MORSURES DE SERPENTS. - ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'inertie du venin peut s'expliquer par la petite quantité qui a été absorbée, ou parce que l'un ou les deux crochets n'ont pas traversé la peau ; la morsure du crotale lui-même ne cause pas toujours la mort. Aussi, ainsi que le fait remarquer Mitchell(l), on vante souvent des remèdes qui en réalité n'ont eu aucune influence sur la guérison .
Dans certains cas, comme dans celui de Cyprus (2), les symptômes produits parle venin de serpent ressemblaient tout à fait à ceux d'un érysipèle phlegmoneux produit par une cause ordinaire.
Anatomle pathologique.
Ce qui semble bien établi, c'est que le venin agit comme un ferment septique sur le sang, annihilant sa faculté de se coaguler et désintégrant les globules rouges. 11 est difficile de déter miner d'une façon précise si le venin agit directement sur les centres nerveux, comme le croit Fa7rer(3), ou si ses effets résultent d'une viciation secondaire du sang qui les nourrit. On trouve à l'autopsie : dans le voisinage de la morsure, extravasation du sang et ramollissement de tous les tissus ; dans les viscères, surtout en ce qui concerne le cerveau, la moelle et les reins, congestion plus ou moins intense, ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-péritonéal et sang fluide. Le D' Lacerda Filho (4) a publié les conclusions suivantes, tirées de ses expériences :
a i« Le venin du Crotalus horridus agit sur le sang en détruisant les globules rouges et en modifiant les qualités physiques et chimiques du plasma.
2* Le venin renferme des éléments doués de mouvements semblables aux micrococcus de a putréfaction.
3« Si on inocule le sang d'un animal, mort par la suite d'une morsure de serpent, à un autre animal de même espèce et de même taille, ce dernier meurt en l'espace de quelques heures, présentant les mêmes symptômes et les mêmes modifications du sang.
4* On peut dessécher et conserver le venin pendant longtemps, sans atténuer sa qualité.
5« L'alcool est le meilleur antidote découvert jusqu'alors. »
(1) Mitcbell, loc. cit,
(2) Heidensum, The Laneei, 19 février 1881.
(8) Fayrer, Indian Annals of med, sciences, cité dans American Journal of the med. sciences y vrril 1871.
(4) Lacerda Filho, Journal du Brésil^ et BHtish nted. Joumalf 12 nov. 1881.
Cet auteur prétend en outre avoir démontré que le venin de YHachesis rhamheata possède la faculté de digérer les substances albuminoîdes et d'émulsionner les graisses, et il en conclut que les effets locaux de son inoculation pourraient peut-être être regardés comme un effet de digestion des tissus vivants. D'après lui, il peut servir non-seulement comme moyen d'attaque et de défense, mais encore il peut aider l'animal à digérer sa victime. M. Gouty, commentant ces opinions, fait remarquer que le venin de serpent n'est pas « simplement un poison, mais un agent morbide dont l'action peut s'exercer d'une manière élective sur certains organes ou tissus ». Injecté dans les veines, il détermine toujours des hémorrhagies dans les poumons, dans l'endocarde des cavités gauches et non dans celui des cavités droites, dans les méninges et non dans le tissu nerveux, plus rarement dans l'estomac, l'intestin et les reins. Les différents animaux manifestent leur suceptibilité à degrés très différents ; ainsi le singe est environ mille fois plus susceptible que la grenouille. « La plupart de ces venins, lorsqu'on les a conservés un certain temps, renferment diverses bactéries que Ton peut cultiver, et le liquide de culture ou bien les liquides provenant d'une inflammation causée par le venin, produisent des symptômes différents de ceux du poison lui-même, et comparables à ceux de la septicémie. Le venin n'est donc pas un virus organisé. •
Bien qu'on puisse considérer les opinions précédemment énoncées comme exactes ou du moins comme représentant les résultats généraux de l'observation, il est fort possible qu'on arrive plus tard à montrer qu'il existe des différences entre le venin des différentes espèces de serpents, ou même entre différents échantiUons du même venin. D'après Fayrer, le venin du Naja ne détruit pas la faculté de coagulation du sang, tandis que celui du Daboia le rend très fluide. Halford (1) a décrit certaines cellules développées dans le sang d'animaux tués par le venin de serpents, qui seraient, d'après lui, un moyen de diagnostic dans les cas douteux ; mais Mitchell (2) affirme que ce ne sont pas des organismes nouvellement formés, mais des leucocytes, s'appuyant pour cela sur les examens microscopiques faits par Richardson.
Hodgkinson (3) affirme que la morsure des
(1) Ualford, BfUish med. Journal, 21 déc. 1867.
(2) Mitchell, American Journal of the med, sciences ^ avril 1870.
(S) Hodgkinson, American Journal of the med, sciences, avril 1815.
JOHN PACKARD. — PLAIES EMPOISONNEES
contribuer à établir ridenlité de l'inculpi qui les porte.
Le CM suivant estrapporté par U. Coulagne.
Le 1! jwiTier I81B, *ers dii bearea et demie dn
lolr, le denr B. eoqaetier, renmîl t Silnt-B...
(RbAne), ]Mr U pande route, conduliant une voltare et mncbant fc côté de ton ebenl a*ec on petit chiao de l'eipice dite loulou. ArrWé k IhOO mètre* environ de » diMtiiiitian, il fut Maiilli p«r aa indiiida Inconnu qui lui demandait la bouMe ou la rie et qui le
reuTcrsa i terre. B m releva bipntOt et 11 s'engagea
une lutte corpi k corps à laquelle le chien de B se
serait empreud de participer eo sautant aux Jambes do l'agresBQur; ce dernier, en effet, d'apritio coquetier, anralt dit al on : u ch,..., Lumo mordi i. EnflnB
morda lul-neme h la main gauche et frappa de coupi de piod, se aérait dégagé par un vigoureux coup de poing asiéné en pleine figure.
Le lendoualn, le Juge de pali de Saiut-D... loup-
tonnant un aommé A , reprie de Justice, d'eiro
l'auteur d'un val avec aOraclion, le raitslt arrêter,
quand, sur la plainte portée par B ,ileutl1déede le
conrronter avec ce dernier. B n'hésita pasft le reconnaître pour son agresseur. A l'étail Tait enduire
la Hgure avec an vernis de sabotier et avait vendu an tablier qu'il portait habituellement et que B signalait dani son habillement. La D' Sainclalr(de l'Arbreile) examina les deut acteurs de la scène de la soirée du tl ; la victime présentait en effet sa médius de la main paebe des plaies rappelant des morsures d'homme ; l'inculpé, en débande quelques lésions peu spéclalsi, avait au genou gaucbe Irais ^corchu-et Ugèns.
Retenu priionnier, A...., fut présenté k .M. Coutagnc, le 31 Janvier, Interrogé sur l'origine des trois petites plaies i peu près cicatrisées II ce jour et disposées d'une façon triangulaire qu'il présentait au genou gauche, cet homme prétendit que, le 7(1 Janvier dernier, étant entré dans la cour d'une ferme, il avait été attaqué et mordu en ce point par nne chienne. Le fait fut
reconnu exact quant k l'apparition d'A dans cette
ferme au Jour indiqué, mais los témoins ne se rappelaient pas svolr vu la chienne attaquer l'inculpé. Le problème t résoudre se posait donc en ces termes :
Etni'i admi$, ainti que le reconnaît l'inculpi, que ,ei létiont qu'il pristnte au gmou soxtnt prodidtei par une moriure de chien, déte<rmv,er par leur examen quel eil celui det deux animaux mit en eawe qui peut en avoir (té Fauleur.
Le I" février, M. Couugne soumit A k on examen complet et conauta ce qui suit : ta faca interne dn genou gauclie porte en dedans et au-dessus de la rotule trois point* formant entre eui un triangle k cûlé supérieur de I ceniimèire, les deux sulres inégaux étant de quelques millimètre* plus longs (1! millim pour le lèté externe, M pour l'interne). Ces points, do forme arrondie, sont plus rouges que les parties environnantes et dépouillés d'épiderme; l'ottcrne consiste en un petit caillot sanguin desséché et noirttre; le dorme au-dessous des deux autres est violacé cnmme par une contusion eechymotique limitée dans ses
mailles ; lea dimensions da cas tnii petite* Uiém sont senùblemeit les même*, de 1 à Z milUnèlni de dismètre. Leur disposition sia gullère. éveille tUéi de morsures ayant perforé la paaa sur on pafai a écorché l'épiderme dans lea deux autres. Les monani sont récentes, mais rieu ne permet da les tôt nmonter an !0 pluiAt qa'aa 11 du moia damier.
Doit-oo conclure, de U petite dimensioa du morsures, qu'elles ont été caïuéee par un petit chien? Celle hypolhëse n'est pas admiiÂk, celle dimension pouvant varier non seulemeot suivant la force de l'aninial, mais ausai sotvul le temps pendant lequel il a pu lacérer les tissus et y enfoncer les denta. Hais M. Contagne insisla sur la distance des empreinlei dentaires, et chercha s'il ne pourrait pas, ea comparant par la mensuration les points aiteinb de la peau d'A... avec le système dentaire de deux chiens en question, arriver k des doDité«t plus positives. Une courte digression anatomiqne et physiologique est ici nécessaire.
Le système dentaire (flg. B8) du chien se caoïpose à chaque mâchoire : I* de six dents nédianes ou ùun5tvei,donlla plus exierne de chaque côté prend le nom de coût (A, A'); ces coins, siutout les supérieurs (A), sont plus longs que ta autres incisives; 2* d'une dent latérale de chi-
Fig. 98. — Vue latérale et générale âes dents dn Aie*. (Traité d'anatomie comparée dei onimata rfaMO* liquet, par Chauveau et Arloiog, 3* éd., p. t\i.)
que cAté, forle, snillanle et pointue, dont l'teplantation correspond k l'union des partie* i» tiirieures et latérales des mâchoires ; ce sootla canines (B, B') ; 3° de molaires, au nombre i» sept de chaque côté (C, C) ; ce sont des orgaM moins Iranchants que les autres dents, ûtuctt plus profondément, destinés au broiement de
MOItSUHES DES CHIENS, CHATS. — MÉDI^CINE I.ÉGAt.E.
alimenta et non a leur lacération. Lorsque les deux m&choires se rapprochent, lea canines inférieures B' s'enclavent entre les canines inrérieures B et les coins supérieurs A. Ces dents peuvent être considérées comme formant entre elles un >elit système ft part, organe de prébensioD latérale de la mUchoire, indépendant jusqu'il un certain point des autres dents.
l.e chien mord de diverses manières; s'il saisi! un organe de peu d'épaisseur comme la mnin, il pourra mordre à plaine gueule et ; bisser l'empreinte de la totalité ou d'une grande
partie de ses dents. Hais la chose n'est plus possible pour une partie arrondie comme un genou, où, l'animal mord par cdtë; dans ce cas les dents qui laisseront leur empreinte seront celles dont nous venons de signaler le rapport spécial, c'est-à-dire une canine supérieure, une canine iorérieurc et un coin supérieur. Nous aurons
alors des lésions semblables à celles d'A , et
si nous supposons que le chien qui les a faites a un système dentaire régulier, les angles du triangle formé par les trois cicatrices du genou correspondront, les supérieurs à la canine et au
- PlèM t convietlDn pour l'itTaire A.,.. ';.
m cliion lou'ou ; A' B' C, omprulDle» des dénis d'an cbien t«rre-neii*o
coin supérieurs, et l'inférieur & la canine inférieure.
Si la dislance qui sépare les deux empreintes supérieures de l'empreinte inférieure est sujette à varier pour le mfime animal suivant l'écartement des mâchoires au moment où le genou a été saisi, il ne peut en être de même de la distance des deux empreintes supirieuret entre elUt, faites par deux dents implantées sur le même maiillairc. Il y n là une longueur constante qui peut fournir des conclusions positives sur l'origine
des blessures d'A par sa comparaison avec
la dislance des canines et des coins supérieurs chc£ les deux chiens en question.
Le 3 février, H. Coutagne examina le chien du coquetier D.. .., animal de l'espèce dite loulou, ftgé de 3 ans environ ; son sjstéme dentaire est normal : ffctirtement du sommet de te$ eaninet (t
I de tes coins iuptrieun ett de chaque eâti d'un ernti- ■ mitre, c'est-à-dire exactement le même que celui
des deux cicatrices supérieures du genou d'A
I LeS février,ilexaminalachiennedelaferme
de M. G ; c'est un beau terre-neuve, allaitant
des petits, âgé de 4 ans ; l'écartement que noue
avans meturi ckttle chien de B eitiàdedeus
centimùlres de chaque eiU, le sjstème dentaire est également normal.
11 arriva donc & conclure : que les enqtreintet
du ge/tou gauche d'A reconnues comme ayant
été produites par la morture tTvn chien, n'avaient pu avoir été faites par la chienne de la ferme de
M. G e{ avaient pu Favoir Hé par le eMen
de B
A l'appui de sa théorie de la morsure da chien par les dents latérales, il se procura uo genou en terre à modeler e( j flt une série d'em-
JOHN PACKARD. -~ PLAIES EMPOISONNÉES
Pî
preintes avec des crânes de chiens. Il put ainsi se convaincre que seules les ti'ois dents en question donnaient Iku à la disposition triangulaire constatée chez Vinculpé. En faisant mordre ainsi par côté le crâne d'un chien loulou à la face interne de cette pièce, il obtint les empreintes ABC, d'une disposition semblable à celles du genou d'A ; il prit de même, par comparaison à la face externe, les empreintes A'B'C* avec le crâne d'un terre-neuve et joignit à son rapport comme pièce à conviction le genou marqué' de ces deux triangles (fig. 99).
A fut tradait, le 21 mai, à la cour d'assises du
Rhône pour tentative de vol commis avec violence sur un chemin public. M. Coutagnc fut appelé à soutenir ses conclusions. La défense lui fit alors poser la
question suivante :N*était-il pas possible qu'une seolt des trois plaies du genou eût été produite par une dcm et les autres par une cause banale comme une piqûrs d*épine, etc. ? Il répondit que Taccusé avait reconnu luimême que ces trois lésions provenaient de la même origine, et que ses conclusions avaient cet aveu comme point do départ^ il ajouta que la disposition symétrique des empreintes avait du reste quelque chose de bien spécial, quoiqu*au point de vue purement théorique il lui fût impossible de ne pas faire une réponse afOrmative à la qiiettion posée. En effet : les conclusions auxquelles il est arrivé s'appliquent à un fait en particulier, et dans des cas semblables il serait basar deux de déterminer Porigine de pareilles lésions, sans examiner l'animal soupçonné de les avoir faites ; une anomalie ou une maladie du système dentaire sufBrait pour vicier une expertise semblable.
A , reconnu coupable sans circonstances atténuantes, fut condamné aux travaux forcés à perpétuité.
MORSURES Di:S RATS
J'ai eu l'occasion d'observer un cas d'empoisonnement du sang qui semble avoir été produit par la morsure d'un rat (i) :
W. T. âgé de sept ans, fort et bien portant, fut mordu à la première phalange du doigt par un rat qu*il avait attrapé. Craignant d'être puni pour avoir Joué dans la rue, il cacha la nature réelle de la blessure pendant doux semaines, et alors je fus appelé près de lui.
Les parties molles de la phalange étaient très gonflées, d'un rouge pourpre, les mains étaient un peu enflées et un des ganglions axillaires était de la grosseur d'une châtaigne. L'enfant était insouciant, il avait de la fièvre et de l'inappôtonce. Le lendemain, je fis une incision au doigt, mais il ne sortit que très peu de pus. Je lui donnai du fer, un fébrifuge pour la nuit, et on lui appliqua des cutaplames sur le doigt. Tous les symptômes avaient disparu ; sept jours après, on venait me chercher pour voir le malade qui avait un chapelet de petites glandes tout le long de l'avantbras et du bras, celle de l'aissoUe était devenue aussi grosse qu'une main; au bout de trois jours, sous l'influence de fomentations chaudes, tout était rentré dans l'ordre. Neuf jours après, il présenta un phénomène curieux : des plaques, légèrement élevées, de couleur saumonée un peu brunâtre, comme si la poau avait été meurtrie, sétcndaieiU tout le long de la partie externe de l'avant- bras, de la partie antérieure du bras jiisqu à l'aisselle, en avant de l'épaule et sur le côté du cou jusqu'à la tète. Une plaque isolée se trouvait au milieu do l'avant-bras et une autre près
(I) Philudelphia med. Times, août 18"?.
du bord antérieur de l'aisselle. Une large plaque occupait l'aisselle. Sur le corps et même sur les jambes, on voyait des plaques semblables mais plus pâles. Chacune d'elles se terminait par un bord ronge. La seule plaque sensible était celle du côté gauche du cou, mais le malade se plaignait de douleurs, probablement musculaires, dans tout le corps. Il n'y avait pas de raideur de la mâchoire ni aucun signe de tétanos. La fièvre resta élevée pendant plusieurs nuits. A la suite de l'emploi du fer et des fomentations chaudes, tout disparut. J'ai revu le malade et j'ai « constaté que de temps en temps les plaques reparais saicnt mais très pâles et sans déterminer de phénomènes généraux.
Les symptômes que nous venons de décrire, cunime dans presque tous les cas de morsure pur les animaux (excepté bien entendu celles qui sont spécifiques), semblent être ceux d'une lymphangite compliquée d'iin peu de septicémie. Cependant on peut observer des types plus graves ; ainsi Kocher a rapporté un cas d'empoisonnement aigu avec embulies par pyohémie, mortel au bout de quarante-huit heures, survenu à la suite de Tapplication d*une sangsue aux gencives (I).
Le traitemait se basera sur les principes généraux. On combattra 1 inflammation locale, on soutiendra les forces du patient.
(1) Rocher, British med Journal, 16 octobre 1880, p. 633.
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