‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 272 sur 343 · PHARYNX · texte numérisé non relu

PHARYNX

Les lésions du pharynx, bien qu'elles ne comptentpas parmileslésions moqaeuses les plus communes, ne sont pourtant pas rares. Nous avons dit qu'on ne trouvait pas de plaques muqueuses dans cette région, mais on y rencontre assez souvent des tubercules sous-muqueux ulcérés, des gommes et des lésions osseuses. Les ulcères ordinaires ou serpigineux du pharynx siègent communément sur la paroi postérieure, et ressemblent aux mômes affections qu'on observe sur le palais (1). Les gommes du pharynx appartiennent aux lésions tardives, et sont ordinairement situées sur la paroi postérieure ; la lésion se montre sous la forme d*un petit nodule sous-cutané, qui augmente de dimensions graduellement, repoussant en avant la muqueuse qui le recouvre, et qui se décolore. Après un laps de temps plus ou moins grand, la tumeur se ramollit et s'ulcère, ou bien, si l'on a mis en usage à temps un traitement approprié, la résolution peut se faire sans cicatrice. Les gommes du pharynx peuvent être prises pour du cancer.

Maisonneuve (2) a publié Tobservation d'un malade qui subit une opération grave pour un cancer encéphaloîde supposé du pharynx.

Au bout de six mois la tumeur se mit à croître de nouveau, et si rapidement que le malade fut abandonné et envoyé à Thôpital pour y mourir. A son entrée, on trouva une tumeur énorme occupant la région latérale gauche du cou et toute la région parotidienne. Elle faisait saillie dans le pharynx, oblitérait ristbme du gosier; le malade menaçait de mourir d'asphyxie. On soupçonna la véritable nature de la tumeur, on administra au malade un gramme d'iodore de po« tassium trois fois par Jour. En moins de six semaines la tumeur avait disparu sans laisser de vestiges.

Le carcinome est, en effet, l'affection qu'on peut confondre le plus aisément avec les gommes du pharynx. Il faut se souvenir que la tumeur cancéreuse (ici nous entendons l'épithé-

de Pans, 1846. — Lagneau, Des tumeurs syphUiliques de la langue {Gaz. hebd,, 1859, n<^32, 33 et 35 et il rcA. gén. de méd,, t. I, 1860, p. 217). —Maisonneuve, Sur les tumeurs de la langue. Thèse de concours. Paris,

(1) Voir Wigglesworth, Buccal ulcérations ofconstilutional origin, travail lu devant Tassociation des dermatologistes américains, à la cinquième réunion annuelle. Newport, 1881. Archives of dermatology, Janfier 1882. m

(2) Maisonneuve, Leçons cliniques sur les maladies amcét^euses, Paris, 1854.

lioma) n'est pas aussi nettement circonscrile que la gomme, qu'elle est moins mobile, et qu'elle s*accompagne ordinairement d'adéoopathie de voisinagOi contrairement à ce qu'on observe dans les gommes. Les abcès rétropbiryngiens se distinguent des gommes, quand ib ont une marche aiguë, par les symptômes inflammatoires concomitants, et quand ils ont une marche subaiguê et qu'ils sont froids, par l'apparition très précoce de la fluctuation.

Pronosiio.

Le pronostic des affections syphilitiques da pharynx est grave, quand elles compromettent une fonction importante, quand une gomme ?oumioeuse donne naissance àde l'infection pnmlente, ou quand il se forme des cicatrices iirégulières rétractiles, qui peuvent, dans quelques cas, gêner la phonation ou l'audition. La coexistence ou l'existence antérieure d'affections tardives do pharynx est très firéquente dans les cas de syphilis cérébrale.

Traitement.

Le traitement de la syphilis du pharynx est, avant tout, celui de la maladie générale ; puis viennent les applications locales dont nous avons parlé à propos des lésions de la bouche, et, de plus, l'usage des vapeurs médicamenteuses an moyen du pulvérisateur, comme Ta indiqué Wigglesworth. Bumstead et Taylor emploient des solutions saturées de nitrate d'argent; ils dirigent la vapeur au moyen de tubes en Terre qui permettent au jet d'être dirigé sur le point malade même.

OESOPHAGS.

L'existence des rétrécissements qfphilitiqnes de l'œsophage, d'après Bumstead et Taylor, a été signalée d'abord par James West, de Birmingham (1), qui a publié un cas, dans lequel la relation de cause à effet entre la syphDiset le rétrécissement n'était pas directement prouvée, mais était très probable. Depuis, d'autres cas ont été publiés, parmi lesquels un cas très intéressant par le D' Maury, de Philadelphie (2), dans lequel on pratiqua la gastrotomie. Jusqu'i présent cependant on n'a pas de preuves directes de l'existence de lésions syphilitiqaes déterminant du rétrécissement de l'cesopkagei bien que des gommes aient été trouvées dans

(1) West, Dublin quarterly journal ofmeâ. sdend' Février 1860.

(2) Maury, Am, joum» med, te, avril ISÎO.

RECTUM ET ANLS.

les parois de ce canal. Le traitement, dans les eas suspects, doit être naturellement le traitement antisyphilitique ordinaire, poussé vigoureusement au début. A la période de cicatrisation, ladilatelion du canal par les bougies constitue une mesure palliative ; ou bien on peut, comme moyen extrême, recourir à rétablissement d'une fistule œsophagienne ou gastrique.

ESTOHAG ET INTESTIN

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ABCTUM ET ANUS.

Beaucoup de cas de soi-disant rétrécissements syphilitiques du rectum ne sont en réalité que des rétrécissements dus à des chancroîdes ulcérés (2). Dans ces cas, naturellement, le traitement spécifique est inutile. Les lésions syphilitiques précoces peuvent aussi, selon Barduszi, produire nn rétrécissement du rectum (3). Mais c'est dans les stades avancés de la maladie que ces ' rétrécissements se produisent surtout.

Le rétrécissement syphilitique du rectum est beaucoup plus commun chez les femmes que chez les hommes. Une statistique de Jullien montre que, sur 60 cas, 7 ont trait à des hommes et 58 à des femmes. Quelle est la raison de cette dilTérence, il est impossible de le dire. Beau-

(1) Voir Gomil, op, ei7., p. 406. — Cnllerier, De tmUérUe syphilitique. Union fnéd,^ 1854, t. IV. — Lancereanx, op, ctï., p. 248.

(2) L'existence da chtncre rectal eit pins qne donteose.

(3) Bardnxsi, Giom, Ual, d. me/, vdi., a» It 1875*

coup de femmes font dater le début de leur affection d'une grossesse antérieure. C'est à l'âge moyen que cette affection est le plus commune.

Le rétrécissement rectal est toujours le résultat de la rétraction d'une cicatrice succédant à une lésion ulcérative ou à une gomme sousmuqueuse. L'ulcère est un accident syphilitique comparativement précoce, et coïncide souvent avee des manifestations cutanées et muqueuses. Les ulcères ont ordinairement une forme allongée dans la direction des replis gonflés de la muqueuse, entre lesquels ils sont souvent cachés; ils ne deviennent visibles que lorsqu'on étend la muqueuse. Plus haut dans le rectum ils sont arrondis, à bords nets, et presque toujours recouverts d'un détritus pultacé et d'un mucus adhérent. Ils donnent au toucher la sensation d'une substance granuleuse un peu résistante. Leur durée est naturellement longue, ils sont susceptibles de devenir phagédéniques à cause des diverses causes d'irritation auxquelles ils sont exposés. Quand l'ulcère syphilitique du rectum guérit, la cicatrisation peut déterminer un rétrécissement val vulaire, s'il n'a occupé qu'un segment de la circonférence du conduit, ou un rétrécissement annulaire, s'il s'est étendu à une plus grande partie de la circonférence.

Les gommes sous-muqueuses de la région ano-rectale sont extrêmement rares, mais leur existence est maintenue par Jullien.

Ul gomme diffuse, désignée par Fournier sous le nom de syphilome anal, est une lésion tardive ; elle consiste en une infiltration des parois ano-rectales par^ un néoplasme de structure encore indéterminé jusqu'ici à son origine, mais susceptible de dégénérer en un tissu fibreux rélractile, et donnant ainsi naissance à un rétrécissement plus ou moins étendu et plus on moins serré du canal intestinal. C'est la cause la plus fréquente des rétrécissements rectaux.

Le syphilome ano-rectal se rencontre plus fréquemment au niveau du rectum qu'au niveau de l'anus. Le symptôme principal du syphilome rectal est un épaississement, une induration des parois rectales. Au toucher^ les parois du rectum sont non seulement dures, mais rugueuses» mamelonnées, et divisées en replis épais, La muqueuse reste parfaitement normale an toucher comme pour les yeux.

C'est la dernière portion dn rectum qui est le siège habituel de cette lésion syphilitique; elle s'étend rarement à plus de sept centimètres au-dessus de l'anus. Cette lésion est indolente au début ; elle ne détermine ni douleur, ni aucun inconvénient

69i ARTHUR VAN HARLINGEN. — PÉRIODE DES LÉSIONS SYPHILITIQUES.

L'anus est rarement seul atteint, mais presque toujours il est atteint en même temps que le rectum. La lésion dans ce point se présente sous forme de nodosités ou quelquefois de végétations.

Traité à temps, le syphilome ano-rectal, ainsi que les autres accidents syphilitiques anaux et rectaux, peut disparaître. Négligé, comme cela arrive trop souvent, non seulement il persiste, mais il tend à dégénérer, et finit ainsi invariablement par produire un rétrécissement du rectum.

Traitement.

Pour réussir, le traitement de la syphilis rectale et anale doit être entrepris dans les premiers temps de rafifection. S'il est différé jusqu'à

l'établissement de la cicatrisation, le traitement antisyphilitique n'a que peu d'effet. Quand la cicatrisation a commencé, elle marche d'habitude en dépit de tous les traitements.

C'est naturellement au traitement antisy^ litique ordinaire qu'il faut avoir recours ; il doit être poussé vigoureusement, tant qu'une chance de succès peut être espérée. Quand la constriction du rectum a commencé, la médication ioterne est inutile, ainsi que nous l'avons dit La dilatation au moyen de bougies peut servir à tenir le canal ouvert indéfiniment, et doit être pratiquée assidûment. Quand elle échoue, et que le rectum est menacé d'une sténose complète, une intervention chirurgicale est nécessaire, comme on le verra dans une autre partie de cet ouvrage (1).

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