‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 239 sur 343 · FRÉQUENCE RELATIVE DU CHANCRE DANS LES DIFFÉRENTES RÉGION · texte numérisé non relu

FRÉQUENCE RELATIVE DU CHANCRE DANS LES DIFFÉRENTES RÉGION

•urface et accompagnées d'un catarrhe cervical et ▼aginal. Vulcéraiicn dite herpétique peut parfois aussi simuler un chancre, mais ces ulcérations sont souTcnt multiples et elles se confondent en formant une ulcération à limites irrégulières. De plus les petites ulcérations herpétiques guérissent rapidement. Le carcinome diffère du chancre du col par la présence d'une excavation cratériforme, la profondeur de la lésion, ses bords irréguliers, épais, durs, bosselés, son fond inégal sécrétant un liquide purulent, fétide, ichoreux, la fréquence de Thyperlrophie du col concomitante, l'immobilité de l'utérus à mesure que la tumeur fait des progrès, les hémorrhagies répétées, la douleur, et enfin l'âge de la malade. Les ulcères tuberculetix du col sont presque inconnus comme manifestation première de la tuberculose ; ils s'accompagnent des signes de la tuberculose d'autres organes (i).

Chancres du vagin.

Les chancres du vagin (sauf ceux situés immédiatement au-dessus de l'anneau vulvaire) sont excessivement rares. Sur 249 chancres génitaux chez la femme, Fournier n'en a vu qu'un du vagin, et encore était-il douteux. Binet (2), sur 128 chancres génitaux chez la femme, n'en a observé que 2 du vagin. La muqueuse vaginale, tapissée de couches épithéliales épaisses, est rarement érodée dans les rapports sexuels ; c'est ce qui rend compte de la rareté des chancres vaginaux. Binet en a observé un situé sur la paroi droite du vagin, près de l'extrémité inférieure du col ; il avait un centimètre de diamètre, un fond rouge, uni, luisant et non suppurant; ses bords étaient légèrement surélevés et descendaient graduellement vers le centre de l'érosion. La situation du chancre rendait difficile d'en constater l'induration, mais en passant légèrement le doigt sur les tissus, on pouvait percevoir à son niveau une légère résistance. Les lymphatiques des parois étaient dilatés, semblaient partir de l'érosion et se diriger vers les ganglions post-pubiens indurés. On pouvait percevoir également de petits ganglions au voisinage du trou obturateur. Dans l'autre cas de Binet, le chancre était situé

(1) Voir an excellent article sur le diagnostic des chancres dn col, par Rasmnssen ( Vierieljahrsschr, f, Dermatolog, undSyph., Bd. VIII, p. 5n),donton peut trouver un extrait in Philadelphia med. Times, 26iiiar8l88L • (2) Binet, ha France méd,, 1. 1, p. 38.

sur la paroi postérieure du vagin immédiatement derrière les caroncules myrtiformes. Il avait un diamètre de deux centimètres environ et présentait les mêmes caractères que le premier.

CHANCRES EXTRA-GÉNrrAUX.

Les chancres extra-génitaux s'observent chez l'homme dans la proportion de 6 p. 100 chancres de toute espèce. Chez les femmes, la proportion des chancres extra-génitaux est beaucoup plus grande, elle monte à 16 p. 100, fait clinique important. Le siège ordinaire des chancres extra-génitaux est la bouche dans les deux sexes, et, chez la femme, l'anus et les seins. Les chancres extra-génitaux d'autre siège sont beaucoup moins fréquents.

La statistique suivante (i), faite avec des éléments pris à différentes sources, montre la fréquence relative des différents chancres extra-génitaux chez l'homme et chez la femme.

Homme.

Anns 13

Lèvres 37

Gencives 1

Langue 8

Nez et Jones 3

Paupières 2

Abdomen 9

Fesses 1

Membres supérieurs. .3

Doigts 2

mm é l

Femme,

Anus et région péri-

néale 21

Lèvres 20

Langue %

Luette 2

Bouche (en général). . 4

Reins il

Aine et cuisse 8

Fesses 4

Ailes da nés 6

Front 3

Cou I

Chancres de la bouche.

Parmi les chancres de la région buccale, ceux des lèvres sont les plus communs. Le chancre labial peut être une lésion minime et insignifiante. 11 peut aussi constituer un ulcère plus étendu, surélevé, encroûté et empiétant sur la peau, accompagné d'un gonflement œdémateux très considérable et d'une induration caractéristique, ordinairement indolore, mais donnant lieu quelquefois pourtant à une douleur due à la tension, et déterminant assez souvent un renversement de la lèvre qui empêche l'occlusion. Le chancre labial peut aussi se présenter sous la forme d'une fissure, d'une crevasse, malheureusement trop facile à confondre

(1) Jullion, op, cit.f p. 538.

ARTHUR VAN HARLINGEN. - SYPHILIS

avec cette lésion vulgaire et insignifiante. Quand le chancre occupe la surface interne de la lèvre, il est moins élevé que lorsqu'il est extérieur, et peut s'accompagner d'une perte de substance appréciable. Les glandes sous-maxillaires se prennent dix jours environ après l'apparition du chancre, et donnent souvent naissance à beaucoup de gône et de douleur. Chez les enfants, les chancres buccaux provienvient ordinairement de plaques muqueuses du mamelon de leur nourrice.

On rencontre aussi des chancres sur les gencives, la face gingivo-labiale de la langue, le voile du palais, les amygdales et le pharynx ; sur chacun de ces points le chancre présente quelques caractères particuliers. Le chancre de la langue est généralement situé à la pointe de cet organe ; il présente une teinte opaline particulière, qui peut le faire prendre pour une plaque muqueuse. Le chancre de la langue peut devenir phagédénique et se transformer en une large ulcération. Un exemple de cette complication a été cité par Jullien. Le chancre des amygdales est très rare, son existence même a été contestée. D'après les descriptions qu'on en donne, il n'est jamais parfaitement limité ; il forme des nodules d'un rouge foncé, superficiellement ulcérés, à sécrétion peu abondante. Les commémoratifs, la marche subaiguë de ces nodules, l'absence d'inflammation et le développement des ganglions cervicaux et sous-ma\iIlaircs, sont les éléments du diagnostic. Le phagédénismeestunc complication rare du chancre buccal, quel qu'en soit le siège.

Chancre anal et rectaL

Le chancre de l'anus est beaucoup plus commun chez la femme que chez l'homme. Chez la femme il est probablement dû, en général, à un contact accidentel pendant un coït normal, tandis que chez l'homme Texislence d'un chancre de l'anus fait justement soupçonner des rapports contre nature, bien qu'il puisse avoir été inoculé par le doigt, etc. D'après les statistiques françaises, chez l'homme, sur 119 chancres on trouve un chancre anal, chez la femme on en trouve un sur 12. En Amérique, nous ne possédons pas de statistique à ce sujet, mais mon impression est que chez l'homme le chancre anal est des plus rares. Le chancre anal siège habituellement dans les plis de la muqueuse anale. Quand on les étend, la lésion apparaît sous forme d'une ulcération rougeâtre allongée. Quelquefois cependant le chancre est de petites

dimensions, il forme une petite papule excoriée. Parfois il est large, cupuliforme et excavé avec une base indurée bien marquée. Le chancre in* tra-anal a généralement rapparence d'une fissure. Le chancre rectal est très rare» et ne peut guère avoir pour origine que des rapports contre nature. Le chancre anal est ordinairement io* dolent) il provoque très rarement un état spasmodique réflexe. Ce fait négatif a une très grande valeur diagnostique, puisque les fissures simples sont ordinairement accompagnées de douleurs intenses. Chez les femmes de la plus basse classe le chancre anal est quelquefois mixte. Il se complique assez souvent de végétations, qui prennent quelquefois un développement considérable. Le rétrécissement du rectum est rarement, s'il est jamais, la suite d'un chancre. Les rétrécissements dits chancreux sont dus ordinairement à des gommes ou à d'autres accidents syphilitiques tardifs. L'induration et le gonflement des ganglions inguinaux externes est l'accompagnement habituel du chancre anal; on le constate de bonne heure, et il est ordinairement bilatéral.

Chancre de la région mammaire.

Le chancre du sein est un des plus importants parmi les chancres extra-génitaux. Bien qu'il puisse être dû au contact du sein avec la bouche ou même les organes génitaux d'un adulte, il est beaucoup plus souvent le résultat de la contagion des plaques muqueuses buccales d'un nourrisson (f). Ce fait a une grande importance au point de vue médico-légul ; il faut donc avoir bien présents à l'esprit les caractères de cette lésion.

Quand il est situé en dehors du mamelon, le chancre mammaire peut être diagnostiqué sans difficulté. Il se présente sous la forme d'une érosion, d'une papule érodée d'une certaine dimension, encroûtée ou non, arrondie ou ova* laire, et reposant sur une base indurée. Quand pourtant le chancre du sein occupe le mamelon, et spécialement quand il est logé à la base de cet organe, le diagnostic en est quelquefois diffi* cile. D'une forme irrégulière, souvent très petit, semblable parfois à une petite fissure et masqué par une croûte, il peut très facilement être pris pour une lésion commune, comme une

(1) D'après la loi de Colles, qno nous exposeront plus tard, en traitant de la transmission Iiéréditaire de la syphilis, la mèro d'un enTant syphilitique ne pout contracter de lui la maladie.

iî]

Page 1