‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 264 sur 343 · SYPHILIS DU TISSUS CELLULAIRE. - DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

SYPHILIS DU TISSUS CELLULAIRE. - DIAGNOSTIC

épais. Elles appartiennent aux lésions tardives de la syphilis. Leurs caractères diffèrent un peu selon la région. Au début, les gommes du tissu conjonctif sous-cutané se présentent sous la forme de tumeurs groupées ou isolées de petites dimensions, roulant sous le doigt, arron dies, dures et complètement indolentes. Au bout d'un certain temps, elles perdent leur mobilité, et deviennent adhérentes à la peau, qui se prend à son tour peu à peu. Puis la tumeur se ramollit à son centre, et la peau qui la recouvre commence à présenter des altérations ; elle devient rouge, se ramollit et finit par se perforer. La gomme peut rester fluctuante pendant quelque temps sans s'ouvrir. Quand elle s'ouvre, si elle s'ouvre de bonne heure, le liquide qui s'en échappe est clair, visqueux et gommeux. Si la tumeur reste longtemps sans s'ouvrir, le liquide a de la tendance à être sanieux et fétide, ou purulent. L'ouverture est plus petite que la cavité de l'abcès, et le fond de la tumeur conserve sa fermeté et son induration, ce qui constitue quelquefois un signe diagnostique important.

L'ulcération qui succède aux tumeurs gommeuses est arrondie, excavée et entourée d'une aréole d'un rouge sombre. Quand un certain nombre de tumeurs sont groupées ou agglomérées, les ulcères qui en résultent peuvent se réunir et former une large ulcération très irrégulière avec de nombreuses perforations, qui sont les orifices de gommes plus profondes. Le fond de l'ulcère gommeux est généralement couvert d'une couche de détritus particulière, putride, blanchâtre, d'aspect caractéristique.

Quand une gomme guérit, elle laisse une cicatrice arrondie, creuse, blanche, entourée d'une aréole pigmentaire, qui disparait graduellement.

Outre ces caractères généraux, les gommes présentent des particularités qui tiennent à leur siège, et dont nous parlerons en décrivant les lésions des divers organes. Quelquefois les gommes peuvent exercer une compression sur quelque organe important et déterminer ainsi des troubles fonctionnels.

Les gommes sont assez souvent accompagnées d'autres manifestations syphilitiques, tels que des syphilides graves ; assez souvent aussi de lésions osseuses et viscérales, des exostoses, un sarcocèle syphilitique, etc.

Les sièges de prédilection des gommes sont la face et le cuir chevelu, la face externe des membres, la partie postérieure de l'épaule, les points d'insertion du sterno-mastoïdien au sternum, différentes parties de la bouche, l'isthme

du gosier, et, parmi les viscères, les testicules et les mamelles. ^

Bien que quelquefois isolées, les gommes sont plus fréquemment réunies en groupes. Elles peuvent être très nombreuses : on en a compté plus de 150 sur un seul malade.

La gomme est, comme nous l'avons dit, une lésion tardive, n'apparaissant pas avant le sixième mois, et quelquefois pas avant des années après la lésion initiale. On a rapporté des cas où le premier symptôme reconnu de la syphilis héréditaire a été l'apparition d'une gomme huit ans après la naissance.

La marche des gommes est naturellement très lente ; elles peuvent rester stationnaires pendant des mois aune période quelconque de leur développement. Aucune autre lésion syphilitique n'est si rapidement influencée et modifiée par le traitement.

Diagrnostio.

Le diagnostic des gommes présente quelquefois des difficultés considérables, surtout quand les tumeurs sont profondes ; dans les cas douteux le traitement est souvent la seule pierre de touche, et tranche la question. Quand la gomme est située dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le tissu sous-muqueux de la cavité buccale ou de la partie supérieure du pharynx, les signes objectifs suffisent ordinairement à établir le diagnostic. Quand il existe en même temps d'autres signes de syphilis, il est facile de déterminer le caractère de la lésion. Quand il n'y en a pas, et surtout quand la gomme est solitaire, on peut se heurter à des difficultés. La gomme non encore ramollie peut être reconnue à sa forme arrondie, à sa fermeté, à ses dimensions toujours modérées, à son indolence. Le siège de la tumeur, sa mobilité et l'absence d'adénopathie, peut aussi être pris en considétion. Quand on rencontre ces caractères dans des tumeurs non syphilitiques, ils sont rarement aussi marqués.

La gomme du sein peut être prise pour une tumeur adénoïde. Les symptômes et la marche de ces deux espèces de tumeurs ont beaucoup de ressemblance, et il est difficile de les différencier. La pierre de touche du traitement décidera la question. Bien que je n'aime pas qu'on ait recours à cette ressource, je ne sais pas comment, dans quelques cas, on pourrait faire le diagnostic autremcnt.il en est différemmentpcur les syphilides. Avoir recours au mercure cl ù riodure de potassium pour s'assurer de la !:a*

ARTHUR VAN HARLlNGEN. — SVPUIUS.

lure d'une affection cutanée douteuse, c'est s'abriter sous le refuge de l'ignorance et de l'incompétence.

Ilest quelquefois difficile de distinguer les gommes de certaines régions — de la langue, de l'isthme du gosier, du pénis, — et le cancer de ces organes. Une fois que la suppuration a commencé, la gomme ne peut être prise pour aucune affection sauf un abcès chronique, et en particulier un abcès scrofuleux. L'abcès scrofuleux pourtant n'a pas une période d'incubation aussi longue que la gomme et, quand il s'ouvre, la suppuration s'établit en tous les points; l'ulcère qui en résulte présente des bords renversés plutôt que des bords décollés, comme l'ulcère gommeux. L*ftge du malade et le siège de l'affection servent aussi au diagnostic.

L'ulcère gommeux se distingue do l'ulcère scrofuleux, avec lequel il peut le plus facilement être confondu, par son siège ; l'ulcère scrofuleux a son siège de prédilection à la face et au cou chez les jeunes sujets ; il a des bords renversés et violacés ; le pus qui baigne la surface est gommeux et caséeux, et la cicatrice quilui succède est proéminente et kéloîdienne. De plus il ne faut pas oublier les cas d'ulcère scrofuleux, l'adénopathie concomitante et l'habitus général du malade.

Pronostio.

Le pronostic des gommes est toujours grave ; leur existence témoigne toujours de la ténacité et de la persistance du virus syphilitique dans l'économie. Elles s*accompagnent souvent d'un degré de débilité plus ou moins marqué.

Traitement.

L'iodure de potassium est le grand remède contre les gommes. Il faut le donner à hautes doses, jusqu'à quatre et six grammes par jour. Quand la constitution est débilitée, il faut donner largement les toniques, l'huile de foie de morue, le fer, la quinine, une alimentatioo nourrissante et, dans certains cas, des stimulants. Une gomme non ouverte ne doit jamais être recouverte de cataplasmes, ni ouverte par le bistouri, même quand elle est fluctuante. C'est une règle absolue, malheureusement trop souvent violée par les médecins qui commettent une erreur de diagnostic, et qui pensent avoir affaire à un abcès, ou par des chirurgiens qui ne peuvent se retenir de porter le bistouri sur toute tumeur fluctuante. Les tumeurs gommeuses peuvent souvent se résorber, même au dernier moment et quand la fluctuation est très nette, sous l'influence du traitement.

Quand on est en présence d'un abcès gommeux, on peut employer différents topiques.

La teinture d'iode, pure ou étendue d'eau, U solution noire ou la jaune, ou une des pommades mercurielles peuvent être mises en usage* Quelquefois on peut avoir recours à l'action détersive du chlorure de soude.

Disons, pour finir, que de temps en temps Tiodure de potassium, qui réussit dans la grande majorité des cas, peut échouer. Dans ce cas, on peut y joindre le mercure. Quelquefois la saspension temporaire de tout traitement antisyphilitique a de bons effets.

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