BOURSE SÉREUSE S0US-ACR0M1ALE OU SOIS-DELTOIDIENKE
Cette bourse est très souvent atteinte et je crois qu'elle mérite une étude un peu plus étendue en raison des symptômes assez singuliers auxquels son inflammation peut donner lieu. Il est probable que l'ensemble de symptômes que l'un attribue à la luxation de la longue porlion du biceps est dû, en réalité, à l'inflammation chronique de cette poche séreuse, car tous les symptômes attribués à la première lésion existent dans l'inflammation, en même temps que d'autres qui ne se concilient pas avec l'existence d un déplacement du tendon.
Symptômes.
n y a un peu d'atrophie des muscles de l'é- P^ule dans les cas chroniques. Dans ceux de «^es cas qui sont caractérisés par un épancheïnenlun peu abondant, on trouve souvent une humeur flucluante, que l'on sent aisément quand
le deltoïde est dans le relâchement et qui bombe de chaque côté du tendon de ce muscle, mais principalement en avant. En comprimant cette tumeur, on réussira peut-être à faire passer le liquide d'un côté à l'autre, et dans ce cas on pourra sentir les corps hordéiformes glisser entre les doigts. Si l'on soutient le bras en môme temps qu'on l'applique sur le thorax, les mouvements ne sont pas douloureux, mais si le membre n'est pas soutenu ou si l'on exerce une traction, la douleur accompagne le mouvement. Si l'on presse l'une contre l'autre les surfaces articulaires, on ne cause aucune impression pénible. Si l'on porte le bras dans l'abduction au delà de 90*, on produit une douleur, ainsi qu'une sensation parliculière de craquement, accompagnée parfois de la sensation d'un corps étranger qui glisserait sous l'acromion. Si l'on ramène le bras le long du thorax, ces symptômes cessent et, à mesure que le bras s'abaisse, on éprouve souvent une sensation de glissement comme si un tendon déplacé se remettait en place. 11 y a plus ou moins de flexion de l'avant-bras par suite de la rigidité du biceps, et le malade accuse une sensation de fatigue au pli du coude.
On voit que ces symptômes correspondent exactement à ceux que l'on dit être produits par la luxation du tendon du biceps. Jarjavay (1) ne pouvant se résoudre à croire à la luxation de ce tendon, pour cette raison anatomique que la gaine fibreuse exceptionnellement forte qui le retient ne pourrait être déchirée sans que le tendon du sus-épineux ne fût rompu du même coup, et qu'une pareille force produirait presque sûrement la luxation de l'humérus, a examiné un grand nombre de malades et a obtenu les résultats suivants. Le siège de la plus vive douleur se trouvait sur la môme ligne que la pointe de l'acromion, à 2 centimètres et demi en dehors de la position occupée par le tendon. Tous les mouvements autres que l'abduction ne causaient qu'une légère douleur, mais l'abduction produisait à la fois une douleur et un craquement très marqués. Dans l'abduction extrême, la rotation du membre, soit en dedans, soit en dehors, ramenait la même douleur et le même craquement, excepté toutefois lorsqu'un aide déprimait l'extrémité supérieure de l'humérus en pressant sur la partie supérieure du bras, mouvement qui empêchait les deux surfaces appartenant à la bourse séreuse d'être pincées entre la tête de l'humérus et la face inférieure
(l) Jarjavay, Gaz, des hôpit., fév. 1868, p. î)7.
de Tacromion. En sectionnant le deltoïde à son origine et en relevant le muscle sur la clavicule, on découvre la bourse séreuse et Ton voit alors clairement que la torsion du bras, soit dans la flexion, soit dans Textension, peut tendre ou môme déchirer ses parois. Or, c'est là précisément le mouvement auquel on attribue par supposition la luxation du tendon du biceps. Si maintenant on met le bras dans l'abduction, les parois de la bourse séreuse se replient de manière à former une sorte de collier en avant de la grosse tubérosité de l'humérus; on voit alors aisément comment ces plicatures épaissies par l'inflammation et devenues rigides sont comprimées sous l'acromion et roulent l'une sur l'autre sous la pression de la tubérosité de l'humérus en produisant les sensations de craquement et de glissement dont il a été question plus haut. Ces deux sensations sont synchrones et toutes deux correspondent à un point situé à deux centimètres et demi en dehors de la direction du tendon. Les personnes adonnées aux travaux de force présentent souvent un épaississement marqué des parois de celle poche, dont la cavité est alors traversée par des bandes fibreuses. Si maintenant une lésion traumatique vient à se produire, le chirurgien, découvrant à l'examen les symptômes précédemment énumérés, pourra diagnostiquer une luxation du tendon du biceps. Jarjavay, dans un cas incontestable d'inflammation aiguë de cette bourse séreuse, a trouvé tous les symptômes qui caractérisent cette lésion.
Diag^nostic.
Bien que beaucoup de bourses séreuses hypertrophiées puissent recevoir et transmettre la pulsation d'une artère et simuler ainsi un anévrysme, leur mobilité, les caractères de la pulsation, etc., écarteront aisément toute cause d'erreur. L'arthrite strumeuse est la seule affection qui puisse élre confondue avec l'inflammation chronique de ce sac séreux. En passant en revue les symptômes de l'inflammation des bourses séreuses et en se souvenant bien que, sauf l'abduction, les mouvements imprimés au membre ne produisent qu'une gêne quand le bras est soutenu, tandis que les surfaces articulaires peuvent être pressées Tune contre l'autre sans causer de douleur, on s'assurera d'un bon diagnostic. Lorsque, comme il arrive souvent, la bourse séreuse communique avec l'articulation de l'épaule, la maladie peut s'étendre de l'une à l'autre et vice versa.
Traitement.
L'applicalion de l'électricité aux muscles affaiblis, la révulsion, les mouvements passifs: voilà ce que Jarjavay a trouvé de plus efCcace dans les cas chroniques ; tandis que dans les cas aigus, le traitement doit être dirigé d'après les principes généraux. Aucune opération ne doit ôtre tentée pour guérir les bourses séreuses 1 de cette région, si ce n'est la ponction antiseptique ou l'aspiration. Tout autre traitement plas énergique pourrait avoir de très graves consé- .quences, et ce serait faire de bien mauvaise chirurgie que de courir des risques inutiles, quand des moyens inofifensifs peuvent suffire. On peut aller à la recherche du pus, se servir de l'aspirateur ou du trocart explorateur, mais c'est du premier instrument qu'il convient de se servir pour lui donner issue. Si on ne réussit pas ainsi à amener la guérison, on devra nécessairement ouvrir la poche en suppuration ; mais c'est à la condition d'employer les précautions antiseptiques, car la bourse séreuse pourrait être en communication avec l'articulation de l'épaule (1).