‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 3)Chapitre 51 sur 452 · MALADIES DES POILS · texte numérisé non relu

MALADIES DES POILS

HYPERTROPHIE DES POILS, HIRSUTIÉ (Synonyme : Hypertrichosis).

Le nombre des poils qui se développent normalement sur les différentes parties du corps varie suivant l'âge, le sexe et la race. Au point de vue de l'étendue, Texcès du développement peut être restreint à d'étroites surfaces, — comme il arrive dans le cas des nœvi et des verrues — ou bien comprendre la totalité du corps ; au point de vue de l'dge, il peut être congénital ou se montrer à une époque quelconque de Texistence. L'hypertrophie peut consister soit dans le développement excessif des poils déjà gros et longs, d'ordinaire, de la chevelure, de la barbe, de l'aisselle et des parties génitales, soit dans celui des poils courts qui couvrent toute la surface cutanée ; ou, enfin, du duvet (lanugo), qui siège au visage et sur d'autres parties du corps de la femme, et qui prend en se modifiant tous les caractères de force et de coloration qui se rencontrent chez lliomme et qui sont la caractéristique du sexe. C'est cette dernière variété qui seule réclame fréquemment l'intervention du chirurgien.

Quant à Thirsutie généralisée, on peut le dire dès le début, il n'y a rien à y faire, mais pour ce qui est des formes d'hypertrophie limitée, qui se rencontrent dans les deux sexes, sur les nœvi pigmentés et les verrues, le meilleur traitement, quand ces excroissances n'ont qu'une taille médiocre, c'est l'excision totale. Quand elles sont trop volumineuses pour une telle opé- • ration, elles doivent être traitées par la méthode que nous allons décrire. Il n'y a pas d'affection plus désolante pour une femme qu'un développement excessif des poils du visage, aucune pour laquelle elle réclame des secours avec plus de persévérance. L'afi'ection peut être exclusivement limitée à la lèvre supérieure, à quelques touffes éparses ou à quelques poils disséminés sur le menton ou au-dessous, ou sur les joues. La moustache peut être parfois longue et épaisse et les favoris très développés, tandis qu'il est fort rare de trouver la barbe entière, à moins qu'il n'existe en même temps une hirsutie générahsée. Ces cas ne sont nullement rares chez les jeunes filles de vingt ans, mais la majeure partie de ceux qui se présentent au chirurgien et au dermatologiste s'observent entre les âges de vingt et trente ans. Ces jeunes I

femmes sont, en général, d'une bonne santé, et le développement anormal des poils ne parait lié chez elles k aucun trouble apparent de l'appareil sexuel. Dans un âge plus avancé, ven l'âge critique, les poils follets des parties précédemment citées du visage sont susceptibles d'accroissement et de pigmentation, mais il est plus rare que les femmes qui en sont affectées à ce moment réclament les avis du nnédecin. A tous les âges, le développement pileux qui se produit sur le visage se fait souvent en même temps sur le sternum et au pourtour des mamelons. Sans compter la difformité qui en résulte, l'existence d'une moustache* ou d*ane \ barbe très apparente peut occasionner un état j nerveux morbide, qui pousse les femmes ainsi j affectées à fuir le monde et donne lieu parfois \ au développement d'une véritable monomanie. I L'auteur a connu une dame qui s'était en vain * présentée à tous les chirurgiens des principales villes des États-Unis, sans pouvoir obtenir d'aucun d'eux qu'il consentit à lui enlever toute la peau de la moitié inférieure du visage pour faire disparaître une production pileuse.

Traitement.

Ce n'est que depuis peu de temps qu'un m(h de de traitement pour la cure radicale de lliypertrichosis a été indiqué. H n'y avait auparavant que trois des moyens connus pour faire disparaître les poils que le chirurgien pût conseiller, et, dans la plupart des cas, ces trois procédés avaient déjà été appliqués par le malade. Leur action n'était que temporaire, mais ils n'en pouvaient pas moins faire souvent beaucoup de mal.

Le premier n'est pas autre que celui qu'emploient les hommes pour se débarrasser temporairement de leur barbe, l'usage du rasoir.

Le second, c'est l'emploi des dépilatoires^ qui détruisent le poil jusque dans l'orifice des follicules et qui, par conséquent, retardent un peu plus sa réapparition que le rasoir qui ne le sectionne qu'au niveau même de la peau. Mais ces dépilatoires ont des inconvénients sérieux ; en vertu de leurs propriétés caustiques, ils irritent ou enflamment toujours la peau sur la-

TRAITEMENT

quelle il faut les appliquer, et cette irritation doit tendre à augmenter encore la force de dé- Teloppement des poils, en donnant plus d'aliments à leur vitalité, absolument comme il arrive pour les plaques d'hypertrichosis qui, le fait est bien connu, se produisent souvent à la suite de l'application d*un sinapisme sur quelque partie du corps. Ce sont, pour la plupart, des préparations de chaux vive et d*arsenic ou de solfores de calcium, de baryum, etc. L'ob* jection qu'ils soulèvent et qui leur est commune avec l'usage du rasoir, c'est que leur emploi remplace la production primitive, délicate, conique et pointue, par une autre qui est plus ^ dure, cylindrique et beaucoup plus visible, et \ qu'enfla, une fois qu'on y a eu recours^ il ' &nt en renouveler fréquemment l'applica-

tiOD.

La troisième méthode est l'épi/aiton. La même objection ne s'applique pas à ce procédé, car, ii les poils sont enlevés en entier, avec leur ndoe, la nouvelle production, dont le développement est d'ailleurs beaucoup plus tardif qu'à la suite des deux autres méthodes, est en* eore conique et comparativement délicate. Toutefois ce procédé lui-même, par les applications réitérées qu'il faut en faire pour maîtriser le développement des poils, tend à stimuler dans une certaine mesure le développement des follicules voisins. C'est cependant le seul que le chirurgien doive recommander, parce qu'il est à la portée du malade, qui peut l'appliquer lui-même, et parce que le secours qu'il donne, bien que temporaire, est le seul qui n'aggrave pas la difformité à laquelle on l'oppose. L'épilation est d'ailleurs un moyen tout à fait suffisant pour l'hirsutie liée à Thypertrophie papillaire et pigmentaire, quand les plaques sont de petites dimensions.

Mais aucune de ces méthodes ne saurait assurer d'une manière complète le résultat désiré, c'est-à-dire la destruction radicale et permanente du poil comme le ferait l'anéantissement du bulbe pileux au fond du follicule.

Pour obtenir ce résultat, les dermatologistes américains, dans ces dernières années, ont imaginé et appliqué diverses méthodes, parmi lesquelles on peut citer : l'emploi du galvanocaatère porté à l'intérieur du follicule, Tintrodoction dans sa cavité de substances puissamment irritantes et caustiques, la destruction mécanique du bulbe par le grattage de cette même cavité au moyen d'une aiguille triangulaire de Gautier, etc. Mais on peut dire que toutes ces méthodes sont infidèles et qu'elles ne

méritent, par conséquent, aucune espèce de confiance.

C'est au D' Michel, professeur d'ophthalmologie au a Missouri Médical Collège », que nous sommes principalement redevables de l'introduction dans la thérapeutique de cette affection d'une méthode à la fois pratique et efficace : l'électrolyse. Les succès en ont tout d'abord été mis en évidence dans le traitement du trichiasis (1) et depuis il a été pleinement démontré qu'elle est applicable aux cas d'hypertrichosis généralisé, par le D' Hardway, de Saint-Louis, et par le D' Fox, de New- York, en particulier. 11 faut, pour cela, employer une pile de dix à quinze éléments, donnant un courant assez fort pour décomposer l'eau. Un appareil excellent pour cet usage est une pile au chlorure d'argent de seize éléments. 11 faut en outre être pourvu d'une électrode à éponge, d'une collection d'aiguilles fines et mousses en acier de diverses tailles, et pareilles à celles dont se servent les dentistes pour extraire les filets nerveux, d'un porte-aiguille approprié et de deux conducteurs de plus d'un mètre de long. L'aiguille est mise en communication aveclepôle négatif, l'éponge avec le pôle positif. L'aiguille, fixée au porte-aiguille, est introduite avec précaution dans le follicule pileux de manière à atteindre le bulbe, et y est maintenue, pendant que l'éponge humide de l'électrode positif est appliquée sur la peau dans le voisinage immédiat. On voit d'abord une matière mousseuse sourdre à l'orifice du follicule, au pourtour de l'aiguille : c'est le produit de la décomposition des tissus en contact avec la pointe. On laisse se produire cette mousse pendant quelques secondes, suivant le volume du poil à détruire, puis on enlève l'éponge d'abord, l'aiguille ensuite. On arrache alors le poil au moyen d'une pince, et la facilité avec laquelle cela peut se faire est la preuve du succès de l'opération. S'il faut employer quelque force, on introduit de nouveau l'aiguille dans le follicule et on répète l'électrolyse. Une très vive douleur coïncide avec le passage du courant dans les tissus, elle cesse presque entièrement après l'enlèvement de l'éponge. Quelquefois, en outre de la mousse dont il a été question plus haut, on voit la peau qui entoure l'aiguille se soulever comme dans l'urticaire et rougir fortement. Dans la suite, le follicule peut suppurer ou donner issue à un écoulement séreux qui forme une croûte destinée à rester pendant une semaine ou deux

(1) Saint-Louis Clinical Record. October, 1875.

JAUES g. WHITE. - MALADIES CHIRURGICALES DE LA PEAU.

adhérente à la peau. Quelquefois, on peut sentir, pendant un temps assez long, une infiltration dure au-dessous de la surface traitée. Mais d'ordinaire les suites sont insignifiantes. Les parties reviennent à leur état naturel, laissant peut-être une petite fossette ou dépression qui indique seule le lieu où a été pratiquée l'opération. Si elle a été Pleureuse, le poil ne repousse plus. Mais ce succès dépend beaucoup de l'habileté de l'opérateur. Le D' Michel pré' tend que 90 p. iOO des plus gros poils sont définitivement détruits d'un seul coup, mais d'autres se contentent de 50 p. 100 à la première tentative. Il faut répéter l'opération sur les poils qui repoussent, jusqu'à ce qu'ils soient entièrement détruits.

Faut-il arracher le poil avant d'insérer l'aiguille ? C'est une question à examiner. Lorsque le poil est très fort et qu'en conséquence, après son extraction, l'orifice du follicule est parfaitement distinct, il est préférable de l'arracher avant de placer l'aiguille ; mais lorsque les poils sont fins et blonds,*leur présence est nécessaire pour servir de guide à Taiguille dans le follicule qu'elle est appelée à détruire. Il est très facile de faire pénétrer une aiguille fine dans le follicule, même avant d'en avoir arraché le poil, et une main exercée reconnaît tout do suite si l'insertion a été heureuse. Et même alors que l'ai-

guille n'a pas pénétré tout à fait dans le canid, sa pointe peut atteindre les tissus dans le voisinage immédiat du bulbe pileux, de telle façon que l'action électrolytique puisse s'étendre jnsqu'au point essentiel. L'absence de toute résûtance à la pince qui saisit le poil pour Tarracher indique que le résultat désiré a été obtenu. Au lieu d'une aiguille, on peut employer un fil de platine flexible et très fin terminé en pointe, qui semble devoir suivre plus facilement la direction de l'axe du follicule pileux. Il faut placer le malade dans les meilleures conditions possibles d'éclairage, mais, même dans let plus favorables, les yeux de l'opérateur se fatiguent au bout d'une heure ou même plus tôt. Quarante à cinquante poils sont à peu près tout ce qu'on peut détruire en une seule fois, tant au point de vue du malade que du chirurgien ; bien que, après les premières séances, le premier supporte, en général, sans fléchir la douleur de l'opération. Quand il s'agit de traiter ainsi de vastes surfaces couvertes de poils, il faut mettre beaucoup de temps pour assurer le succès de la première avulsion, et quelquesuns des follicules réclament souvent le renoovellement de l'opération. Il ne faut pas toucher aux poils fins isolés ou disséminés au milieu des gros, il faut attendre qu'ils aient pris un déreloppement plus considérable.

MALADIES DU TISSU CELLULAIRE

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