MAURICE JEANNEL. — DE LA POURRITURE D'HOPITAL
sous le nom de « ulcus putridum atque depascens », de Guy de Chauliac et de Lan franc sous la dénomination de « ulcéra sordida etputrida», de Joubert sous le titre de « ulcus sordidum et putrefactum ou d'ulcus putre ».
Paracelse, d*après Trandelenburg et Heine, aurait même noté la coïncidence d'une épidémie de diphthérîe buccale et de pourriture indiquant une similitude entre les lésions de la plaie et les lésions de la bouche (1).
A. Paré décrit l'ulcère putride ou sordide qui atteint les plaies des blessés « navrés » accumulés dans un air à c< constitution maligne », et sa description ne peut laisser aucun doute sur la nature de la maladie dont il s'occupe.
De môme Fabrice de Hilden qui consacre un chapitre à l'ulcère putrescent, et ne dit rien, en parlant de la gangrène, qui puisse se rapporter à la pourriture d'hôpital.
Du reste, le soin de différencier la gangrène et Tulcère putride des plaies propre à la pratique hospitalière se retrouve dans tous les auteurs qui ont écrit depuis la création des hôpitaux. Et, ainsi que le fait fort bien remarquer Heine, on découvre chez tous les chirurgiens de cette époque une sorte d'amour-propre à dégager leur responsabilité personnelle du poids de cette complication des plaies, qu'ils décorent d'un nom spécial et qu'ils mettent au passif de rhôpital.
Cepcndantdc La Motte, en \ 7-22 (2), est peut-être le premier qui établisse une similitude entre la gangrène et la pourriture : « la gangrène, dit-il, frappe dans cet hôpital encombré (l'Hôtel-Dieu de Paris) toutes les plaies et les abcès ouverts ; on Ty nomme pourriture pour ne pas trop effrayer les malades par le nom réel de gangrène. » Il en affirme d'ailleurs, ainsi que Fodéré, l'cndémicité dans l'Hôlol-Dieu de Paris. Mais jusque-là aucune description détaillée n'avait été donnée, ou du moins dans celles qui avaient été faites, aucun accord ne régnait.
En 1783, Pouteau (3) est à la fois plus catégorique et moins concis. Tout en conservant le nom de gangrène, il qualifie la pourriture de
(1) Iloine, Handbuch^ etc.. s. 190.
(*i) Do la Motte, Traité complet de chirurgie, 1722, t. III, p. 75.
(3) Pouteau, Mémoire sur le moyen d'obvier^ dans les hôpitaux, aux dangers d'inoculer par les pansC' ments toutes sortes de vifMs, surtout celui de la gangrène humide (Œuvres posthumes, 1783, t. III, p. 227). — Mémoires ou recherches sur les symptômes de la gangrène humide des hôpitaux et sur les remèdes propices à la combattre [Ibid., p. 239).
gangrène humide des hôpitaux, la dislîngaant ainsi de la gangrène proprement dite. 11 eroit presque être le premier à la décrire et s'étonne même du silence gardé sur elle par Qoesnay (1749) dans son livre sur la gangrène. Pouteau était d'ailleurs mieux placé que personne pour décrire la pourriture d'hôpital. 11 avait pu, en effet, l'étudier sur lui-même à l'Hôtel- Dieu de Lyon, où il l'avait contractée à l'âge de 19 ans. Pourtant la description de Pouteau est certainement moins bonne que ceUe que fit Dussaussoy (1787) (1), son successeur à Tllôtel- Dieu de Lyon, et que l'on retrouve presque en entier dans le Traité des maladies chirurgicales de Boyer (1812).
Mais c'est Delpech(de Montpellier) (i8i5)(2)qui écrivit sans contredit la meilleure monographie de la pourriture d'hôpital. Son mémoire, es effet, fait encore aujourd'hui autorité; on apay ajouter des détails et des interprétations, mais on n'a pas pu y découvrir une seule erreur d'observation clinique qui soit considérable.
C'est à ce point que le dernier mot de la science sembla pendant longtemps avoir été dit par Delpech. En effet, si l'on excepte le traité do typhus traumatique de A. F. Ollivier publié en 1823, aucun ouvrage important et original ne parut sur ce sujet avant le mémoire de Pitha en ISol. Assurément de nombreux écrits, Ihèses, .articles de journaux ou de dictionnaires, monographies dans des ouvrages didactiques, recueils de faits, furent publiés sur la matière, mais aucun ne fit faire un pas à la question et n'apporta une pierre à l'édifice clinique ou pathogénique.
Rollo,Hautson, Richerand, contestent absolument le caractère contagieux. Hautson voit une analogie complète avec la fièvre nosocomiale (?). Thomson etilennen admettent le caractère contagieux, mais ils déclarent que c'est une affection secondaire toujours précédée d'une atteinte à la constitution. Blackadder doute que l'air puisse servir de véhicule au contage; Gerson l'affirme et considère la pourriture comme uo typhus local.
Ollivier apporte une expérience positive, faite sur sa personne, à l'appui de l'idée de la contagion. Percy identifie le virus de la pourriture à celui du typhus. Il s agit pour lui d'un typhus traumatique et pour Léveillé d'un typhus local
(1) Dussaussoy, Dissertation et observations sur Ia gangrène humide des hôpitaux. Genève, 1787.
(2) J. Delpech, Mémoire sur la complication da plaies et des ulcères, connue sous le nom de pourri' ture d'hôpital, \S\b {Clinique chirurgicale, 1. 1, p. "8j-