‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 111 sur 343 · WILLIAM HUNT. — DEL1RIUM TRAUMATIQUE · texte numérisé non relu

WILLIAM HUNT. — DEL1RIUM TRAUMATIQUE

ment est possible; son aspect indique quelque chose de Tague. « Pourquoi ma femme est-elle ici? Molly, que fais-tu là? ne pleure pas, pourquoi pleures-tu? Je ne suis pas malade. Va retrouTor les enfants à la maison et dis-leur que Je Tais aller souper et que Je retournerai demain à Tatelier. » Mais bientôt cette grande tension diminue pour faire place au collapsus, et dans la nuit le patient allait gagner une demeure autre que celle qu'il se promettait. Je ne connais pas de cas de ce genre qui se soit terminé par la guérison.

Avec cette absence d'incohérence, cet état normal des facultés perceptives et intellectuelles tant qu'il s'agit de choses étrangères, avec cette justesse dans les paroles et les idées concernant d'autres personnes et cette fausse conception des choses qui touchent le malade luimême, comment classer cet état sinon comme une espèce de délire ? Des questions importantes peuvent surgir à propos de la capacité testamentaire de personnes ainsi atteintes ; d'après ce que j'ai vu et d'après la description que j'e viens de faire, il n'y a rien, dans leur état, qui les rende incapables de diriger leurs affaires.

Le shock qui survient après un traumatisme intéresse d'une façon si intime le système nerveux cérébro-spinal et sympathique que l'on pourrait avec raison considérer le délire comme une de ses conséquences communes. Cependant ce symptôme apparaît rarement dans la période à laquelle on peut appliquer le terme de shock. Les facultés intellectuelles et perceptives éprouvent simplement la dépression profonde qui atteint tout l'organisme. Le corps froid, pâle, le pouls extrêmement faible, les yeux ternes, les paupières tombantes, la respiration lente et faible, la peau moite et ridée, tel est le tableau de l'état général, auquel le cerveau lui-même prend part. En réalité le shock sans réaction c'est la mort, et il y en a beaucoup qui meurent dans cet état. Tant que dure cette période d'anéantissement, on peut percevoir un léger chuchotement dont le degré d'intensité s'accroît quand la mort va arriver ; mais si l'on adresse la parole au patient, on constatera que l'intelligence est intacte, et qu'elle est seulement paresseuse.

Le malade désire être seul, devient indifférent, se refroidit, s'affaiblit et meurt ; ou bien la chaleur revient, il est pris d'un sommeil assez court et la vie reprend le dessus. C'est alors, dans cette dernière circonstance, quand la réaction s'est produite, que le délire apparaît souvent. 11 peut être extrêmement violent, surtout chez les enfants. Le degré est en rapport avec la rapidité avec laquelle les fonctions gé-

nérales reviennent. Le contre-coup dépasse la limite et le désordre de la substance corticik en est la conséquence. Heureusement il est rare que ce genre de délire dure longtemps. Il cède peu à peu, à mesure que les reios, la peau et les autres organes recouvrent lenn fonctions. Le délire peut reparaître plus taré dans le cours de la maladie, mais il reconnaîtra alors une autre origine que celle qui t présidé à son développement, au début.

Vemholie des vaisseaux cérébraux en raisoo de la soudaineté avec laquelle elle sarvîeot quelquefois pourrait être considérée comnie cause de délire brusque. Cependant je ne l'ai pas trouvée mentionnée comme symptôme capital ou même comme symptôme ordinaire dans les cas où la lésion est soupçonnée, n peut arriver que la surface limitée de l'écorce, oà se distribue le vaisseau envahi, reçoive d^me voie collatérale une nutrition suffisante pour conserver son intégrité ou bien que, si l'apport sanguin est complètement supprimé, les fibres et les cellules nerveuses si délicates soient finppéesde mort si rapidement que leurs propriétéi se trouvent annihilées tout d'un coup.

La thrombose, en raison de la lenteur léUttve avec laquelle elle survient, semblerait plutôt devoir être accompagnée de délire ; mais, comme les vaisseaux cérébraux envahis par ce processus sont généralement d'un certain calibre, leur influence sur la substance corticale est un peu éloignée, de sorte que le symptôme n'est pu observé.

J'ai en dernièrement l'occasion rare d'obserrer riavasion d'une attaque d'apoplexie dans laquelle la lésion, d'après ce que Je crois, siégeait à la protubérance bien que l'on n'ait pas fait Tautopsie qui aurait pu confirmer cette opinion. A première vue, la patiente afait conservé la sensibilité intacte, mais elle était dans na état extrême d'excitation émotive. Elle se plaignait d'une douleur de tôte postéro-latérale. Pas de délire; les réponses aux questions qu'on lui adressait étaient faites rapidement et à-propos, mais il y avait une grande agitation en plus de l'excitation ; la paralysie n'existait pas encore car la malade put faire différents rnooTements. D'après ce que je savais, j'étais tenté de mettre cette attaque sur le compte de Thystérie, de faire une ordonnance et de m'en aller. Heureusement, je restai, car bientôt, à l'agitation succéda le calme, de la rougeur se répandit sur le visage, une respiration stertoreuse apparut et prit un développement de mauTais augure, enfin la mort arriva en quelques heures. Probablement qu'un thrombus basilaire s'était formé lentement et avait finalement provoqué la rupture da vaisseau ; il est bien possible que certaines particularités^ que l'on pouvait, dans ce cas, rapporter àllq^sté-

CAUSES DU DÉLraE TRAUMATIQUE.

rie, tiraient leur origine d*un état pathologique d<Sjà

Le délire brusque peut aussi être produit par des sensations subjectives proprement dites à 1a suite d'irritations ou de lésions des nerf$ des sau tpéciaux. Les parties spéciales de Técorce (qae quelques-uns croient surtout siéger dans les lobes postérieurs) qui doivent puiser dans ces oerb les impressions qu'elles rendent sous forme de perceptions, ne peuvent faire autre chose que de développer ces perceptions comme des mérités objectives pour Tinteiligence. Que cesTérités apparentes prennent un caractère dfrmyant ou des formes absurdes, il est facile de comprendre combien la confusion qui en résultera devra bouleverser les centres de l'équilibre et amener le délire. J'ai déjà parlé de ce fût que plusieurs autorités tendent à locafiser les facultés intellectuelles dans la sublUiice corticale des lobes postérieurs du cer- Teau plutôt que dans celle des lobes antérieurs, n est possible que les relations plus intimes des bbes postérieurs avec les phénomènes de perception et que la connection de ces phénomènes avec les manifestations ordinaires de Hnlelligence, mettent leurs opérations plus promptement à la portée de l'observateur ; et ^e l'idéation abstraite^ et plus profonae a ses centres nerveux dans les lobes antérieurs, ceuxci demandant pour leur accommodation ces broies crâniennes qui donnent aux hommes supérieurs « le front de Jupiter lui-même ». L'anatomie comparée et l'étude du développement paraissent corroborer ces vues. Quant au délire, les faits cliniques que j'ai relatés à propos des lésons corticales des lobes frontaux et postérieurs viennent également à l'appui de mon opinion. Le délire n'a rien à faire avec ce qui est abstrait, mais il se développe au plus haut degré par des perceptions désordonnées qui transmettent de fausses impressions par les conducteurs qui à leur tour vont jeter le désordre dans les organes récepteurs. Quel que soit le rMe des lobes moyens vis-à-vis de l'idéation, il est aujourd'hui bien établi qu'ils sont le siège des coitres moteurs.. Voici une observation importante qui vient à l'appui de cette théorie.

Ferrier (i) a publié une figure représentant la surface des hémisphères pour expliquer les effets de l'électrisation localisée. Une des parties loentionnées occupe les bords contigus des cir-

(1) Ferrier, le$ Fonctions du cerveau , trad. par C. de farignj. Paris, 1S7S, p. 938.

convolutions frontale et pariétale ascendante, et on rend compte ainsi de l'expérience à laquelle ce point déterminé avait été soumis: « rétraction avec adduction du bras opposé^ la paume de la main étant dirigée en airiére. »

J'avais, en 1879, dans mon service, un matelot dont j*ai rapporté Tobservation (1). Etant à bord il avait éprouvé un traumatisme grave qui avait intéressé les lobules moyens de son cerveau ; il s'était fracturé le crâne en se portant plusieurs coups de hache, au milieu du délire d'une fièvre chaude. On observa positivement la disparition du délire quand on eut enlevé les esquilles osseuses. Trois ou quatre jours après, le patient débarqua à New- York et vint à l'hôpital de Philadelphie. 11 avait parfaitement conscience de ses actes et était très intelligent. Mais la paralysie no tarda pas à apparaître dans le bras gauche avec de la contracture (la position de la main n'a pas été notée), puis dans la jambe du même côté. En pansant la plaie, on trouva deux esquilles osseuses l'une de 1/2 centimètre de large sur 1 centimètre d'épaisseur et l'autre de deux centimètres de large sur cinq millimètres d'épaisseur qui étaient situées sous le bord antérieur de l'os sain et précisément, ce qui est bon à noter, dans l'endroit exact représenté dans la figure de Ferrier. Une fois ces esquilles enlevées, la paralysie disparut immédiatement du bras, et, le lendemain, de la jambe. Il n'y eut jamais de délire réel tant que le malade fut à l'hépital. Je me rappelle ce fait que je le fis descendre au rez-dc- chaussée craignant qu'il no so jetât par la fenêtre s'il lui survenait du délire. Après y avoir passé une nuit, il protesta contre cette mesure et demanda à être reconduit dans les salles des étages supérieurs. On lui accorda ce qu'il réclamait et il resta tranquille et raisonnable jusqu'à la veille ou l'avantveille de sa mort, où alors survint le coma sans qu'il y ait eu du délire antérieurement.

Lies désordres cérébraux s'acccntuant do plus en plus, on vit revenir la paralysie qui se généralisa. Il vécut vingt-quatre jours après renlèvement'dcs esquilles et quarante jours après le début de son traumatisme. La lésion siégeait dans les lobes moyens, il s'était formé un vaste abcès et le ramollissement s'était étendu profondément jusqu'au corps calleux.

Un délire traumatique brusque, que Ton poui^ rait raisonnablement invoquer comme tel, c'est celui que l'on observe à la suite des morsures des serpents venimeux. Outre le virus spécifique, il y a d'autres éléments tels que l'horreur et l'ef froi qui viennent contribuer à sa production. Cependant l'expérience ne confirme pas complètement cette induction. La mort par morsure de serpent est précédée de stupeur et de coma, mais on constate rarement du délire même de

(1) Médical News and Library, Philadelphia, juillet

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