‹ EncyClopedie internationale de chirurgie v. 7, 1888 (volume 4)Chapitre 313 sur 343 · TRAITEMENT LOCAL · texte numérisé non relu

TRAITEMENT LOCAL

Tai déjà parlé du traitement local des différentes affections, quand je m*en suis occupé. Au risque de me répéter pourtant, je crois devoir donner quelques règles générales et quelques formules pour le traitement des lésions qui ]peuvent être modifiées par des topiques.

Le traitement local du chancre a été déjà sufQsamment décrit, ainsi que celui de l'alopécie et des affections des muqueuses. J'ajouterai ici pourtant une formule de collutoire très élégante et aussi très utile, devant servir de prophylactique dans les premiers mois de la syphilis.

Eau de Botot 180 ;;ramiiios.

Teinture de cochléaria 10 ~

— cinchona 8 —

-— catechu 4 —

— benjoin 2 —

On en verse une petite quantité dans de Teau, pour se gargariser matin et soir, et après les repas.

11 est à peine besoin de dire qu'une propreté absolue est indispensable. Dans les cas de suppuration, soit de la peau, soit d'une cavité naturelle, il ne faut jamais laisser le pus s'accumuler.

Le pus n*est jamais louable dans la syphilis; toutes les suppurations sont viruleates. Outre le savon et Teau, on peut employer des lotions désinfectantes, telles que la liqueur de Labarraque au chlorure de soude, ou des lotiouâ à l'acide phénique : par exemple la suiTante :

Acide phénique.

Glycérine

Eau

G grammes, lô —

On étendra cette solution plus ou moins, selon la région.

La solution de Labarraque, dUuée dans trob à six fois sa quantité d'eau, forme an très bon désinfectant pour l'ozène.

Des autres lotions qui peuvent être mises en usage dans les suppurations de la peau, poar stimuler les lésions, la lotion noire et la l^ion jaune sont les plus utiles. Cette dernière est de beaucoup la plus stimulante ; c'est un admirable pansement pour les gommes suppurées et les tubercules ulcérés.

Une lotion encore plus forte, presque caustique, est la suivante :

Sublimé 25 centigr.

Alcool 30 grammes.

On ne doit s'en servir qu'avec précaution sur les surfaces délicates, mais c'est une admirable préparation pour hâter la guérison des papules humides. On peut s'en servir sans crainte en frictions à la paume des mains et à la plante des pieds, là 011 l'épiderme est épais.

Certaines poudres sont employées dans le traitement des lésions syphilitiques humides et suppuratives ; la meilleure est l'iodoforme. L'odeur désagréable de ce médicament empêche presque son usage dans la pratique privée, ei son emploi dans la syphilis est aujourd'hui si bien connu, que l'individu qui répand cette odeur est un homme marqué, et pourrait tout aussi bien porter un placard autour du cou avec ce mot : Syphilis. J'ai reconnu de ces personnes dans la rue en passant à côté d'elles. Aussi ce médicament ne doit- il être employé qu'en cas de nécessité absolue, c'est-à-dire, pour les lésions profondes ou les ulcères serpigineux, quand nous devons faire tous nos efforts pour emp(}chcr une rechute. A l'hôpital, l'iodofonne peut être employé libéralement et avec grand avantage. Quand il provoque de la** douleur, comme c'est quelquefois le cas, bien qu'il produise ordinairement tout le contraire, —c'est un ancsthcsique évident— Fiodoforme peut être

MESURES LÉGALES POUR PRÉVENIR lA DlFFUSIOiN DE LA SYPHILIS.

mélangé à deux ou trois parties de poudre de tannin. On recommande dans le catarrhe nasal syphilitique la poudre à priser suivante :

Poudre d'iodoforme ) aâ

— de camphre i 4 grammes

— d'acacia 8 * —

On se sert encore de poudre de calomel ou de poudre de sabine et d'alun calciné, dans les syphilides végétantes, après avoir eu soin de bien les laver avec la solution de Labarraque. Voici la formule de cette dernière poudre :

Pondre de sabine 4 grammes.

— d'alun IC —

L'acide tanni que et Tacide chromique s'emploient aussi quelquefois en poudre. 11 faut se servir de Tacide chromique avec précaution, et seulement quand il est indiqué de produire un effet véritablement caustique.

Les pommades employées dans le traitement local des lésions syphilitiques sont très nombreuses. Mais il n'y en a qu'un nombre relativement petit qui soit utile ; toutes les autres ne sont employées que dans l'intérêt de la variété on du caprice individuel, ou bien par occasion pour remplir quelques indications particulières. Les éruptions cutanées généralisées précoces f ne réclament pas de traitement local par les . frictions. La syphilide érythémateuse n'est pas f modifiée par les topiques. Les papules et les <, postales, quand elles occupent la face, peuvent cependant être traitées localement, en vue de hâter leur disparition ; on peut également employer des pommades avec avantage pour faire résoudre plus vite les palpules humides des parties génitales et de l'anus.

Parmi les préparations plus douces, on peut employer la pommade mercurielle ammoniacale:

Hydrargyre ammoniacal — l'%2S à 2 gr. Pommade rosat M grammes.

Le calomel peut aussi être employé en pommade à une dose moitié moindre que la précédente, c'est-à-dire à la dose de 60 centigrammes à 1 gramme 25 pour 30 grammes.

Une excellente pommade à effet siccatif, qu'on peat employer pour les papules humides et les petites ulcérations, est la suivante :

Chlorore de mercure doax de Os',eO à 2 gr.

Poudre d'oxyde de zinc 4 grammes.

Pommade rosat 30 —

L'oléate de mercure, dans la proportion de

iO p. 100, est un très bon topique pour les éruptions sèches et squameuses, en particulier celles de la paume des mains et de la plante des pieds; une pommade, telle que la suivante, peut être souvent employée avec avantage dans les lésions ulcératives :

Oléate de mercure (5 à 20 0/0) ^ Sk Vaseline ) 15 grammes.

Je me sers rarement de la pommade mercurielle en applications locales, à cause de son apparence malpropre, et parce qu'elle n'est pas plus eflicace que le précipité blanc.

Outre les emplâtres dont il a été fait mention dans les pages précédentes, le suivant se recommande comme particulièrement utile dans ces éruptions squameuses chroniques et indurées de la paume de la main, si rebelles à toute espèce de traitement :

Mercure 4 grammes

Térébenthine 4 —

Emplâtre 10 —

Résine 2 —

Ce mélange constitue un emplâtre extrêmement tenace, qui peut ! être appliqué sur la paume des mains, préalablement ramollie par un bain d'eau très chaude. On peut s'en servir en frictions, ou mieux l'étendre sur une ou plusieurs bandes de mousseline appliquées de façon à faire le moins de plis possibles, et changées une fois par jour ou plus souvent. J'ai vu cet emplâtre réussir dans des cas rebelles où tout avait échoué.

Les ulcères tuberculeux ettuberculo-gommeux de la jambe sont fréquemment améliorés au moyen de bas élastiques ou de bandes compressives, etc., et quand, comme cela arrive souvent, ils ont une tendance à devenir le siège d'une inflammation érysipelatiforme, on devra mettre en usage temporairement des compresses d'eau blanche ou des cataplasmes froids arrosés d'eau blanche. Enfin je veux insister une fois encore sur la nécessité d'une propreté extrême, et sur celle de faire tomber toutes les croûtes, toutes les squames, et d'enlever le pus avant d'appliquer un topique quelconque.

Mesures légales pour prévenir la diffusion

de la syphilis.

Le fait que la syphilis continue à se propager et que sa diffusion augmente même, a attiré de plus en plus l'attention du corps médical sur la

ARTUUR VAN HARLINGEN. — SYPHILIS.

nécessité de mettre en œuvre des mesures, en \ue d'arrêter l'exlension de cette maladie. On a proposé les suivantes :

1« Auzias-Turenne (1) croyait que la syphilis pouvait s'inoculer de la même manière que la variole s'inoculait avant la découverte de la vaccine, et qu'on obtenait ainsi une immunité pour l'avenir.

2<^ On a proposé la surveillance et Texamen des prostituées, en vue d'arrêter la diffusion de la maladie, au moins à l'une de ses sources.

La première de ces mesures prophvlactiques est sans valeur, la maladie contractée par la syphilisation est précisément la même que celle qui est contractée autrement, tant par sa nature que par son intensité.

La seconde de ces mesures a été tentée dans différents pays avec des résultats variables, mais sans avantages jusqu'ici décisifs pour la communauté, sauf dans quelques villes de garnison en Angleterre, où le résultat a été une diminution marquée de la syphilis.

La question de la réglementation de la prostitution doit nécessairement être discutée en même temps que celle de la prophylaxie de la syphilis, et le moraliste doit nécessairement s'y intéresser autant que le médecin. Si la prostitution pouvait être examinée à un point de vue purement médical, et seulement dans ses rapports avec la production de la syphilis, la question serait grandement simplifiée. Comme il n'en peut être ainsi dans l'état actuel, et comme le moraliste et le théologien la considèrent comme les regardant autant qu'elle regarde le médecin, le problème se complique beaucoup, et il doit, je crois, en somme être résolu, en se plaçant à deux points de vue. Malheureusement il s'est élevé une controverse sur des points sur lesquels aucune controverse, me semble-t-il, n'est nécessaire, et les deux camps se sont injuriés, quand des faits froidement observés sont seuls nécessaires et peuvent seuls déterminer une conviction. Presque tout ce qu'on a écrit à ce sujet l'a été en vue de soutenir une théorie acceptée d'avance, plutôt que pour rapporter des faits sans parti pris, quelles que puissent d'ailleurs être les conclusions à en tirer.

C'est pourquoi je ne pense pas que le temps soit encore venu de défendre la réglementation de la prostitution, au moins en Amérique, où le

(1) Auzias-Turenne, De la Syphilisation ou vacci' nation syphilitique {Arch. gin. de Méd.^ k* série, t. XXXVI, 18S1). — Les Virus au tribunal de l'Académie et dans la presse. Paris, 1868.

gouvernement municipal, déjà notoirement insuffisant, serait certainement incapable d'instituer des mesures satisfaisantes pour combattre le mal, et où les vices d'application de la loi seraient pires que l'absence de toute loi (1).

(I) Nous pouvons renvoyer aux traTtox et articles suivants, de statistique surtout, pour ce qui concoroc les mesures préveutives prises contre la sypbilis en Europe :

Parent Dcchatelet, De la prostitution dans la ville de PatiSf considérée sous te rapport de Vhygiètte publique, de la morale et de Vadministraiion, 9* édition, suivie d'un précis hygiénique statistique et adrtiinistratif sur les prostitutions dans les principales villes de VEurope. Paris, 1857, 3 vol. in-8, avec cartes et tableaux.

JBAifNBi., De lu prostitution dans les grandes villes au XIX* siècle et de Cextinction des maladies vénériennes, 20 édition. Paris, 1874, in-18 Jésus. — Prostitution et prophylaxie des maladies vénériennes en Angleterre (Ànn, d'hyg., 1874, t. XLI, p. 101). — Organisation dun dispensaire spécial pour le traitement gratuit des vénériens indigents (Ann, d^Byg., 1874, t. XLI, p. 308). — Nouvelles études sur la prostitution en Angleterre , à V occasion des pubticalions de l'association pour l'abrogation des lois sur les maladies contagieuses (Ann. d'Hyg., 1875, XUII, p. 307).

Carlier, Etude statt> tique sur la prostitution clandestine à Paris de 1855 à 1870 (Ann. d'Hyg., 1871, t. XXXVI, p. 292).

Lecour, De la prostitution et des mesures de polie: dont elle est l'objet à Paris, eXc. (Arch. gén. de Méd.. t. II, p. 711 et 736, 1877). — La prostitution à Paru et à Londres de 1789 à 1870. Paris, 1870.

Crocq et RoLLET, Prophylaxie internationale de^ maladies vénériennes (Ann. de Derm. et de Syph.^ i. I, p. 3.S3, 1869).

Gambas, De la prophylaxie de la syphilis (El sigli med.y trad. in Annales de Derm, et de Syph,, U III, 1871-72).

Nevins, Protection from veneral diseases in America [Saîiitarian, vol. III, p. 252).

Hong-Kong, 1878 contagious diseases ordinance. Retuni to an addrese of the House of Gommons, féb. 13, 1880, for copy of report of the commi<sioners to inquire into the workings of the contagions Diseoict Ordinance, 1867 (ordered by the House of Gommons to beprinted, Mardi 11, 1880). London, 1880.

Thomson, Some resutts of the contagious disease adi (Med. Press and Cire, D. S., vol. XXXIII, 18T9, p. 341).

GiHON, Report of the committee on the prévention f*f ! veneral diseases, presented at the eighth annual met* ' Uny of the american public health association. New- I Orléans, 1880.

' Stlrgis, Relations of sy^ihilis to the public heaWu I Ncw-Yoïk, 1877.

SYPHILIS HÉUÉDlTAlRÊ. — ËTIOLOGIË.

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