‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 307 sur 343 · PARAPLÉGIE · texte numérisé non relu

PARAPLÉGIE

La paraplégie syphilitique est rare. Elle dépend ordinairement de lésions primitives ou secondaires de la moelle ou de ses enveloppes. Quelquefois elle est due à un néoplasme intéressant les centres moteurs cérébraux. Mauriac et d'autres auteurs ont rapporté des cas de myélile aiguë avec paraplégie chez des syphilitiques, et attribuée à la syphilis précoce.

Parmi les traits les plus importants de la paraplégie syphilitique, on peut mentionner les suivants. Contrairement à ce qui s'observe dans l'hémiplégie, dans laquelle la contractilité vésicale est toujours intacte, la dysurie est souvent l'un des premiers symptômes. Le malade expulse son urine difficilement, et s'imagine souvent qu'il aun rétrécissement urélhral. L'imperfection des érections avec émission prématurée du f^perme dans les tentatives de copulation est également commune. L'affection a une marche rapide, elle atteint vite son plein développement, puis demeure sans changement pendant longtemps, quelquefois indéfiniment ; il est rare pourtant d'observer une paralysie complète des membres inférieurs ; ordinairement il n'y a rien de plus que de la difficulté des mouvements, de la parésie. Au nombre des symptômes concomitants les plus importants au point de vue du diagnostic, se trouvent la céphalalgie et la rachialgie, symptômes très fréquents et très

(1; Van Buren et Keyes, Syphilis du système hct' veux (AT.- y. Med, journ., nov. 1870

Encycl. de chirurgie.

significatifs de raiïection syphilitique, surtout quand ils se montrent ou s'exaspèrent pendant la nuit.

La paraplégie syphilitique n'est aucunement l'affection légère qu'on a représentée quelquefois. Bien que le mercure et l'iodure de potassium aient souvent une influence merveilleuse sur elle (1) et soient les véritables critériums du diagnostic, Ils sont loin de guérir invariablement. La règle est que le tissu morbide disparaît seulement pour laisser derrière lui quelque trace indélébile de son existence, et que le malade, non seulement ne guérit pas complètement, mais est sujet à des rechutes, chacune plus grave que la première attaque. Abandonnée & elle-même, la paraplégie peut donner naissance à des complications sérieuses, la rétention d'urine peut conduire à des lésions incurables de la vessie et des reins, et la position que le malade est oblige de garder peut déterminer la production d'ulcères du sacrum, ayec possibilité d'infection purulente.

épILF.PSIB.

VépilepsiCy ou plutôt les attaques épileptiformes, sont au nombre des phénomènes les plus communs de la syphilis cérébrale, fait qui n'est pas surprenant quand on se rappelle que Técorce du cerveau, qui est le siège de prédilection de la syphilis, est en môme temps le siège des centres moteurs. Les attaques épilepliformes peuvent survenir au début de l'affection cérébrale, ou pendant son cours, comme épiphénomènc grave et présageant ordinairement de nouvelles complications. Nous n'étudierons pour le moment que l'épilepsie à l'état isolé.

Le diagnostic entre l'épilepsie syphilitique et la non syphilitique a la plus grande importance, surtout au point de vue thérapeutique. Les principaux caractères de la variété que nous étudions senties suivants: d'abord, il n'y a rien de particulier en ce qui concerne la fréquence des attaques; elles peuvent survenir tous les jours ou tous les mois, ou plusieurs fois dans les vingt-quatre heures. Quelquefois elles se produisent toujours aux mômes heures. Elles sont volontiers nocturnes, de même que les attaques d'épilcpsie vulgaire. On a assigné des causes varices comme provoquant immédiatement les attaques, mais ces causes sont si nombreuses et dans bien des cas si insigni-

(1) Alf. Fournier et Baznrd ont cité dos cas de guérison de paralysies des quatre membres.

ARTHUR VAN HARLINGEN. — SYPHILIS

fiantes, que je ne pense pas qu'on puisse les prendre au sérieux. Quant à l'attaque eUe-méme, elle est quelquefois soudaine : le malade tombe comme frappé d'un coup de feu ; plus fréquemment pourtant il y a une aura , consistant souvent en une sensation extrêmement pénible en un point, qui envahit rapidement le corps tout entier. Le cri du début de l'attaque de Vépi' tepsie ordinaire est rarement poussé par le malade, point important pour le diagnostic.

Bien que les attaques d'épilepsie syphilitique soient ordinairement exactement semblables, il existe pourtant quelquefois certaines différences dansle caractère des convulsions ou des troubles de ridéatiou qui peuvent aider au diagnostic dans les cas douteux. D'abord les symptômes sont moins généralisés, durent moins longtemps et sont moins intenses. Les convulsions sont seulement partielles. La conscience reste intacte dans beaucoup de cas, ou est à peine atteinte ; en un mot, l'attaque d'épilepsie syphilitique n'est qu'une faible représentation, une ombre, pour ainsi dire, de l'épilepsie ordinaire.

Dans la forme la plus bénigne, le malade ressent dans un ou plusieurs membres une douleur soudaine suivie de torpeur. Une phase plus marquée est caractérisée par du tremblement. Un groupe curieux de symptômes qu'on observe quelquefois comprend des spasmes de certains muscles du tronc et des membres. Un individu peut être frappé soudainement, en se promenant dans la rue, d'un spasme des muscles postérieurs du cou; il lui semble que sa tête soit enfoncée entre ses épaules. Quelquefois l'un ou l'autre des orifices des voies digestives ou respiratoires est atteint, et le malade est pris soudain d'une dyspnée horrible, de pharyngo-laryngisme ou d'œsophagisme. Parfois on observe l'émission instantanée de l'urine ou des malières fécales.

Les convulsions de l'épilepsie syphilitique sont irrégulières dans leur apparition et leurs caractères. Une variété toute particulière est celle dans laquelle les convulsions sont limitées à un seul membre, généralement à un des bras et à la jambe du môme côté.

La conscience n'est pas toujours abolie, et le malade peut, comme dit Jullien, assister en spectateur terrifié à sa propre attaque épileptique. Quelquefois il y a deux périodes dans l'attaque: le malade est conscient pendant la première, et inconscient dans la dernière. Dans quelques cas, uu état de torpeur durant de une à deux heures peut succéder à l'attaque. Dans ces cas la paralysie est menaçante.

On observe quelquefois des sensations dou-

loureuses subjectives. Elles peuvent se montrer en un point quelconque du corps et des membres. Dans un cas on a noté une douleur intense du testicule compliquant ces attaques.

L'épilepsie syphilitique, conti;aûrenaant à l'épilepsie commune, ne reste pas slationnaire. Abandonnée à elle-môme, elle peut s'amender davantage par la guérison de la lésion qui la provoque, que par le ramollissement et l'évacuation au dehors d'une gomme du crâne. Beaucoup plus souventi les attaques deviennent de plus en plus fréquentes, et d'autres symptômes nerveux apparaissent. Cette tendance à l'aggravation et à la production de désordres psychiques est tellement caractéristique de l'épilepsie syphilitique, qu'elle fournit un signe diagnostic de la plus grande valeur. Le danger de l'épilepsie syphilitique ne réside pas tant dans les attaques elles-mêmes que dans les conditions morbides permanentes qui leur succèdent si souvent.

!• 11 peut se produire, en premier lieu, des troubles de Vidéation, le petit mal des Français, caractérisés par des vertiges, des absences momentanées ou courtes, de l'extase, et même un délire passager, pendant lequel le malade, en proie à des impulsions irrésistibles, peut faire du mal à lui ou aux autres. Ces faits sont importants au point de vue médico-légal.

Indépendamment de ces symptômes, on peut observer une diminution graduelle et de la perversion des facultés intellectuelles. Benjamin Bell cite une femme de 26 ans qui fut prise d'épilepsie après avoir souffert de violents maux de tête. Les attaques acquirent rapidement une fréquence et une intensité extraordinaires (de quatre à six par jour). Elles cessèrent tout d'un coup, et la malade devint aliénée. Elle était dans cet état depuis deux ans, quand Bell, qui avait été appelé pour la traiter pour des ulcérations et de l'ostéite crâniennes, lui adminislra du mercure, et vit, à son grand étonnement, l'aliénation mentale disparaître entièrement au bout de quelques semaines.

2^ Dans sa statistique, fondée surl'examende 306 malades atteints de haut mal, sans distinction du caractère des accidents, Echeverria(i) a noté la paralysie dans 68 cas, chei environ 22 p. 100 des malades. Il est certain que celte proportion serait plus forte, si on excluait les épilepsies non syphilitiques. Rien n'est plus fréquent, en fait, que de voir l'épilepsie syphilitique compliquée par de la paralysie. D'abord les

(I) Ëchcvcrria, Épilepsy, New- York, 1S70.

801 SYPHILIS DU SYSTÈME NERVEUX. - ATTAQUES APOPLECTIFORMES. — COMA. 723

convulsions laissent les membres dans un élal de faiblesse qui dure un certain temps. Cette période d'affaiblissement devient de plus eu plus longue, et la faiblesse de plus en plus marquée, jusqu'à ce qu'il s'établisse graduellement une paralysie complète. On connaît des cas pourtant, dans lesquels la paralysie s'est produite tout d'un coup après une attaque. La paralysie des nerfs moteurs de l'œil et des nerfs de la face est très commune dans cette forme de syphilis nerveuse. Des troubles sensoriels, surtout visuels, s'accompagnant de signes ophthalmoscopiques, ne sont pas rares comme résultat de la syphilis cérébrale.

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