COMPRESSION CENTRALE
La compression centrale peut être mise en usage dans Tanévrysme abdominal, pourvu que le sac soit placé assez bas pour permettre Tap* plication de la pelote du tourniquet entre lui et le diaphragme ; en d'autres termes, si le sac est situé au niveau ou au-dessous de la mésentérique inférieure et s'il ne bat pas beaucoup au-dessus de Tombilic. Ainsi les anévrysmes de l'iliaque commune, ou de la partie supérieure des artères iliaques externes, peuvent être traités de celte façon, aussi bien que ceux de l'aorte un peu au-dessus de sa bifurcation ; mais les cinq sixièmes des anévrysmes de l'aorte abdominale siègent sur la' portion qui donne naissance au tronc cœliaque et à la mésentérique supérieure, c'est-à-dire trop haut pour que l'on puisse employer la compression centrale (1).
C'est au D' Murray, de Newcastle (2), que revient l'honneur non seulement d'avoir essayé le premier cette méthode, mais d'en avoir obtenu le premier succès. Le D*" Moxon et M. Durham ont ensuite guéri un anévrysme abdominal, probablement de l'artère mésentérique, à l'aide de la compression centrale continuée sans interruption pendant dix heures et demie (3).
L'instrument dont on se sert est ou bien le tourniquet abdominal du D^ Pancoast (fig. 438, t. Il, p. 32)), ou bien le compresseur de M. Lister (fig. 439, t. H, p. 326). Il faut préparer le malade en vidant complètement l'intestin à l'aide d'un purgatif et d'un lavemenL Le point qui paraît convenir le mieux à l'application de l'instrument est situé à égale distance de l'ombilic et du cartilage xyphoïde, ou môme un peu plus haut, sans être cependant assez élevé pour qu'on coure le risque d'atteindre le pancréas et le duodénum dans la partie qui croise l'aorte. Le paquet intestinal doit être soigneusement refoulé avec la main aussi loin que possible ; puis, il faut avec les doigts déprimer la paroi abdominale vers le rachis et serrer sur eux la pelote du tourniquet. Les doigts retirés, on achève très lentement de serrer le
(1) Voir Sibson's Médical Anatomy^ p. 58. ("2) Murray, Medko-Chirurgical Transactions, vol. XLVII, p. 187.
(3) Moxon et Durham, t6ic/., vol. LV, p. 21.
tourniquet, de façon à donner aux viscères tout le temps de fuir de l'un ou de l'autre côté (i). n ne faut pas que la compression soit plus forte qa'fl n'est besoin pour arrêter les battements de l'anévrysme, et il est quelquefois plus prudent de laisser passer un peu de sang que d'em^yer une très grande force. On peut à cet ég^ se guider sur l'artère fémorale, dont les battements disparaissent souvent avant ceux de l'tnévrysme. La circulation étant supprimée dans les membres inférieurs, on doit les en^dopper entièrement et avoir recours à la chaleur artir ficielle. Le degré de compression nécessaire pour obtenir un résultat favorable ne saurait être supporté par un malade dont la sensibilité serait intacte; il faut donc administrer un anesthésique : comme il est indispensable d'éviter tout vomissement violent, on doit choisir, parmi les agents anesthésiques, ceux qui sont le moins propres à déterminer cet accident; d'autre part, comme l'anesthésie, sans avoir besoin d'être complète, doit être prolongée, il est, en général, utile de varier les anesthésiques employés, pour ne point déprimer ni exciter trop violemment l'action du cœur. Il faut aussi ne pas oublier qu'en appliquant les muscles abdominaux contre le rachis, ou gêne énormément les mouvements du diaphragme.
L'action du cœur peut être contrariée non seulement par ce fait, mais aussi parce qu'une grande partie du sang qui doit pcisser par l'aorte abdominale, pour arriver aux membres inférieurs, est retenue dans l'aorte supérieure et dans ses branches ; il existe dans la partie supérieure du tronc une pléthore locale, mais les craintes exprimées, il y a quelques années, au sujet d'une influence fâcheuse exercée sur le cerveau par ce mode de traitement, paraissent chimériques.
Un danger fort pressant, dont la réalité a été démontrée par plus d'une mort, est celui qui résulte de la contusion du péritoine et de certains viscères. Le pancréas et le duodénum ont été presque réduits en bouillie par une application imprudente du tourniquet sur un point trop élevé. D'autres portions de l'intestin ont aussi été lésées d'une façon grave. Au-dessous du duodénum , il n'existe en avant de l'aorte aucun organe à situation fixe ; aussi en cet endroit, à condition de refouler l'intestin avec les doigts et aussi de serrer très lentement
(1) Môme alors que la compression est pratiquée tout à fait bas, une anse d'intestin peut être prisCi comme dans le fait de Bryant {Med.-Chir, Trans-t vol. LV, p. 225).
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