non relu

PLAIES DE L'AORTE

tani (1) rapporte l'obserYation d'un individu qui sorYécut huit ans à une plaie de la crosse de l'aorte. Pelletan (2) rapporte celle d'un individu qui surrécut deux mois à une piqûre de l'aorte près de son origine faite par un fleuret. Heil (3) donne Fobserration d'un homme qui vécut un an après avoir reçu un coup de couteau dans Taorte ascendante. Green (4) tient du D' Wiley la relation d'autopsie d'un homme qui un mois auparavant avait reçu un coup de couteau dans l'aorte près de son origine. Dans un cas semblable (5) le blessé survécut six jours. Lerooge a publié (6) un cas analogue : le blessé survécut onze jours. Legouest (7) cite un seul exemple de guérison après une piqûre de l'aorte observée par Neil, de Bamburg, en 1812 ; la cicatrice fut constatée un an plus tard à l'autopsie, le malade étant mort de pneumonie. Demme Tit un jeune Autrichien mourir d'hémorrliagîe secondaire quatre semaines après avoir reça un coup de feu dans la partie descendante de Taorte thoracique. Des cas de rupture de l'aorte par violence extérieure ont été rapportés par Morgagni (8), Lorencin et Saint-Léger (9), et on trouve un spécimen de cette lésion dans le musée de l'hôpital Saint-Barlhélemy (10). Le musée d'anatomie pathologique de Berne renferme également une pièce du professeur Theile montrant une déchirure de la crosse de l'aorte qui ne détermina la mort que plusieurs mois iprès l'accident.

Notre musée médical militaire contient deux spécimens de coups de feu de l'aorte abdominale; dans l'un l'artère a été perforée par une biUe de pistolet (il). Legouest (12) a vu un cas de déchirure transversale du côté gauche de l'aorte, d'un quart de pouce de longueur, à trois travers de doigt au-dessus de l'angle sacrovertébral, chez un voiturier, qui avait reçu un coup de pied de cheval au niveau de l'ombilic.

(1) Scriptorum latinorum de anevrismatibus coUect . , <1 Uath, p. 178. Argent, 1785.

(îlPelleUn, Clinique chirurg., t. III, p. 241.

(3) Henke*8 Zeittehrift, \%%1, Bd II, p. 459.

(4) Southern med. and sur g, Joumat^ 1855. (S)Leroiige m Siviard, Édition des Observations

^intrgicaUs, [t) Journal de méd., t. XLVI, p. 435.

0) Logoaest, Chir, d'armée, 2« éd., p. 333.

(5) Oe sedibus et causis morborum, Epist. LUI.

(9) Thèse de Montpellier, citée par Bérard.

(10) Med, and turg, hist.y etc., 1*^ sur g. vol., pp. 519, iîî.

(11) Spécimens 910, 3085, sect. I, A. M. M. (15) Op. «/., f éd., p. 372.

L'hémorrhagie interne avait rapidement déterminé la mort. D'autres artères de Tabdomen peuvent être déchirées sans plaie extérieure.

L'aorte a été quelquefois piquée par des corps étrangers venant de l'œsophage. J'ai déjà mentionné deux de ces cas à propos de plaie des artères par instruments piquants. L'aorte est assez souvent aussi ouverte par des ulcérations dues à des corps étrangers de l'œsophage.

Poulet (i) a réuni trente-trois observations de perforation des vaisseaux sanguins par des corps étrangers de l'œsophage. Dans ces cas la perforation était due à des ulcérations déterminées par des corps étrangers ; elle était secondaire à la chute d'eschares. Dans 17 de ces cas, il s'agissait d'une perforation de l'aorte ; dans 4, de la carotide primitive ; dans 2, de la veine cave; dans i, de la thyroïdienne inférieure; dans 1, de la veine coronaire droite ; dans 1, de la demi-azygos ; dans i, de l'artère sous- clavière droite anormale ; dans i , des artères œsophagiennes ; dans 1 , des artères pulmonaires ; et dans 4 cas, l'autopsie ne fut pas faite, et les artères perforées restèrent indéterminées.

La situation de l'œsophage au milieu des gros troncs vasculaires du cou et de la poitrine explique suffisamment la fréquence de ce grave accident. Ces vaisseaux sont: i^ l'aorte qui est située derrière et à la gauche de l'œsophage ; 2® la veine azygos; 3® l'artère pulmonaire ; 4* la veine cave supérieure ; 5® la carotide ; 6° l'artère thyroïdienne inférieure; 7*> l'artère sousclavière droite, quand elle présente une anomalie de situation ; S^ les artères œsophagiennes.' La fréquence des perforations de l'aorte n'est pas étonnante, si l'on considère les grandes dimensions et les rapports intimes des deux organes sur une étendue considérable.

C'est presque toujours des os arrachés qui ont été la cause de ces perforations. Puis viennent par ordre de fréquence des pièces de monnaie, des arêtes, des dents artificielles, etc.; tout corps étranger irrégulier, dur, aplati ou pointu, peut déterminer cet accident. Au bout de combien de temps se produisent ces perforations? Au bout d'un espace de temps très variable. Dans la grande majorité des cas cependant l'hémorrhagie apparaît du quinzième au vingt-cinquième jour; mais les exceptions sont nombreuses. De plus l'intervention chirurgicale a son importance, et plus d'une fois il est arrivé

(I) Poulet, Traité des Corps étrangers en chirurgie, Paris, 1879, p. 12?.

JOHN A. LIDELL. — PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS

au chirurgien de pousser le corps étranger non dans Testomac, comme il le croyait, mais à travers les parois de l'œsophage, ce qui précipite la perforation et Thémorrhagie. Dans ces cas les apparences peuvent être très décevantes. Un malade de Wagret, chez qui un médecin avait essayé de pousser une arête dans Tœsophage, se sentit entièrement soulagé, remercia chaleureusement son bienfaiteur, qui, disait-il, lui avait sauvé la vie. Mais quelques jours plus tard, ce malade mourut de perforation et d'hémorrhagie de Taorte descendante (Poulet).

Dans ces cas la première hémorrhagie ne détermine pas ordinairement la mort; elle s'arrête et le malade reste dans un état de faiblesse extrême. Les chirurgiens ont été frappés de Tintermittence de Thémorrhagie et ont cherché à l'expliquer. Shetter attribue cette intermittence à deux causes : ï^ k une occlusion temporaire de l'ouverture de l'artère ; 2<» à la faiblesse des contractions cardiaques. Le processus est une hémostase naturelle, comme celle décrite par Valsalva. Le sang étant poussé avec moins de force par le cœur affaibli et étant altéré dans sa composition est dans les conditions les plus favorables pour donner lieu à la formation de caillots. Mais quand le cœur recouvre son énergie et que le collapsus fait place à un commencement de réaétion, le caillot est déplace et Vhéniorrhagie reparaît. L'intervalle entre les hémorrhagies n'est pas considérable ordinairement ; il varie de quelques heures à quelques jours. Dans quelques cas, surtout quand la per< foration est petite et située très bas, tout le sang extravasé coule dans l'estomac et passe de là dans les intestins. Le malade présente alors, au milieu de la santé, tous les signes d'une hémorrhagie interne très difficile à expliquer. Dans un cas des coliques furent le seul symptôme subjectif de cette hémorrhagie interne. Il est à peine nécessaire d'ajouter que tous les traitements se sont montrés impuissants (I).

PLAIES DE L'ARTÈHE INNOMINEE.

Pendant la guerre civile américaine les chirurgiens ont eu à traiter deux cas de plaies de l'artère innominée.

Le premier de ces blessés survécut vingtquatre jours :

Un soldat de 20 ans fut atteint le l^' juillet 18G3 (I) laid,, p. 94.

par une balle qui pénétra au-dessus de U cUficole, passa derrière le sternum et sortit entre U qaatrièiM et la cinquième côte. Le 22, hémorrhagie de l'anèn innominée ; compression. Mort le 25 (1).

11 est extrêmement probable que dans ce cas le projectile contusionna les tuniques de l'artère innominée, et que la partie lésée s'ulcértet se sépara comme une eschare au bout de tm semaines ; le canal de l'artère s'ouvrit, et il se produisit une hémorrhagie secondaire.

Le second blessé survécut six jours :

Un soldat, de 26 ans, reçut, le 27 octobre 1864, ooi balle conique qui pénétra à Fangle supérieur droit di sternum, passa derrière la clavicule et se logea dm le thorax. La plaie fut tamponnée et le blessé giiii un repos absolu. Le 31, on alla à la recherche de 11 balle, ce qui détermina une hémorrhagie abondante. Le tamponnement, rapplication de compresses « d*une bande, furent la seule ressource. Le 1** nofwbre, le malade eut beaucoup de dyspnée, due à rbémothorax. La trachée était comprimée par un épanchôment de sang dans le médiastin. Le 2, mort. lU» cropsie : On trouva le projectile contre Tartère ioss* minée, dont il avait ouvert le canal ; il avait déteniisé ainsi la formation d*un anévrytme dilAis. L'ouvertni éudt ovale, avait près d*un demi-pouce de long H était située à la partie antérieure du vaisseau, josts ai» dessous de sa bifurcation (2).

En explorant la plaie avec un doigt le cbirQ^ gien aurait pu trouver l'ouverture de Tartcre innominée, et en mettant le doigt sur l'ouvertore, il aurait pu arrêter l'hémorrhagie jusqu'à ce que le vaisseau fût lié. 11 faut agir ici comme dans les cas de plaies des artères fémorale et carotide.

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