HYPERTROPHIE DE L'ONGLE
La véritable hypertrophie de l'ongle ne peut provenir que de l'hypertrophie des papilles ou d'ane hypertrophie due à la matrice, qui se réfèle par un excès de formation cellulaire à la face profonde. 11 en résulte un épaissi ssement de l'organe limité à la base, si la matrice est seule malade, mais qui s'étend aux bords latéraux et ao bord antérieur, lorsque les parties correspondantes de la couche sous-unguéale se trouvent également affectées. De cette façon l'ongle peut devenir plus épais dans toute son étendue et revêtir un grand nombre de formes étranges, se soulever en corne conique, faire saillie à partir de son bord libre fortement épaissi, diversement tordu et recourbé. Cet état est désigné sous le nom d^Onychogryphosis. L'ongle devient opaque, plus ou moins coloré, durci en quelques points ou friable et facile à se laisser fissurer. Si Ton enlève avec l'instrument tranchant le sommet d'une pareille pro- EncycL de chirurgie.
duction cornée, au niveau de la matrice, on ar^ rive sur les pointes des papilles, prolongées à une hauteur considérable au-dessus de leur niveau normal et saignant facilement dès qu'on le blesse. C'est par le dépôt des cellules épidermiques autour des papilles ainsi hypertrophiées que se constituent, comme dans le cas des cornes cutanées, ces énormes ongles épaissis. Les progrès de l'hypertrophie sont toujours extrêmement lents et la marche de la maladie est, par conséquent, fort longue; on peut même dire, quand les papilles sont très développées, que l'affection est devenue permanente, puisqu'il est rare qu*un ongle sain puisse se reformer. Si même la masse épaissie vient à être enlevée tout entière, elle se reproduit, absolument comme le font les productions cornées après un semblable accident.
'(1) Lymphadénie cutanée.
JAMES C. WHITE. - MALADIES CHIRURGICALES DE LA PEAU
Ganses.
Les causes de la véritable hypertrophie ne sont pas bien connues. La compression semble en être une cause occasionnelle, comme il arrive pour la formation des callosités (page 7) C'est pour cela que Thypertrophie atteint le plus ordinairement les ongles des orteils, particulièrement ceux du premier et du cinquième. C'est chez les vieillards, chez qui les tissus épidermiques présentent le plus de dispositions à l'hypertrophie {keratosis senilis), que l'afTection atteint son plus haut degré de développement.
L'effet du mal sur chaque individu varie avec le siège de l'hypertrophie.
Sur les mains, les principales conséquences sont la déformation du bout des doigts et la diminution du sens du toucher, bien que les fentes qui se produisent dans le tissu devenu friable donnent parfois lieu à la formation de douloureuses gerçures.
Mais sur les orteils, un pareil degré de déformation gène le port de la chaussure et la compression qui en résulte amène Tinflammation des parties sous-jacenles et environnantes.
L'hypertrophie latérale, ou l'accroissement de la surface supérieure de l'ongle, par la pression qu'elle cause aux replis latéraux, est l'une des causes de la très douloureuse affection connue sous le nom d'ongle incarné, ou Paranychia lateralis.
INFLAMMATIOiN DE LA MATRICE (Syn. : Paronychia, Onychia).
Bien que l'hypertrophie de Tongle ne soit pas toujours la cause de cette inflammation du repli cutané latéral, il n'en est pas moins vrai qu'une fois produite elle amène la compression de ce pli contre le bord de l'ongle et qu'elle détermine les mêmes effets douloureux que ceux qui résulteraient de l'agrandissement de l'ongle lui-même.
De quelque façon que la chose se produise, le repli cutané voisin du bord libre de l'ongle rougit, se gonfle el devient d'abord sensible à la pression. Vn peu plus tard, la partie entre en suppuration et présente un ulcère qui donne un pus fétide ; ou bien des granulations rouges, spongieuses, exlrômement sensibles au toucher, se développent, dépassent bientôt et recouvrent même la face supérieure de l'ongle. Le bord latéral de cet ongle, ainsi détaché du repli cutané, semble plonger dans les tissus enflammés et détermine une douleur très vive, surtout pendant la marche, si l'on continue à porter la chaussure ordinaire. L'inflammation s'étend parfois à tout le bord de l'ongle, à ses deux côtés et quelquefois même comprend tous les tissus interposés, de sorte que presque tous les mouvements deviennent intolérables.
Dans le cas de l'hypertrophie simple, sans inflammation, lorsque la déformation est assez grande pour entraver d'une manière sérieuse les usages du pied ou en altérer notablement l'aspect, ou lorsqu'il y a menace d'inflammation des tissus environnants, il est nécessaire
d'amputer la portion qui est la cause du mal. Les ongles très épaissis, ceux qui se prolongent en forme de griffe, ceux qui sont relevés en forme de corne peuvent être ramenés à leurs dimensions normales au moyen de forts ciseaux, d'une scie très fine ou du bistouri: mais il ne faut pas oublier que les papilles vascuUires allongées se prolongent très haut dans de pareilles productions et qu'il est parfois nécessaire de les sectionner pendant l'opération. Il faut même les enlever aussi complètement que possible au moyen des ciseaux et cautériser au perchlorure de fer la surface cruentée. On peut, de cette façon, prévenir d'ordinaire un nouveau développement des tissus exubérants. Dans le cas d'hypertrophie latérale, sans épaississement, ou dans celui d'incurvation, avant que l'inflammation ne se soit établie, on taille aussi souvent et d'aussi près que possible le bord antérieur de l'ongle. On introduit de chaque côté, sous le bord latéral de l'ongle et aussi loin qu'il est possible sans causer de douleur, une paire de ciseaux mousses au moyen desquels on résèque obliquement et d'avant en arrière le rebord latéral, puis on enlève avec la pince le morceau cunéiforme ainsi détaché. Lorsque l'inflammation est déjà établie, et qu'il y a suppuration et formation de granulations dans le repli cutané, les sections de l'ongle n'ont guère d'utilité {Paronychia lateralis). Autrefois, dans ces circonstances, on enlevait d'ordinaire l'ongle tout entier, mais c'est là une opération dont la cruauté ne se justifie point par la nécessité, car le même résultat, tout aussi radical, peut être obtenu en enlevant seulement une étroite bande
TRAITEMEiNT.
marginale de Tongle. Après l'éthérisation, Tongle est sectionné profondément au moyen du bistouri, depuis sa racine jusqu'à son bord libre, non loin du bord latéral. La partie incarnée est alors disséquée jusqu'à son origine et emportée.
L'opération peut être exécutée au moyen de ciseaux pointus, en plongeant l'une des lames au-dessous de l'ongle, que l'on peut alors diviser d'un seul coup. La partie qui cause le mal est ensuite enlevée par arrachement.
Si l'hypertrophie est considérable et que les deux bords latéraux de l'ongle soient malades, on peut enlever les deux bandes marginales en même temps. L'inflammation cède alors rapidement, la plaie se cicatrise grâce au repos, et la plus grande partie de l'ongle reste pour protéger lorteiL
Kaposi décrit de la manière suivante une méthode peu douloureuse et généralement couronnée, de succès ; un petit plumasseau de charpie, dont les fils parallèles sont un peu plus longs que l'ongle, est placé à la face supérieure parallèlement au repli latéral. Au moyen d'un stylet aplati, on pousse, fil à fil, les brins de cette charpie entre le pli cutané gonflé et enflammé et le bord latéral de l'ongle. Ces deux parties se trouvent alors séparées l'une de ranlre par la charpie et toute pression douloureuse se trouye ainsi évitée. Le sillon unguéal est alors matelassé au moyen d'autre charpie, puis on place par-dessus le tout une étroite bande de sparadrap qu'on applique de haut en bas, par rapport au repli cutané malade, de manière à l'écarter encore davantage du bord oiarginal de l'ongle. Ce pansement convenablement appliqué n'est pas douloureux ; le malade peut, en général, porter sa chaussure ordinaire tt marcher sans difficulté. Au bout de vingtquatre heures, on enlève le sparadrap avec précaution, on donne un bain de pied, puis on retire les brins de charpie. Même au bout de ce court intervalle d'une journée, on remarque déjà que le gonflement du repli cutané est moindre, qu'il est beaucoup moins douloureux et qu'un intervalle plus grand se trouve ménagé entre l'ongle et le repli. On renouvelle alors le pansement de la veille. L'application de la charpie est moins difficile et moins pénible encoroi en même temps que le sillon est devenu
plus large et plus profond. En répétant ces pansements, l'inflammation, le gonflement, la suppuration, etc.« disparaîtront complètement dans l'espace de deux à quatre semaines. Il faut souvent réséquer ou cautériser des granulations exubérantes ou saignant trop facilement, après quoi la régression et la cicatrisation ne tardent pas à se produire. Le résultat est également favorable, que le mal soit la conséquence de l'inflammation primitive du repli cutané, qui fait que l'ongle est trop large, ou qu'il soit la suite de l'hypertrophie primitive de l'ongle lui-même. Dans ce dernier cas, le bord marginal de cet organe doit être réséqué d'avant en arrière, ce qui peut se faire presque saus causer de douleur, si l'on a eu soin de repousser le repli cutané assez loin de l'ongle, par le procédé qui vient d'être décrit.
En général, les auteurs, en pathologie chirurgicale, emploient le terme de Pnrunychia pour désigner rafTection connue sous les noms de panaris ou mal d'aventure, et le nom d'onychia est réservé pour l'inflammation de la matrice. Il faudrait également faire une distinction entre le simple ongle incarné — qui résulte de causes mécaniques, telles que l'hypertrophie de l'ongle, ou de la compression produite par une chaussure trop étroite — et l'ulcération, qui dépend d'une maladie de la matrice et qui se rencontre plus souvent à la main qu'au pied ; c'est cette dernière a£fection qui est en réalité Vonyckia ou Vonyckia maligna, ou, quand elle se présente au gros orteil, Vulcére de l'ongle de VorteU des anciens auteurs. Cette lésion s'observe d'ordinaire chez les personnes dont la santé périclite, et elle est la conséquence directe d'une blessure accidentelle. Quelquesuns des cas les plus graves que j'aie vus avaient, été produits par l'explosion de fusées. Le traitement de l'ongle incarné, soit le pansement à la charpie ou au coton, soit l'excision d'un fragment de l'ongle, me réussit guère en pareil cas ; il vaut mieux, après avoir pratiqué l'avulsion de l'ongle, en cautériser énergiquement la matrice avec le crayon de nitrate d'argent ; on peut encore, et, après tout, cela est encore préférable à mon avis, tailler l'ongle très court et y appliquer du nitrate de plomb pulvérisé suivant les recommandations de Moerloose, Vanzetti et Mac-Cormac.
JAMES C. WHITE. — MALADIES CHIRURGICALES DE LA PEAU