‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 205 sur 343 · BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME

La blennorrhagie chez la femme n'est ni aussi fréquente, aussi limitée, aussi prolongée, ni aussi sérieuse dans ses résultats que chez l'homme. Ces particularités sont dues aux causes suivantes : l'anatomie des organes génito-urinaires chez la femme permet à l'inflammation blennorrhagique d'intéresser la vulve, le vagin, l'urèthre ou l'utérus; j'ai trouvé ces organes atteints avec une fréquence indiquée par l'ordre de leur mention. La vaginite est pourtant donnée par la plupart des auteurs comme la plus commune des variétés de la blennorrhagie. L'utérus est insensible, ne s'irrite pas facilement sous l'influence des agents extérieurs, et ne reste pas longtemps en contact, du fait même de sa silualion, avec ces agents, quand ils proviennent surtout des rapports sexuels. La muqueuse uréthrale, si délicate, est protégée contre la contamination par sa position au-dessus du canal génital, les liquides déposés dans le canal, en s'en échappant, n'entrant pas nécessairement en cou lac t avec elle. La vulve et le vagin sont

(I) Gosselin, Gaz. des hôp,^ n* 108, 1877. Clinique chirurgicale de l'hospice de la CKariié. S* édition, Paris, 187a, tome II.

évidemment beaucoup plus exposés aux agents irritants ou traumatiques, dont l'un quelconque, que ce soit une sécrétion purulente provenant de l'urèthre de l'homme, une violence extérieure, la masturbation immodérée, etc., est capable de provoquer dans ces parties une inflammatioD muqueuse dont les caractères sont toujours les mêmes, quelle qu'en soit l'étiologie; la distinction entre la vulvite ou la vaginite simple et blennorrhagique est purement imaginaire.

Même ici, pourtant, on observe beaucoup moins souvent des symptômes inflammatoires que dans l'uréthrite de l'homme, parce que :

i° La vulve et le vagin sont protégés par une membrane épaisse, non absorbante, ordinairement bien lubréfîée parles sécrétions naturelles, et souvent rendus extrêmement insensibles par les frottements continuels;

2^ On ne trouve chez l'homme presque aucun de ces écoulements chroniques si communs cbex les femmes, et qui causent la majorité des cas de blennorrhagie masculine;

3<^ 11 est presque impossible à l'homme

(I) Bader, British med, Joum,, 13 nov. 1880.

VULVITE. — COMPLICATIONS.

atteint d'une oréthrite aiguë d'avoir des rapports sexuels au moment où son mal est le plus contagieux; la douleur produite par l'érection est par elle-même un préservatif suffisant. Cela est bien moins vrai pour les femmes ; les prostituées, en particulier, continuent souvent leur commerce, sans tenir compte de la douleur compa-

rativement modérée que cause même une vaginite aiguë.

4<^ Les organes féminins sont le siège, pen- I dant le coïl, d'une congestion physiologique I moins active et moins complète, — cause pré- I disposante puissante d'inflammation [i).

VULVITE.

Causes.

La Tulvite peut se développer de toutes les manières que nous avons mentionnées; elle peut être secondaire à une vaginite, elle peut être due à des vers, à la sécrétion de plaques muqueuses, au défaut de propreté et à l'accumulation de la matière sébacée, k l'application de topiques gras devenus rances et par conséquent irritants, à la masturbation, à des violences criminelles ou à toute autre cause traumatique ou infectieuse. Elle se développe quelquefois spontanément chez les jeunes enfants pendant la dentition et serait, d'après Dupuytren, qui en cite des cas, quelquefois épidémique chez les enfants très jeunes. Dans toutes ces circonstances, les caractères de l'inflammation sont, sous tous les rapports, impossibles à distinguer de ceux d'une vulvite due à une infection, ce qui, au point de vue médicolégal, est très important et ne doit pas être perdu de vue quand on soupçonne un individu d'être la source de la contagion.

On dit que la vulvite produite par la masturbation affecte principalement le clitoris ; la vulvite ciiusôe par le viol les parties inférieures des lèvres et la fourchette. Cette distlDction, si elle a quelque valeur, peut seulement s*appliqucr aux cas qu'on observe dès Tapparition d^la maladie; plus tard, les parties de la vulve d'abord indemnes sont presque certainement atteintes.

Symptômes.

Quelle qu'en soit la cause, la vulvite commence par une sensation de démangeaison, de chaleur et de brûlure, bientôt suivie de la tuméfaction des parties, qui sont baignées par une sécrétion, d'abord muco-purulente, puis épaisse, jaunâtre ou verdâtre, ûcre et fétide. Si on examine les parties à ce moment, un jour ou deux après le début de la maladie, on trouve les lèvres rouges, abrasées et excoriées ; les petites lèvres quelquefois gonflées au point de fermer

Encycl. de chirurgie.

presque complètement l'entrée du vagin. Les parties sont sensibles à la pression, douloureuses pendant la marche, si biei) que dans les cas graves la seule position dans laquelle la malade puisse trouver du soulagement est la position couchée sur le dos, les genoux largement écartés. La vulve est souvent entourée d'une aire de congestion qui s'étend au delà des plis vulvo-fémoraux et à quelque distance sur la cuisse, et qui dans les cas chroniques prend souvent une coloration pourpre ou d'un brun sombre, rappelant la pigmentation qui succède aux vieilles syphilides, avec lesquelles il ne faut pas la confondre. Le passage de l'urine à travers les surfaces enflammées donne naissance à une sensation interne de brûlure, qu'on peut prendre pour la douleur de l'uréthrite, et est souvent tout aussi pénible.

Complications.

Bubon. — Les glandes inguinales augmentent facilement de volume, deviennent sensibles et quelquefois suppurent. Pourtant le bubon est moins commun chez la femme que chezl'homme, et quand il se produit, il est presque toujours associé à cette forme de blennorrhagie ou à une uréthrite.

Les follicules sébacés et mucipares, sous-jacents à la muqueuse vulvaire, sont souvent enveloppés dans l'inflammation, qui s'étend par continuité à leur cavité, ferme leur ouverture par des exsudats et les fait saillir au-dessus de la surface de la vulve sous forme de petites élevures, visibles à la vue et sensibles au toucher.

Abcès vulvo'vaginal. — Dans d'autres cas, l'inflammation suit les conduits des glandes de Barlholin et y détermine l'apparition d'abcès ; ces glandes sont des glandes tubulaires composées, situées chacune de chaque côté de l'entrée du vagin, entourées d'une enveloppe fibreuse

(1) Voir Jullicn, op. cit,, 255.

WILLIAM WHITE. — BLENNORRHAGIE CHEZ LA FEMME

et laissant s'écouler dans le vagin eu avant de rhymen un liquide albumineux, laiteux, pendant l'orgasme vénérien. Dans les cas aigus, — abcès de la glande vulvo- vagin aie— la partie enflammée est chaude, douloureuse et rouge; ces signes, en même temps que le gonflement pyriforme, facilitent le diagnostic. Au début, le gonflement peut être facilement reconnu en introduisant le doigt dans le vagin et en pressant en dehors vers la branche de Tischion. L'abcès s'évacue quelquefois spontanément lui-même par le canal de la glande ou à la surface interne des petites lèvres ; le pus peut aussi faire son chemin entre les couches des fascia ischiopubiens et se faire jour juste en dedans de la grande lèvre; mais on peut habituellement hâter la marche de Tabcès en incisant la mu-

queuse à la partie interne et inférieure de la tumeur. La suppuration de ces glandes a une tendance toute spéciale à se reproduire, et on observe souvent un nouveau gonflement dû à l'accumulation du pus, après une première attaque, sans nouveaux symptômes bien marqués d'inflammation. Dans ces circonstances, — surtout si la pression exercée sur la tumeur ne fait pas paraître de pus à ToriGce du conduit, — il est possible, dans des cas exceptionnels, de prendre cet abcès pour une hernie des f;randes lèvres, pour un kyste, pour un hydrocèle du ligament rond, ou pour de Tœdème do tissu cellulaire de la lèvre. Les différents signes diagnostiques peuvent être mis en parallèle de la façon suivante :

ABCÈS VOLVO-VAGINAL CHRO- NIQUE (1).

Inflammation ayant précédé l'affection actuelle.

Gonflement pyriforme ; base inférieure ; gonflement surtout en dedans.

Fluctuation.

Irréductible.

Pas d'impulsion à la toux.

Matité à la percussion.

Exti'èmement commun chez les vieilles prostituées.

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