‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 405 sur 452 · IV. — TUMEURS DES NERFS · texte numérisé non relu

IV. — TUMEURS DES NERFS

Odier de Genève en 1803 désigna sous le nom de névrômes toutes les tumeurs développées sur le trajet des nerfs, quelle que fût leur structure. En 1822, Aronsohn après Camper et Alexander a essayé de les diviser en deux grandes clas ses, selon que la tumeur provenait de la moelle des nerfs ou de l'interstice des nerfs et de leur névrilème; mais sa tentative resta sans effet, d*autant plus qu'en 1823 parut le travail de Descot qui considérait tous les névrômes comme étant de nature cancéreuse, opinion qui fut adoptée par un grand nombre de chirurgiens.

En i8d3, Houel, à propos d'une observation de névrômes multiples, admet deux variétés principales de névrômes ; des tumeurs fibreuses et des tu meurs fibro -plastiques; mais Lebert, dans le rapport qu'il fit sur le travail de Houel, c onsidéra les névrômes comme étant tous formés par des tumeurs fibreuses.

En Allemagne, Fuhrer, Virchow trouvèrent que certains névrômes renfermaient des fibres nerveuses, et en 1865 Fôrster établit deux variétés de tumeur à tissu nerveux : les unes formées par une substance analogue à la substance grise du cerveau (névrômes médullaires), les autres constituées par des fibres nerveuses (névrômes fascicules). Cette opinion fut soutenue par Virchow (i).

Aujourd'hui, malgré les progrès de l'anatomie pathologique, il n'est pas encore possible de donner une classification exacte des tumeurs dont les nerfs peuvent être le siège ; cependant on peut essayer d'établir une sorte de cadre, servant à classer les faits publiés, mais il ne faut

(I) Virchow, Traité des tumeurs.

pas oublier qu'un certain nombre de ceux-ci sont encore l'objet de discussions, de sorte que leur dénomination actuelle n'est pas définitive. 11 faut attribuer le peu de précision que présente la science sur cette question, à la difficulté du diagnostic anatomique, non seulement au lit du malade, mais même à l'examen direct à l'œil nu et au microscope.

Nous diviserons les tumeurs des nerfs en trois grandes variétés ; i^ celles qui sont formées par du tissu nerveux; 2^ celles qui sont formées aux dépens du tissu conjonctif des nerfs ; 3<> la troisième variété comprendra les dégénérescences cancéreuses des nerfs.

D'accord avec les principes de la classification des tumeurs en pathologie générale, nous réserverons le nom de névrômes aux tumeurs qui sont constituées par du tissu nerveux de nouvelle formation ; les autres tumeurs des nerfs seront désignées, comme cela se fait pour les tumeurs des autres organes ou tissus, par le nom du tissu prédominant dans la tumeur. Nous rappellerons à ce sujet, avec Cornil et Ranvier, « que pour qu'une tumeur mérite le nom de névrome^ il ne suffit pas qu'elle contienne des tubes nerveux, il faut encore que le nombre de ces derniers laisse supposer qu'il s'agit d'une néoformation d'éléments nerveux. »

Quant au tubercule sous-cutané douloureux^ nous le décrirons à part. Si quelquefois on l'a trouvé constitué par des tubes nerveux (L. Labbé, Legros), le plus souvent il était exclusivement fibreux ; en outre il ne siège pas sur le trajet d'un tronc nerveux ou d'une branche importante, et constitue en réalité une variété clinique

NICAISE. — MALADIES CHIRURGICALES DES NERFS

bien distincle, ainsi que nousleverronsplus loin. L*anatomie seule comporte une étude séparée pour chacune des tumeurs des nerfs ; pour les autres parties de leur histoire nous ferons une étude d'ensemble, indiquant seulement à l'occasion les particularités de chaque variété ; dans cette seconde partie, le terme névrome sera souvent employé comme synonyme de tumeur des nerfs.

Anatomie des tninenrs des nerfs.

Les tumeurs des nerfs, avons-nous dit, se divisent en trois grandes variétés :

\ ® Tumeurs formées par du tissu nerveux (névromes);

2" Tumeurs formées aux dépens du tissu conjonctif (fibromes, sarcomes, myxomes, kystes);

3® Dégénérescences cancéreuse et épithéliale.

I, — NÉVROMES

Les tumeurs constituées par du tissu nerveux de nouvelle formation sont divisées par les auteurs allemands en deux variétés :

1» Les navrâmes médullaires ou cellulaires^ constitués par des cellules ganglionnaires,

2" Et les néiromcs fascicules ou fibrillaires, formés de tubes nerveux.

1° Nri'romes reUidaires. — Ils se rencontrent dans les centres nerveux, dans rencéphaloccle parfois. Dans un cas on a trouvé une tumeur de ce genre dans un ganglion nerveux. D'après Virchow, il peut y avoir formation de substance nerveuse dans renc^halocole, dans les tumeurs congénitales du sacrum et du coccyx ; quant à la formation de ganglions nouveaux sur le trajet des nerfs, elle est loin d'être établie. Peut-ôlre pourrait-on adinoltre une hyperplasie de ganglions préexistants, îion décrits.

En eiïet, l'existence de ces névromes sur les nerfs p('riphcri(|ues n'est pas démontrée, et il y a longtemps que l'on a abandonné l'opinion de Serres qui considérait les tumeurs multiples des nerfs comme dos ganglions de nouvelle formation, décrivant l'an'ection sous le nom de névroplasie.

Nous dirons cependant que Fôrster admettait leur existence, et que Ch. Robin a trouvé dans un cas d'altération du plexus solaire une néoformation de cellules nerveuses.

2° Névromes fibrillaires. — Ils sont constitués par des fibres nerveuses de nouvelle formation et se divisent en deux espèces, que l'on pourrait considérer comme les deux stades d'une môme

affection, les névromes myéliniques formés par des fibres à myéline, et les névromes amyéliniques formés par des fibres sans myéline.

L'existence de ces derniers névromes est contestée par plusieurs auteurs, à cause de la difficulté de distinguer les fibres de Rcmak. Billroth dit que Ton a décrit sous ce nom des fibromes. Ils constitueraient certaines variétés de tumeurs multiples des nerfs. On doit donc être encore réservé au sujet de l'existence des névromes amyéliniques (Cornil et Ranvier).

Les névromes fibrillaires myéliniques ont pour type les névromes des moignons d'amputation ; en dehors de ces cas ils sont rares, ce qui n'est pas l'opinion de Fôrster et Virchow qui rangent dans cette variété la plupart des fibromesdes nerfs, dont les névromes myéliniques présentent l'aspect lorsqu'on examine leur coupe à l'œil nu. Ces tumeurs sont encore désignées sous le nom de névromes traumatiques, car on les obserrc non seulement sur les moignons d'amputation, mais après les plaies des nerfs, et même, d'après Tripier, à la suite des lésions sous-cutanées (Weissmann, Dehler) ; elles constitueraient aussi certains tubercules sous-cutanés douloureux (L. Labbé, Legros), et encore des névromes plexiformes (Verneuil).

Le type de ces tumeurs est le névrome d^amputation. Il siège sur l'extrémité des nerfs sectionnés, h. une distance plus ou moins grande de la cicatrice, selon que le nerf est remonté ou a été coupé plus ou moins haut. Sa forme est ovoïde, souvent aplatie, il se continue avec la cicatrice, directement ou par des radicules. Ce? névromes ont été décrits avec soin par un de mes élèves (Pihet) (I).

Leur volume varie de celui d'un gros puis à celui d'un œuf de poule (Hutin); ils sont grisâtres, plus ou moins vasculaires» fermes, élastiques et présentent à la coupe les caractères des fibromes compacts. Au microscope, on voit qu'ils sont constitués par des faisceaux nerveux entre-croisés, enroulés, renfermant des tubes nerveux à myéline. Entre eux on trouve une quantité variable de tissu conjonctif. Tantôt c'est le tissu nerveux qui prédomine, tantôt c'est le tissu conjonctif. Fôrster semble croire que ces tubes nerveux ne se continuent pas avec ceux du nerf et constituent un sxstème de fibres à part; ils naîtraient du tissu conjonctif. Cornil et Ranvier pensent que les tubes enroulés naissent des anciens tubes et se continuent avec eux.

(1) Piliet, Anatomie pathologique des movjnons anciens, thèse 1872.

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