DOCTRINES PRÉLIMINAIRES
Les chirurgiens, qui les premiers découvrirent l'infection purulente, formulèrent aussitôt, par un éclair de génie, des idées sérieuses où la vérité était entrevue ou devinée. Quelques-uns de leurs élèves les suivirent dans la voie qu'ils avaient tracée, mais un bon nombre s'égarèrent dans une forêt d'hypothèses et s'y perdirent. C'est l'histoire de ces hypothèses que je retrace ici rapidement.
i^ Doctrine mécanique de Bertrandi. — Au premier rang se place la doctrine mécanique de Bertrandi (1757), lancée pour expliquer les abcès du foie consécutifs aux plaies de tête. Doctrine d'après laquelle le sang des deux veines caves se livrait, au confluent de ces vaisseaux, un véritable combat dont le foie payait les frais en s'abcédant. Peu d'anatomie et point du tout de physiologie, tel est le bilan de cette théorie.
2*^ Doctrine de Vinfluence nerveuse ou sympathique, — Desault (i794), peu convaincu par les chimères de Bertrandi, n'admit pas la résorption de Boerhaave. Il préféra adopter la séduisante et simple hypothèse de Goursaud (i759), qui soutenait que la blessure produisait une réaction nerveuse, paralysant les vaisseaux capillaires, et y déterminant une stase d'où résultaient les abcès. *
Larrey (1812), Ch. Bell (1817), Travers (1818), et plusieurs autres, voire même encore, du moins en partie, Bristowe en 1866 (1), se rangèrent à cette opinion simple mais dépourvue de preuves.
3<* Doctrine des lésions simultanées. — Plus
(1) Bristowe, m Reynoltl's Sf/tlem of Mcdicine, 1806, 1. 1, p. 207.
Maurice jeannel. — bE la pyohémie.
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simple encore est la doctrine de Richerand (1 821 ) qui coupait court à toutes recherches et considérait les lésions viscérales (abcès du foie) consécutives aux plaies de tète, comme dépendant du môme traumatisme et de la commotion générale de Torgatiisme.
4* Doctrine des tubercules préexistants. — L'infection purulente n'est autre chose qu'une tuberculose à laquelle le traumatisme a donné un coup de fouet. Telle est la doctrine que soutinrent, mais non pas exclusivement, Gh. Bell (1817), Dupuytren et Delpech (de Montpellier) (1820), Dlandîn en 1824 et Gruveilhier, encore en i833 dans certains cas du moins. Fausse comme théorie pathogénique de la pyohémie, cette doctrine repose d'ailleurs sur des exemples bien observés de l'influence du traumatisme sur la tuberculose. Considérer tous les pyohémiqucs comme des tuberculeux, c'était une grosse erreur; mais constater l'influence du traumatisme sur la tuberculose, c'était révéler un grand fait pathologique.
5*» Doctrine de la suppression de la suppuration, — La suppuration se supprime dans la plaie et se reporte dans les viscères par pure métastase. Théorie anonyme adoptée par tout le monde, patronnée par personne, sauf par Dupuytren en 1834, combattue par Quesnay (1749), Boycr (1814), qui soutinrent que la suppression de la suppuration était un effet et non pas une cause de la maladie.
Telles sont les doctrines préliminaires ; doctrines hors cadre dont il ne reste que le souvenir et qui n'ont d'intérêt que pour la curiosité do l'historien.