‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 305 sur 452 · SYPHILIS · texte numérisé non relu

SYPHILIS

Un certain nombre d'auteurs, sortout parmi les chirurgiens militaires, considèrent l'atherome et Tanévrysme comme étant essentîeOement d'origine syphilitique, et cette opinion a été fortement appuyée par le D. Aitken .1). « Je crois, dit cet auteur, que, dans une proportion considérable des faits, l'inflammation des gros Taisseaux aboutissant à l'atherome est d'origine syphilitique. » Il est certain que certains relevés de chirurgie militaire semblent au premier atwrd confirmer ces vues. Ainsi M. Welch (i) rapporte que sur trente-quatre cas d'anémsme observés dans l'armée, dix-sept se sont présentés chez des soldats syphilitiques ; mais ces ch'ifTres ne prouTcnt rien, tant que l'on ne sait pas quelle proportion de sujets également infectés existait dans les régiments d'où venaient ces hommes: M. Lawson (3), dans ses statistiques, montre que Tané^TTsme est plus fréquent dans l'armée que dans la population civile; mus id encore les autres conditions de la vie militaire ne sont pas connues ou n'ont pas été notées. M. Myers(4), qui a étudié avec beaucoup de .sagacité les chiffres apportés dans le débat, en a tiré les conclusions suivantes : La syphilis est d'une fréquence à peu près égale dans l'armée de terre et dans celle de mer, mais pour Fanévrysme, les statistiques de quatre années s'établissent ainsi :

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Les sujets dos deux catégories subissent le:> mêmes influences de climat et sont soumis à des exercices musculaires très fatigants. Mais les marins portent une vareuse lâche, sans rien qui leur serre le cou ; tandis que les sol- . dats ont une tunique étroitement ajustée, avec un col serré, qui gène la circulation dans les artères axillaires et carotides. Les soldats sont

' surtout sujets à Tanévrysme aortique.

(I) Aitken, Science and Practice of Medicinty vol. II, p. C30.

(î) Welcli, A/e</. Chir, Tmns., vol. LÏX, p. 59.

(3) Lawson, Transactions of Anmj Médical Dv/ a/ 1nunt, 1800.

I (4) My»'rs, PutKuîofjical Transaction^, \ol. X\

DES ANÉVRYSMES EN GÉNÉRAL. — CAUSES

En outre, il faut observer que nous rencontrons fréquemment, à r amphithéâtre, des cadavres d'enfants ou de jeunes sujets arrivés à une période avancée de la syphilis et dont les viscères sont plus ou moins farcis de gommes, mais l'athérome est tout aussi rare chez eux que chez les individus non infectés ; son apparition n'a pas lieu à un âge moins avancé dans une série que dans l'autre. On connaît quatre faits d'anévrysme chez des sujets très jeunes (1)^ mais aucun de ces sujets n'est indiqué comme étant en puissance de syphilis. Dans la pratique ordinaire des hôpitaux et de la ville, on voit que, si l'anévrysme est incontestablement moins commun chez les femmes que chez les hommes, la syphilis affecte à peu près également les deux sexes; je n'ai pas vu que les prostituées fussent particulièrement sujettes à l'athérome ou à l'anévrysme — elles ne le sont certainement pas plus qu'on ne pouvait s'y attendre, étant donné que les personnes de cette classe sont d'ordinaire adonnées à l'ivrognerie et exposées aux mauvais traitements, coups, violences, etc.

En examinant les Bulletins, de la Société pathologique de Londres, nous trouvons, pour la période décennale comprise de 1871 à 1880, 68 observations d'anévrysme. Sur ce nombre :

23 fois, il n'est pas fait mention de syphilis ;

25 fois, le malade n'avait aucun antécédent syphilitique ;

8 fois, l'infection syphilitique est notée ;

Un malade est indique comme ayant eu un chancre mou ;

Une fois, les antécédents étaient douteux.

Dans les faits de la première catégorie, tous les antécédents morbides étant notés, l'absence d'indications relatives à la syphilis est significative. 6 fois, le malade est donné comme jouissant d'une santé parfaite ; 3 fois, il s'agissait de buveurs ; 4 fois, l'anévrysme est attribué à un effort.

Dans les observations de la seconde catégorie, l'ivrognerie est notée 4 fois ; le rhumatisme aigu 3 fois (un des malades a eu trois attaques) ; un coup ou un effort 5 fois. Chez le malade qui est porté comme ayant eu un chancre mou, on ne trouve aucune trace d'accidents secondaires ni pendant la vie, ni après la mort. Le sujet dont les antécédents étaient douteux,

(1) HatchinsoD, Palhological Society Trans., 1854 ; — Armittge, ibid,, 1858; — Syme, Edinbwgh Monthly viedical journal^ 1844 ; — Smith, Briiish Médical Journal, vol. I, 1867.

au point de vue de l'infection syphilitique, était un ivrogne confirmé. Sur les 8 malades chez lesquels est notée l'existence d'une infection syphilitique, un avait eu son chancre lorsqu'il était tout jeune, et mourut à vingt-neuf ans, sans qu'il soit fait mention d'accidents secondaires : c'était un ivrogne, atteint de cirrhose du foie ; un avait eu le chancre seize ans avant, et ne présentait pas d'accidents secondaires; un présentait des cicatrices de bubons, sans accidents secondaires ; un autre offrait à la fois des accidents secondaires et tertiaires ; chez un malade du D' Mohammed, on rencontra à l'autopsie des lésions secondaires.

Je sais bien qu'il ne faut d'ordinaire accorder qu'une faible importance aux signes négatifs; mais on ne peut guère supposer que, 59 fois sur 68 faits, on méconnaisse des lésions syphilitiques d'organes internes. Ce témoignage négatif prouve, à tout prendre, l'absence de signes positif^, n n'entre pas cependant dans mes intentions de nier l'existence d'une dégénérescence artérielle syphilitique, — il est pour moi tout à fait certain que cette dégénérescence est bien réelle. Le D' Wilks (1) a été, je crois, le premier à la signaler, mais il a donné en môme temps une preuve nouvelle de sa grande valeur comme anatomo-pathologiste, en déclarant que « s'il est vrai que les vaisseaux sont exposés à subir l'infection syphilitique, les altérations ne doivent probablement pas présenter alors le caractère atbéromateux : il doit s'agir plutôt d'une dégénérescence fibreuse caractérisée par l'épaississement des tuniques du vaisseau et la diminution proportionnelle de son calibre. » Le D' Clifford Albutt (2) insiste sur ce fait, que l'épaississement syphilitique des artères suit une marche beaucoup plus rapide que l'athérome, et le D' Moxon (3) note également de nombreux points de différence. Je dois aussi faire remarquer que, si l'athérome a son siège favori sur l'aorte et les gros vaisseaux, la dégénérescence syphilitique artérielle affecte de préférence les petites branches, surtout celles qui ne sont pas plus volumineuses que la temporale dans la fosse de ce nom et la cubitale à la paume de la main, rarement des vaisseaux ayant le volume de la radiale au poignet ; qu'elle a une prédilection marquée pour les branches de la carotide interne; qu'à

(1) Wilks, Guy's Hospital Reports, 1803, p. 45. (î) Clifford Albutt, Saint-George' s Hospital Reports^ vol. III, p. 55.

(3) Moxon, Op. cit.

RICHARD RARWELL. — ANÉVRYSME.

rencontre de Tathérome, elle n'augmente pas, au début, la lumière du yaisseau et qu*à aucun moment elle ne produit cet allongement qui rend Tartère flexueuse ; ses premières atteintes se font plus près de Tendothélium, et même à la partie profonde de cette couche. Le but vers lequel elle marche est l'oblitération du vaisseau par empiétement sur sa lumière. Quant à ses caractères microscopiques, je signalerai surtout la présence de cellules géantes, avec une grande quantité de cellules rondes, et la striation, la fibrillation consécutive des productions syphilitiques (1). La syphilis des vaisseaux est, sous presque tous les rapports, tant à Texamen microscopique qu*à Texamen macroscopique ou clinique, différente de l'alhérome.

Je crois donc, comme conclusion, qu'il n'existe ni preuve clinique, ni preuve anatomique^ établissant que les vaisseaux systémiques, assez volumineux pour permettre la formation d'un anévrysme important, soient jamais le siège de lésions syphilitiques. Pour réfuter l'hypothèse, assez généralement acceptée, que l'anévrysme est d'origine syphilitique, il nous faudrait un très grand nombre de faits négatifs, & chacun desquels on pourrait répondre que l'examen cadavérique n'a pas été fait avec assez de soin ou d'habileté. Mais c'est à celui qui avance une assertion qu'incombe le soin d'en faire la preuve ou tout au moins de l'appuyer sur un ensemble suffisant de faits bien observés, qui manque aujourd'hui d'une façon absolue (2).

UUUMATISMK.

Il occupe dans l'étiologie de l'anévrysme une place fort différente de celle de la syphilis. On sait fort bien que le rhumatisme s'accompagne souvent de rinHammalion de certaines parties du système circulatoire, et bon nombre des sujets atteints d'anévrysme ont eu des crises de rhumatisme aigu ou subaigu. Il paraît naturel qu'une affection qui produit l'endocardite puisse aussi causer rendartéiite.

(1) Heuencr, Die iuetische Erkvankung der Hirtiarterien^ 1874, s. 127. — Voir aussi Lancereaux, Traité historique et pratijiie de la syphilis. Paris, 1877; — Jullion, Traité drs maladies vénériennes^ V édition, Paris, 1884 ; — Langham, Virchow's Archiv, Bd XXXVI , 8. 187.

(2) Beaucoup d'anatorao-palhologistes concluent do Tcxistence de raihorome à celle de la syphilis, et souticunent ensuite que l'athéromo est syphilitique.

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