WILLIAM HONT. — DELIRIUM TRAUMATIQUE
rourte durée. Ceci est vrai non seulement pour les cas mortels, mais même aussi pour ceux qui se terminent par la guérison.
M. Fayrer rapporte un très grand nombre d'observations de morsures de serpents (i). J'ai parcouru avec soin toutes ces observations et je n'ai pas trouvé une seule mention de délire, rependant il y avait là réunis tous les éléments nécessaires à sa production. On trouve continuellement dans les descriptions les mots d*ef- Troi, de dépression, de létbargie, de stupeur, de coma, de perte de connaissance.
Hais tant que les symptômes terminaux ne se manifestaient pas, l'intelligence des victimes paraît avoir toujours été remarquablement saine. Dans quelques cas, la mort arrivait en quelques minutes ; en quelques heures, dans d'autres cas; au bout de neuf jours, dans un cas douteux, et cependant il n'est jamais question de délire. Gomme dit M. Fayrer, « le poison tue en annihilant la source de la force nerveuse, n Il cite ce fait que la pyohémie peut se déclarer quand le patient vit assez longtemps pour qu'il S ait suppuration do la plaie produite par la morsure. Naturellement le délire pourrait survenir comme conséquence de cette complication, mais je ne crois pas qu'il y ait des cas où cela soit arrivé. L'effroi est quelquefois si grand qu'il met le patient à deux doigts de la mort et on recommande alors comme traitement de lui rendre le courage et de l'égayer. Cela serait évidemment bien inutile s'il y avait du délire. Ces considérations peuvent s'appliquer également aux cas d'empoisonnement par la morsure du crotale. Le D' Mac Clellan, qui a habité pendant plusieurs années dans une partie de la Géorgie où les serpents à sonnettes sont très communs, m'a raconté avoir observé dix à quinze cas de morsures par ces animaux. La stupeur et le coma, tels étaient les symptômes nerveux que l'on constatait, comme après les morsures de serpents de l'Inde, mais pas de délire. D'énormes quantités d'alcool que Ton administra comme remède n'ont môme pas produit Texcitalion ébrieuse. Le D' E. B. Shapleigh a soigné un cas de morsure par le crotale à Philadelphie. Le patient conserva sa raison d'un bout à l'autre de sa maladie qui fut courte, et était en pleine possession de sa volonté vingt minutes avant sa mort. Le D' Weir Blitchell, qui a fait, il y a quelques années, une étude complète sur les cfiTels produits par la morsure du crotale, confirme aussi cette ma-
(I) Fayrer, The Thanutophidia of India,
nière de voir. Ces observations ont une grande valeur pratique. Si une excitation hystérique intense, s'approchant du délire, ou mèrne si da délire était constaté chez une personne que l'oo supposerait avoir été mordue par un serpent venimeux, il y aurait une quasi-certitude que l'accident n'a pas eu lieu. Bf. Fayrer rapporte, il est vrai, un cas où le patient avait une peur extrême de mourir, mais fut guéri rapidemest quand on lui eut montré que Je serpent qui l'avait mordu n'était pas venimeux.
Les morsures et piqûres de certaines amgnées et insectes venimeux n'ont pas une aetioo sidérante comme celles des serpents etpoarraient donner lieu à la production du délire.
On a décrit une espèce de délire consécolif à la morsure de la tarentule ; mais il y a tool lieu de croire que beaucoup, sinon tout ce qu'oo raconte de cet animal est du domaine es h légende.
On a vu quelquefois la mort survenir à la suite des piqûres d'abeilles, de guêpes, de frelons. Dans ces cas^ il n'y aurait rien de plos vraisemblable que de voir le délire se manifisster en raison de la douleur et de l'éteDdaede la surface atteinte. Il y a là un élément analogue à l'érysipèle, et s'il prend assez d'extension, et que l'excitation fébrile soit élevée, on pourrait très bien voir le délire se développer consécnlivement.
Dans Vhydrophohie^ le stade de fureur pourrait être considéré comme du délire et cependant, pendant le paroxysme, quand on croirait que le délire s'est emparé des facultés cérébrales, il y a une lucidité d'esprit qui est incompatible aice l'idée de délire. Le desordre se montre dans les actes plutôt que dans les paroles, il n'y a pai de bizarrerie dans les idées, car le patient parait avoir parfaitement conscience de ce qu'il va faire, quoiqu'il n'ait pas un pouvoir de volonté assa fort pour diriger ses actes. Un délire véritable, signe d'épuisement, peut survenir aux approcbet de la mort.
Dans le tétanos, il n'y a pas de délire. Même pendant les plus violents spasmes, l'esprit conserve toujours sa lucidité. Les tractus sensitils et excito moteurs directs et.réflexes de la moelle sont tendus à leur maximum, tandis qae la substance corticale gardant malheureusement son intégrité prend sa pleine part du développement de la douleur.
Dans la chorée, il n'y a pas de délire, même quand les sujets qui en sont atteints ont éprouvé de graves traumatismes ou subi des opérations. J'ai rapporté une observation de Crac-
CAUSES DU DÉLIRE TRAUMATIQUE
ture (i) chez un choréique qui mourut éTidemment de l'épuisement produit par ses mouvements incessants et de l'irritation des fragments osseux qui en était la conséquence. Son cerveau était complètement intact. Quelle puis-
sance morbide entretenait cette excitation motrice involontaire, je l'ignore ; mais certainement les cellules corticales y étaient complètement étrangères.
Quelquefois le délire traumatique survient
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f%. 21. — Tracé thermométriquo de M. N. âgé de 10 ans. Délire traumatique survenu après uno désarticu-^ lation de l'épaule nécessitée par une luxation compliquée. Le signe + indique que l'élévation de température est survenue après un frisson. L'opération fut faite le 30 août 1880. Le délire qui débuta le 4 septembre (sixième jour) et persista Jusqu'à la mort, fut toi^ours très violent, accompagné de cris et d'hallucinations eflrayantos. Le traitement consista en l'administration de bromure de potassium, de la morphine et de l'asa fœtida.
^rès de grandes opérations chirurgicales prati- (1) Hunt, Pennsylvania Botpital Reports^ 1869.
quées à la suite de traumatismes graves. Dans ces cas on Tobserye bien plus souvent chez les enfants que chez les adultes et il apparaît pro-
WILLIAM HUffT. — DELIRIUM TRAUMATIQUE.
bablement après les opérations pratiquées dans les cas de traumatisme récent plutôt que quand la lésion est ancienne ou quand il s*agit d'une maladie. Ce symptôme n'indique rien de bon.
Après avoir éliminé toutes les causes que Ton pourrait invoquer pour expliquer un délire de courte durée telles que la peur, Teffet des ânes- Ihésiques, etc.. si le délire continue et augmente d'intensité, on peut porter un pronostic fatal. Le délire, dans les maladies, est un symptôme banal chez les enfants, il peut en effet souvent être produit par une poussée fébrile très légère. Chez ces petits êtres où la sensibilité l'emporte sur le jugement, l'équilibre cérébral est bien vite troublé, et, si une cause insignifiante, comme une légère élévation de température, suffit pour leur donner du délire, il est facile d'imaginer de quelle perturbation sera suivi un traumatisme grave ou une opération sérieuse. On aura une démonstration très nette de ce fait, d'après le tableau (fig. 24) qui se rapporte à l'histoire d'un cas de luxation compliquée de l'épaule où l'on dut pratiquer la désarticulation. On peut voir du premier coup d'œil que la température, le pouls et la respiration se suivent dans leurs oscillations jusqu'au dixième jour. Sous l'influence de l'épuisement, résultant d'une excitation intense, il y eut une rémission, puis survint un frisson qui donna une nouvelle impulsion au délire dont l'intensité s'accrut et ne céda qu'avec le collapsus précurseur de la mort.
La fièvre chirurgicale ou traumatique peut être accompagnée de délire. J'entends par là cette fièvre qui est presque une conséquence nécessaire des grandes opérations ou des traumatismes graves, tels que des fractures compliquées. Mais ce terme est souvent employé à tort pour désigner la fièvre de la septicémie. C'est un vice de langage, car il n'y a pas d'analogie entre la fièvre de nature septicémique et celle qui nous occupe. Les symptômes fébriles se développent à la suite d'une grande irritation locale. La température s'élève en même temps que le pouls ; peut-être y a-t-il une accumulation de produits de combustion. L'excitation de la circulation et l'élévation de la température viennent agir sur les cellules de la substance grise pour produire les hallucinations et le délire, et les divagations présentent souvent un caractère variable selon les fonctions de la partie afiTectée. Il y a très souvent un amendement dans les symptômes quand la suppuration s'est établie, mais quelquefois la mort arrive avant la formation du pus. On trouvera un cas de ce I
genre admirablement décrit par John Brown({).
La figure 25 se rapporte à un cas heureux de fièvre traumatique avec délire consécutif à une opération. L'âge du patient a dû sans doate avoir de l'influence sur la production de ce symptôme, car il faut noter que les individus andessus de 65 & 70 ans, sont prédisposés au délire après les traumatismes graves ou après les opérations, de même que les enfants. La forme da délire est en général celle qiû est indiquée dans la figure.
En dehors des opérations, les flraetures cmpliquées peuvent très bien être suivies de délire, quelques jours après que l'accident est am>é. Heureusement, excepté dans les cas compliqués d'alcoolisme, qui seront étudiés avec le delirium tremens, le délire ne peut pas être violent, du moins chez les adultes. Pendant TexacerlNition fébrile, il revêt la forme d'un délire calme, sans mouvements désordonnés . Il peut arriver que la blessure soit constamment présente i l'esprit du malade, par la douleur que causeot les mouvements et qu'ainsi l'esprit puisse se rendre compte dans une certaine mesure des sensations fausses qu'il reçoit. Cette forme de délire ne présente aucune signification sérieuse. Elle cède graduellement et ne revient pas, à moins de circonstances extraordinaires. Comme il.arrive presque toujours, le patient s'habitue à son état et à ceux qui l'entourent. Il peut alors survenir de la fièvre comme, par exemple, pendant la formation d'un séquestre, mais le cerveau y reste tout à fait étranger.
Les fractures simples donnent souvent lieu, chez les gens &gés, à du délire dont la forme est calme, mais dont le pronostic est beaucoup plus grave que celui que je viens de décrire. Le délire sénile est toujours un symptôme f&cheux dans les cas chirurgicaux, surtout quand des causes relativement simples donnent lieu à sa production. 11 indique une faiblesse inhérente non seulement au cerveau qui doit être atteint par les lésions de ses vaisseaux, mais aussi à tout l'organisme qui ressent l'influence de l'âge.
Les plaies par arrachement de grande dimension donnent souvent lieu au développement du délire qui peut n'être que transitoire, la fièvre qui l'accompagne présentant un caractère éphémère et méritant à peine le nom de fièvre traumatique. J'ai conservé la feuille de températare prise dans un cas de ce genre indiquant ce qui survint, à la suite d'une plaie par amdieiiient de l'ayant-bras, ches une femm« de S8 «m. JUs
(1) John Brow- *
CAUSES DU DÉLIRE TRAUMÂTIQUE
r de Taccident, la température monta de 5 à 39*5. Le troisième jour au soir on nota '. Pois il y eut une rémission et le degré noril ne fut atteint que le neuvième jour. 11 y ût un délire passager dans la nuit, mais le lient conser?ait sa raison pendant le jour. La
plaie présenta toujours un état excellent et la guérison en fut rapide. Cependant on n'obsenre pas toujours une marche aussi favorable, dans les cas de plaie par arrachement où la température s'élève jusqu'à 40*. On pourrait avec raison redouter une inflammation excessive, qui pour*
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