INFILTRATION G0M1I£USE DIFFUSE
SYPHlUSr PÉRIOSTIQUE ET OSSEUSE.
Les affections syphilitiques du périoste et des os sont firéquentes. On supposait autrefois qu'elles appartenaient toutes aux périodes tardives de la maladie, mais on sait aujourd'hui qu'elles apparaissent de très bonne heure et qu'elles coïncident dans quelques cas avec les syphilides papuleuses (1).
DOULEURS OSTÉOGOPES.
Le nom à*ostéoeopes a été donné à certaines douleurs osseuses, qu'on observe non seulement dans la syphilis, mais dans d'autres affections étrangères à cette maladie. Cependant, comme c'est surtout chez les syphilitiques qu'elles se produisent, cette désignation s'est associée exclusivement à l'idée de la syphilis, particulièrement à celle de la syphilis tardive.
Ce sont des douleurs spontanées ; elle s'exagèrent à la pression et ont pour siège habituel les os superficiels, tels que ceux du crAne, le tibia, la davicule, le radius et le cubitus, le sternum, etc.; elles se distinguent par leur fixité des douleurs rhumatismales, lesquelles sont plus mobiles. Ce qui les caractérise principalement, c'est qu'elles acquièrent leur maximum d'intensité vers minuit ou une heure du matin. Ricord disait que ces exacerbations étaient dues à la chaleur du lit, et ajoutait que les malades, que leur métier forçait à faire du jour la nuit, comme les boulangers, souffraient de leurs douleurs ostéocopes quand ils se mettaient au lit, c'est-à-dire pendant le jour. Cette explication, cependant, ne s'applique pas à tous les cas, car souvent les douleurs reparaissent toujours à la même heure, que les malades soient au lit ou non.
Ces douleurs sont d'abord modérées, mais elles augmentent graduellement d'intensité, et sont quelquefois assez violentes pour arracher des cris au malade. Dans quelques cas elles constituent le seul symptôme de la maladie, mais plus fréquemment elles sont simplement le signe d'une altération matérielle de l'os. Assez souvent les douleurs ostéocopes se fixent sur un os en un point, et il n'est pas rare de voir par la suite une périostose ou une exostosese développer au même endroit.
(1) Voir Mauriac, Mémoire ntr iet affectiom syphiU' iigim jrréeoce$ dm igitim» oueu*. Paris, 1872, et Le-
Bien qu'elles se manifestent communément à une période avancée de la syphilis, ces douleurs peuvent se faire sentir à toute époque, môme de très bonne heure. Les douleurs ostéocopes se distinguent des douleurs rhumatismales syphilitiques non seulement par leur fixité, comme nous l'avons dit, mais parce qu'elles sont exaspérées par la pression. Les douleurs rhumatismales sont erratiques, et la pression ne les modifie pas.
INFILTRATION 60IIIIEU8E DIFFUSE.
Cette forme d'affection osseuse syphilitique (1) est caractérisée par un dépôt plus ou moins général de substance gommeuse, diffusée dans les parties profondes ou superficielles de la substance osseuse. Cette infiltration est bientôt suivie d'un travail de résorption, lequel, sous l'influence du traitement, peut amener la disparition complète du produit morbide, ou bien, quand l'affection est abandonnée à elle-même, peut amener la nécrose et Télimination d'un séquestre. Quelquefois les choses prennent une tournure différente : au lieu de déterminer la destruction d'une partie de l'os, l'affection peut donner naissance à du tissu osseux nouveau. Dans le corps de l'os le processus prend le nom ^o$iéiU condensante ; à la surface il détermine la production d*osiéophyles et d*exoS' toses .
L'ostéite plastique est l'accompagnement constant de l'action néoplasique ; elle se montre au voisinage immédiat de la néoplasie, et comme la conséquence d'une irritation modérée. Il résulte de cette inflammation plastique que les lacunes et les cavités, que laisse après sar disparition la néoplasie syphilitique, se remplissent et se comblent d'une substance nouvelle ; l'os revient ainsi à sa densité normale, qui- est quelquefois môme dépassée : dans ce dernier cas il se fait de l'éburnation, les canaux de Havers s'oblitèrent, et il peut se faire de l'hyperostose, qui atteint quelquefois un degré tel, que, sur le crâne, les os peuvent atteindre un pouce d'épaisseur. Quand le processus va on peu plus loin, la lyitrition est compromise, et la portion de l'os malade se nécrose et est rejetéQ sova forme d'un séquestre éburné.
(1) J'ai suivi la description de Jallien pour 1m. 1^ sions osseuses de la syphilis acquise {Traité pratiq, des maL vénér,).
ABTIIUR VAN HARLfffWN. - SVPHIIIS.
Quand il est superficiel, le néoplasme prend i naissance dans te piîrioste ou du moins dans sa couche médullaire; aussi lui donnc-t-on quelquefois le nom de pirioitUe (&g. 64). .
C'est le tibift qà est le siège le idns habituel de cette fMaa diffuse de la syphilis osseuse. On donne le nom à'amitote épipkj/tairt k ddc forme de pi-riostiie, dans laqueUe la néoplasit
Fig. Ci. — Périoitite (nodule oiseui) de l'aTinubTU dani U ijpbilli btrëdiulra-
e est asset lAchement adhérente bu corps de l'os. Cellulaire d'abord, ceLte néoplasie Snil par devenir compacte par le dépfll de nouvelles lamelles autour des trabécules originelles'; elle peut même aller jusq-u'à l'éburnation.
D'autre part, l'exostose est dite paretuihymateuit quand la tumeur, bien que visible & l'extérieur, est la conséquenced'une néoplasie osseuse dans l'épaisseur de l'os même.
INFILTRATION GOMMEUSB CIRC0M8CRITB.
A la surface de l'os, les gommes se présentent sous la forme d'une lésion netlemeiit circonscrite. On les n surtout étudiées sur le crâne. La
Hg. 65. — Ni^croco du crâne, disparition ds toute l'épaiBSPur de l'aa, k la ftiiitc de gommes. iPtèce snatomiquB du musée ilfltLer dtt Collège deimédi'cini de PhiUrlelphie).
substance du néoplasme, gélatineux en appnrence, s'accumule entre l'os et ta dure-more d'un côté, ou entre l'os et le périoste de l'autre cftl6;elle pénètre la substance osseuse comn-e
un coin et en détermine l'absorplioD proerei- •ivc. Quand deux gommes se développent en
1 face l'une de l'antre, et se rencontrent an milieu du diploé, il en résulte une perforation {Voir
I flg. 65). Sous rinfluence du traitement, les gammes circonscrites des os subissent graduel-
r lement la métamorphose lardacée ou caséense, et se résorbent, laissant pourtant après elles ans cicatrice étoîlée, rendue plus apparente par les dépdts plastiquas périphériques dus &I'irrïlalioo de voisinage. Virchow donne à ce processus le nom de corû léehe, mais, d'après quelques autres syphitographes, le processus gommeux suffit à rendre compte de ces faits.
L'évolution des gommes, qui se développent à l'intérieur des os, en particulier des os longs, n'est pas très bien connue. Les planches de Ricord montrent que ces tumeurs peuvent occuper la cavité médullaire, où elles présentent l'aspect d'une masse lardacée, autour de laquelle le tissu compact est plus rouge et plus poreui. Dans le tissu spongieux des extrémités des os longs de ia main et du pied, spécialement chei les très jeunes enfants, I4 gomme peut se présenter sous l'apparence d'un spina venloia. Le tissu compacte! le périoste, repousses en dehors, se distendent comme un globe de vene fondu BOUS le soufOe de l'ouvrier Terrier, et forment une sorte de coquille à parois extrêmemeni minces, comme le montre ta figure 66,qui représente la main d'une jaune fille de couleur que j'ai soignée àl'hdpital de l'Université. Cette affection à évolution lente disparaît, sous l'iofluence du trailemeut, par résorption do nteplasme, sans laisser de trace de son eiisleitce. Abandonnée à elle même, elle peut produire de gravesdifTormilés.
Comme nous l'avons dit, la nécrose estasses souvent la conséquence des affections gom-
79] INnLTRATlON GOMMEUSE CIRCONSCRITE. 713
menses des 01. La supparation, les phlegmons, i les perles de substances de lapeaa, etc., sont les ouvertures h bords renversés, les fistules, l les conaëquences apparentes de la nécrose
- Affection in ot de In niitn ; «; philU hérédiuire dactylite ifphilitique).
syphilitique; elle ne diffère pas, sous ce rapport, des autres névroses. Quelquefois un
Fig. ST. — Nicrote du crlne ayioc luccédé à dît gomme* drconicritai (d'tprèa vat place du masée Mauer da Collège dM mAdeciua da Philadelphie).
séquestn est •otouré et enclavé 4ui leslissns ■m-JMMl» hipwtmiMéi, <ww ■' 4Hi«iine por-
tion de l'os ébumé qui l'eotonre. La nécrose syphilitique peut s'étendre par la formation de nouveaux dèpOts gommeux, qui donnent au bord de l'os nécrosé une forme polycjcUque particulière, laquelle est tout à fait caractéristique et s'observe surtout sur le crftne (fig. 67).
11 règne encore parmi les ignorants une superstition absurde : le mercure est regardé par eux comme une cause d'affections osseuses. Il eslàpeine nécessaire de dire que cette croyance ne repose sur aucun fondement. D'une part, il existe des statistiques nombreuses qui montrent que la syphilis non traitée est plus apte à créer des affections des os ; et d'autre part, on sait que les onvriers des mines de mercure ou ceux qui manient ce métal ne sont pas plus sujets aux affections osseuses que les autres individus.
Les tableaux suivants, empruntés k JulUen, montrent la fréquence relative des différentes affections osseuses syphilitiques et leur siège.
Fréquence cemparativ
des différente» for ^ sypliililiguei (Jutliei
ARTHUR VAN HARLINGEN. - SYPHILIS
Nécrose (élimination d*an o») SO cas
Exostose 15
Périostose î
Localisation de ces lésions.
Nez
Tibia
Palais
Sternum
Clavicalo, maxillaire, chacun de ces os.
Frontal
Pariétal, vertèbres, chacun de ces os.
Omoplate, cubitus, radius, chacun ....
19 cas