NÉVROSES DE LA PEAU
MAL PERFORANT DU PIED
L'individualité de cette singulière affection a été établie pour la première fois par Nélaton, eo i8o2, mais la véritable nature n'en a été reconnue qae depuis quelques années.
Ce n'est pas à proprement parler un ulcère ; e'est seulement une solution de continuité de la peau du pied, communiquant par un trajet fistuleux avec un mal situé plus profondément. Cette ouverture peut être entourée de granulations, elle peut être placée au centre d'un cor ou s'être produite sur des portions de peau à pmne enflammées; mais elle peut aussi être placée an centre d'une vaste ulcération des tissus cutanés. L'orifice est, le plus ordinairement, situé au niveau de l'articulation de l'os métatarâen avec la phalange du gros ou du petit orteil. Les deux pieds peuvent être atteints, et dans des cas très rares on a observé ce mal sur la main. Il n'y a, en général, qu'un léger écoulement sanieux et, si Ton y porte un stylet, l'instrument passant dans la fistule arrive directement sur l'os malade. La partie n'est pas douloureuse : il y a, au contraire, insensibilité
de l'ulcère et anesthésie, dans une étendue variable, de la peau qui l'avoisine. Les orteils, en particulier, sont insensibles. La température des parties est, en général, diminuée et leur surface est souvent couverte de transpiration ; en dehors de cela, la peau ne présente, au début de la maladie, aucun caractère anormal et les mouvements du membre n'éprouvent aucune gêne. Plus tard, car le mal fait des progrès fort lents, les tendons sont atteints par les altérations profondes et amènent la déviation des orteils. Les ongles sont jaunes et fissurés, se recourbent latéralement. Des amas épidermiques s'acumulent sous la plante et sur le dos du pied et le pigment cutané s'hypertrophie. Les poils de la région prennent part également à ce développement exagéré. Un examen du pied montre les graves altérations des organes profonds ; les trajets fistuleux allant de Tulcère superficiel aux portions d'os cariés, les synoviales
(1) Misset, Etude sur la pathologie des glande se' bacéesj 1872.
JAMES C. WHITE. -r MALÀOIES: CHIRURGICALES DE LA PEAU.
enflammées, les articulations ouvertes et les cartilages en voie de disparition.
La nature de cette maladie, qui s'attaque principalement aux hommes, mais qui parfois cependant atteint aussi les enfants, a été élucidée dans ces derniers temps d*une manière tout à fait satisfaisante par l'étude du tissu nerveux des parties affectées. Vendonèvre des nerfs qui se rendent au point occupé par le mal a été trouvé épaissi dans tous les cas étudiés, tandis que les fibres sensitives et trophiques manquaient ou se trouvaient en voie de dégénérescence. Les fibres motrices sont indemnes. Par suite de ces .altérations, la nutrition des parties n'est plus possible et les tissus auxquels ces nerfs conduisent sont eux-mêmes dégénérés. La maladie peut donc, par conséquent, commencer par les organes profonds tout aussi bien que par la superficie. En réalité, de pareilles ulcérations ont été observées à la suite de maladies du tissu nerveux, dans la lèpre anesthésique, Tataxie locomotrice, l'atrophie musculaire progressive et dans des cas de compression de troncs nerveux ou de la moelle épinière. La blessure des nerfs périphériques peut donc expliquer l'apparition du mal perforant à la suite des contusions du pied, comme cela a été fréquemment observé. 11 faut donc considérer cette maladie comme une affection primitive du tissu nerveux central ou périphérique et re-
garder toutes les auGres altérations comme se- \ condaires et subordonnées à un trouble de l'action nerveuse. Ainsi 8*expliquent les récidives fréquentes et persistantes des manifestetiens cutanées du mid, après que la dcatrisalion en a été obtenue par le repos prolongé, et sa reproduction après l'excision de tout ce qui peraissait atteint. Le pronostic est, par conséquent, douteux, car il n'y a aucune certitude de guérison permanente.
Traitement.
On peut souvent, au début de l'affection, obtenir la cicatrisation de l'ulcère, ou orifice tégumentaire, parle repos prolongé du membre dans la position horizontale ; mais c'est, dans la plupart des cas, pour le voir se reprodmre dèi que Ton reprend l'usage du membre. L'excision des parties molles, Famputation des ortdb, on même d'une plus grande portion du pied, oot été souvent suivies d'un pareil insuccès. Il est évident que, pour être radicale, une teUe opération devrait comprendre tout le tissa ner?ein malade, c'est-à-dire toutes les parties anesthé» siées. A titre de traitement palliatif, on a conseillé de porter une jambe artificielle, fixée an genou maintenu dans la flexion, de manière à préserver le pied de toute espèce de pression ou de choc.