‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 198 sur 452 · PLAIES DU CŒUR · texte numérisé non relu

PLAIES DU CŒUR

minent une rupture du cœur sans plaie extérieure, la mort est presque toujours instantanée. Terrillon a publié un cas de rupture du cœur après une chute, dans lequel le blessé sur- Técut quatre heures ; ainsi que l'obsertratioa d'one rupture du cœur chez un individu qui reçut dans la poitrine un coup de pied de cheval, et qui put se relever, mettre son chapeau, marcher, et ne tomba qu'au bout de quelques pas (1).

Dans les plaies du cœur par armes à feu, la mort n'est pas toujours non plus immédiate. On en a publié quatre observationa pendant la guerre. Dans un cas lo blessé vécut une heure et qu<rL après la perforation de l'oreillette droite et du ventricule gauche par une balle conique ; dans un autre cas le blessé vécut quarante-six heures après la perforalion de l'oreillette et du ventricule gauche par une balle, bien qu'il j eût tn m£me temps plaie de l'abdomen et de l'aisselle ; dans un autre cas encore le blessé vécut qaatorze jours, après une plaie de l'oràllelte droite faite par une balle ronde; et dus un quatrième cas le blessé survécut deux lu et demi à un coup de feu dans l'oreillette diftite.

L» bleiii, Igé de 41 iDi, fnt ittelnt le lî mû 1SG4 par une balle coniqna qui sntra dtni la poilrine h ptehs et lortU psr l'épaule ganche, traTOriant tant liihoraiet bleiiint le cœur et le pouuiOD ^auctie. Le lisDrenibre 1866, Il mourut labilement. A ïaulopiie, on intuvi une cicatrice lur l'oreillstla droite ) la tisia nucDlaira d« l'oreillette l'était ramolli et rompu, et UnanaTait été presqoe iostanunée (3).

Dne pièce montrant le trajet d'une balle h (nren le péricarde, le ventricule droit, la cloiwn et une Tslvule demt-lunalre fut présentée à hSociété pathologique de New- York (3).

Va iodMda de IB ans retut par accident une balle it réToher de petit calibre dans la partie gauche ^ U poitrine. Arant une quiniaine il avait repris son ■nnil M paraiaaait en bonne aanté : il continua fc tnniller Jniqn'an 30 aofit ', on le trouva mort derrière *) diarme dnqnan te -quatre Jonra après l'accident. L'nUopne montra que la mort était due à une eilra- *>Htioa de sang dans le péricarde et la plèvre gau- Ae. On trouva te projectile dans la ventricule gaacbe 'fière nue colonne ehamoe du cmur. La plaie du I '•tiicala droit avait la forme d'one valvule, et la

[ (1) TerriUoD, Progril méd., 30 mars et h avril 1819. I WlMtd. end ntrg. hUt, Ont snrg. vol., pp. S30,

péricarde, rapidement guéri, s'oppoiait ï l'isaue du ■ang. Le péricarde distendu avait fini par ae rompre, et la mort en était résultée. Si, au lieu de travailler, ce Jeune homme avait pria du repoa, rien n'empècbo de croire qu'il aurait pu guérir.

Velpeau rapporte le cas suivant :

Un individu reçut un coup de couteau dani le celé gauche. Les aymptémea flrent supposer d'abord que le cmiu' avait été perforé. Neuf an* après, cet bonime mourut, et l'autopsie confirma le diaguostic ; on trouva une cicatrice de l'oreillette droite et du péricarde (1).

Le D' G. ï'ÎBCher (2) a réuni 452 cas de plaies du cœur, dont 380 se terminèrent par la mort et 72 par la guëiison. La mort fut immédiate dans 104 cas ; dans S'ÎO elle arriva k des intervalles variant d'une heure à neuf mois. 11 y eut 44 plaies par instruments piquants, dont tO guérisons -, 260 plaies pur instruments piquants et tranchants, dont 43 guérisons i 72 plaies par armes à feu, dont ISguérisons; 76 contusions et ruptures traumatiques, dont 7 guérisons. Dans 3C de CCS cas, dans la moitié des cas de guériaon, le diagnostic fut vérifié à l'autopsie faite longtemps après; ce fait permet de supposer q^ dans les 36 autres cas, le diagnostic fut également exact. Fischer noie également la fréquence relative des plaies des différenles parties du coeur. Dans 123 cas ce fut le venirîcule droit, dans 101 le ventricule gauche, dans 2S l'oreillette droite, dans 13 l'oreillette gauche, et dans 1 7 la pointe du cœur. Les cavités droites sont blessées beaucoup plus souvent que les gauches, parce qu'elles occupent un beaucoup plus grand espace à la partie antérieure du cœur; les statistiques d'Ollivier et de Jamain confirment les résultats obtenus par Fischer.

Voici encore quelques cas de guérisons publiées dans ces doiue dernières années.

Cm dans lequel on a retiré neuvième jour ; guérison [-1)

I une aiguille du cceur le

Le D' Ford (4) a publié un cas de plaie du cœur par arme à feu, et qui guérit.

Cas de plaie du ccBur par arme h feu qui guérit (S); le vingtième jour la plaie extérieure était dé] k guérie,

(Il Velpeau, Traiti d'anal, c/iir., t.I, p. COi, !• éd. (2) Arc/,, f. klin. Chir., Bd IX, H. Z, p. S1I, 1S08. (3} Lancel, 1873, vol. I, p. 213.

(1) Med. Becord, 1875, p. 171.

(a) Brit. and foreign medico-chù: Bevieui, Juillet IBie, p. 205.

JOHN A. LIDELL. — PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS

et U cicatrice était animée de mouvements synclironés à la systole du cœar.

Voici quelques nouveaux exemples de longue survie après des plaies du cœur :

West (i) donne un résumé de vingt cas. Dans Tun de ces cas le blessé survécut 19 ans et 7 mois à une plaie des deux ventricules par un coup de couteau.

Le D' Conner (2) rapporte un cas de plaie par arme à feu de deux ventricules et de Toreillette droite : le blessé survécut 3 ans, 2 mois et 13 jours.

Steudener (3), de Halle, a publié un cas de plaie du cœur par un coup de pistolet.

Le blessé survécut 15 semaines. A Tautopsie on constata Texistence d'une cicatrice à la pointe du ventricule gauche, correspondant à la plaie du péricarde ; on trouva également des grains do poudre dans la substance du cœur.

Sir James Fayrer (4) cite un cas de plaie du cœur par une balle de pistolet.

Le blessé survécut 73 jours. Le projectile fut trouvé dans la pointe du ventricule gauche. \,

Tillaux a présenté à la Société de chirurgie le cœur d'une femme qui avait survécu i8 jours à deux coups de feu dans le cœur ; un des projectiles s'était logé dans le ventricule gauche.

Le D' Boone (5) rapporte un cas de coup de feu dans le cœur avec survie de 10 jours.

On a publié un cas de coup do couteau dans le ventricule droit, auquel le blessé survécut 5 jours (6).

Le D' Dudley (7) a publié un cas de coup de pistolet dans le cœur dans leqtiel le blessé vécut 4 jours.

Symptômes des plaies du cœnr.

Us sont souvent très obscurs. 11 peut se produire, dans les plaies pénétrantes de la région du cœur, une grande prostration des forces, des syncopes, de l'irrégularité, de la faiblesse

(1) West, Saint-Thomas" s hosp, rep.^ 1870, p. 237.

(2) Saint- Louis clinical record, 1876.

(3) London med, record, 1874, p. 212.

(4) Lancet, 1879, vol. I, 658.

(5) Doone, Americ. Journ. med, se, oct. 1879, p. 509.

(6) Saint Thomas hosp, rep.^ 1874, p. 420.

(7) Med, record, 1871-2, p. 156.

du pouls qui devient filiforme; les battements du cœur peuvent devenir tumultueux, le blessé peut souffrir d'anxiété prècordiale, de dyspnée et présenter d'autres signes encore d'une hémorrhagie péricardique et pleurale ; il peut présenter de la pâleur, des sueurs froides; sa votx peut devenir rauque; il peut être pris d'une soif excessive, on peut entendre un souffiesystolique ou d'autres bruits anormaux, sans qa'oo doive concevoir autre chose qu'une simple présomption d'une plaie du cœur. Mais, bien qne les plaies du cœur n'aient pas de symptôroes propres et caractéristiques, la coïncidence ée plusieurs des phénomènes que nous venons d'énumérer rend très probable le diagoostie d'une plaie du cœur. D'après la statistique ds Fischer, les phénomènes prédominants dans les cas de mort subite par plaies du cœur sont o^ dinairement la syncope ou le coUapsus ; asses souvent le blessé pousse un cri ou fait un effort d'inspiration convulsif; mais l'idée populaire que les individus dont le cœur est atteint par un traumatisme font un bond ou un saut n'est pas confirmée par les faits.

La mort subite est due à trois facteurs impiv- : tants : 1<» au shock; 2<» à l'anémie cérébrale et pulmonaire ; Z^ à l'arrêt du cœur par compression due à l'hémorrhagie intracardiaque. SoIf vent on trouve à Y autopsie le cœur fortemeirt contracté et vide et le péricarde et la plènt remplis de sang.

La cardite traumatique est une complicatioo très rare, si jamais elle se produit môme. Ont, dans la dernière guerre, observé d'assez nombreux exemples de mort tardive dans les plaies du cœur, pour qu'on puisse apprécier la rareté de la cardite. Le D' Otis a examiné avec soin le cœur chez deux blessés qui ont survécu quinie jours et plus; le péricarde était épaissi et coavert d'exsudats^ mais le muscle cardiaque ne présentait aucune altération au microscope (Ij. I Le professeur Gross possède le péricarde d'oo sujet de 22 ans, qui renferme une aiguille enkystée, laquelle a été parfaitement tolérée et qui prouve l'inaptitude du cœur à s'enflammer.

Traitement.

Il faut avant tout tenir le blessé couché, U tête basse pour éviter la syncope. On fera des applications chaudes aux extrémités et le long de la colonne vertébrale. On donnera ropiott

(1) Med. and sur g, hist,^ etc., llrst surg. isLt p. 622.

PLAIES DE L'AEtTËRE HÉNINGËE. — SYMPTOMES.

irphine pour calmer t'agitalioa et la Dana bien des cas le salut aéra dana galion d'un état voiain du collapsus, lequel l'énergia du cœur sera affaiblie surera la stabilité d'un caillot. S'il se les signes de réaction dangereux, on a teinture de veralrum viride pour dil'énei^ie des battements du cœur Si la vie se prolonge et qu'il se pro- 1 phénomènes inOammatoires, il faurecours aux vëaicatoires, à l'opium et ifs cardiaques ; si la distensiou du pé- >ar l'épanchement inflammatoire débeaucDUp de djspnée, il faudra l'évamoyen de la paracentèse. Un absolu corps et d'esprit doit être assuré penrtemps; l'alimenlation doit être liquide lenta doivent être concentrés et Tactleutiblea.

■ES DE L'ABTÈftB FULHOHAIHB.

ions traumatiques de ce vaisseau dé- [ presque toujours la mort. Timacus :g rapporte le cas d'un gentilhomme, un coup de couteau entre la troisième trième cfite ; la lame atteignit l'artère re. Un sang spumeux s'échappa au le blessé eut de Tréqueutes syncopes; il aurTécut trois jours (1).

IBS DBS VBLNES PULMONAIBES.

ublié (2) l'observation d'nae pUie de «r une balle conique.

- Moitié lapérieure du poumon gauche ; e eoniqne est lagde dms gon pareaetiyme le partielle ment U veine palmonalre gane. 33M, aect. I, A. H. M.).

■y of the eivU tcnr, sut^kal volume I.

p. ses.

icfcL de cbimrgieÉ

L« blessé avait ano lorte djrspniSe et uns toux fréquente. Il moamt d'hémorrhigie secondaEra au bout de 15 ]i>ur«. A Vaulopu'e on troura le projsctlls logé contre la volne pulmonaire gauche, qui avait été ou- VDrtQ (flg. 853, 8&4].

Fig. 8Si. — Li balle et un morceau de ploaib.

Le 0' Otis cherche à expliquer par cette observation la manière dont les balles et d'aulres corps étrangers peuvent pénétrer dans les cavités du cœur sans laisser Irace de leur passage dans les parois de l'organe, c'est-à-dire par l'absorption graduelle de la paroi de la veine pulmonaire comprimée par le corps étranger (I). Dans le cas ci-dessus le projectile avait probablement contusionné les tuniques de la veine pulmonaire, et préparé l'hémorrhagie secondaire qui se détacha.

PLAIES DE L'ARTÈKE MÉNinCÉE MOYENNE.

Ce vaisseau, par sa situation et l'étendue de son domaine, est très exposé aux plaies dans les (factures simples, comme dans les fractures compliquées du cr&ne, et dans les cas d'accidents ordinaires aussi bien que dans les plaieË de guerre. De plus, la situation de ce vaisseau et de ses branches dans des canaux osseux à la face interne du crAne fait que les extrémilés ouvertes restent béantes, ne pouvant se contracter ni se rétracter; il ne se produit donc pas d'hémostase spontanée. Quand le sang ne peut s'écouler au dehors, il se collecte entre la duremère et l'os et comprime le cerveau ; l'épanchement continue et la compression ne cesse d'augmenter Jusqu'à la mort. Aussi ces plaies sontelles toi^ours mortelles quand le sang ne peut s'épancher au dehors, soit par le fait de l'accident lui-même, soil par l'intervention du chirurgien. Celte absence d'hémostase spontanée explique aussi pourquoi l'écoulement du sang, quand il se fait au dehors, est si persistant et si décile à supprimer, que la ligature est nécessaire.

SymptAmes.

Les symplAmes de l'hémorrhagie de cette

[I)»id.,p. 613.

lir. - 19

JOHN A. LIDELL. -- PLAIES DES VAISSEAUX SANGUINS

petite artère sont ceux de la compression cérébrale. L'artère doit 6tre mise à découvert par le trépan sans délai. Si une application ne fait pas découvrir le vaisseau, il faut en faire une seconde sur le trajet normal du tronc artériel, soit à côté de la première, soit au niveau de l'angle antéro-inférieur du pariétal ; il faut continuer les recherches jusqu'à ce que le vaisseau soit trouvé. On enlève les caillots et on fait un pansement antiseptique.Si les symptômes de compression se développent très rapidement, la probabilité, en l'absence d'autre indication, est que l'artère est blessée près de son entrée dans le cr&ne, c'est-à-dire au voisinage de l'angle anléro-inférieur du pariétal; c'est là qu'il faut appliquer le trépan.

L'artère méningée moyenne est quelquefois déchirée dans les^cas de fissure légère de la table interne du crâne, la table externe restant intacte. En voici un exemple (1) :

Un garçon fort, bien musclé, reçut à la tempe droite une balle de cricket. Il su produisit des symptômes de compression cérébrale, et il mourut au bout de trois heures et demie. Autopsie: Pas do trace de contusion. En ouvrant le crâne on découvrit un petit épancbement sanguin au-dessous de Taponévrose temporale à droite. La table externe du cr&ne était intacte ; mais il y avait une légère fente qui s'étendait à travers la table interne. En ce point lartère méningée moyenne était comprise dans un canal osseux. Un fragment d'os était brisé et Tartère était complètement déchirée en ce point. Un caillot du volume de la moitié du poing se trouvait entre le crâne et la dure- mère, et la portion correspondante du cerveau présentait les signes de la contusion.

La trépanation, faite à temps, et suivie d'un pansement antiseptique, sauverait certainement un blessé de ce genre; ce cas confirme bien les vues présentées plus haut.

Les fractures compliquées du crâne, surtout quand elles sont produites par des armes à feu, donnent assez souvent lieu à des hémorrhagies secondaires provenant de la méningée moyenne, qui déterminent la mort, à moins d'être arrêtées à temps. Mais quel est le meilleur mode de traitement?

Dans deux cas de fracture du crâne par un éclat d*obus avec déchirure de la méningée moyenne on fit la ligature de l'artère carotide primitive.

Andrews, soldat, âgé de 19 ans, reçut un éclat d'obus dans la région temporale gauche, le 28 décembre 1862.

(1) Edinburgh med. Journ,, vol. 111, p. 191.

Il fut soigné dans une ambulance Jvsqa*an 17 Janvier 1 863 ; à cette époque il entra à ThôpiUl Lawsoa à Saini- Louis. Le 18, hémorrhagie de douxe once» provenant de la méningée moyenne; tous les autres moyens d*hémo8ta8e échouant, le ly Alexander lia U carotide primitive. L'hémorrhagie no se reproduisit pas. Le blessé quitta le service le 20 mai. En mars 1868, il reçut une pension, et le médecin qui rexamina dit dans son rapport qu*ll avait des étoordissameirts et de la faiblesse, une anesthésie partielle d« côlé gauche de la Tace, qu'il était obligé de garder b chambre pendant Thiver, parce que ton oreille gancbt et le côté gauche de sa face se seraient gelés. Il cooserva une assez bonne santé jusqu^an 4 Juin 1872, dix ans après Topération (1).

J. Dougherty, soldat, &gé de 28 ans, reçut on édit d'obus qui lui fractura le pariétal droit, le 18 nui 1864. Il fut transporté à Thôpital d* Alexandrie. On enleva un fragment osseux. U se produisit une héorar rhagie par Tartère miningée moyenne, qol forga It D' Bentley à lier la carotide primitive. « L^bémorrhasie ne se reproduisit pas ; mais le malade saccombt le treizième Jour, après une série de frissons et d*aatrei symptômes de pyémic (2). »

Quand on est sûr que l'hémorrhagie vient de la méningée moyenne, il faut lier la carotide externe, dont la méningée est une briDclie,ao lieu de lier la carotide primitive; la ligature de la carotide externe est bien moins susceptible de déterminer un ramollissement cérébnl et d'autres conséquences fâcheuses que la ligttnrt de la carotide interne^ et elle arrête tout toflfl bien l'hémorrhagie.

Dans les cas d'hémorrhagie secondaire, fl iaut également lier la méningée moyenne. Quand c'est impossible, on liera la carotide externe. 11 ne faut pas différer l'opération sotf prétexte que l'artère est petite et que ^hémo^ rhagie pourrait être arrêtée autrement. Sions'es tient à la compression et aux styptiques, ^hé^lO^ rhagie reparaîtra jusqu'à ce que le blessé soit épuisé au point que la ligature de la carotide externe sera impossible.

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