PAR N. LE^ D' MAURICE JEANNEL
La pourriture d'hôpital est une maladie des ! plaies, essentiellement locale, contagieuse et : sans doute parasitaire. Elle est caractérisée par ! la formation d'une exsudation sui generis à la surface des bourgeons charnus, aboutissant, | soit à la mortification et à l'ulcération des gra- { nulations, soit à la décomposition putride des | tissus envahis et par là à la septicémie ou à l'infection purulente.
Autrefois endémique dans les hôpitaux encombrés et malsains, c'est une des affections que la méthode antiseptique tend de plus en plus à reléguer dans le musée des antiques de la chirurgie. Plusieurs auteurs allemands, Heine à leur tète (1), assimilent la pourriture d'hôpital (Hospitalbrand) à la diphthérie, et la qualifient du nom de « gangrœna diphtheritica » ; j'aurai à discuter cette opinion que je me borne ici à constater.
Histoire de la poarritare d'hôpital.
L'histoire de la pourriture n'offre pas, au point de vue pathogénique, un intérêt égal à celui de l'histoire de la septicémie et de la pyohémie. Les anciens chirurgiens, en effet, connaissaient bien la pourriture d'hôpital et l'ont plusieurs fois décrite sous les noms variés de ulcéra putrida et depascentia, de mal d'hôpital, de gangrène d'hôpital ou nosocomiale, de dégénérescence putride, d'ulcère gangreneux des plaies, de typhus traumatique, mais ils n'ont
(I) Heine, Handbuch der allgemeinen und spedel» ^tn Chirurgie; der Hospitalbrand (gangrsena diphthe- -ritica). n. n Abth. II. Heft. I. Lie. I (2 Hàlfte). Ërlan- Cen, 1874.
point édifié de doctrine solide sur la nature et l'essence de la maladie qu'ils apparentaient avec la gangrène. Ils se sont cantonnés dans l'étude et l'observation clinique, sans même aboutir à découvrir dans leur arsenal une thérapeutique bien efficace, et il faut arriver aux chirurgiens modernes pour trouver des travaux où les causes et la nature de la maladie soient discutées sérieusement.
11 ressort cependant un fait général important de l'étude historique de la pourriture d'hôpital, c'est que cette maladie s'est développée, si elle n'est pas précisément née, avec les hôpitaux ; qu'elle a sévi au maximum, alors que l'hygiène hospitalière n'existait pas; et que toute conquête dans cette branche maîtresse de l'assistance publique et de la thérapeutique, a eu pour effet immédiat une diminution parallèle dans la fréquence et dans la gravité de la maladie. Encore aujourd'hui, c'est pendant les guerres, c'est aux époques où la chirurgie antiseptique a le plus de peine à s'exercer, où l'encombrement des blessés oblige à transgresser les lois si précises de l'hygiène hospitalière; et, môme alors, c'est surtout chez les blessés appartenant à l'armée vaincue et par conséquent la moins favorisée au point de vue de l'organisation des secours médicaux, c'est, dis-je, pendant les guerres, que la pourriture d'hôpital fait encore ses apparitions. Preuve nouvelle que la chirurgie antiseptique pour être une cuirasse efficace, doit être une cuirasse sans défaut.
C'est évidemment la pourriture d'hôpital que l'on trouve décrite à côté de la gangrène, mais non pas confondue avec elle dans les ouvrages de Galien, puis de Paul d'Égine et d'Avicenne