‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 308 sur 343 · APHASIE · texte numérisé non relu

APHASIE

L'aphasie de la syphilis cérébrale a été étudiée avec soin dans ces dernières années, sans que, pourtant, une bien vive lumière ait été jetée surles points obscurs de la pathogénie de celte aff'ection. Les recherches ont montré que l'aphasie résulte presque toujours d'une lésion de la troisième circonvolution gauche antérieure. Les exceptions à cette règle sont rares et obscures. Le symptôme lui-môme peut revôtir une quelconque des formes et prékente une quelconque des manifestations qu'on observe dans l'aphasie commune.

Le pronostic de Taphasie syphilitique est très ▼ariable. Se montrant peu après le début des accidents cérébraux, et traitée immédiatement, elle peut guérir presque complètement : quelques jours de traitement par l'iodure de potassium déterminent des changements merveilleux dans les symptômes. Pourtant des rechutes d*une gravité croissante surviennent fréquemment. L'aphasie non accompagnée d'hémiplégie implique un pronostic moins défavorable que si le contraire existe. La discontinuité des symptômes constitue un signe favorable. Quand ils commencent à se régulariser et à devenir continus, c'est un signe d'aggravation.

ANÉMIE, CONGESTION cêRÉfiRALB ; ATTAQUES APOPLEC- TIFORMES *, COMA.

Des gommes du cerveau^ sont souvent le centre et l'origine d'une congestion plus ou moins localisée. Elles peuvent également donner lieu à de l'anémie, en comprimant directement un vaisseau important, ou en augmentant la pression intra-crftnienne, en général, et en déterminant ainsi l'occlusion de quelques-uns des petits vaisseaux. Il peut se l'aire également do.

l'èpanchement par suite de la compression. 11 est naturellement impossible d'isoler ces différentes conditions pathogéniques, et de décider laquelle dans un cas donné est la cause des symptômes observés.

Les symptômes précoces qui se développent graduellement, sont ceux des troubles cérébraux ordinaires de caractère similaire, troubles passagers des organes sensoriaux, étincelles dans les yeux, bourdonnements d'oreille, diminution de la sensibilité tactile. A une époque plus avancée, il se produit de l'affaiblissement inlellectuel.

Plus tard, les désordres sensoriels peuvent se transformer en hallucinations. Un des malades de Fournier voyait les gens qui l'entouraient se tenir sur la tôte, et les réverbères dansaient autour de lui quand il marchait dans la rue. 11 y a de la difOculté dans la coordination des mouvements et une perte du sens musculaire : le malade ne peut marcher sur un parquet poli ou descendre un escalier sans des précautions extraordinaires et sans anxiété ;lessymptômes sont, en fait, semblables à ceux de l'ataxie.

Ces symptômes présagent trop souvent un accident plus grave, Yapoplexiey qui se produit ordinairement tôtoutard (1). Maurice Mercier (voir la thèse de Ganul) est le premier qui ait attiré l'attention sur l'apoplexie syphilitique : le diagnostic de cette affection est de la plus haute importance pratique, car elle est curable dans bien des cas, si elle est traitée à temps. On peut lui reconnaître les caractères suivants: i'* Elle peut survenir chez déjeunes sujets; 2® l'attaque est soudaine, survenant au milieu de la plus parfaite santé, sans être précédée des moindres prodromes, comme on en observe dans les affections cérébrales graves ; 3o on observe pendant l'attaque les symptômes suivants : coma absolu, les yeux fermés, les membres dans le relâchement mais non paralysés ; la sensibilité n'est que diminuée, les réflexes persistent, l'ouïe est intacte; le malade entend, mais il ne peut répondre, ou, si on le presse, il répond faiblement par un signe, montrant de la torpeur plutôt qu'une abolition de l'intelligence ; ordinairement la vision est entravée par une atrophie pupillaire, les lésions sont inégalement développées des deux côtés; les iris présentent leur maximum de dilatation, les paupières supérieures

(I) Voir l'excellente thèse de Ganul, Les tumeurs gommeuses du cerveau. Paris, 1875; elle contient dos faits nouveaux.

ARTHUR VAN HARLINGEN. — SVi'HlLIS.

restent closes ; il y a quelquefois du strabisme ; la respiration est calme, mais stertoreuse, le pouls régulier, pas de fièvre , les sphincters paralysés laissent échapper les matières fécales et Turine; l'urine est normale, il n'y a pas signe d'urémie. Enfin les convulsions épileptiformes et les vomissements sont rares.

L'existence ou l'absence de ces symptômes dans tous les cas douteux mérite une attention particulière. 11 est certain que nombre de malades succombent à de prétendues attaques d'apoplexie, qui sont en réalité le résultat de la syphilis. Un examen attentif et le souvenir des traits caractéristiques de l'affection que nous venons de donner, conduira dans quelques cas à une intervention thérapeutique active, qui donnera d'heureux résultats.

TROUBLES IflTELLECTDELS.

Nous avons dit, à propos de l'épilepsie syphilitique, que les lésions sont volontiers situées à la périphérie de la masse encéphalique ; aussi les troubles intellectuels des périodes tardives de la syphilis sont-ils au nombre des désordres nerveux les plus communs. Quelquefois ils se montrent seuls, mais plus fréquemment ils sont liés à d'autres désordres nerveux ; les symptômes psychiques se présentent rarement isolément ou dans un ordre régulier, plus fréquemment ils se trouvent mélangés et confondus (1). Parmi les symptômes de caractère dépressif nous pouvons mentionner la perte de la mémoire. Elle est rarement complète , et est extrêmement variable dans sa nature et ses progrès ; quelquefois elle progresse lentement, d'autres fois apparaît soudainement et est immédiatement complète, ou se développe par attaques successives. Elle s'associe volontiers à d'autres troubles nerveux, tels que l'épilepsie, etc., ce qui peut rendre le diagnostic moins difficile. On observe au nombre des symptômes de la syphilis cérébrale de Vexaltation et de la perversion des facultés psychiques ; ces troubles peuvent aller jusqu'à la véritable manie.

La syphilis cérébrale produit- elle de la paralysie générale^ semblable à celle bien connue des aliénés? Cette question n^est pas encore tranchée. 11 ne suffit pas, je pense, de trouver la syphilis dans les antécédents ;les relations de

(1) Voir pour plus de détails F. Dreer, La Si fil. e la Pazzia^ Arch. itaL per le mah nervose, etc., 1869, et Manssurow, Die terliàr syph. Gehirnleideim GeisteS' krankheiten, Wien^ 1877.

cause à effet doivent être précisées davantage, et de plus il nous faudrait posséder quelques cas au moins, dans lesquels le traitement syphilitique ait été avantageux, administré au début

TROUBLES VISCÉRAUX DUS A DES LESIONS NBRTBUSKS.

Les sensations viscérales étant ordinairement localisées dans les lobes occipitaux, on pourrait supposer a priori que les lésions syphilitiques de ces régions doivent être suivies de symptômes viscéraux ; tel est le cas en effet. On a montré que la boulimie, la polydipsie, les vondssementSt la polyuriCy et même le diabète peuvent dépendre de lésions syphiliques des centres nerveux (i). De la diminution dans la fréquence de Yaetion du cœur, des syncopes, du ralentissement ou de l'accélération des mouvements respiratoires, de la toux, de la dyspnée, etc., ont été donnés comme des résultats possibles de troubles cérébraux syphilitiques ; mais je ne connais pas de bonne observation à ce sujet.

INCOORDINATION DES MOUVEMENTS ; ATAXIB.

Ganul rapporte un cas d'incoordination motrice avec affaiblissement musculaire. On trouva à l'autopsie dans le cervelet une gomme de la dimension d'une amande. Leven et Neumann ont observé des vertiges, des vomissements et du strabisme associés à l'incoordination (2).

On a discuté dans ces derniers temps la question de savoir si la syphilis peut donner naissance à l'ataxie locomotrice. La lésion, associée ordinairement aux symptômes de l'ataxie locomotrice, est, comme on sait, la sclérose diffuse des cordons postérieurs de la moelle, lésion si différente de celles que la syphilis produit ordinairement sur le système nerveux, qu'elle prédispose l'esprit contre l'opinion que la syphilis peut déterminer le même ordre de symptômes. On n'a pas produit encore de preuves pathologiques de l'existence de l'ataxie lacomotricc syphilitique, mais, d'un autre côté , les preuves cliniques indirectes en sa faveur sont des plus fortes. Pour le moment, laquestion doit être considérée comme une cause en litige,'su& judioe (3}.

(1) Voir robservation très intéressante de Penroad, Ann. de Derm. et de Syph., 1. 1, p. 519.

(2) Leven, Tumeurs syphilitiques du cervelet (Gaz. des hôp.j ISGi).

(3) Voir Air.Foarnier,De Vaiaxie locomotrice d'origine syphilitique.VuÏB, 1876.--A. ^exkmoni,Syphitisel taùes dorsalis. Aacben, 1881. —Voir aussi Proceedinys

Page 1