‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 3 sur 452 · DIFFORMITÉS DE-" LA PEAU · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS DE-" LA PEAU

MOLLUSCUM CONTAGIOSUM (Syn. : Molluscum sebaceum ; Epithelioma molluscum (Virchow) ;

Condyloma subcutaneum).

Sous ces dénominations, divers auteurs ont décrit de petites tumeurs de la peau dont l'identité et la véritable nature ont fait le sujet de longues controverses. Ce sont des proéminences se mi- globuleuses, coniques ou aplaties, de la

(1) Traduit par M. le D' Eugène Rochefort, médecin de la Marine.

(3) Hardy, Souveau dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, article Peau (pathologie générale). Paris, 1878, U XXVI, p. 394.

même couleur que la peau, d'aspect quelquefois luisant ou transparent, d-autres fois verruqueux. Leur volume varie de celui d'une tête d'épingle à celui d'un gros pois. Elles présen tent, en général, une très petite ouverture à leur sommet ou, si elles sont volumineusesune dépression ombiliquée qui leur donne .une certaine ressemblance avec l'éruption de la varicelle.

Leur siège le plus ordinaire est la face, le cou

JABIES C. WHITE. — MALADIES CHIRURGICALES DE LA PEAU

ou les parties génitales, mais elles peuvent se montrer sur presque toutes les parties du corps, en nombres qui varient de une ou plusieurs à une centaine ou même davantage. Leur développement est, en général, très lent et leur marche chronique ; elles peuvent parfois disparaître spontanément. Leur présence ne s'accompagne d'aucun trouble dans Tétat de la sensibilité des parties, à moins qu'elles ne deviennent accidentellement le siège d'une inflammation qui peut aller jusqu'à les détruire.

On les observe plus fréquemment chez les enfants que chez les adultes.

Si l'on comprime fortement, entre les ongles des pouces opposés, Tune de celles qui présentent une ouverture visible, le contenu peut être expulsé sous la forme d'une substance fluide, crémeuse, constituée par des cellules épithéliales, des globules de graisse, des cristaux et certains corps un peu plus volumineux, brillants , ovoïdes, irréguliers, dont quelques-uns sont revêtus d'une mince enveloppe épidermique. Ces corps singuliers ont été appelés corpuscules du molltiscum et considérés comme des cellules épithéliales dont le protoplusma se trouve à l'état de dégénérescence amyloïde ; ils ne sont pas cependant spéciaux à ces sortes de productions. Si l'on examine une coupe de ces tumeurs^ on constate leur structure multiloculaire, pareille à celle des glandes sébacées, et l'on reconnaît l'existence d'une cavité centrale . Les cellules périphériques ressemblent à celles du réseau de Malpighi et sont disposées comme elles en couches superposées. C'est pour ce motif que divers auteurs considèrent ces productions comme appartenant au réseau, et non au système sébacé, au nombre des affections duquel elles sont ordinairement classées. C'est dans leur partie centrale que l'on rencontre les grosses cellules spéciales mentionnées plus haut. Au point de vue clinique, Kaposi les partage en deux groupes : la forme enkystée (Molluscum atheromatosum) et la variété verruqueuse (Molluscum verrucosum).

Quant au caractère contagieux, impliqué dans la désignation spécifique imposée à cette

affection par Bateman, les observateurs diffèrent encore et la question peut toujours être regardée comme ouverte. Ceux qui soutiennent la théorie de la contagion citent des faits nombreux, ao sujet desquels il n'existe aucun doute : les cas fréquents où la maladie s'observe en même temps sur la face d'un enfant et sur le seio de sa nourrice ; ceux où l'affection atteint successivement plusieurs membres de la même famille, , ceux encore où l'admission d'un enfant aina * affecté dans un hôpital ou dans un asUe a été suivie de l'apparition de ces productions sur ses plus proches voisins, etc. D'un autre côté, il n'existe pas d'expériences complètement satisfaisantes d'inoculation heureuse, mais les résultats négatifs de ce genre sont de pea d'importance positive, parce que les conditions nécessaires pour le succès de la transmission de la matière probablement inoculable peuvent très bien n'avoir pas été remplies. Pendant bien des années, les expériences n'ont pu parvenir à établir la teigne faveuse sur la peau d'un deuxième hôte, bien que le caractère contagieux de la maladie soit bien prouvé et que la matière employée contint le parasite.

Traitement,

Le traitement de ces productions consiste dans l'évacuation de leur contenu, lorsqu'elles présentent un orifice, en les comprimant entre les ongles des pouces; on arrête ensuite, par la compression, l'hémorrhagie assez abondante qd suit cette expulsion. Quand elles affectent la forme de kystes fermés on peut les vider avec la curette, ou les enlever au moyen du bistouri ou des ciseaux courbes. Lorsqu'elles sont en très grand nombre et réunies en groupes serrés, on peut amener l'exfoliation du tégument qui les recouvre en y plaçant des compresses sur lesquelles on étend une épaisse couche de savon verL L'application du crayon de nitrate d'argent ou de potasse caustique à l'intérieur des k][sles, après l'expulsion du contenu par expression, a été conseillée, mais elle est rarement nécessaire.

FIBROME (Syn. : Molluscum fibrosum; Molluscum simpkx; Molluscum non contagiofum).

Cette forme de Molluscum diffère du MolluS' cum contagiosum en ce qu elle ne présente ni orifice, ni contenu qu'on puisse en expulseti puisqu'elle est constituée par du tissn c(MiJon<0<^ '

nouvelle formation. Ce genre de tumeur peut s^

présenter à l'état isolé, mais souvent aussi o0

en feneontre un nombre considérable. Leu^

anuMi virie de cèliii d'one tète d'épingle à celui

FIBROHB. — TRAITEMENT.

d'une aveline, d'un oeurde poule ou mâme du poing. La forme peut en être aplatie, semi-globnleuse, saillaDle à base élargie, pour devenir niBuite pédiculée. Le tégument qui les recou- TK ne présente, en général, aucun changement lins son aspect, il peut être cependant légèrement bjpérémié et, dans quelques cas rares, on l'a TU s'ulcérer quand la tumeur était grosse et que, par sa situation, elle lui faisait subir une certaine compression. Les follicules de la surface sont quelquefois dilatés et remplis de matière sébacée durcie. La tumeur est de cnnsistince asseï molle et élastique à la pression, ou d'une dureté variable suivant les pointa louchéH, quand elle est volumineuse. Le siège favori de ces tumeurs est le tronc et la partie supérieure iu corps, mais elles peuvent se présenter sur tons les points de la surface cutanée, j compris le cuir chevelu, et couvrir même le tégument

tout entier. Elles se développent jusque dans la cavité buccale. Dans la majorité des cas, elles commencent de très bonne heure, dès l'enfance même, mais elles atteignent rarement un volume considérable avant l'Age adulte. Quand elles sont petites, elles sont susceptibles de régression spontanée et laissent alors à la place qu'elles occupaient un repli sacciforrae ou une saillie de la peau ; mais elles persistent ordinairement toute la vie et coulinuent k croître indéOniment, ou bien elles finissent par cesser d'augmenter. Elles ne donnent lieu à aucun sympiAme objectif et ne constituent rien de plus qu'une difformité incommode.

Dans ses premières périodes, le néoplasme est constitué par des cellules de tissu conjonctif de nouvelle formation qui semblent avoir pour origine les couches profondes du chorion ou les mailles qui enserrent les cellules adipeuses ; elles

ng. 7U, — Fibrome molluscum. TImd i l'eut parfait (d'aprËa Virchow).

ont d'abord'une consistance gélatineuse, mais ellesdeviennenldeplusen plus consistantes jusqu'à ce que, dans les tumeurs anciennes, elles, se trouvent transformées en fuisceaux fibreun trèsrésistatils (fig. 784 et 78»). Ces tumeurs n'ont pière de vaisseaux, si ce n'est à leur base. Au point de vue analomique elles sont, par conséquent, très voisines de l'Ëléphantiasis des Arabes. Ces fibromes, si nombreux qu'ils soient, n'ont aucune inlluence sur l'ËIat générât et ne subissent point de dégénérescence maligne. Elles peuvent même se développer en très grand nombre chez des persoimes dont l'état de santé ne laisse pur ailleurs absolument rien à

Trftttemeat,

On ne peut rien pour arrêter le développement,

' Flg. T8S — Fibrome niolluscuia Etat de matante incomplèie, ToroiatlDD detacunei dans tes Ilots piraDchymateui. — a, vaiueaa : grou. 300.

ni pour amener la résorption du molluscum Rbreux, parles moyens externes pas plus que pur les traitements généraux. Il ne saurait être question d'autre chose que de faire disparaître ces tumeurs par des moyens chirurgicaux, et cela n'est vraiment indiqué que pour les lumeura qui constituent une difformité, pour celles, par eiemple, qui siègent à la tète ou pour celles dont le volume ou la situation sont pour le malade une cause d'incommodité. Quand elles sont petites, serrées les unes contre les autres, réunies en groupes sur les mêmes points, on peut les enlever avec la curette ; mais quand elles sont un peu volumineuses et que leur base est large, il faut les exciser; on peut également, si elles sont suspendues par un pédicule, les enlever au moyen du galvano-cautére ou de la ligature. Ces opérations n'ont aucune suite grave.

JAMES G. >VHITE. — MALADIES CHIRURGICALES DE LA PEAU

KERATOSIS SENILIS (Syn. : Keratosis pigmentosa, Neumann; Verruca senilis, Hebra et KaposiJ.

Sous cette cténomination de Ket^atosis, Lebert (i) a décrit l'hypertrophie des organes épithéliaux et papillaires du tégument et la môme dénomination générique a été employée, dans un sens plus limitéyparFAssociation dermatologique américaine, pour désigner, sous le nom de Ke ratoxis pilaris, les amas de cellules épidermiques qui s'accumulent à l'orifice des follicules pileuxi (lésion appelée d'ordinaire Lichen pilaris)^ ai ns que raffection qui va être étudiée. Neumann la décrit sous le nom de Keratosis pigmentosa, mais c'est une appellation peu appropriée puisque l'augmentation du pigment, bien que fort caractéristique, n'existe pas toujours. Le nom de Verruca n'est pas non plus exact, car l'hypertrophie papillaire, élément essentiel de toute production verruqueuse, manque principalement dans cette affection .

Sjrmptômes .

Elle se montre d'abord sous la forme d'amas de squames dépassant légèrement le niveau général, d'une coloration quelque peu plus sombre que la peau environnante, d'un contour irrégulièrement circulaire ou ovalaire, ress emblant, en fait, quand on ne les examine pas de près,àdes éphélides d'une taille etd'une couleur peu ordinaires. La surface de ces taches est quelquefois lisse et brillante, d'autres fois sèche et couverte de très petites squames légèrement adhérentes. Elles ne causent aucune sensation et tout d'abord n'attirent guère l'attention, bien que placées, en général, en très grande abondance, sur les régions du corps les plus en vue, notamment sur la partie supérieure du visage et la face dorsale des mains. Elles peuvent également se montrer sur de plus vastes surfaces, principalement sur la poitrine et les avant-bras. Elles deviennent peu à peu plus apparentes, par suite de leur accroissement en hauteur et de l'intensité plus grande de leur coloration ; mais leur développement est fort lent et des années peuvent s'écouler avant qu'elles atteignent des dimensions suffisantes pour devenir gênantes. A l'état le plus avancé, elles possèdent une hauteur de 0'",003 au-dessus du niveau gêné-

(1) Lebert, Traité d'anatomie pathologique. Paris. 1857, tome I, p. 130. — Uber Ke)'ato<e, Breslau, 1864.

rai et sont constituées par des squames sèches, cornées, dont la coloration varie du jaooe le plus pâle au noir le plus foncé et que Ton peut enlever, en les soulevant avec quelque force, au moyen de l'ongle ou d'un instrument moime; on trouve au-dessous d'elles une excoriatioi superficielle, lisse ou couverte de très petîtei élevures coniques, qui ne sont autre chose qne les glandes sébacées hypertrophiées.

Étudiés au microscope, les tissus environnants et sous-jacents présentent, d'après Neamann, les traits ordinaires deratrophieiénile; et l'on constate, en outre, une accumiiktion de pigment, sous forme granuleuse, aux «kntours des vaisseaux. Les glandes sébacées sont souvent dilatées, leurs orifices bouchés ou obstrués, en sorte qu'elles proéminent à la 8Q^ face de la peau, sous forme d'élevures verraqueuses, lorsque l'on a enlevé les squames épidermiques qui les recouvrent. Ces sailliei diffèrent, cependant, des véritables verrues en ce que les papilles ont conservé leur état oo^ mal, la masse des excroissances étant formée de cellules d'épithélium corné plus ou moim pigmentées. A leur plus haut degré de dévdoppement, elles peuvent mesurer de 8 à \î millimètres de diamètre, elles présentent en géoénl un sommet aplati. Elles peuvent rester isolées ou se montrer en grand nombre, même sur le visage et sur les mains, elles donnent alois à ces parties un aspect singulier qui, joint aux autres caractères de la peau à l'âge où dles atteignent leur complet développement, rappelle les altérations qui se produisent sur l'écorce des vieux arbres. Elles apparaissent avant l'âge de cinquante ans et n'attirent guère Fattention avant celui de soixante-cinq ou soixaote-dii. Elles ont beaucoup moins de tendance à se développer chez les personnes qui ont maintenu en bon état les fonctions de leurs ^andes sébacées et de leur épiderme pendant tout le cours ^ de leur vie, en faisant un usage convenable du savon, que chez celles qui ont négligé cette précaution. Lorsqu'elles sont très saillantes, elles sont faciles à emporter, de sorte que les mains, en particulier, présentent souvent des surfaces excoriées et saignantes quand les productions de ce genre y sont en grand nombre. Les squames qui se reproduisent alors sontpbtf ou moins colorées par le mélange du pigmeflt sanguin.

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